La Guinée refuse toute expulsion collective

Reste que derrière ces marchandages, des vies humaines sont en jeu et que la politique du chiffre dans les déportations ne résout pas du tout la question de l’immigration.

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LA GUINÉE REFUSE TOUTE EXPULSION COLLECTIVE DE SES NATIONAUX

Une « pre­mière » qui peut faire tâche d’encre

(18 mars 2014) L’Office des Étran­gers avait orga­ni­sé pour ce 17 mars une expul­sion col­lec­tive par vol mili­taire de Gui­néens débou­tés de l’asile. Ce pro­jet a connu un échec notoire en ce sens que, pour la pre­mière fois, un Etat afri­cain s’est oppo­sé à la dépor­ta­tion grou­pée de ses natio­naux.

En effet, le 17 mars au matin la Gui­née a refu­sé l’atterrissage de l’avion mili­taire cen­sé ame­ner à Cona­kry une ving­taine d’expulsés. Des contacts sont alors inter­ve­nus entre Mag­gie De Block, Secré­taire d’Etat char­gée de l’immigration et l’Ambassade de Gui­née. Des mots ont été échan­gés par com­mu­ni­qués inter­po­sés, la Bel­gique dénon­çant « une moque­rie » et le non res­pect par les auto­ri­tés gui­néennes des accords qui seraient inter­ve­nus lors de la visite de la Secré­taire d’Etat à Cona­kry il y a quelques semaines.

Fran­çois Fall, le chef de la diplo­ma­tie gui­néenne, vient de pré­ci­ser la posi­tion de la Gui­née dans cette affaire des 27 « expul­sables » qui a mis un sérieux grain de sable dans les rouages diplo­ma­tiques bel­go-gui­néens. Cette posi­tion se résume en trois points : refus et inter­dic­tion de toute expul­sion col­lec­tive ; que les Gui­néens en droit d’être régu­la­ri­sés sur le sol belge le soient dans le res­pect des lois inter­na­tio­nales ; que des mesures d’accompagnement et de réin­ser­tion soient effec­ti­ve­ment accor­dées aux débou­tés de l’asile ou de la régu­la­ri­sa­tion.

Quant à l’octroi des lais­sez-pas­ser indis­pen­sables à toute dépor­ta­tion, le Ministre rap­pelle que c’est du res­sort exclu­sif de l’Ambassade de Gui­née à Bruxelles. Une délé­ga­tion de haut rang vien­dra tout pro­chai­ne­ment à Bruxelles mettre cette pro­cé­dure au point. Rap­pe­lons qu’aucun docu­ment de voyage n’a été déli­vré aux Gui­néens.

Au terme de ces trac­ta­tions et du Conseil des Ministres gui­néens qui s’est pen­ché sur la ques­tion ce 17 mars, il sem­ble­rait qu’un accord soit inter­ve­nu entre la Bel­gique et la Gui­née : les expul­sions des débou­tés seront désor­mais assu­rées par Brus­sels Air­lines avec un maxi­mum de quatre per­sonnes par vol.

L’affaire se sol­de­rait donc par un match nul : un point pour la Gui­née qui refu­se­ra désor­mais toute expul­sion col­lec­tive, ce dont se réjouissent les asso­cia­tions mili­tant contre cette pra­tique ; un point pour la Bel­gique qui conti­nue­ra à expul­ser au cas par cas.

C’est d’ailleurs en cours : un vol est pré­vu ce 19 mars avec 4 per­sonnes via Ban­jul (Gam­bie) et un autre le 20 mars via Dakar.

Reste que der­rière ces mar­chan­dages, des vies humaines sont en jeu et que la poli­tique du chiffre dans les dépor­ta­tions ne résout pas du tout la ques­tion de l’immigration.

CRACPE – CRER

Contacts presse : 0497/542 433 0478/503 727
CRER – Coor­di­na­tion contre les Rafles,
les Expul­sions et pour la Régu­la­ri­sa­tion