Chili : Appel des étudiants Mapuche

L’État nous propose le dialogue, mais fait la sourde oreille à nos revendications en tant que Peuple

Cette décla­ra­tion de la Fédé­ra­tion des étu­diants Mapuches-FEMAE a été ren­due publique le 6 jan­vier 2012. Il faut la resi­tuer dans le contexte sui­vant : les grandes firmes fores­tières, alliées à l’État chi­lien, ont des pro­jets de déve­lop­per mas­si­ve­ment des plan­ta­tions d’eucalyptus et de pins sur des ter­ri­toires de la com­mu­nau­té mapuche. Dans leur mar­ke­ting, elles pré­sentent ces pro­jets de plan­ta­tion comme une aide à la popu­la­tion mapuche. Toute résis­tance des pay­sans mapuche est répri­mée en uti­li­sant un décret issu de la dic­ta­ture de Pino­chet, le décret connu sous le nom D.701. La popu­la­tion mapuche dénonce, avec l’appui d’organisations de défense de l’environnement, d’une part l’opération de sub­sti­tu­tion de forêts tra­di­tion­nelles par des forêts de ren­de­ment et, d’autre part, la réduc­tion qui en découle de l’ampleur des terres culti­vées pour une agri­cul­ture vivrière. Contrai­re­ment à ce que déclarent les grandes firmes, diverses études montrent que les ter­ri­toires sou­mis aux dik­tats des plan­ta­tions fores­tières de rente concentrent des popu­la­tions dont la pau­pé­ri­sa­tion et la pré­ca­ri­sa­tion n’ont fait que s’accentuer.

Source de l’ar­ticle : à l’en­contre

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Décla­ra­tion de la Fédé­ra­tion des Étu­diants Mapuche (FEMAE)

Wall­ma­pu, le 6 jan­vier 2012.

Étant don­né :

- l’assaut média­tique que réa­lise le gou­ver­ne­ment de l’Etat chi­lien en place qui attri­bue la cause des incen­dies [fin décembre-début jan­vier, un incen­die a rava­gé des dizaines de mil­liers d’hectares le parc natio­nal Torres del Paine, au sud du Chi­li ; les auto­ri­tés ont mani­fes­té à cette occa­sion leur inca­pa­ci­té d’intervention] aux consé­quences dra­ma­tiques – comme la mort des sept pom­piers locaux qui lut­taient contre le feu dans la région Cara­hue – à l’action d’organisations mapuche ;

- l’exploitation poli­tique que font, en par­ti­cu­lier, des sec­teurs liés à l’entreprise fores­tière Minin­co et le grand patro­nat en géné­ral ;

- le lyn­chage média­tique auquel se livrent le ministre de l’Intérieur Rodri­go Hinz­pe­ter et le dépu­té José Manuel Edwards qui dif­fusent leur propre juge­ment hypo­thé­tique et a prio­ri, sans attendre le résul­tat d’une enquête dont sont char­gés des experts spé­cia­listes et en écar­tant les pré­somp­tions fon­dées des pom­piers et des bri­ga­distes qui luttent eux-mêmes contre le feu ;

- les insi­nua­tions directes des porte-parole de la firme Minin­co ain­si que les décla­ra­tions du pré­sident de la Répu­blique Sebas­tian Piñe­ra lui-même et du pré­fet [de la région de l’Araucania] Andrés Moli­na, qui assurent dis­po­ser de « don­nées concrètes » sur le carac­tère inten­tion­nel de l’incendie de mul­tiples plan­ta­tions de pins et d’eucalyptus,

les étu­diants mapuche déclarent ce qui suit :

- 1. Affir­mer gra­tui­te­ment, sans aucune preuve, que les incen­dies de forêts qui touchent la région de l’Araucania et celle du Bío-Bío ont été effec­ti­ve­ment pro­vo­qués par des Mapuche nous paraît une des formes les plus mépri­santes pour délé­gi­ti­mer les justes reven­di­ca­tions poli­tiques de notre Nation. C’est une atti­tude tota­le­ment raciste.

- 2. La mani­pu­la­tion média­tique de cette situa­tion s’insère dans un pro­ces­sus de cri­mi­na­li­sa­tion de la pro­tes­ta­tion sociale mapuche qui laisse augu­rer une éven­tuelle vague de répres­sion comme celle qui sévit actuel­le­ment dans les ter­ri­toires mapuche de Quepe et Ercilla.

- 3. Nous reje­tons caté­go­ri­que­ment les décla­ra­tions des auto­ri­tés gou­ver­ne­men­tales qui donnent l’ordre de cher­cher des cou­pables au sein du mou­ve­ment mapuche, tout en refu­sant de voir l’extension mas­sive de plan­ta­tion d’arbres exo­tiques comme le pin et l’eucalyptus, ain­si que les condi­tions de tra­vail pré­caires des pom­piers locaux. Tout cela est de la res­pon­sa­bi­li­té des entre­prises d’exploitation fores­tière actives dans le Wall­ma­pu [nom à dimen­sion géo­gra­phique et cultu­relle du ter­ri­toire mapuche].

- 4. Nous dénon­çons éner­gi­que­ment l’application de la Loi anti­ter­ro­riste qui a pour but, d’une part, de réa­li­ser une bru­tale per­sé­cu­tion prin­ci­pa­le­ment contre nos sœurs et frères mapuche et, d’autre part, de les sou­mettre à des pro­cé­dures judi­ciaires injustes et irra­tion­nelles.

- 5. L’invocation de la Loi de sécu­ri­té inté­rieure de l’Etat fait par­tie d’un contexte dont le but est de salir la com­mé­mo­ra­tion de l’assassinat par tir de mitraillette, dans le dos, de l’étudiant Matias Catri­leo Que­za­da [article en date du 5 jan­vier « Chi­li : les cara­bi­niers arrêtent et bru­ta­lisent José Anca­lao »]. Jus­tice n’a tou­jours pas été faite quatre ans après qu’il a été tué par Wal­ter Ramí­rez [membre d’un corps répres­sif spé­cial des Cara­bi­niers].

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Enfin, nous dési­rons lan­cer un appel à toute la Nation mapuche et à ses orga­ni­sa­tions, aux orga­ni­sa­tions de défense des droits humains et à tous ceux et celles qui sym­pa­thisent avec la cause mapuche pour qu’ils res­tent atten­tifs aux manœuvres de repré­sailles qui peuvent se pro­duire.

Nous lan­çons éga­le­ment un appel à la socié­té chi­lienne en géné­ral pour qu’elle ne se laisse pas trom­per par les médias et par les décla­ra­tions des auto­ri­tés gou­ver­ne­men­tales.

L’État nous pro­pose le dia­logue, mais fait la sourde oreille à nos reven­di­ca­tions en tant que Peuple, tout en cher­chant à exa­cer­ber la colère pour pou­voir l’utiliser comme excuse afin de répri­mer et d’ignorer les droits légi­times de notre Peuple Nation mapuche qui nous ont été déniés his­to­ri­que­ment.

(Tra­duc­tion A l’Encontre)