CONSEILS EN MANIF — PARIS 2016

Quelques pré­cau­tions à prendre pour ceux qui veulent se soli­da­ri­ser avec les mani­fes­tants fran­çais.

Pre­nons nos pré­cau­tions quand on sort pour une manif, une action, ou autre. Face à la police, face à la jus­tice… rédui­sons les risques !

Quelques conseils…

… AVANT LA MANIF

Évi­ter de venir seul.e. For­mer des binômes et tri­nômes (per­sonnes se connais­sant et ayant les mêmes objec­tifs), si pos­sible venir en plus grand groupe et fixer un ren­card d’après-manif pour voir si tout le monde va bien.

Évi­ter d’amener agen­da, car­net d’adresses, tracts et papiers com­pro­met­tants. Les por­tables sont utiles, mais atten­tion à les éteindre en cas d’arrestation. De l’eau, de la bouffe et un fou­lard peuvent être utiles, ain­si que du sérum phy­sio­lo­gique. Avoir des chaus­sures adap­tées et évi­ter de por­ter des vête­ments trop amples. Empor­ter le nom ou le numé­ro d’un avo­cat et de la com­mis­sion anti-répres­sion (si elle existe).

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… PENDANT LA MANIF

Res­ter mobile et attentif.ve à « l’environnement » : ’’forces de l’ordre’’ (CRS, BAC, RG…), vidéo­sur­veillance urbaine, télé­phones por­tables, go-pro … Avec leurs camé­ras, les flics fichent les manifestant.e.s : se mas­quer le visage peut être utile.

La pre­mière arme de la police c’est la peur. Sirènes, fusées, gre­nades assour­dis­santes et inti­mi­da­tions orales sont sur­tout des tech­niques de dis­sua­sion. Face à cela, essayer de res­ter le plus calme pos­sible, même dans les mou­ve­ments de foule ; évi­ter de crier ou de cou­rir inuti­le­ment (cela aug­mente le stress col­lec­tif). Ne pas céder à la panique… La peur est natu­relle mais on peut apprendre à la cana­li­ser (chan­ter ensemble, crier des slo­gans…).

Une charge de police dépasse rare­ment 50 m donc il est inutile de cou­rir plus loin ; il vaut mieux mar­cher groupé.e.s et évi­ter de lais­ser des per­sonnes iso­lées der­rière le groupe. La BAC est là pour inter­pel­ler : ils agissent en roue libre avant de se replier der­rière les lignes de CRS/GM, res­ter groupé.e.s face à elle, for­mer des chaînes si néces­saire, c’est un bon moyen d’éviter les arres­ta­tions.

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Les lacry­mos sont sou­vent très loca­li­sées, il suf­fit de se déca­ler de quelques mètres pour les évi­ter. En cas de gazage, res­pi­rer au tra­vers d’un tis­su imbi­bé d’eau (atten­tion ! si le citron fait du bien sur le coup, l’association citron+lacrymos est très nocive). Les lacry­mos collent à la peau et aux tis­sus, il faut donc évi­ter de se tou­cher les yeux et les lèvres avec des mains ou des vête­ments conta­mi­nés. Se rin­cer la peau avec de l’eau. Pour les yeux, le mieux est le sérum phy­sio­lo­gique, sinon on peut uti­li­ser de l’eau (éven­tuel­le­ment mélan­ger à du Malox). Res­ter tou­jours attentif.ve aux autres manifestant.es : l’entraide est essen­tielle. Si on voit une arres­ta­tion, on peut s’y oppo­ser en agrip­pant la per­sonne et en inter­pel­lant les gens autour. Mais atten­tion, ça ne sert à rien de jouer les zor­ros… et de se faire ser­rer aus­si.

Si rien ne peut être ten­té, deman­der à la per­sonne de crier son nom et son adresse puis don­ner ces infos à la com­mis­sion « anti-répres­sion » ; si il n’y en a pas, contac­tez-nous. Cela aide à accé­lé­rer l’aide juri­dique (pré­pa­rer un dos­sier, dis­cu­ter de la défense…) et l’ami.e incarcéré.e se sen­ti­ra moins seul.e. Si on est arrêté.e, crier son nom aux témoins, et évi­ter les insultes et les coups : l’« outrage et rébel­lion » est l’arme judi­ciaire pré­fé­rée des flics pour char­ger un dos­sier.

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… EN CAS DE GARDE A VUE

La durée maxi­male d’un contrôle d’identité est de 4 h ; une garde-à-vue peut durer 24 h, pro­lon­geables jusqu’à 48 h. Depuis la réforme de la GAV en 2011, il est pos­sible d’exiger la pré­sence d’un avo­cat dès le début de la GAV et pen­dant les inter­ro­ga­toires ; il a 2 h pour arri­ver. Dans les faits, les flics peuvent insis­ter pour com­men­cer sans lui, sous pré­texte qu’il n’est pas joi­gnable, et débu­ter une audi­tion. Ne pas céder sur ce point. Res­ter vigilant.e même en pré­sence d’un avo­cat : un avo­cat peu sou­cieux de la situa­tion vous conseille­ra peut-être de tout dire, ou de don­ner votre ADN… Deman­der à voir un méde­cin (si cette demande n’est pas satis­faite il y a vice de pro­cé­dure… et ça fait tou­jours du bien de ren­con­trer des gens).

Il faut savoir que tout ce que vous direz lors d’une audi­tion sera uti­li­sé ensuite par un juge pour vous condam­ner. La loi n’oblige qu’à don­ner ses noms, date de nais­sance et adresse. Une des tech­niques poli­cières employées est de vous inci­ter à recon­naître ce qui vous est repro­ché pour sor­tir plus vite de garde à vue. Accep­ter est un mau­vais cal­cul.

Mal­gré toutes les pres­sions des flics on a évi­dem­ment le droit de ne rien décla­rer. Atten­tion, les flics mani­pulent sou­vent les Pro­cès-Ver­baux, il faut bien les relire avant d’éventuellement les signer. Il est qua­si impos­sible de reve­nir, lors d’un pro­cès, sur des décla­ra­tions faites au cours d’une garde à vue.

Le fichage géné­tique (ADN) est un grand pas vers la sur­veillance totale. Même si refu­ser de don­ner son ADN aux flics consti­tue un délit (un an de pri­son et 15 000 euros d’amende), les pour­suites ne sont pas sys­té­ma­tiques, et les condam­na­tions sont sou­vent légères ( une amende de quelques cen­taines d’euros…) quand la.e prévenu.e invoque un refus du fichage géné­tique et est soutenu.e par des asso­cia­tions, syn­di­cats… Là aus­si, la Caisse de Soli­da­ri­té ou — s’il y en a une — la com­mis­sion « anti-répres­sion » de votre mou­ve­ment sont là pour orga­ni­ser la soli­da­ri­té en cas de condam­na­tion pour refus ADN.

En règle géné­rale il vaut mieux deman­der à repor­ter la com­pa­ru­tion immé­diate pour pré­pa­rer sa défense car les condam­na­tions sont en moyenne plus lourdes lors de celles-ci. Il faut que vous jugiez selon la gra­vi­té des faits, le contexte de l’arrestation et les garan­ties de repré­sen­ta­tion (infor­ma­tion qui prouvent que vous ne ris­quez pas de ne pas vous pré­sen­ter à votre juge­ment : attes­ta­tion de tra­vail, for­ma­tion, loge­ment…) que vous pou­vez four­nir, on encourt alors le risque d’une déten­tion pré­ven­tive (quelques semaines). D’où l’importance aus­si de pré­pa­rer un dos­sier solide lorsque vos ami.es sont arrêté.es pour confir­mer les garan­ties de repré­sen­ta­tion.

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… APRES LA MANIF

Chan­ger ses vête­ments si néces­saire, évi­ter de ren­trer seul.e chez soi. C’est sou­vent bien de trou­ver un moment pour dis­cu­ter de la manif et de nos res­sen­tis, et pour s’organiser pour la pro­chaine !

Source : Paris-luttes.info

Pho­to­gra­phies : Col­lec­tif Kras­nyi