Des chercheurs sanctionnés pour avoir critiqué les OGM

Nous aimerions rappeler que la liberté académique comporte également la liberté des universitaires d’adopter une attitude critique à l’égard de certaines articulations sociales

Image_2-88.png

Des cher­cheurs sanc­tion­nés pour avoir cri­ti­qué les OGM

par Chris­tophe NOISETTE , juin 2011

3 juin 2011 : l’université de Leu­ven a déci­dé de licen­cier une de ses cher­cheuses, Bar­ba­ra Van Dyck, qui a pris part à la jour­née de déso­béis­sance civile non-vio­lente, contre le champ de pommes de terre GM de Wet­te­ren. L’Université entend aus­si prendre des sanc­tions à l’encontre de deux autres cher­cheurs de la même uni­ver­si­té, qui ont expri­mé dans la presse belge des doutes ou des craintes vis-à-vis des OGM. Ces trois cher­cheurs ont été enten­dus par les auto­ri­tés aca­dé­miques et assument leur sou­tien au prin­cipe de la mani­fes­ta­tion.
Face à cette ten­ta­tive d’intimidation, les réac­tions se sont mul­ti­pliées, notam­ment vis-à-vis du rec­to­rat et une dizaine de cher­cheurs de dif­fé­rentes uni­ver­si­tés viennent de publier une lettre ouverte dans laquelle ils reven­diquent avoir pris part à la mani­fes­ta­tion contre l’essai en champ de pommes de terre trans­gé­niques.
Une péti­tion de sou­tien pré­cise : « Que l’on soit d’accord ou non avec l’objectif et la stra­té­gie de l’action, la sanc­tion est dis­pro­por­tion­née et porte atteinte à la liber­té aca­dé­mique et la liber­té d’expression. Nous appe­lons le monde aca­dé­mique à s’opposer à ce ren­voi et à signer cette péti­tion. […] En outre, [Bar­ba­ra Van Dyck] n’est pas ren­voyée en rai­son d’infractions qu’elle aurait com­mises ce jour-là, mais en rai­son de la soli­da­ri­té qu’elle exprime à l’égard des mani­fes­tants et le sou­tien public qu’elle apporte à cette action de déso­béis­sance civile. On peut donc se deman­der sur quelle base les auto­ri­tés aca­dé­miques ont déci­dé ce licen­cie­ment. Avec cette mesure dis­pro­por­tion­née – une inter­dic­tion d’exercer sa pro­fes­sion –, les auto­ri­tés uni­ver­si­taires violent une des valeurs fon­da­men­tales de leur propre charte, en par­ti­cu­lier celle de la liber­té aca­dé­mique. Nous aime­rions rap­pe­ler que la liber­té aca­dé­mique signi­fie non seule­ment avoir la pos­si­bi­li­té de mener des recherches de façon indé­pen­dante, mais com­porte éga­le­ment la liber­té indi­vi­duelle des uni­ver­si­taires d’adopter une « atti­tude cri­tique à l’égard de cer­taines ten­dances ou arti­cu­la­tions sociales. La liber­té intel­lec­tuelle indi­vi­duelle est tou­jours une pierre angu­laire de notre iden­ti­té uni­ver­si­taire ». […] Pas besoin d’approuver la cible et les tac­tiques de l’action pour com­prendre son enjeu social : qu’est-ce qu’une agri­cul­ture socia­le­ment juste et éco­lo­gi­que­ment durable ? Quel est le rôle des OGM et com­ment dis­tri­buons-nous les res­sources de recherche d’une manière équi­table entre les dif­fé­rentes options ? Réduire cette action à un acte de vio­lence (contre des pommes de terre ?) détourne l’attention du débat néces­saire. La pré­sence de scien­ti­fiques des deux côtés du débat démontre que même au sein de la com­mu­nau­té scien­ti­fique il y a un désac­cord sur la néces­si­té sociale et la valeur ajou­tée des OGM ».



Champ de patates OGM sac­ca­gé par des mili­tants… par BELGA_NEWS_AGENCY

Wet­te­ren : une cher­cheuse licen­ciée pour avoir par­ti­ci­pé au sac­cage Book­mark and Share

Image_1-99.pngSuite à l’attaque d’extrémistes contre un champ expé­ri­men­tal de l’UGent à Wet­te­ren, le rec­to­rat de la Katho­lieke Uni­ver­si­teit Leu­ven (KUL) a déci­dé de pro­cé­der au licen­cie­ment sans pré­avis de Bar­ba­ra Van Dyck, cher­cheuse au dépar­te­ment d’urbanisme de la KUL, pour avoir par­ti­ci­pé à la des­truc­tion de dimanche der­nier. Deux autres cher­cheurs de la KUL ayant par­ti­ci­pé pas­si­ve­ment à l’action n’ont pas été sanc­tion­nés.

Dans une lettre ouverte com­mune [1], les rec­teurs de 5 uni­ver­si­tés fla­mandes (KUL, UGent, Uni­ver­si­teit Ant­wer­pen, UHas­selt et VUB) ont dénon­cé une attaque inac­cep­table diri­gée contre la liber­té et l’indépendance de la recherche scien­ti­fique. Un vice-rec­teur de la KUL explique cette déci­sion par la par­ti­ci­pa­tion active de Bar­ba­ra Van Dyck à la des­truc­tion du champ mais aus­si à son rôle de porte-parole du Field Libe­ra­tion Move­ment [2]. Inter­ro­gée par la VRT (voir pho­to), elle avait en effet décla­ré qu’il ne s’agissait que du début d’une cam­pagne plus large, en annon­çant donc d’autres. Face au rec­to­rat, elle ne s’est à aucun moment dis­tan­cée du carac­tère violent de l’action. Face à tant d’aveuglement, la KUL ne pou­vait visi­ble­ment faire autre­ment que de se sépa­rer de ce qu’il convient d’appeler une délin­quante poten­tiel­le­ment réci­di­viste, met­tant en dan­ger le tra­vail de ses col­lègues.

En réac­tion à cette sanc­tion, les col­lègues de la cher­cheuse ont lan­cé une péti­tion [3] appel­lant la KUL à ne prendre aucune mesure contre les cher­cheurs concer­nés et à faire preuve de “géné­ro­si­té intel­lec­tuelle” (sic !) tout en iro­ni­sant sur la vio­lence subie par les pommes de terre. Sur les 45 signa­taires, on trouve des socio­logues, des lit­té­raires, des archi­tectes, des phi­lo­sophes, 1 repré­sen­tant d’ATTAC, une dépu­tée Groen !… mais seule­ment 7 bio­lo­gistes.

lettresoutien_wetteren_universite.doc