Amérique latine : fin de cycle ou nouvelle étape pour les ouvernements populaires ?

Il est deve­nu clair qu’il ne suf­fit plus de pla­cer « de bons gou­ver­ne­ments » à des postes ins­ti­tu­tion­nels qui répondent au sys­tème que l’on cherche à chan­ger.

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Gou­ver­ne­ments popu­laires en Amé­rique latine : « fin de cycle » ou nou­velle étape poli­tique ?

Quelques intel­lec­tuels qui se défi­nissent comme étant de gauche ou de centre gauche, ont affir­mé récem­ment que nous vivons une fin de cycle des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes, carac­té­ri­sée par l’épuisement de leurs pro­grammes néo-déve­lop­pe­men­tistes – qui incluent l’extractivisme – et leur « inef­fi­cace » capa­ci­té de ges­tion. Selon eux, nous devons donc nous attendre à une avan­cée de la droite dans la région, situa­tion qui des­si­ne­rait une nou­velle carte poli­tique en Amé­rique latine. Avec ce dis­cours « vision­naire », basé sur la connais­sance des pro­jets géo­po­li­tiques de l’empire pour la région, ces intel­lec­tuels ont contri­bué à ins­tal­ler et à « rendre natu­rel » dans l’opinion publique l’avènement de la fin des gou­ver­ne­ments popu­laires et leur rem­pla­ce­ment « inévi­table » par des gou­ver­ne­ments de droite, en les pré­sen­tant même comme une « salu­taire alter­nance ». Il convient donc de par­ta­ger quelques réflexions au sujet de ce diag­nos­tic et de ce juge­ment.

Le retour cri­tique sur les évé­ne­ments poli­tiques de ces der­nières années révèle que les pro­po­si­tions poli­tiques qui ont carac­té­ri­sé l’action des gou­ver­ne­ments popu­laires dans la phase post-néo­li­bé­rale, ont été accom­plies. Ceci annonce l’ouverture d’une nou­velle époque, sup­po­sant des pro­blé­ma­tiques et des tâches nou­velles ain­si que de nou­veaux sujets et défis. Mais au-delà des tâches et de la pro­gram­ma­tion des agen­das, les pre­mières années des gou­ver­ne­ments popu­laires ont per­mis aux peuples d’évoluer à tra­vers toutes sortes d’apprentissages.

Il est deve­nu clair –dans les faits- que « gou­ver­ne­ment » et « pou­voir » ne sont pas syno­nymes, qu’il n’est pas pos­sible de les affron­ter en même temps ni de la même façon. Les révo­lu­tions démo­cra­tiques ne sont pas syno­nymes de la « voie paci­fique » d’autrefois. Elles sup­posent l’approfondissement de conflits poli­tiques comme véhi­cules de la lutte des classes, ceux-ci étant for­te­ment liés à une pro­fonde bataille d’idées, tant poli­tique que cultu­relle.

Il est deve­nu clair qu’il ne suf­fit plus de pla­cer « de bons gou­ver­ne­ments » à des postes ins­ti­tu­tion­nels qui répondent au sys­tème que l’on cherche à chan­ger.

- La crois­sance éco­no­mique est impor­tante, mais insuf­fi­sante. L’éducation poli­tique, la bataille idéo­lo­gique est cen­trale. Et elle est liée à la par­ti­ci­pa­tion poli­tique, à la prise de pou­voir. Per­sonne ne peut auto­no­mi­ser autrui et moins encore par le haut. L’autonomisation germe dans la par­ti­ci­pa­tion consciente et active des sujets lors des pro­ces­sus qui trans­forment la socié­té.

- La concep­tion de la poli­tique par le haut et dis­cré­tion­naire du XXème siècle est épui­sée ; la niai­se­rie, le roman­tisme fade au sujet de la démo­cra­tie, la sous-esti­ma­tion de la poli­tique, et les vieilles moda­li­tés de la repré­sen­ta­tion poli­tique qui sup­plantent la par­ti­ci­pa­tion popu­laire et séparent le poli­tique du social.

- Fin du maxi­ma­lisme théo­rique et du mini­ma­lisme pra­tique de l’extrême-gauche.

- Fin de l’avant-gardisme, de la pen­sée libé­rale de gauche et des pra­tiques qui en sont issues, et qui isolent les mili­tants de gauche des pro­ces­sus concrets que vivent les peuples, leurs acteurs et leurs dyna­miques, en les situant hors des espaces concrets où ont lieu les com­bats poli­tiques.

DÉFIS FONDAMENTAUX DE CETTE NOUVELLE ÉPOQUE POLITIQUE

Les peuples, les mou­ve­ments sociaux et poli­tiques, ain­si que les gou­ver­ne­ments popu­laires, révo­lu­tion­naires et pro­gres­sistes ont besoin de faire une pause, de rendre compte des réus­sites, des limites et des nou­velles mis­sions. Il s’agit de cela : retour­ner aux ques­tions ini­tiales, recon­si­dé­rer les réponses qui ont gui­dé les pas de l’action poli­tique, éco­no­mique, sociale et cultu­relle durant plus d’une décen­nie, tout en se pré­pa­rant à affron­ter de nou­veaux défis. Par­mi eux, je sou­li­gne­rais les sui­vants :

Conser­ver les acquis implique ren­for­cer le pro­ces­sus de chan­ge­ment

Le retour en force d’oppositions poli­tiques de type néo­li­bé­ral a mis cer­tains gou­ver­ne­ments sur la défen­sive. Conser­ver les acquis est deve­nu une prio­ri­té de l’action poli­tique. Mais ce qui n’a pas été – n’est pas – cla­ri­fié c’est que, pour conser­ver ce qui a été conquis et pour main­te­nir les pro­ces­sus de chan­ge­ments, il est néces­saire de les ren­for­cer, de les appro­fon­dir. Ce n’est pas par des accords entre groupes de pou­voir, ni en cher­chant des alliances avec des sec­teurs oppo­sés aux chan­ge­ments qu’on y par­vient ; l’exemple du Bré­sil est plus qu’éloquent à cet égard.

La clé réside dans le fait d’ancrer les pro­ces­sus dans la par­ti­ci­pa­tion active des citoyens. Une nou­velle époque sociale, poli­tique et cultu­relle s’est bâtie : ce qui sup­pose de nou­velles mis­sions dont la réa­li­sa­tion doit se marier avec l’action popu­laire. Cela implique éga­le­ment de ren­for­cer les pro­ces­sus de conscien­ti­sa­tion et d’organisation col­lec­tive pour revi­go­rer la déter­mi­na­tion des peuples à main­te­nir les acquis et à entraî­ner le pro­ces­sus vers de plus grandes trans­for­ma­tions. Cela ne peut pas être spon­ta­né ; si l’on livre les évé­ne­ments à la « spon­ta­néi­té », ne nous éton­nons pas face à l’avènement de sub­sti­tu­tions poli­tiques de droite.

L’actuelle conjonc­ture poli­tique du conti­nent place les gou­ver­ne­ments popu­laires, les forces pro­gres­sistes et révo­lu­tion­naires face au choix de ren­for­cer les trans­for­ma­tions ou de suc­com­ber face à elles, s’ils choi­sissent de les défendre exclu­si­ve­ment « par le haut ».

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Argen­tine, décembre 2015 : pre­mière mani­fes­ta­tion en défense de la loi démo­cra­ti­sant la répar­ti­tion des ondes radio et tv (1/3 publiques, 1/3 pri­vées, 1/3 asso­cia­tives) que le pré­sident néo-libé­ral Macri vient de déro­ger par décret.
Argen­tine, jan­vier 2016 : répres­sion de tra­vailleurs par le gou­ver­ne­ment Macri

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Argen­tine, jan­vier 2016 : répres­sion de tra­vailleurs licen­ciés.

La par­ti­ci­pa­tion active des citoyens est stra­té­gique pour que les gou­ver­ne­ments popu­laires deviennent aus­si une manière de construire ce pou­voir popu­laire.

Le ren­for­ce­ment de la démo­cra­tie requiert d’assumer l’impératif poli­tique déci­sif du rôle actif du peuple : les trans­for­ma­tions relient simul­ta­né­ment les lignes poli­tiques des gou­ver­ne­ments popu­laires aux dif­fé­rents pro­ces­sus de construc­tion et de conso­li­da­tion du pou­voir par le bas. C’est ce qui consti­tue le fon­de­ment de l’approfondissement des pro­ces­sus de trans­for­ma­tion sociale en cours. Le pen­ser comme un simple aggior­na­men­to de l’agenda public laisse les gou­ver­ne­ments popu­laires à la mer­ci de la vora­ci­té poli­tique des oppo­sants.

Les réa­li­tés objec­tives et sub­jec­tives ont chan­gé ; les sub­jec­ti­vi­tés poli­tiques des acteurs qui prennent part aux pro­ces­sus de chan­ge­ment se sont appro­fon­dies, il y a une exi­gence de rôles nou­veaux, plus impor­tants. Cette action a besoin aujourd’hui de se réor­ga­ni­ser et de se réar­ti­cu­ler pour consti­tuer de nou­velles conver­gences dans les actions mili­tantes sociales et poli­tiques, à l’intérieur et à l’extérieur de ce qui est ins­ti­tu­tion­nel, et en actua­li­sant l’horizon stra­té­gique des chan­ge­ments.

Parier sur la construc­tion du rôle col­lec­tif des peuples pour qu’ils se consti­tuent en force poli­ti­co-sociale de libé­ra­tion est le fac­teur essen­tiel qui mar­que­ra le cap et les dyna­miques poli­tiques du pré­sent et du futur immé­diat. C’est lui aus­si qui condui­ra à la construc­tion de l’unité des peuples.

Recon­naître la par­ti­ci­pa­tion popu­laire orga­nique comme un fac­teur clé pour la conso­li­da­tion et l’approfondissement des pro­ces­sus de chan­ge­ment en cours, ne s’oppose pas à la recon­nais­sance du rôle des lea­der­ships indi­vi­duels. Mais cela ne signi­fie pas accep­ter que la conti­nui­té des lea­ders à la tête des gou­ver­ne­ments popu­laires soit le fac­teur qui donne de la sta­bi­li­té et de la soli­di­té aux pro­ces­sus. Au contraire, lorsque des lea­ders se sub­sti­tuent au rôle poli­tique des peuples, en réa­li­té, loin d’en garan­tir la conti­nui­té, ils entraînent le pro­ces­sus dans le court terme.

Des peuples sans auto­no­mie et sans convic­tion propre agi­ront peu pour ren­for­cer et/ou appro­fon­dir des pro­ces­sus s’ils ne les per­çoivent pas réel­le­ment come les leurs. La dis­tance s’installera silen­cieu­se­ment dans les rangs popu­laires et ouvri­ra la voie à de pré­vi­sibles défaites. Ce n’est pas une situa­tion en « noir ou blanc » ; il faut beau­coup nuan­cer. On a sou­vent vu des orga­ni­sa­tions popu­laires faire preuve de davan­tage de matu­ri­té et de res­pon­sa­bi­li­té que leurs diri­geants et, même quand ils ne par­viennent pas à évi­ter des dénoue­ments néga­tifs, leur pré­sence active dans la rue, les réduisent de façon non négli­geable. Les lea­ders sont impor­tants et dans cer­tains cas, déci­sifs. Jamais pour rem­pla­cer la par­ti­ci­pa­tion active des peuples, plu­tôt pour la déclen­cher et la faire pro­gres­ser.

Hugo Cha­vez, exemple de lea­der cha­ris­ma­tique et grand archi­tecte du pro­ces­sus révo­lu­tion­naire boli­va­rien au Vene­zue­la, n’a pas cen­tré ce pro­ces­sus sur sa per­sonne. Pour lui, il était clair que le peuple auto-consti­tué en tant que sujet révo­lu­tion­naire est le véri­table créa­teur, construc­teur et sup­port d’un nou­veau type de pou­voir en ges­ta­tion dans les conseils com­mu­naux et les com­munes. C’est avec ces der­niers que la révo­lu­tion boli­va­rienne avance vers une nou­velle civi­li­sa­tion, en s’orientant- avec des citoyens assu­mant de plus en plus de pou­voirs – vers la construc­tion d’un État com­mu­nal. C’était si clair pour Cha­vez que son slo­gan a été (et res­te­ra) « la com­mune ou rien ».

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Ciné-club dans une com­mune du Vene­zue­la (novembre 2015)

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Pro­jets d’agriculture urbaine et jar­dins dans les écoles pri­maires (Vene­zue­la, jan­vier 2016)

Construire un nou­veau mode de pro­duc­tion et de repro­duc­tion (socié­té-nature)

L’une des plus grandes limi­ta­tions de ce que l’on pour­rait défi­nir, sans trop de peine, comme « modèle éco­no­mique néo-déve­lop­pe­men­tiste » c’est qu’il s’ajuste aux cadres du modèle de pro­duc­tion capi­ta­liste, et entre­tient ain­si le cycle de la mort. Ceci contri­bue à fixer pour cette nou­velle époque une tâche impor­tante : créer et arti­cu­ler des pro­ces­sus pro­duc­tifs alter­na­tifs exis­tants et pro­mou­voir la recherche de nou­velles bases éco­no­miques qui rendent pos­sible la cohé­rence sociale entre ce cycle de pro­duc­tion et la repro­duc­tion.

Il s’agit d’élaborer un sys­tème pro­duc­tif res­pon­sable socia­le­ment du cycle repro­duc­tif qu’il génère. C’est-á-dire contri­buer à la créa­tion d’un nou­veau mode de pro­duc­tion-repro­duc­tion sociales res­pec­tant une logique cir­cu­laire. Ce qui ouvri­rait la voie à une nou­velle éco­no­mie, qui, en plus de répondre avec suc­cès à la ques­tion de la lutte contre la faim, la pau­vre­té, l’analphabétisme et les mala­dies, consti­tue­rait le socle d’un nou­veau mode de vie et une nou­velle forme de civi­li­sa­tion, celle du bien vivre et du vivre ensemble.

Sor­tir de l’étau idéo­lo­gique, poli­tique, cultu­rel et média­tique du pou­voir hégé­mo­nique

- Déployer la bataille poli­tique cultu­relle sur tous les ter­rains et dans toutes les dimen­sions, en par­ti­cu­lier les réseaux sociaux.

- Veiller au déve­lop­pe­ment de la sub­jec­ti­vi­té et de la spi­ri­tua­li­té des peuples en favo­ri­sant l’expression de leur iden­ti­té, de leurs cultures et cos­mo­vi­sions…

- Ouvrir la voie d’une nou­velle pen­sée cri­tique lati­no-amé­ri­caine, déco­lo­ni­sée, inter­cul­tu­relle, embras­sant de nom­breuses cos­mo­vi­sions, s’exprimant dans de mul­tiples voix, et ancrée dans les pra­tiques des peuples.

- Pro­mou­voir des pro­ces­sus arti­cu­lés de déco­lo­ni­sa­tion, d’interculturalité et de rup­ture avec le cadre patriar­cal visant la construc­tion du pou­voir popu­laire par le bas.

- Déve­lop­per un nou­veau type d’intellectuel orga­nique, qui découvre, met e lumière et ren­force la pen­sée des peuples dans toute sa diver­si­té, son ampleur et sa richesse.

Tra­vailler au ren­for­ce­ment et au déve­lop­pe­ment de l’articulation régio­nale, conti­nen­tale des mou­ve­ments et orga­ni­sa­tions sociales popu­laires, et, en par­ti­cu­lier agran­dir et ren­for­cer l’espace des mou­ve­ments sociaux dans l’ALBA. Mais éga­le­ment, impul­ser la créa­tion d’espaces de ren­contre, d’échange et de coor­di­na­tion des orga­ni­sa­tions sociales et poli­tiques conti­nen­tales, régio­nales et exis­tantes au sein de chaque pays.

Parier sur la créa­tion et la construc­tion d’une nou­velle gauche poli­tique, sociale et cultu­relle

Il est vital de com­prendre les nou­velles dimen­sions du poli­tique, de l’action et de l’organisation poli­tique ; vital de sou­li­gner l’existence de nou­velles réa­li­tés et de nou­veaux sujets : les déplacé(e)s de diverses ori­gines, les popu­la­tions pré­ca­ri­sées de manière per­ma­nente, les mou­ve­ments indi­gènes, les femmes, les jeunes filles et jeunes hommes, les enfants, les adultes plus âgés, les LGTB…, de consa­crer un espace aux iden­ti­tés, cos­mo­vi­sions, savoirs, sagesses et cou­rants de pen­sée : les connais­sances éco­lo­giques, la bio­po­li­tique, la bioé­thique, le fémi­nisme poli­tique et la rup­ture avec le patriar­cat pour réa­li­ser ain­si une cri­tique radi­cale du pou­voir du capi­tal…

Construire l’offensive stra­té­gique popu­laire révo­lu­tion­naire

L’une des résul­tantes les plus récur­rentes de la divi­sion du camp popu­laire, et par­ti­cu­liè­re­ment par­mi la gauche lati­no-amé­ri­caine, c’est que les mani­fes­ta­tions et les luttes sociales finissent par exis­ter en fonc­tion des inté­rêts des puis­sants. Le camp popu­laire étant mar­qué par des que­relles internes de « pou­voir », par des divi­sions mul­ti­co­lores de tout type entre les forces poli­tiques et leurs cor­ré­lats dans les mou­ve­ments sociaux popu­laires, les conflits sociaux finissent par se subor­don­ner aux stricts inté­rêts du pou­voir, en le ren­for­çant comme « alter­na­tive poli­tique » au lieu de par­ve­nir –col­lec­ti­ve­ment- à subor­don­ner les puis­sants aux inté­rêts des citoyens et de pas­ser à l’offensive en pro­po­sant un agen­da poli­tique des objec­tifs popu­laires. Le cas de l’Argentine nous en four­nit en exemple très clair, visible tant dans les évé­ne­ments les plus récents que dans la tra­jec­toire his­to­rique des gauches.

A cette grande fai­blesse poli­tique et cultu­relle, ajou­tons la déma­go­gie d’une pen­sée binaire (« ceci ou cela », « blanc ou noir »…), le déve­lop­pe­ment de la guerre média­tique qui vise à conqué­rir et à anes­thé­sier les esprits du « grand public » sans que les orga­ni­sa­tions poli­tiques et sociales – occu­pées par leurs que­relles internes – n’assument le tra­vail de la bataille d’idées comme que­relle fon­da­men­tale des luttes poli­tiques de notre temps.

Le manque de conver­gence et d’unité des divers acteurs sociaux et poli­tiques, ajou­tée au peu de for­ma­tion poli­tique, à la sec­to­ri­sa­tion et au cor­po­ra­tisme… met les orga­ni­sa­tions sociales et poli­tiques des peuples en situa­tion de subor­di­na­tion aux inté­rêts des puis­sants. Ceux-ci peuvent les mani­pu­ler pour atteindre leurs objec­tifs, en affai­blis­sant et en bri­sant la base sociale des gou­ver­ne­ments popu­laires pour se regrou­per en tant que bloc de pou­voir d’opposition, capable de récu­pé­rer son hégé­mo­nie. Cette récu­pé­ra­tion témoigne d’une adap­ta­tion des puis­sants qui, ayant ana­ly­sé la nou­velle donne poli­tique liée aux gou­ver­ne­ments popu­laires, cher­che­ront une fois au gou­ver­ne­ment à détruire les bases démo­cra­tiques des socié­tés pour empê­cher tout retour de gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes, popu­laires ou révo­lu­tion­naires sur le conti­nent. Ils ne sont pas seuls pour ce faire ; ils comptent sur l’appui impé­rial, les ins­ti­tu­tions du pou­voir glo­ba­li­sé du capi­tal et de ses « canon­nières » média­tiques locales et glo­bales.

L’arrivée de gou­ver­ne­ments de droite dans la région n’est pas un simple « retour au pas­sé », pas plus qu’il ne répond à une « alter­nance enri­chis­sante » de gou­ver­ne­ments et de gou­ver­nants. Il s’agit d’une nou­velle phase, d’un virage radi­cal pour arti­cu­ler les pro­ces­sus locaux aux besoins hégé­mo­niques et logiques du pou­voir glo­bal du capi­tal : pillage, domi­na­tion et mort… Il est impor­tant de ne pas le sous-esti­mer, et de pré­pa­rer de nou­velles résis­tances ancrées dans la coor­di­na­tion, l’unité, la par­ti­ci­pa­tion des sec­teurs popu­laires dans toute leur diver­si­té. C’est cela que doit viser le ren­for­ce­ment de la for­ma­tion socio­po­li­tique et des pro­ces­sus orga­niques de conver­gence col­lec­tive. Avec des objec­tifs com­muns s’inscrivant dans la créa­tion et la construc­tion col­lec­tives d’un nou­vel hori­zon de civi­li­sa­tion.

Isa­bel Rau­ber

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Visite de l’ex-pré­sident Lula à l’é­cole de for­ma­tion socio­po­li­tique inté­grale du Mou­ve­ment des Tra­vailleurs Sans Terre et autres mou­ve­ments sociaux, Bra­sil jan­vier 2015.

Source : ALAI

Tra­duc­tion : Syl­vie Car­ras­co

Ver­sion FR : http://wp.me/p2ahp2-2aj


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L’auteure : Isa­bel Rau­ber, Doc­teur en phi­lo­so­phie, ensei­gnante uni­ver­si­taire et for­ma­trice popu­laire, mili­tante sociale (Argen­tine). Spé­cia­liste des mou­ve­ments sociaux lati­no-amé­ri­cains enga­gés dans des pro­ces­sus par­ti­ci­pa­tifs de construc­tion d’un pou­voir popu­laire.

Blog : http://isabelrauber.blogspot.com/

Twit­ter : @IsabelRauber