La guerre humanitaire : une guerre contre le langage

Faire la guerre « au nom » des victimes...

Image_3-64.pngLa « guerre huma­ni­taire », telle que nous la voyons se déve­lop­per du Koso­vo à la Libye, s’accompagne d’une rhé­to­rique tou­jours plus sophis­ti­quée selon laquelle l’OTAN agi­rait au nom de vic­times qui ne peuvent elles-mêmes agir. Selon les socio­logues Jean-Claude Paye et Tülay Umay, ce dis­cours cor­res­pond à une évo­lu­tion pro­fonde des men­ta­li­tés euro­péennes pour qui le culte de la souf­france l’emporte sur la com­pré­hen­sion de la réa­li­té poli­tique. Il en résulte une forme de droit, natio­nal ou inter­na­tio­nal, qui ne cherche plus à stop­per la spi­rale de la vio­lence, mais qui au contraire la nour­rit.

par Jean-Claude Paye et Tülay Umay

La struc­ture impé­riale ne connaît aucun tiers. La guerre contre la Libye a reçu un man­dat de l’ONU contre lequel, ni la Chine, ni la Rus­sie n’ont oppo­sé de veto. Aux États-Unis et en Europe, l’opposition à ce conflit est faible. La guerre déclen­chée par les occi­den­taux s’est faite au nom de la défense des vic­times, des popu­la­tions sans défense qui ne pou­vaient qu’être mas­sa­crées par Kha­da­fi. L’image de la vic­time est uni­fi­ca­trice. Elle est un fétiche des­ti­né à occu­per et à sup­pri­mer la place du tiers. Elle réduit les vic­times réelles à l’état d’infans, de per­sonnes qui n’ont pas accès à la parole. Cette image est sans cesse cap­tu­rée par le dis­cours du pou­voir. Celui-ci occupe la place des vic­times réelles et entre ain­si dans le sacré. Le poli­tique et le sym­bo­lique sont confon­dus. C’est ce qui sup­prime tout cran d’arrêt à la vio­lence. Celle-ci devient per­ma­nente, fon­da­trice. La struc­ture impé­riale est ain­si déni du poli­tique.

La guerre huma­ni­taire : une guerre contre le lan­gage

Le dis­cours de nos gou­ver­nants est un élé­ment essen­tiel pour com­prendre l’intervention mili­taire en Libye. S’il ne per­met pas de sai­sir ce qui se passe sur le ter­rain, ni les enjeux maté­riels du conflit, il per­met de voir que la « guerre huma­ni­taire » est aus­si une guerre contre le lan­gage. Elle nous place dans l’image et sup­prime ain­si toute pos­si­bi­li­té d’opposition. La tri­bune du 15 avril, de Barak Oba­ma, Nico­las Sar­ko­zy et de David Came­ron, publiée conjoin­te­ment par The Times, The Inter­na­tio­nal Herald Tri­bune, Al-Hayat et Le Figa­ro , nous com­mu­nique qu’« Il ne s’agit pas d’évincer Kadha­fi par la force. Mais il est impos­sible d’imaginer que la Libye ait un ave­nir avec Kadha­fi » [1]. Cette décla­ra­tion met ensemble deux pro­po­si­tions contra­dic­toires. Il ne s’agirait pas d’une action mili­taire contre Kadha­fi, mais il est impen­sable que, suite à cette inter­ven­tion, celui-ci reste au pou­voir.

Cette pro­po­si­tion s’inscrit par­fai­te­ment dans l’oxymore construit par la guerre huma­ni­taire : deux termes qui s’excluent et qui ici sont fusion­nés. Cette pro­cé­dure a pour effet de ren­ver­ser le sens de chaque notion. La guerre est la paix et la paix est la guerre. L’intervention mili­taire s’identifie à la paix puisqu’elle est déclen­chée au nom de la sau­ve­garde des popu­la­tions. Quant à l’intentionnalité huma­ni­taire, elle exclut toute négo­cia­tion et se réa­lise uni­que­ment par des moyens mili­taires.

Le but huma­ni­taire énon­cé n’est pas mis en rap­port avec les moyens mili­taires enga­gés et leurs consé­quences sur les popu­la­tions. Le déchif­frage du réel ne pour­rait être qu’une entrave à la réa­li­sa­tion des objec­tifs de cette guerre : la pro­tec­tion de popu­la­tions sans défense Ain­si, les faits ne sont pas refou­lés, mais leur obser­va­tion est, comme dans l’époché de la phé­no­mé­no­lo­gie de Hus­serl [2], sus­pen­due, afin de lais­ser la place au regard, au sens don­né . Il s’agit de libé­rer celui-ci de l’observation des objets, afin de faire voir l’intériorité de la guerre huma­ni­taire, sa pure inten­tion­na­li­té : l’amour de la vic­time

La voix des vic­times

La tri­bune nous confirme que c’est bien l’appel des vic­times qui serait à la base de l’intervention mili­taire. Mais, en décla­rant « qu’il est impen­sable que quelqu’un qui ait vou­lu mas­sa­crer son propre peuple joue un rôle dans un futur gou­ver­ne­ment libyen », elle ajoute un élé­ment sup­plé­men­taire, celui de la capa­ci­té de nos gou­ver­nants d’anticiper le cri des popu­la­tions. Cette anti­ci­pa­tion nous confirme qu’elle ne porte pas sur les vic­times concrètes, mais sur leur image.

Ce n’est pas la maté­ria­li­té des faits, la répres­sion subie ou les mas­sacres réa­li­sés, qui per­mettent de dési­gner la vic­time, mais uni­que­ment le regard pur, libé­ré de tout objet de per­cep­tion, que le pou­voir porte sur les évè­ne­ments. Les habi­tants de l’Émirat de Bah­reïn, bien que répri­més vio­lem­ment par leurs gou­ver­nants avec l’appui de troupes d’une puis­sance étran­gère, l’Arabie Saou­dite, ne sont pas dési­gnées comme des vic­times. Au contraire, les popu­la­tions libyennes ne peuvent qu’être mas­sa­crés par Kadha­fi, bien qu’aucune preuve n’ait été avan­cée, à part les inten­tions pro­cla­mées par le dic­ta­teur lui-même.

La voix des popu­la­tions pilon­nées par Kadha­fi est ins­tal­la­tion d’une image, d’un signi­fié ori­gi­naire qui nous ins­talle dans la psy­chose. Elle est créa­tion d’un nou­veau réel, libé­ré de la fonc­tion lan­ga­gière et qui se sai­sit de nous. Ici aus­si, la per­cep­tion des faits doit être mise en paren­thèses. La voix des vic­times est le sup­port d’une créa­tion ex-nihi­lo. Hus­serl par­le­rait d’une intui­tion ori­gi­naire. Il s’agit de la pro­créa­tion d’un nou­veau réel, celui de la mise en place d’un nou­vel ordre inter­na­tio­nal, non plus struc­tu­ré par des oppo­si­tions et des conflits d’intérêts, mais par l’amour envers les peuples vic­times des tyrans.

Une struc­ture psy­cho­tique

La voix, por­tée par l’image de la vic­time, nous appelle de l’extérieur, mais ne parle pas. Son action est silen­cieuse, mais dit la véri­té. Elle se pose en tant que sens, en tant que signi­fié ori­gi­naire. Elle est ce qui se met à la place de ce que Lacan, tra­vaillant sur la struc­ture psy­cho­tique, a dési­gné comme le signi­fiant ori­gi­naire, le sym­bo­li­que­ment réel, la part du réel qui est direc­te­ment sym­bo­li­sée [3]. Le logos, le sym­bo­li­que­ment réel, en tant qu’il per­met l’inscription du réel, est pos­si­bi­li­té d’un deve­nir. L’image de la voix de la vic­time, quant à elle, annule toute ins­crip­tion, toute capa­ci­té de sym­bo­li­sa­tion du réel. Elle sup­prime la fonc­tion de la parole et ain­si toute pos­si­bi­li­té d’opposition. Elle nous ins­talle dans un silence trau­ma­tique.

La guerre huma­ni­taire, ordon­née par l’image de la vic­time, nous intro­duit ain­si direc­te­ment dans le sacré. Les mas­sacres, empê­chés par l’intervention mili­taire, existent grâce à l’image de la voix des vic­times que les diri­geants occi­den­taux ont pré­ven­ti­ve­ment su entendre. La vio­lence du dic­ta­teur, expo­sée dans le dis­cours, appa­raît sans objet. Elle a, comme René Girard l’a théo­ri­sé, dans La Vio­lence et le sacré [4], un carac­tère ori­gi­naire.

Elle prend aus­si la forme de la ven­geance, de deux vio­lences mimé­tiques, l’une hors la loi, les mas­sacres que Kadha­fi ne peut que réa­li­ser et l’autre, au delà de la loi, fon­dée sur le sacré, sur l’amour de la vic­time. Il n’y a plus de tiers, l’ONU est annu­lé. Son auto­ri­sa­tion de pro­cé­der à la créa­tion d’un espace aérien, afin de pro­té­ger les popu­la­tions, est non seule­ment immé­dia­te­ment vio­lée par l’engagement aux côtés des insur­gés, mais aus­si dénié par le dis­cours, par la décla­ra­tion conco­mi­tante que Kadha­fi doit par­tir. L’image de la vic­time nous place hors lan­gage. Elle ren­verse ain­si la Loi et sup­prime tout cran d’arrêt à la vio­lence.

La « guerre contre le ter­ro­risme »

L’image de la vic­time n’est pas seule­ment le para­digme de la « guerre huma­ni­taire », mais aus­si celui de la « guerre contre le ter­ro­risme » qui fusionne hos­ti­li­té et acte cri­mi­nel. La mise en avant de la vic­time dans la lutte anti­ter­ro­riste s’inscrit dans une muta­tion glo­bale du droit. L’ensemble de l’ordre juri­dique est réor­ga­ni­sé autour de cette image. La néces­si­té sup­po­sée de ven­ger la vic­time ren­verse la fonc­tion du droit qui était d’établir des gardes fous à la vio­lence.

Le 11 mars, l’Union euro­péenne et les États membres ont orga­ni­sé une jour­née de com­mé­mo­ra­tion des vic­times du ter­ro­risme. Le « Jour de la vic­time » s’inscrit dans le cadre de la lutte anti­ter­ro­riste, mais aus­si, plus glo­ba­le­ment, dans la muta­tion du droit enre­gis­trée depuis une dizaine d’années. Les repré­sen­tants de l’UE ont éga­le­ment fait un lien direct entre cette com­mé­mo­ra­tion et l’attention de l’Europe vis à vis des « révo­lu­tions » dans les pays arabes [5]. L’écoute par­ti­cu­lière des ins­ti­tu­tions euro­péennes vis à vis des peuples oppri­més per­met­trait à celles-ci de don­ner des conseils de démo­cra­tie aux nou­veaux gou­ver­ne­ments tuni­sien ou égyp­tien et de faire par­ta­ger à ces der­niers des « valeurs fon­da­trices » de l’UE. Les décla­ra­tions des ins­ti­tu­tion­nels euro­péens lors du Jour de la vic­time nous apprennent que c’est aus­si le cri des vic­times qui jus­ti­fie­rait l’intervention mili­taire, sous direc­tion états-unienne, des États membres en Libye, don­nant à ceux-ci un droit d’ingérence.

Ces « voix » que nous devrions entendre, que ce soit en Libye, en Irak, en Afgha­nis­tan, en côte d’Ivoire, jus­ti­fient les inter­ven­tions par l’aide aux vic­times des régimes com­bat­tus.

Un ren­ver­se­ment de l’ordre juri­dique

Aujourd’hui, la vic­time est emblé­ma­tique du dis­cours éta­tique et est par­ti­cu­liè­re­ment mobi­li­sée par le pro­ces­sus pénal. Cette réor­ga­ni­sa­tion du droit est com­mune à l’ensemble des pays occi­den­taux. En Bel­gique, comme nous l’a déjà mon­tré le petit Fran­chi­mont [6] en 1998, son invo­ca­tion a ser­vi de réfé­rence aux réformes de la Jus­tice de ce pays, c’est à dire à l’affaiblissement du juge et à la concen­tra­tion des pou­voirs dans les mains de l’exécutif [7]. En ce qui concerne le déchaî­ne­ment de l’idéologie vic­ti­maire, la France n’est pas en reste. Ain­si, les juges d’application des peines doivent obli­ga­toi­re­ment avi­ser les vic­times des mises en liber­té condi­tion­nelle, aujourd’hui raré­fiées au nom d’un prin­cipe de pré­cau­tion per­ver­ti.

Ins­tau­rer une pri­mau­té de la vic­time sur la loi opère un bou­le­ver­se­ment du sys­tème pénal. Aujourd’hui, de plus en plus de peines veulent répondre à l’éventuel sou­ci de ven­geance de la vic­time. Le rôle de la loi est dépla­cé. Sa fonc­tion pre­mière était d’arrêter la vio­lence. Actuel­le­ment, ce frein est remis en cause. Nous sommes entraî­nés dans un pro­ces­sus infi­ni de puni­tion et de vic­ti­mi­sa­tion. La vic­time ne peut non plus faire son deuil. Elle est un état per­ma­nent, une essence qui dénie le rôle nor­ma­le­ment paci­fi­ca­teur du droit. La vic­time devient l’inscription ico­nique attes­tant de la pro­tec­tion et de l’amour du pou­voir à notre égard.

La solu­tion juri­dique qui consiste à satis­faire les dési­rs sup­po­sés de la vic­time opère un dépla­ce­ment de la res­pon­sa­bi­li­té de l’acte vers la répa­ra­tion des dom­mages. Elle pro­cède ain­si à un ren­ver­se­ment d’un sys­tème de droit, orga­ni­sé autour des droits et devoirs du citoyen vis-à-vis de la com­mu­nau­té, en une pra­tique juri­dique cen­trée sur l’individu et les valeurs.

Le pou­voir vic­time du ter­ro­risme

La lutte anti­ter­ro­riste apporte une dimen­sion sup­plé­men­taire. En dehors de toute ana­lyse de la réa­li­té, c’est la voix de la vic­time qui révè­le­rait la vraie nature des ter­ro­ristes : des cri­mi­nels qui « tuent et causent d’énormes souf­frances. » Ain­si, le cri, l’invocation de la dou­leur crée une image. Elle pose l’acte en dehors de tout contexte poli­tique ou social. Un ensemble d’attentats n’ayant aucun rap­port entre eux : l’effondrement des tours du World Trade Cen­ter, les attaques contre les troupes d’occupation états-uniennes en Irak ou en Afga­nis­than, les atten­tats de Madrid du 11 mars 2004, sont consi­dé­rés comme iden­tiques. Tous ces actes résul­te­raient d’une vio­lence sans objet, d’une vio­lence pure. La lutte anti­ter­ro­riste construit une image qui fait pen­ser à la notion de vio­lence ori­gi­naire déve­lop­pée par René Girard dans sa théo­rie de la vic­time émis­saire [8], une vio­lence inex­pli­cable, mais fon­da­trice de l’organisation sociale.

De même, la vio­lence ter­ro­riste exis­te­rait pour elle-même, elle n’aurait pas de sens. En l’absence de sens, le lan­gage régresse. Ce qui est dit donne sim­ple­ment à voir, à entendre. Le lan­gage devient bruit, cri, signi­fiant pur. Il est construc­tion d’une image uni­fi­ca­trice et englo­bante : la voix de la vic­time. Celle-ci opère une fusion entre le spec­ta­teur et l’horreur exhi­bée. La repré­sen­ta­tion devient impos­sible. L’affect se sub­sti­tue à l’analyse et à la rai­son.

Les incri­mi­na­tions punis­sant le ter­ro­risme opèrent un deuxième dépla­ce­ment. Ce n’est plus seule­ment au nom d’une quel­conque vic­time que la lutte contre le ter­ro­risme s’organise. Le pou­voir est non seule­ment le repré­sen­tant de la vic­time, mais il occupe la place de celle-ci. En effet, ce qui spé­ci­fie un acte comme ter­ro­riste, n’est pas tant l’action elle-même que le fait qu’elle est accom­plie avec l’intention de faire pres­sion sur un gou­ver­ne­ment. L’incrimination du ter­ro­risme per­met au pou­voir de se poser lui-même en tant que vic­time.

Big Mother

La jour­née de com­mé­mo­ra­tion du 11 mars s’inscrit dans ce sché­ma. L’initiative de l’Union euro­péenne résul­te­rait d’une res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière des États membres à l’égard des vic­times, car « les ter­ro­ristes atta­que­raient la socié­té dans son ensemble ». Nous serions tous des vic­times en puis­sance. La féti­chi­sa­tion de la vic­time réelle réa­lise une fusion entre celle-ci, les popu­la­tions et le pou­voir .

La lutte anti­ter­ro­riste orga­ni­se­rait la défense de tous contre cette vio­lence aveugle. Pour ce faire, elle fusionne état de guerre et lutte contre la cri­mi­na­li­té. Elle sup­prime toute dis­tinc­tion entre exté­rieur et inté­rieur, entre guerre et paix. L’État remet en cause l’Habeas cor­pus de ses citoyens et leur applique des mesures de sur­veillance, autre­fois réser­vées aux enne­mis du pays. L’état de guerre devient per­ma­nent, illi­mi­té contre un enne­mi indé­fi­ni aux mul­tiples visages qui peut recou­vrir celui de tout un cha­cun, car les USA peuvent pour­suivre toute per­sonne sim­ple­ment dési­gnée comme ter­ro­riste, à savoir nom­mée comme « enne­mi com­bat­tant illé­gal » par le pou­voir exé­cu­tif [9]. Déjà vic­times, nous pou­vons deve­nir ter­ro­ristes. La fusion est donc com­plète entre la vic­time, le ter­ro­riste et le pou­voir.

Cet ordre poli­tique psy­cho­tique, fon­dé sur l’amour de la vic­time, nous intime de nous aban­don­ner et de renon­cer à nos liber­tés consti­tu­tion­nelles, afin d’être pro­té­gés de l’autre et de nous mêmes. Cette struc­ture poli­tique mater­nelle sup­prime toute sépa­ra­tion entre l’État et le citoyen. La loi fran­çaise LOPPSI 2 [10], en trans­for­mant la vidéo-sur­veillance en vidéo-pro­tec­tion, opère une muta­tion séman­tique carac­té­ris­tique de l’attention que nous porte Big Mother.

En par­lant au nom et en se posi­tion­nant comme vic­time, le pou­voir entre dans le sacré. Il fusionne ordre poli­tique et ordre sym­bo­lique. Comme l’a déjà expri­mé Georges W. Bush, dans sa guerre du Bien contre le Mal, le pou­voir occupe direc­te­ment la place de l’ordre sym­bo­lique. Fon­dant sa légi­ti­mi­té sur l’icône de la vic­time, il nous place dans une vio­lence sans fin. La lutte anti­ter­ro­riste nous ins­crit ain­si dans le tra­gique, tel qu’il a été mis en scène par la tra­gé­die grecque. Elle nous place dans une vio­lence infi­nie, tou­jours renou­ve­lée, car il n’y a plus de prin­cipe pro­tec­teur de la vie, d’ordre sym­bo­lique arti­cu­lé au pou­voir poli­tique. La psy­cha­na­lyse nous apprend que c’est jus­te­ment ce phan­tasme de l’unification à la mère ima­gi­naire, ici à l’État comme mère sym­bo­lique, qui est à la base de cette vio­lence sans limite, soit disant sans objet, que la lutte anti­ter­ro­riste pré­tend com­battre.

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