La Commune, “coprésidente du Venezuela”

Le chef de l’État, qui s’est défini comme “président communal, récepteur des projets portés par les mouvements sociaux”, a demandé au ministre compétent de concrétiser un accord immédiat pour faciliter aux communes la vente et la distribution de leur production par les organismes de l’État

Pour ceux qui déses­pèrent de voir un jour la démo­cra­tie – au sens ori­gi­nel du terme – s’incarner dans la pra­tique poli­tique, les mesures prises ce mar­di 16 sep­tembre par le pré­sident Madu­ro et le mou­ve­ment com­mu­nal montrent que le rêve reste per­mis. Nous avons ren­du compte ici des pre­mières étapes de l’aspect cen­tral de la révo­lu­tion boli­va­rienne qu’est la trans­for­ma­tion de l’État : des cri­tiques répé­tées du pré­sident Cha­vez face au manque de volon­té de ses ministres pour déra­ci­ner la bureau­cra­tie de l’État bour­geois et lui sub­sti­tuer l’État com­mu­nal[“[Le pré­sident Chá­vez exige d’avancer vers une com­mu­ni­ca­tion plus pro­fonde et plus popu­laire “avec les tra­vailleurs, depuis les usines”, et cri­tique l’incapacité du gou­ver­ne­ment à mettre en place l’état com­mu­na”]] à la créa­tion en juillet der­nier du Conseil présidence/commune[“[Le Vene­zue­la accé­lère sa ¨trans­for­ma­tion du pou­voir citoyen en gou­ver­ne­ment¨]] et à la refon­da­tion de l’État opé­rée par Nico­las Madu­ro il y a quelques jours[ “[Nico­las Madu­ro refonde l’État pour “don­ner plus de pou­voir au peuple”]].

Ce conseil s’est réuni deux fois pour éla­bo­rer un cahier de pro­po­si­tions[“[Le Vene­zue­la accé­lère sa ¨trans­for­ma­tion du pou­voir citoyen en gou­ver­ne­ment¨]] . “Ce ne sont ni des conseillers ni des experts qui les ont rédi­gées, a insis­té Madu­ro, c’est l’intellectuel col­lec­tif, le peuple qui pense”. Cette ins­tance de gou­ver­ne­ment popu­laire, dotée du rang pré­si­den­tiel, comp­te­ra 120 délé­gués (à rai­son de 5 délé­gués com­mu­naux par état régio­nal). Elle siè­ge­ra tous les deux mois, renou­ve­lée par une rota­tion annuelle de ses membres. Le pré­sident a deman­dé au ministre des télé­com­mu­ni­ca­tions de mettre en place un sys­tème de vidéo-confé­rence pour que les délégué(e)s puissent orga­ni­ser des réunions de tra­vail en temps réel avec les 874 com­munes fon­dées à ce jour sur l’ensemble du ter­ri­toire.

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Réunions des groupes de tra­vail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la ren­contre avec le pré­sident Madu­ro.

Lors de cet échange télé­vi­sé avec les délé­gués natio­naux du mou­ve­ment com­mu­nal, le délé­gué Mar­ca­no de l’État agri­cole de Gua­ri­co a rap­pe­lé au pré­sident la reven­di­ca­tion prin­ci­pale : la concré­ti­sa­tion rapide du trans­fert du pou­voir aux com­munes. Lui répon­dant en direct, Madu­ro a signé le trans­fert de com­pé­tences à tra­vers la créa­tion d’entreprises com­mu­nales de pro­prié­té sociale directe cou­vrant les sec­teurs de la san­té, de l’éducation, du sport, de la culture, des pro­grammes sociaux, de la construc­tion et des tra­vaux publics ; et a approu­vé d’autres reven­di­ca­tions com­mu­nardes comme la fusion des diverses banques créées jusqu’ici pour lut­ter contre la pau­vre­té (Banque de la Femme, Banque du Peuple ou Fonds de Déve­lop­pe­ment des Micro-cré­dits) en une banque unique, plus ambi­tieuse : la Banque de Déve­lop­pe­ment Social des Com­munes. Éga­le­ment approu­vée par le pré­sident, la refonte du Fonds de finan­ce­ment des conseils com­mu­naux (Safo­nac) en fonds de finan­ce­ment des com­munes.

Le chef de l’État, qui s’est défi­ni comme “pré­sident com­mu­nal, récep­teur des pro­jets por­tés par les mou­ve­ments sociaux”, a deman­dé au ministre com­pé­tent de concré­ti­ser un accord immé­diat pour faci­li­ter aux com­munes la vente et la dis­tri­bu­tion de leur pro­duc­tion par les orga­nismes de l’État et l’accès aux devises pour impor­ter les maté­riels néces­saires à la réa­li­sa­tion de leurs pro­jets. Autre déci­sion : des délé­gués com­mu­naux seront doré­na­vant pré­sents au sein des ins­tances régio­nales char­gées de pla­ni­fier les puis­santes Grande Mis­sion Loge­ment Vene­zue­la[[Le gou­ver­ne­ment Madu­ro accé­lère la révo­lu­tion citoyenne du loge­ment]] et Quar­tier nou­veau, quar­tier tri­co­lore[“[Dans mon quar­tier, la vie a chan­gé”]] .

Ce conseil pré­si­dence-com­mune sera sui­vi le 23 sep­tembre par l’installation du Conseil des mou­ve­ments de femmes, le 30 sep­tembre par celui des mou­ve­ments de jeu­nesse, le 7 octobre par celui des orga­ni­sa­tions de tra­vailleurs, le 12 octobre par celui des peuples indi­gènes, le 14 octobre par celui des coor­di­na­tions de pay­sans et de pêcheurs et le 21 octobre par celui des tra­vailleurs de la culture. Chaque conseil a pour tâche cen­trale la for­mu­la­tion de cri­tiques et de pro­po­si­tions pour démon­ter les struc­tures de l’État bour­geois.

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Arri­vée du pré­sident Madu­ro à la ren­contre avec les communard(e)s, au ciné­ma Cipreses (Cara­cas), le 16 sep­tembre 2014.

Ce dia­logue était trans­mis par une chaîne publique depuis le ciné­ma Cipreses, une des salles tom­bées en ruines ou aux mains de sectes reli­gieuses, obli­geant le public à se replier sur les films dif­fu­sés dans les centres com­mer­ciaux. Remis à neuf comme une quin­zaine d’autres salles de la capi­tale, il accueille aujourd’hui le pre­mier fes­ti­val inter­na­tio­nal de ciné­ma de Cara­cas, au conte­nu essen­tiel­le­ment lati­no-amé­ri­cain et non-com­mer­cial. Le pré­sident y a par ailleurs annon­cé la construc­tion pro­chaine de 1500 nou­velles écoles inté­grales, dont les espaces seront repen­sés en fonc­tion du saut qua­li­ta­tif défi­ni par le péda­gogue Prie­to Figue­roa : “notre école ne doit pas res­sem­bler à la socié­té actuelle mais à celle du futur”.

Nico­las Madu­ro a écou­té l’acteur Pedro Lan­der dres­ser le bilan du mou­ve­ment de for­ma­tion théâ­trale César Ren­gi­fo, créé il y a un an pour per­mettre aux écolier(e)s de s’initier aux tech­niques d’écriture et d’interprétation dra­ma­tiques, et conçue sur le modèle de la for­ma­tion musi­cale offerte par le sys­tème des orchestres sym­pho­niques, deve­nu célèbre dans le monde entier, dont l’objectif est d’ouvrir les portes de l’apprentissage musi­cal à un mil­lion de jeunes vénézuélien(ne)s de milieu popu­laire. Le pré­sident a annon­cé la créa­tion de l’École natio­nale de Théâtre, qui per­met­tra à la nou­velle géné­ra­tion de don­ner “un nou­vel essor à notre dra­ma­tur­gie”, invi­tant au pas­sage les créa­teurs de l’Amérique Latine et d’ailleurs à appuyer cet effort mené sous l’égide de Rodol­fo San­ta­na, Igna­cio Cabru­jas, César Ren­gi­fo, Dario Fo et Ber­tolt Brecht.

Thier­ry Deronne, Cara­cas, le 17 sep­tembre 2014

Source de : blog de Thier­ry Deronne