Zapatisme — Un soulèvement par le bas et pour le bas

Es - st fr - 42 min

Un mon­tage ZIN TV réa­li­sé à par­tir des archives de Promedios

Un article issu de “Voyage Zapa­tiste

Un mon­tage d’ar­chives vidéo qui pro­pose un autre récit à celui impo­sé par l’État Mexi­cain, celui d’une lutte légi­time pour le droit à la liber­té, la démo­cra­tie et la paix.

Ces com­mu­nau­tés indi­gènes ont long­temps été mises au banc des médias domi­nants et sont répri­mées par l’É­tat mexi­cain. Leur sou­lè­ve­ment appelle une construc­tion « PAR LE BAS ET POUR EN BAS d’une alter­na­tive à la des­truc­tion néo­li­bé­rale, une alter­na­tive de gauche pour le Mexique. » C’est dans ce contexte de lutte que l’utilisation de camé­ras mobiles s’impose rapi­de­ment aux com­mu­nau­tés zapa­tistes pour docu­men­ter les exac­tions com­mises par le gou­ver­ne­ment Mexi­cain. Leur pro­duc­tion de vidéo pro­pose alors un autre récit à celui impo­sé par l’État, celui d’une lutte légi­time pour le droit à la liber­té, la démo­cra­tie et la paix.

Nous vous pro­po­sons ici de décou­vrir une par­tie de ce tra­vail de docu­men­ta­tion. Nous avons sélec­tion­né 4 vidéos issues des archives des com­mu­nau­tés du Chi­pas et de Pro­me­dios (recon­nu comme le pre­mier pro­jet média bina­tio­nal indi­gène en Amé­rique latine). Nous avons sous-titré en langue fran­çaise ces vidéos et nous y avons ajou­té des infor­ma­tions contextuelles.

Contexte de réalisation de ce film :

L’EZLN (Eje­ci­to zapa­tis­ta de la Libe­ra­ción Nacio­nal — armée zapa­tiste de libé­ra­tion natio­nale) a débu­té le « voyage pour la vie » le 22 Mai 2021. Une délé­ga­tion de femmes et d’hommes a déci­dé de faire le voyage inverse des conqué­rants du conti­nent amé­ri­cain pour venir en Europe. A cette occa­sion, iels ont pu faire un pas­sage en Belgique.

Une chance pour nous qui avons pu les ren­con­trer et créer un espace de dis­cus­sion autour de leurs pro­duc­tions audio­vi­suelles que nous vous pré­sen­tons ici.

Pour aller plus loin :

Cinq cent ans de lutte” un article dif­fu­sé sur  : https://www.viajezapatista.be/lezln/

12 octobre 1992. Alors que par­tout dans les Amé­riques, d’énormes mobi­li­sa­tions rap­pellent les “500 ans de résis­tance autoch­tones, pay­sannes, noires et popu­laires”, au Chia­pas, une sta­tue tombe. Celle du conquis­ta­dor Die­go de Maza­rie­gos, fon­da­teur de la petite ville colo­niale de San Cris­to­bal de Las Casas, explo­sée au mar­teau lors d’une marche indi­gène de plus de 15 000 per­sonnes, un peu plus d’un an avant le sou­lè­ve­ment zapatiste.

“Bien des années en arrière, les femmes, les hommes zapa­tistes, nous ne fai­sions pas de mani­fes­ta­tions, nous ne criions pas de consignes, nous ne bran­dis­sions pas de pan­cartes, nous ne levions pas le poing. Jusqu’à ce qu’un jour nous mani­fes­tions. La date : le 12 octobre 1992, lorsque là-bas, en haut, ils célé­braient 500 ans de “ren­contre des deux mondes”. Sans beau­coup de com­men­taires, la sta­tue du conquis­ta­dor est tom­bé. Savoir si ils l’ont rele­vé n’est pas impor­tant. Jamais ils ne pour­ront rele­ver la peur dont elle était le sym­bole” (Notes sur la méthode zapa­tiste, 3 mai 2015).

D’où surgissent les zapatistes ?

D’un monde colo­ni­sé où, jusqu’en 1994, exis­taient encore de grandes pro­prié­tés et d’immenses domaines sur les­quels les peuples ori­gi­naires ont vécu des cen­taines d’années durant dans la ser­vi­tude. “Ce qu’ils nous disent nos grands-parents, nos arrière-grands-pères et grands-mères, c’est que le patron c’est le pro­prié­taire des fin­cas, des grands domaines, de plein de fin­cas, de plein d’haciendas, de grandes pro­prié­tés. Tous les patrons ont leurs capo­raux, leurs major­domes et leurs contre­maîtres. Ces trois, quatre là avec le patron. Ils nous racontent que des grands domaines il en existe de 15 mille, de 20 mille et de 25 mille hec­tares. Et qu’il y a des grands domaines de dif­fé­rentes sortes de tra­vaux. Il y a des domaines, c’est juste un type de tra­vail, du café. Et il y a des domaines qui sont de café, de bétail, de maïs, de hari­cots, de canne à sucre…. De dif­fé­rentes sortes de tra­vaux quoi. Ils nous racontent aus­si leur manière de com­ment exploi­ter. Ils nous racontent qu’il y a des fin­que­ros, des grands pro­prié­taires ou des pro­prié­taires de grands domaines qui ne leur ont jamais rien payé. Tout le temps de leur vie, ils leur ont seule­ment four­ni le tra­vail…” raconte le sous-com­man­dant insur­gé Moi­sés dans un texte, Le monde est un grand domaine entou­ré de murailles.

De là sont nées les pre­mières révoltes. Les pre­miers exils vers la forêt en quête de terres sans patrons. Les pre­mières orga­ni­sa­tions pay­sannes. Les pre­mières récu­pé­ra­tions de terres. La pri­son, la répres­sion. Jusqu’au soulèvement.

“Anto­nio rêve que la terre qu’il tra­vaille lui appar­tient, il rêve que sa sueur est payée de jus­tice et de véri­té, il rêve qu’il y a une école pour gué­rir l’ignorance et une méde­cine pour faire fuir la mort, il rêve que sa mai­son s’illumine et que sa table se gar­nit, il rêve que sa terre est libre et que son peuple peut gou­ver­ner et se gou­ver­ner, il rêve qu’il est en paix avec lui-même et avec le monde. Il rêve qu’il doit lut­ter pour que ce rêve devienne réa­li­té, il rêve qu’il faut la mort pour avoir la vie.

Anto­nio rêve et se réveille… Il sait à pré­sent quoi faire et voit sa femme accrou­pie qui attise le feu, il entend son fils pleu­rer, il regarde le soleil saluer à l’orient, et il aiguise sa machette en sou­riant. Un vent se lève qui ren­verse tout ; lui, il se lève et part à la ren­contre d’autres. Quelque chose lui a dit que son désir est celui de beau­coup, et il va les chercher.

Chia­pas : le Sud-Est en deux vents, un orage et une pro­phé­tie, sous-com­man­dant insur­gé Mar­cos, août 1992.

L’EZLN et l’autonomie zapatiste

  • Ce que nous sommes

“Nous sommes les zapa­tistes de l’EZLN. On nous appelle aus­si les “néo­za­pa­tistes”. Bien, alors nous, les zapa­tistes de l’EZLN, nous avons pris les armes en jan­vier 1994 parce que nous avons trou­vé qu’il y en avait assez de tout ce mal que fai­saient les puis­sants, qui ne font que nous humi­lier, nous voler, nous jeter en pri­son et nous tuer, sans que rien de ce que l’on puisse dire ne change rien. C’est pour cela que nous avons dit “¡Ya bas­ta !” Ça suf­fit, main­te­nant ! Pour dire que nous ne per­met­trons plus qu’ils nous dimi­nuent et nous traitent pire que des ani­maux. Et alors nous avons aus­si dit que nous vou­lions la démo­cra­tie, la liber­té et la jus­tice pour tous les Mexi­cains, même si nous nous sommes sur­tout occu­pés des peuples indiens. Parce qu’il se trouve que nous autres de l’EZLN nous sommes presque tous des indi­gènes d’ici, du Chia­pas, mais que nous ne vou­lons pas lut­ter uni­que­ment pour notre propre bien ou uni­que­ment pour le bien des indi­gènes du Chia­pas ou uni­que­ment pour les peuples indiens du Mexique : nous vou­lons lut­ter tous ensemble avec tous les gens humbles et simples comme nous et qui sont dans le besoin et subissent l’exploitation et le vol de la part des riches et de leur mau­vais gou­ver­ne­ment, ici dans notre Mexique et dans d’autres pays du monde (…)” Sixième décla­ra­tion de la forêt Lacandone

Depuis leur sou­lè­ve­ment, les zapa­tistes se sont effor­cés de construire leur autonomie…

  • Où en sommes-nous maintenant

(…) “Bien. Alors, allons‑y d’abord avec les com­munes auto­nomes rebelles zapa­tistes, la forme d’organisation que les com­mu­nau­tés ont choi­sie pour gou­ver­ner et se gou­ver­ner, pour être plus fortes. Cette forme de gou­ver­ne­ment auto­nome n’a pas été mira­cu­leu­se­ment inven­tée par l’EZLN, elle vient de plu­sieurs siècles de résis­tance indi­gène et de l’expérience zapa­tiste et c’est un peu l’auto-organisation des com­mu­nau­tés. C’est-à-dire que ce n’est pas comme si quelqu’un de l’extérieur venait gou­ver­ner, ce sont les vil­lages eux-mêmes qui décident, par­mi eux, qui gou­verne et com­ment, et ceux qui n’obéissent pas sont ren­voyés. Si la per­sonne qui com­mande n’obéit pas à la com­mu­nau­té, on la blâme, elle perd son man­dat d’autorité et une autre prend sa place”. Sixième décla­ra­tion de la forêt Lacandone

L’EZLN dis­pose d’un site offi­ciel, Enlace Zapa­tis­ta où sont publiés ses com­mu­ni­qués ain­si que leurs tra­duc­tions dans de nom­breuses langues.

Le Congrès National Indigène — QU’EST-CE QUE LE CNI (Congrès National Indigène) ?

“Le Congrès Natio­nal Indi­gène s’est consti­tué le 12 octobre 1996 avec la volon­té d’être la mai­son de tous les peuples indi­gènes, c’est-à-dire un espace où les peuples ori­gi­naires trouvent l’espace de réflexion et de soli­da­ri­té (néces­saire) pour conso­li­der leurs luttes de résis­tance et rébel­lion, avec leurs propres formes d’organisation, de repré­sen­ta­tion et de prise de déci­sion. C’est l’espace des indiens que nous sommes : Nous sommes les peuples, nations et tri­bus ori­gi­naires de ce pays, le Mexique, par­lant les langues Amuz­go, Bin­nizá, Chi­nan­te­co, Chol, Chon­tal de Oaxa­ca, Chon­tal de Tabas­co, Coca, Náye­ri, Com­cac, Cui­ca­te­co, Kumiai, Lacandón, Mat­la­zin­ca, Maya, Mayo, Maza­hua, Maza­te­co, Mixe, Mix­te­co, Nahua, Ñahñu, Ñathô, Popo­lu­ca, Puré­pe­cha, Rará­mu­ri, Tepe­hua, Tepe­hua­no, Tla­pa­ne­co, Tojo­la­bal, Toto­na­co, Tri­qui, Tzel­tal, Tzot­zil, Wixá­ri­ka, Toho­no Oód­ham, Mame, Tla­hui­ca, Gua­ri­jío, Sayul­te­co, Yaqui, Zoque. (…)”

Expo­si­tion du col­lec­tif el cam­buche, Tou­louse, sur le Congrès Natio­nal Indi­gène.

“Nous, le CNI-CIG ‑avec les com­mu­nau­tés zapatistes‑, en tant que congrès lorsque nous sommes ensemble et en tant que réseau lorsque nous sommes sépa­rés, nous sommes cette parole col­lec­tive que non seule­ment nous fai­sons nôtre, mais dans et avec laquelle nous nous entre­la­çons, avec la déter­mi­na­tion que notre résis­tance gran­di­ra autant que la menace capi­ta­liste contre la vie. Car pour nos peuples, il n’existe pas la pos­si­bi­li­té de nous rendre, de nous vendre ou d’abandonner, quand ce sont la terre-mère et la vie que les gou­ver­ne­ments, entre­prises, mili­taires et car­tels de la drogue veulent obte­nir comme butin du vol…”

Extrait de la convo­ca­tion à la 5e assem­blée natio­nale du CNI

Quelques grandes initiatives zapatistes

Pour une chro­no­lo­gie détaillée, se réfé­rer à la page wiki­pé­dia sur le Zapa­tisme.

1996 – 97 : Les rencontres « intergalactiques »

Il y a de cela 25 ans… alors que se tenait à Paris la 5e ren­contre euro­péenne de soli­da­ri­té avec la rébel­lion zapa­tiste, l’EZLN ren­dait publique un texte et un appel appe­lant à des “ren­contres inter­ga­lac­tiques”, la Pre­mière décla­ra­tion de « la Rea­li­dad » contre le néo­li­bé­ra­lisme et pour l’humanité : “Une nou­velle guerre mon­diale se livre, mais contre l’humanité tout entière à pré­sent. Comme dans toutes les guerres mon­diales, ce qui est recher­ché, c’est un nou­veau par­tage du monde. Cette guerre moderne qui assas­sine et oublie porte le nom de “mon­dia­li­sa­tion”. Le nou­veau par­tage du monde consiste à concen­trer du pou­voir au pou­voir et de la misère dans la misère. Le nou­veau par­tage du monde exclut les “mino­ri­tés”. Indi­gènes, jeunes, femmes, homo­sexuels, les­biennes, gens de cou­leur, immi­grés, ouvriers, pay­sans ; les majo­ri­tés qui forment les sous-sols du monde, le pou­voir ne les voit que comme des mino­ri­tés super­flues. Le nou­veau par­tage du monde exclut les majorités…”

Après des ren­contres pré­pa­ra­toires qui eurent lieu sur les 5 conti­nents, une “ren­contre inter-conti­nen­tale” eut fina­le­ment lieu dans l’Aguascalientes (aujourd’hui Cara­col) de La Rea­li­dad, Chia­pas, du 27 juillet au 3 août 1996. De ces ren­contres his­to­riques qui mar­quèrent notam­ment la nais­sance de ce que l’on appe­la ensuite le “mou­ve­ment anti-mon­dia­li­sa­tion”, sur­git cet appel zapa­tiste, tou­jours d’actualité, la Deuxième décla­ra­tion de La Rea­li­dad, pro­po­sant d’organiser : “un réseau de nos luttes et résis­tances par­ti­cu­lières. Un réseau de résis­tance contre le néo­li­bé­ra­lisme, un réseau inter­con­ti­nen­tal de résis­tance pour l’humanité. Ce réseau inter­con­ti­nen­tal de résis­tance, en recon­nais­sant les dif­fé­rences et en connais­sant les res­sem­blances, cher­che­ra à ren­con­trer d’autres formes de résis­tances dans le monde. Ce réseau inter­con­ti­nen­tal de résis­tance sera le moyen où les diverses résis­tances pour­ront s’appuyer les unes sur les autres. Ce réseau inter­con­ti­nen­tal de résis­tance n’est pas une struc­ture orga­ni­sée, n’a pas de centre direc­teur, ni de centre déci­sion­nel, n’a pas de man­dat ni de hié­rar­chie. Le réseau est consti­tué de tous ceux qui résistent”.

1999 : 5000 zapa­tistes par­courent le Mexique dans le cadre de la consul­ta­tion natio­nale pour la recon­nais­sance des droits des peuples autoch­tones et pour la fin de la guerre d’extermination.

2001 : Marche de la couleur de la Terre

“Pour la pre­mière fois les peuples indiens pre­naient la tête d’une vaste cam­pagne natio­nale et inter­na­tio­nale appe­lant à mettre à l’ordre du jour non seule­ment les droits et la culture indi­gènes, mais aus­si une autre façon de faire de la poli­tique et d’affronter le pou­voir. Les par­tis poli­tiques ont été bien en des­sous d’une socié­té civile mue par l’espoir de ce qu’elle allait pou­voir construire avec ses propres forces.”

 

Nun­ca mas un Mexi­co sin noso­tros ! Plus jamais un Mexique sans nous !

À vingt ans de la Marche de la cou­leur de la terre, les jour­nées où tout le Mexique a vu et enten­du les peuples indigènes

2003 : Naissance des « Caracoles »

Trans­for­ma­tion des 5 “Aguas­ca­lientes” en “Cara­coles” où siè­ge­ront les “Jun­ta de Buen Gobierno”

2005 – 2006 : La Sixième déclaration et « l’Autre campagne »

Juin 2005, publi­ca­tion de la Sixième décla­ra­tion de la forêt Lacan­done appe­lant à une fédé­ra­tion des luttes en bas à gauche, en dehors de toute pers­pec­tive électorale.

Les che­mins qui ont conduit à la Sexta

A par­tir d’un cer­tain nombre de ren­contres pré­pa­ra­toires, une tour­née des dif­fé­rents Etats du Mexique démarre alors, bap­ti­sée « l’Autre cam­pagne ». (voir à ce sujet le magni­fique docu­men­taire Viva Mexico!)

2008 : Le Festival mondial de la digne rage

Fes­ti­val mon­dial de la digne rage (2008) : “Nous sommes seuls, et il ne nous reste plus que notre digni­té et notre rage. Rage et digni­té sont les ponts ten­dus, ce sont nos lan­gages. Eh bien, écou­tons-nous, connais­sons-nous donc. Que gran­disse notre cou­rage et qu’il se fasse espoir. Que la digni­té ori­gi­nelle soit retrou­vée et que naisse un autre monde…”

21 décembre 2012 : près de 40 000 zapa­tistes enva­hissent en silence les villes occu­pées durant le sou­lè­ve­ment du 1er jan­vier 1994. “VOUS AVEZ ENTENDU ? C’est le son de votre monde en train de s’effondrer, C’est celui du notre qui resur­git. Le jour qui fut jour, était nuit, Et nuit sera le jour qui sera le jour. DÉMOCRATIE ! LIBERTÉ ! JUSTICE!” com­mu­ni­qué 21 décembre 2012.

2013 – 2014 : l’ »Escuelita »

“En août 2013 près de deux mille per­sonnes venues du Mexique et du monde entier se sont ren­dues au Chia­pas, afin de par­ti­ci­per, sous invi­ta­tion de l’Armée Zapa­tiste de Libé­ra­tion Natio­nale (EZLN), à la « escue­li­ta zapa­tis­ta », la « petite école zapa­tiste ». Entre la fin décembre 2013 et le début jan­vier 2014, près de cinq mille nou­veaux « élèves » ont à leur tour été répar­tis dans les 5 cara­coles pour aller étu­dier aux côtés des indi­gènes en résis­tance. Avec cette invi­ta­tion, tota­le­ment inédite, les com­mu­nau­tés auto­nomes chia­pa­nèques lancent un mes­sage fort : à 20 ans de la date de leur sou­lè­ve­ment armé (1), les « insur­gés », hommes et femmes en armes, ne forment plus qu’une petite par­tie d’une vaste orga­ni­sa­tion avant tout civile et pay­sanne, de plu­sieurs dizaines de mil­liers de membres. Depuis deux décen­nies, ils n’ont ces­sé de s’interroger sur la façon de vivre et de se gou­ver­ner par le bas, en par­tant « des plus humbles ». Ils avancent len­te­ment, car inven­ter sa propre auto­no­mie prend du temps, mais ils sont aujourd’hui prêts à par­ta­ger leur expérience…”

La « Escue­li­ta » zapa­tiste, sym­bole d’un nou­veau virage dans la lutte des indi­gènes du Chia­pas (Mexique)

fin 2014 – début 2015 : festival mondial des résistances et des rébellions contre le capitalisme

A l’invitation de l’EZLN et du CNI, plu­sieurs mil­liers de per­sonnes du Mexique et du monde entier se retrouvent pour par­ta­ger leurs luttes dans les com­mu­nau­tés de Xochi­cuaut­la (com­mu­nau­té oto­mi de l’Etat de Mexi­co), d’Amilcingo (com­mu­nau­té nahua du More­los), sur des ter­rains récu­pé­rés par le Front popu­laire Fran­cis­co Vil­la inde­pen­dant dans le dis­trict d’Iztapalapa ville de Mexi­co, dans la com­mu­nau­té de Mon­clo­va (com­mu­nau­té maya du Cam­peche), au CIDECI de San Cris­to­bal de las Casas (aujourd’hui cara­col zapa­tiste) et dans le cara­col d’Oventic, région altos du Chia­pas. Les zapa­tistes y cédent leur place aux pères et mères des étu­diants frap­pés par la répres­sion à Ayot­zi­na­pa (6 morts et 43 dis­pa­rus) et une tour­née mon­diale de soli­da­ri­té avec Ayot­zi­na­pa est alors entérinée.

2016 et 2017 : ConCiencias y CompArte por la humanidad

Appel à tous les artistes et les scien­ti­fiques du monde à racon­ter leurs visions des mondes de demain.

8 mars 2018 : Première rencontre internationale des femmes en lutte

À l’invitation des femmes zapa­tistes, orga­ni­sa­tion de la Pre­mière ren­contre inter­na­tio­nale des femmes en lutte dans le cara­cole de More­lia. Un docu­men­taire a été réa­li­sé sur cette ren­contre, dis­po­nible ici.

Une seconde ren­contre inter­na­tio­nale des femmes en lutte a ensuite été orga­ni­sée l’année sui­vante. Les paroles des femmes zapa­tistes sur cha­cune de ces ren­contres sont dis­po­nibles ici pour la pre­mière et ici pour la seconde.

17 Août 2019 : 7 Caracoles de plus !

Sept Cara­coles sup­plé­men­taires (donc 12 au total) et 4 nou­velles muni­ci­pa­li­tés (MAREZ)

Carte faite par le Ser­vi­cio Inter­na­cio­nal para la Paz (SIPAZ).

Ce texte a été rédi­gé par la coor­di­na­tion fran­co­phone.

5 octobre 2020 : la Gira Zapatista

L’EZLN annonce cette tour­née mon­diale par un long com­mu­ni­qué (le pre­mier de six) inti­tu­lé « Part Six » : Une mon­tagne en haute mer« , qui fait le tour des luttes cau­sées par l’oppression du sys­tème capi­ta­liste dans le monde et appelle « les rébel­lions et les résis­tances des cinq conti­nents » à des ren­contres pour par­ta­ger les luttes col­lec­tives, en insis­tant sur le fait que les fémi­ni­cides n’ont ni cou­leur ni natio­na­li­té et que les méga­pro­jets d’extraction et la mon­tée du féti­chisme se pro­duisent par­tout dans le monde.

Le 1er janvier 2021 : la « Déclaration pour la vie »

Coïn­ci­dant avec le 27e anni­ver­saire de la fon­da­tion de l’EZLN, plus de 2 500 orga­ni­sa­tions et per­sonnes de 51 pays du monde entier signent la « Décla­ra­tion pour la vie », sou­te­nant la tour­née zapa­tiste sur les cinq conti­nents. Une décla­ra­tion dans laquelle ils affirment que « le sys­tème capi­ta­liste patriar­cal, exploi­teur, pyra­mi­dal, raciste et cri­mi­nel est res­pon­sable des dou­leurs du monde » et que par­tout dans le monde il y a des gens qui luttent, depuis leurs propres terres et de dif­fé­rentes manières, pour le détruire. Ils pré­cisent éga­le­ment que le but de la tour­née n’est pas d’imposer leur point de vue, mais d’écouter tous ceux qui luttent pour la liber­té et la jus­tice à par­tir de leurs dif­fé­rences. Plus d’une ving­taine d’associations et col­lec­tifs belge ont signé cette déclaration.

Les détails des pré­pa­ra­tifs de cette tour­née trans­at­lan­tique ont été lar­ge­ment dif­fu­sés par le biais de 13 com­mu­ni­qués accom­pa­gnés de vidéos et de pho­to­gra­phies prises par les dif­fé­rents comi­tés de com­mu­ni­ca­tion des bases de sou­tien zapa­tistes et par les Ter­cios Com­pas et repro­duits par un grand nombre de media mains­tream.

Ce voyage évoque une légende maya selon laquelle Ixchel, la déesse de l’amour et de la fer­ti­li­té, a dit : « De l’Est sont venus la mort et l’esclavage. Demain, que la vie et la liber­té voguent vers l’est sur la parole de mes os et de mon sang. »

 

 

 

EN LIEN :