La peur arrive à Tripoli

Est-ce que Tripoli est poussé à la guerre civile pour justifier une intervention militaire des Etats-Unis et de l'OTAN dans la Libye qui regorge de pétrole?

La peur arrive à Tri­po­li

Par Mah­di Darius Nazem­roaya, Mondialisation.ca, Le 1 mars 2011

Est-ce que Tri­po­li est pous­sé à la guerre civile pour jus­ti­fier une inter­ven­tion mili­taire des Etats-Unis et de l’O­TAN dans la Libye qui regorge de pétrole ?

Est-ce que les pour­par­lers rela­tifs aux sanc­tions sont le pré­lude à une inter­ven­tion de type Irak ?

Il y a quelque chose de pour­ri dans la “Jama­hi­riya” de Libye

Il est cer­tain que le Colo­nel Mouam­mar Kadha­fi (Al-Gad­da­fi) est un dic­ta­teur. Il a été le dic­ta­teur et “caïd” de la Libye pen­dant à peu près 42 ans. Il appa­raît aujourd’­hui qu’on a fait mon­ter les ten­sions et qu’on a atti­sé les flammes de la révolte sur place en Libye. Ceci inclut les décla­ra­tions du Secré­taire des Affaires Etran­gères bri­tan­nique William Hague comme quoi le Colo­nel Kadha­fi avait quit­té la Libye pour le Véné­zue­la. [1] Cette décla­ra­tion à ser­vi à ampli­fier la révolte contre Kadha­fi et son régime en Libye.

Bien qu’ils soient tous les trois dic­ta­teurs, le Libyen Kadha­fi est assez dif­fé­rent du tuni­sien Ben Ali et de l’é­gyp­tien Mou­ba­rak. Le pou­voir en Libye n’est pas tel­le­ment subor­don­né aux Etats-Unis et à l’U­nion Euro­péenne. Contrai­re­ment aux cas de la Tuni­sie et de l’E­gypte, la rela­tion qui existe entre Kadha­fi et les ETats-Unis et l’U­nion euro­péenne est un modus viven­di. En clair, Kadha­fi est un dic­ta­teur arabe indé­pen­dant et non pas un “dic­ta­teur super­vi­sé” comme Ben Ali et Mou­ba­rak.

En Tuni­sie et en Egypte, le sta­tu quo pré­vaut, la machine mili­taire et le néo-libé­ra­lisme res­tent intacts, tout ceci roule dans le sens des inté­rêts des Etats-Unis et de l’U­nion Euro­péenne. Par contre en Libye, les Etats-Unis et l’U­nion Euro­péenne ont pour objec­tif de bou­le­ver­ser l’ordre éta­bli.

Image_1-36.png Les Etats-Unis et l’U­nion Euro­péenne. veulent main­te­nant capi­ta­li­ser sur la révolte contre Kadha­fi et sa dic­ta­ture en espé­rant se for­ger une posi­tion plus forte que jamais en Libye. Des armes entrent en Libye par ses fron­tières sud pour pous­ser la révolte. La désta­bi­li­sa­tion de la Libye aurait aus­si des consé­quences signi­fi­ca­tives pour l’A­frique du Nord, l’A­frique de l’Ouest et les réserves d’éner­gie glo­bales.

Le Colonel Kadhafi en bref

L’ac­ces­sion au pou­voir de Kadha­fi a com­men­cé quand il était lieu­te­nant libyen au sein d’un groupe d’of­fi­ciers qui ont fomen­té un coup d’E­tat. Le coup d’E­tat de 1969 était contre la jeune monar­chie libyenne et son roi Idris Al-Sanu­si. Sous cette monar­chie, la Libye était pas­sive vis-à-vis des inté­rêts des Etats-Unis et de l’Eu­rope de l’ouest.

Bien qu’il n’aie aucun poste offi­ciel ou gou­ver­ne­men­tal, Kadha­fi a ali­men­té et pro­fon­dé­ment enra­ci­né une culture poli­tique du favo­ri­tisme, de la cor­rup­tion et des pri­vi­lèges en Libye, dès le coup d’E­tat de 1969. De plus, en toile de fond, il a aus­si ren­for­cé le culte de la per­son­na­li­té en Libye.

Kadha­fi a tout fait pour s’é­ri­ger en héros devant les masses, et en par­ti­cu­lier les Arabes et les Afri­cains. Ses aven­tures mili­taires au Tchad étaient aus­si liées au fait de lais­ser sa marque dans l’his­toire et de créer un état client en mor­ce­lant le Tchad. Le “cahier vert” de Kadha­fi a été for­te­ment décrit et véné­ré en tant qu’ex­ploit poli­tique et phi­lo­so­phique. De nom­breux intel­lec­tuels ont été obli­gés ou payés pour le sou­te­nir.

Avec le temps, le Colo­nel Kadha­fi a essayé de se for­ger une image roman­tique d’homme du peuple. Ceci implique notam­ment de vivre sous la tente. Il a tout fait pour se faire remar­quer. Ses répri­mandes à l’é­gard des autres dic­ta­teurs arabes, comme le Roi Abdal­lah d’A­ra­bie Saou­dite pen­dant les som­mets de la Ligue Arabe ont fait la une des jour­naux et ont été bien accueillis par beau­coup d’A­rabes. Pen­dant ses visites d’é­tat, il s’est osten­si­ble­ment entou­ré d’une garde rap­pro­chée fémi­nine pour atti­rer l’at­ten­tion. De plus, il s’est aus­si auto-pro­cla­mé imam ou lea­der des Musul­mans, et homme de Dieu, dis­cou­rant sur l’Is­lam en Libye et en dehors.

La Libye est gérée par un gou­ver­ne­ment sous la coupe de Kadha­fi. La peur et le favo­ri­tisme ont été le nerf de la guerre pour main­te­nir l’ordre en Libye par­mi les offi­ciels aus­si comme les citoyens. Des Libyens et aus­si des étran­gers ont été tués ou ont dis­pa­ru pen­dant plus de dix décades. Le cas du Liba­nais Musa Al-Sadr, le fon­da­teur du mou­ve­ment Amal, est l’un des plus fameux et a tou­jours été une entrave pour les rela­tions Liba­no-Libyennes. Kadha­fi a eu une influence très néga­tive en créant et en condi­tion­nant une hié­rar­chie entière d’of­fi­ciels cor­rom­pus à Tri­po­li. Cha­cun pour­suit son propre inté­rêt aux frais des Libyens.

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Ruptures et Tensions dans la Hiérarchie du Régime de Kadhafi.

A cause de la nature du régime de Kadha­fi à Tri­po­li, il y a beau­coup de ten­sions internes en Libye et dans la struc­ture du régime elle-même. L’un de ces sujets de ten­sion est entre Saif Al-Islam Kadha­fi et le cercle des ministres plus âgés de son père. Les ministres libyens sont en géné­ral divi­sés entre ceux qui se regroupent autour de Saif Al-Islam et ceux qui font par­tie de la vieille garde.

Il y a même des ten­sions entre Kadha­fi et ses fils. En 1999, Mutas­sim Al-Kadha­fi essaya de ren­ver­ser son père quand le Colo­nel Kadha­fi était hors de Libye. Mutas­sim Kadha­fi dis­pose d’un panel de socié­tés libyennes en tant que conseiller en sécu­ri­té natio­nale. Il est fameux par­mi les Libyens en tant que play-boy ayant pas­sé la plu­part de son temps en Europe et à l’é­tran­ger. Il y a aus­si Khames Kadha­fi qui a sa milice de ner­vis, qu’on appelle la milice Khames. Il a tou­jours été vu comme un can­di­dat sérieux pour la suc­ces­sion par rap­port à ses frères.

On a tou­jours eu en Libye des craintes au sujet de la suc­ces­sion en cas de dis­pa­ri­tion du Colo­nel Kadha­fi. Au fil du temps, Kadha­fi a pur­gé en pro­fon­deur la Libye de toute forme d’op­po­si­tion orga­ni­sée et a empê­ché qui­conque, à part sa famille, d’ac­qué­rir suf­fi­sam­ment de pou­voir pour défier son auto­ri­té.

Le problème de la loyauté et de la défection en Libye.

Sans aucun doute, il n’y a pas une grande loyau­té envers Kadha­fi et sa famille. C’est par peur que les Libyens se sont tenus tran­quilles. Au niveau du gou­ver­ne­ment libyen et des mili­taires libyens, bons ou cor­rom­pus, ils se sont tenus tran­quilles par peur et par inté­rêt per­son­nel. Cette chape de peur vient de sau­ter. Les affir­ma­tions et les décla­ra­tions de dénon­cia­tions contre le régime de Kadha­fi arrivent des offi­ciels, des villes et des casernes dans toute la Libye.

Aref Sha­rif, com­man­dant de la Force Aérienne libyenne, a lâché Kadha­fi. Le Ministre de l’ Inté­rieur Abdul Fatah Al-Yunis (Al-You­nis), qui est de Ben­ga­zi et super­vise une sec­tion des opé­ra­tions spé­ciales en Libye a démis­sion­né. On rap­porte que Yunis est le numé­ro deux de Kadha­fi, mais c’est inexact. Abdul­lah Sanu­si, le chef des ser­vices secrets libyens et allié à Kadha­fi par son mariage, serait plu­tôt numé­ro deux dans la struc­ture du pou­voir à Tri­po­li.

On a rap­por­té que deux pilotes libyens se seraient réfu­giés à Malte et que des vais­seaux de la marine libyenne auraient refu­sé d’at­ta­quer Ben­ga­zi. Les défec­tions conti­nuent en cas­cade au sein de l’ar­mée et du gou­ver­ne­ment. Main­te­nant, il faut une pause pour ana­ly­ser la situa­tion.

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L’opposition libyenne

Il est temps de se deman­der qui est l’op­po­si­tion en Libye. L’op­po­si­tion n’est pas mono­li­thique. Son com­mun déno­mi­na­teur est l’op­po­si­tion au sys­tème de Kadha­fi et de sa famille. Il faut dire que les “actions d’op­po­si­tion ou de résis­tance contre l’op­pres­seur” et un “mou­ve­ment d’op­po­si­tion” sont deux choses dif­fé­rentes. Prin­ci­pa­le­ment, les gens ordi­naires et les offi­ciels libyens cor­rom­pus, qui génèrent une haine bien ancrée envers Kadha­fi et sa famille, sont main­te­nant dans le même camp, mais il y a des dif­fé­rences.

Il y a une forme d’op­po­si­tion authen­tique qui n’est pas orga­ni­sée, et une forme d’op­po­si­tion sys­té­ma­tique, qui est soit externe, soit menée par des per­son­na­li­tés du régime libyen pro­pre­ment dit. L’op­po­si­tion interne des gens authen­tiques en Libye n’est pas orga­ni­sée et les “actions de l’op­po­si­tion” venant du peuple ont été spon­ta­nées. Pour­tant, l’op­po­si­tion et la révolte ont été encou­ra­gés et rela­tées depuis l’ex­té­rieur de la Libye à tra­vers les réseaux sociaux, les chaînes de nou­velles inter­na­tio­nales et les évè­ne­ments à tra­vers le reste du Monde Arabe. [2]

Le lea­der­ship de l’op­po­si­tion interne qui émerge en Libye vient de l’in­té­rieur du régime lui-même. Les offi­ciels cor­rom­pus qui se sont rebel­lés contre Kadha­fi ne sont pas choi­sis par le peuple. Ces figures de l’op­po­si­tion ne sont pas oppo­sées à la tyran­nie ; elles sont sur­tout oppo­sées à la férule du Colo­nel Kadha­fi et de sa famille. Aref Sha­rif et Al-Yunis sont eux-mêmes des per­son­na­li­tés du régime libyen.

Il faut voir que quelques offi­ciels libyens qui se sont retour­nés contre Kadha­fi le font pour se sau­ver, alors que d’autres vont tra­vailler à mol­lir ou dur­cir leurs posi­tions. Abdel Moneim Al-Honi, le délé­gué libyen à la Ligue Arabe au Caire, peut être pris comme exemple. Al-Honi a dénon­cé Kadha­fi, mais il faut remar­quer qu’il était l’un des membres du groupe des offi­ciers libyens qui ont fait le coup d’E­tat de 1969 avec Kadha­fi et que plus tard en 1975, il a lui même essayé de prendre le pou­voir en un coup d’E­tat man­qué. Après ce coup man­qué, il a fui la Libye et ne revint qu’en 1990 après que Kadha­fi lui eût par­don­né.

Al-Honi n’a pas été le seul diplo­mate libyen à démis­sion­ner. L’am­bas­sa­deur libyen en Inde en fit autant. Il y a une inten­tion de la part de ces offi­ciels à être par­tie-pre­nante du pou­voir en Libye après l’é­vic­tion de Kadha­fi.

L’am­bas­sa­deur de Libye en Inde Ali al-Essa­wi a décla­ré à la BBC qu’il démis­sion­nait, oppo­sé à l’at­ti­tude vio­lente du gou­ver­ne­ment envers les mani­fes­tants.

M. Al-Essa­wi avait été Ministre à Tri­po­li et pour­rait être une per­son­na­li­té impor­tante dans un gou­ver­ne­ment alter­na­tif, au cas où le Pré­sident libyen Mouam­mar Kadha­fi perde le pou­voir.

Le second diplo­mate libyen à démis­sion­ner fut le repré­sen­tant per­ma­nent auprès de la Ligue Arabe Abdel Moneim al-Honi, qui décla­ra au Caire qu’il devait quit­ter son poste pour “rejoindre la révo­lu­tion” dans son pays.

“J’ai remis ma démis­sion en pro­tes­ta­tion contre les actes de répres­sion et de vio­lence contre les mani­fes­tants, et je rejoins les rangs de la révo­lu­tion,” a décla­ré M. Al-Honi. Le second Secré­taire Hus­sein Sadiq al Mus­ra­ti, a annon­cé sa démis­sion depuis la Chine, dans un inter­view à Al-Jazee­ra, et a appe­lé l’ar­mée à inter­ve­nir dans le sou­lè­ve­ment. [3]

A nou­veau, ces offi­ciels en révolte, comme Al-Yunis et Sha­rif, sont issus du régime. Ce ne sont pas des diplo­mates, mais d’an­ciens ministres. Il y a aus­si la pos­si­bi­li­té que ces “figures de l“opposition” pour­raient avoir fait ou faire des arran­ge­ments avec des puis­sances étran­gères.

Puissances étrangères en jeu en Libye

Les gou­ver­ne­ments des Etats-Unis, Grande-Bre­tagne, France, Alle­magne et Ita­lie savaient très bien que Kadha­fi est un des­pote, mais cela ne les a nul­le­ment empê­chés de faire des affaires lucra­tives avec Tri­po­li. Quand les media ont cou­vert la vio­lence en Libye, on aurait pu aus­si se deman­der, d’où viennent les armes qu’on a uti­li­sées ? Les ventes d’armes que les Etats-Unis et l’U­nion Euro­péenne ont faites à la Libye doivent être exa­mi­nées. S’a­git-il d’une par­tie de leur pro­gramme de pro­mo­tion ?

Depuis le rap­pro­che­ment entre les Etats-Unis et la Libye, les forces mili­taires des deux pays se sentent des points com­muns. La Libye et les E.U. ont des tran­sac­tions mili­taires, et depuis le rap­pro­che­ment, Tri­po­li s’est mon­tré très inté­res­sé à ache­ter du maté­riel lourd amé­ri­cain. [4] En 2009, une porte-parole du Penta­gone, le Lieu­te­nant-Colo­nel Hib­ner, a affir­mé que cette rela­tion était au mieux ; “[Les E.U.] consi­dé­re­ront les demandes libyennes pour des équi­pe­ment de défense qui per­mettent [à la Libye] de se ren­for­cer dans des zones qui servent nos inté­rêts mutuels [ou les inté­rêts syn­chro­ni­sés des Etats-Unis et de la Libye].” [5] Le cri­tère est ici les inté­rêts des Etats-Unis, c’est-à-dire que le Penta­gone n’ar­me­ra la Libye que sur la base des inté­rêts éta­su­niens.

Il semble que ce qui est arri­vé hier, c’est l’ar­ri­vée en Libye de tout un arse­nal de maté­riel de défense des Etats-Unis. Des jets F‑16 made in USA, des héli­co­ptères Apache et des véhi­cules sont uti­li­sés en Libye par Kadha­fi. Si elle est confir­mée, cette révé­la­tion est cho­quante. Il n’y a pas de confir­ma­tion offi­cielle au sujet de ce maté­riel mili­taire en pro­ve­nance des Etats-Unis dans l’ar­se­nal libyen. Par rap­port aux F‑16, les jets libyens sont tra­di­tion­nel­le­ment des Mirages de fabri­ca­tion fran­çaise et des MIGs russes.

Sil­vio Ber­lus­co­ni et le gou­ver­ne­ment ita­lien ont éga­le­ment été d’ar­dents sup­por­ters du régime de Kadha­fi. Il y a une infor­ma­tion en pro­ve­nance de Libye selon laquelle il y aurait des pilotes ita­liens au sein de l’Ar­mée de l’Air libyenne. [7] Il y a éga­le­ment des mer­ce­naires venant du Tchad, du Sou­dan, du Niger et du Nige­ria. Ceci a été véri­fié sur des vidéos en pro­ve­nance de Libye. Le régime libyen envi­sage éga­le­ment de pas­ser des contrats avec des socié­tés de sécu­ri­té amé­ri­caines ou euro­péennes (mer­ce­naires). [8]

Les Politiques d’Al Jazeera

Image_5-5.png Le gou­ver­ne­ment libyen a cou­pé Inter­net et les lignes télé­pho­niques, une guerre de l’in­for­ma­tion est en cours. Bien qu’é­tant l’un des réseaux d’in­for­ma­tion les plus pro­fes­sion­nels du monde, il faut recon­naître qu’Al Jazee­ra n’est pas neutre. Il est subor­don­né à l’E­mir du Qua­tar et au gou­ver­ne­ment Qua­ta­ri, qui est aus­si une auto­cra­tie. En sélec­tion­nant et choi­sis­sant ce qu’il rap­porte, la cou­ver­ture de la Libye par Al Jazee­ra est biai­sée. Ceci saute aux yeux quand on exa­mine la cou­ver­ture de Barheïn par Al Jazee­ra, qui a été tron­quée en rai­son des liens poli­tiques entre Barheïn et Qua­tar.

Les retours d’Al Jazee­ra sur les jets libyens fai­sant feu sur les mani­fes­tants à Tri­po­li et dans les villes prin­ci­pales ne sont pas confir­més et posent ques­tion. [9] D’où les rela­tions selon les­quelles les jets libyens auraient atta­qué les gens dans les rues n’ont pas été véri­fiées. On n’a aucune preuve visuelle de l’at­taque des jets, alors que les autres évè­ne­ments de Libye ont été confir­més par des preuves visuelles.

Al Jazee­ra n’est pas le seul à avoir biai­sé les infor­ma­tions venant de Libye. Les media d’A­ra­bie Saou­dite se délectent éga­le­ment des évè­ne­ments en Libye. Asharq Al-Awsa­test un jour­nal appar­te­nant à un Saou­dien, et qui est stric­te­ment ali­gné sur les inté­rêts des Etats-Unis dans la région du Moyen-Orient Afrique de l’Est (MENA). Son rédac­teur en chef fait actuel­le­ment des édi­to­riaux glo­ri­fiant la Ligue Arabe pour sa déci­sion d’ex­clure la Libye, à cause de l’u­sage de la force par Tri­po­li envers les mani­fes­tants libyens — pour­quoi de telles mesures n’ont-elles pas été prises pour l’E­gypte, la Tuni­sie, le Barheïn ou le Yémen ? — A l’in­té­rieur comme à l’ex­té­rieur du Monde Arabe, les media prin­ci­paux créent actuel­le­ment les condi­tions pour une inter­ven­tion en Libye.

Le Rôle des intérêts étrangers en Libye

Kadha­fi et ses fils ont géré la Libye comme une pro­prié­té pri­vée. Ils ont gas­pillé ses forces et ses res­sources natu­relles. L’un des fils de Kadha­fi est connu pour avoir payé la chan­teuse amé­ri­caine Beyonce Knowles au moins un mil­lion de dol­lars US pour un concert pri­vé. [10] Les socié­tés étran­gères jouent éga­le­ment un rôle dans cette his­toire.

Les posi­tions et les actions des socié­tés étran­gères, des Etats-Unis et de l’U­nion Euro­péenne face à la Libye ne devraient pas être igno­rées.

Se poser des ques­tions sur le rôle des gou­ver­ne­ments et des socié­tés étran­gères en Libye, voi­là qui est très impor­tant. Les gou­ver­ne­ments ita­lien et amé­ri­cain devraient être inter­ro­gés quant au rôle des pilotes de natio­na­li­té ita­lienne, et de toutes les nou­velles armes mises en jeu en Libye.

Il est très clair que la démo­cra­tie est employée comme un pré­texte pra­tique uni­que­ment contre les dic­ta­teurs qui ne font pas allé­geance aux inté­rêts amé­ri­cains et euro­péens. Il suf­fit de regar­der com­ment Mutas­sim Kadha­fi fut accueilli les bras ouverts à Washing­ton le 21 avril 2009 par Hil­la­ry Clin­ton et l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma. Après le mee­ting, la Secré­taire d’E­tat Clin­ton a décla­ré en public :

Je suis très heu­reuse d’ac­cueillir le Ministre Kadha­fi au Dépar­te­ment d’E­tat. Nous atta­chons beau­coup d’im­por­tance à la rela­tion entre les Etats-Unis et la Libye. Nous avons beau­coup d’oc­ca­sions pour appro­fon­dir et ren­for­cer notre coopé­ra­tion, et je sou­haite vive­ment inves­tir dans cette rela­tion. Alors, M. le Ministre, bien­ve­nue ici. [11]

Ce que veulent les Etats-Unis et l’U­nion Euro­péenne main­te­nant, c’est tirer un maxi­mum de pro­fit de la Libye. La guerre civile, c’est ce que Bruxelles et Washing­ton ont der­rière la tête.

La balkanisation de la Libye et la marche vers la guerre civile.

Le fils de Kadha­fi Saif Al-Islam a fait des décla­ra­tions sur la télé­vi­sion libyenne sur des orga­ni­sa­tions reli­gieuse appa­ren­tées aux Tali­bans et qui pren­draient le des­sus en Libye ou essaye­raient de le faire. Rien n’est moins vrai. Il a aus­si mis en garde contre la ruine et la guerre civile. C’est un exemple des efforts de la famille Kadha­fi pour gar­der le pou­voir en Libye, mais une avan­cée vers la guerre civile appa­raît en Libye.

Image_6-4.png Par­mi les per­son­na­li­tés en vue chez les mili­taires, Mah­di Al-Arab, le chef adjoint de l’E­tat-Major libyen, aurait renié Kadha­fi. [12] Al-Arab a cepen­dant modi­fié sa posi­tion en disant qu’il ne veut pas voir la Libye s’en­fon­cer dans la guerre civile que déclen­che­rait une inter­ven­tion étran­gère ou une mise sous tutelle. [13] C’est pour­quoi Al-Arab a empê­ché les gens de sa ville, Zawa­rah, de se joindre à la révolte et d’al­ler à Tri­po­li, ville voi­sine. [14]

Le pen­chant vers la guerre civile en Libye est encou­ra­gé par deux fac­teurs. L’un est la nature du régime de Kadha­fi. L’autre est un désir exté­rieur d’af­fai­blir et de divi­ser la Libye.

Kadha­fi a tou­jours agi de façon à divi­ser les Libyens. Cela fait des années que l’on crai­gnait que les fils de Kadha­fi ne déclenchent entre eux une guerre civile, ou qu’un autre haut digni­taire n’in­ter­vienne pour prendre le pou­voir après la dis­pa­ri­tion de Kadha­fi. Une guerre civile sur les bases des eth­nies, du régio­na­lisme ou du tri­ba­lisme, ce n’est pas une très grosse menace. On peut coop­ter ou s’al­lier avec des tri­bus ou des régions, mais ceux qui vou­draient déclen­cher la guerre civile sont des puis­sants du régime. Les risques de guerre civile viennent des riva­li­tés entre les offi­ciels du régime eux-mêmes. Il faut bien com­prendre que ces riva­li­tés ont été soi­gneu­se­ment entre­te­nues afin de divi­ser la Libye.

Les feux de la guerre sont ravi­vés en Libye. Dans de nom­breux cercles stra­té­giques à Washing­ton, Tel-Aviv, Londres et aux Quar­tiers Géné­raux de l’O­TAN, on voit d’un bon oeil le chaos dans le Monde Arabe. Si la Libye est en proie à la guerre civile ou devient bal­ka­ni­sée, les béné­fi­ciaires seront les Etats-Unis et l’U­nion Euro­péenne, à long terme, et il y aura de sérieuses impli­ca­tions géo­po­li­tiques.

Tous les états voi­sins en Afrique du Nord seraient désta­bi­li­sés par les évè­ne­ments en Libye. L’A­frique de l’Ouest et l’A­frique cen­trale seraient éga­le­ment désta­bi­li­sées. Les fron­tières tri­bales de Libye et du Tchad s’é­tendent jus­qu’au Niger, à l’Al­gé­rie et au Sou­dan. Le chaos en Libye aurait éga­le­ment un impact non négli­geable en Europe et sur l’éner­gie au niveau glo­bal. Les évè­ne­ments en Libye servent de test pour le contrôle du Cercle Arc­tique et de ses res­sources éner­gé­tiques. [15]

Quelle sera la chute de Kadhafi ?

Il y a de fortes chances pour que Kadha­fi n’aie pas une sor­tie du pou­voir aus­si heu­reuse que Ben Ali en Tuni­sie et Mou­ba­rak en Egypte. Kadha­fi aura du mal à trou­ver un pays d’ac­cueil. En géné­ral, Kadha­fi est consi­dé­ré comme une assu­rance par les autres gou­ver­ne­ments. L’A­ra­bie Saou­dite, que l’on peut dépeindre comme un refuge pour les dic­ta­teurs, n’ac­cor­de­ra sans doute pas le refuge à Kadha­fi. La Libye et l’A­ra­bie Saou­dite ne sont pas en bons termes. Il est éga­le­ment recher­ché pour témoi­gnage au Liban. En géné­ral, la rela­tion de Kadha­fi avec les lea­ders des pou­voirs pétro­liers arabes du Golfe Per­sique est ten­due et néga­tive. Per­sonne ne l’ac­cueille­ra dans le Golfe Per­sique.

En géné­ral, les gou­ver­ne­ments arabes auront peur de l’ac­cueillir. Dans ses efforts pour pas­ser pour un cham­pion du peuple, il a insul­té beau­coup de ses pairs dic­ta­teurs arabes. Cepen­dant il faut dire que les décla­ra­tions de Kadha­fi aux mee­tings de la Ligue Arabe ou au sujet de la Pales­tine ou de l’I­rak sont beau­coup plus popu­laires et can­dides que ce qu’ont fait le reste des dic­ta­teurs.

Il est très impro­bable qu’un pays d’A­mé­rique Latine, d’Eu­rope ou ex-sovié­tique lui donne refuge. On le ver­rait mieux dans un pays d’A­frique sub-Saha­rienne.

Ses options sont limi­tées et il est déter­mi­né à gar­der le pou­voir. La guerre civile semble sur­gir à l’ho­ri­zon. Il y a fort peu de chances qu’il quitte la Libye paci­fi­que­ment, et les Etats-Unis et leurs alliés on sans aucun doute exa­mi­né ce scé­na­rio. Les 23 et 24 février 2010, il a ren­con­tré les chefs des trois plus impor­tantes tri­bus de Libye (Wer­fa­la, Tarhou­na et Wer­sh­fa­na), pour s’as­su­rer de leur sou­tien . [16] Sa propre tri­bu, Qad­da­fa, le sou­tient et il semble que les tri­bus Mada­rha et Awlad Slie­man le sou­tiennent aus­si. [17]

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Les risques d’intervention de l’OTAN et les E.U. et l’U.E. Contrôler la Libye

La Libye est dans le col­li­ma­teur du Penta­gone depuis des années. Selon Wes­ley Clark, le géné­ral en retraite qui était le com­man­dant en chef de l’O­TAN, la Libye était sur la liste des pays à enva­hir après l’Af­gha­nis­tan contrô­lé par les Tali­bans. La liste incluait l’I­rak, la Soma­lie, le Sou­dan, le Liban, la Syrie et enfin l’I­ran. Les pro­pos de Clark :

“Alors je suis ren­tré pour le voir [un offi­cier de haut rang au Penta­gone] quelques semaines après, nous étions alors en train de bom­bar­der l’Af­gha­nis­tan.” “- allons nous tou­jours faire la guerre avec l’I­rak?” “- Oh, c’est pire que ça.” Il rejoint son bureau.. Il prit une feuille de papier “- Je la rap­porte tout juste du 1er étage aujourd’­hui.” — ce qui vou­lait dire du bureau du Secré­taire de la Défense — . Il ajou­ta : “C’est un mémo qui explique com­ment nous allons prendre sept pays en cinq ans, d’a­bord l’I­rak puis la Syrie, le Liban, la Soma­lie, le Sou­dan et pour finir l’I­ran.” [18]

D’une manière ou d’une autre, toutes les nations de la liste ont été atta­quées de manière directe ou indi­recte, et toutes, sauf la Syrie et l’I­ran, ont suc­com­bé aux Etats-Unis et à ses alliés. Je répète, les seules excep­tions sont l’I­ran et son alliée la Syrie. Au Liban, les Etats-Unis ont par­tiel­le­ment gagné, mais il y a un recul avec le déclin de l’al­liance du 14 mars conduite par Hari­ri.

La Libye a enta­mé des négo­cia­tions secrètes avec Washing­ton en 2001, qui se sont concré­ti­sées par un rap­pro­che­ment for­mel après la chute de Bag­dad pro­vo­quée par les troupes bri­tan­niques et amé­ri­caines en 2003. En fait, les Etats-Unis et leurs alliés ont tou­jours vou­lu étendre leur influence sur le sec­teur éner­gé­tique de la Libye et s’ap­pro­prier les grandes richesses de la Libye. Une guerre civile offre la meilleure des cou­ver­tures en ce sens.

Les Libyens doivent être conscients du prétexte d’intervention pour aide humanitaire.

Les Libyens doivent abso­lu­ment être sur leurs gardes. Il est clair que les Etats-Unis et l’U­nion Euro­péenne sou­tiennent les deux camps. Les Etats-Unis et l’U­nion Euro­péenne ne sont pas les alliés des peuples du Monde Arabe. A ce pro­pos, les Etats-Unis sup­portent Kadha­fi au sol par du maté­riel mili­taire, alors qu’ils sup­portent éga­le­ment l’ ”oppo­si­tion”. Si les soi-disant gou­ver­ne­ments des pays occi­den­taux étaient sérieux au sujet de la démo­cra­tie, ils auraient cou­pé les liens com­mer­ciaux avec la Libye, et spé­cia­le­ment le sec­teur éner­gé­tique, avant 2011.

Washing­ton et le pou­voir de Bruxelles pour­raient conjoin­te­ment coop­ter les forces d’op­po­si­tion. Ils ont sou­te­nu Kadha­fi, mais ils ne le contrôlent pas, ni lui ni son régime, de même qu’ils n’ont pas contrô­lé Ben Ali en Tuni­sie et Mou­ba­rak en Egypte. La Libye, c’est une toute autre his­toire. Les objec­tifs de Washing­ton et de Bruxelles seront de ren­for­cer leur contrôle sur la Libye soit par un chan­ge­ment de régime, soit par une guerre civile.

Les “Actions de l’op­po­si­tion à Kadha­fi” sont puis­santes, mais il n’y a pas de véri­table “mou­ve­ment d’op­po­si­tion”. Les deux choses sont dif­fé­rentes. La démo­cra­tie n’est pas garan­tie, à cause de la nature de la coa­li­tion oppo­sée à Kadha­fi, qui compte de nom­breux offi­ciels cor­rom­pus du régime.

On dis­cute actuel­le­ment d’une “inter­ven­tion huma­ni­taire” en Libye, comme en You­go­sla­vie et en Irak. Une “inter­dic­tion de sur­vol” au des­sus de la Libye a été évo­quée, ain­si qu’une pos­sible inter­ven­tion de l’O­TAN. Les inten­tions der­rière ces décla­ra­tions ne sont pas huma­ni­taires, mais visent à jus­ti­fier une ingé­rence étran­gère qui pour­rait poten­tiel­le­ment mener à une inva­sion. Si ceci se met­tait en place, la Libye devien­drait un pays occu­pé. Ses res­sources seraient pillées et ses richesses pri­va­ti­sées et contrô­lées par des com­pa­gnies étran­gères comme c’est le cas de l’I­rak.

Aujourd’­hui les fan­tômes d’O­mar Mukh­tar et de Sala­din sont encore très vivants et actifs en Libye et dans le Monde Arabe. Se débar­ras­ser de Kadha­fi et de ses fils, ce n’est pas la solu­tion. Tout le sys­tème cor­rom­pu de gou­ver­nance en Libye, et la culture de la cor­rup­tion poli­tique doivent être déman­te­lés. En même temps il faut pour­tant ne pas lais­ser s’ins­tal­ler en Libye les ingé­rences étran­gères. Si le peuple libyen est mobi­li­sé et ferme, il peut com­battre ces méthodes.

NOTES

[1] “UK Hague : some infor­ma­tion that Qad­da­fi on way to Vene­zue­la,” Reu­ters, 21 février 2011.

[2] On revient en arrière vers la pro­li­fé­ra­tion de dra­peaux libyens lors du coup de 1969. D’où viennent tous ces dra­peaux ?

[3] “3 Libyan Diplo­mats resi­gn,” The Hin­du, 22 février 2011.

[4] James Wolf, “U.S. eyes arms sales to Libya,” Reu­ters, 6 mars 2009.

[5] Ibid.

[6] Infor­ma­tions venant de sources en Libye, non encore confir­mées.

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] Ibid.; J’ai don­né des expli­ca­tions sur ce point. La pre­mière expli­ca­tion, c’est que des agents du gou­ver­ne­ment de Libye ont répan­du des contre-infor­ma­tions auprès d’Al-Jazee­ra. Ceci inclut les rap­ports faits à Al-Jazee­ra selon les­quels des jets avaient atta­qué des civils dans les rues. Kadha­fi a joué là-des­sus pour dis­cré­di­ter Al-Jazee­ra sur le plan inté­rieur en Libye en affi­mant au peuple Libyen qu’il n’y avait pas eu d’at­taques de jets, et qu’Al-Jazee­ra dif­fu­sait des contre-infor­ma­tions. La seconde expli­ca­tion est qu’Al-Jazee­ra dif­fuse tout sim­ple­ment des contre-infor­ma­tions. En tout cas, les deux expli­ca­tions coïn­cident sur le fait qu’il n’y a pas eu jus­qu’à pré­sent d’at­taque des mani­fes­tants par des jets libyens.
[10] Marine Hyde, “Beyonce and the $2m gig for Colo­nel Gaddafi’s son,” The Guar­dian (U.K.), 8 jan­vier 2010;le concert était pour Mutas­sim et non pas Han­ni­bal Kadha­fi (l’ar­ticle a tort). L’ar­ticle n’est pas fon­da­men­tal et a été cité pour mon­trer que ce genre d’es­ca­pade est à peine connu des jour­naux grand public en Grande-Bre­tagne et en Europe de l’Ouest.

[11] U.S. State Depart­ment, “Remarks With Libyan Natio­nal Secu­ri­ty Advi­ser Dr. Mutas­sim Qadha­fi Before Their Mee­ting,” 21 avril 2009 : .

[12] Infor­ma­tions venant de sources en Libye, non encore confir­mées.

[13] Ibid.

[14] Ibid.

[15] David Ljung­gren, “Libya tur­moil puts focus on Arc­tic oil : Green­land,” ed. Robert Wil­son, Reu­ters, 23 février 2011.

[16] Infor­ma­tions venant de sources en Libye, non encore confir­mées. On m’a dit que Kadha­fi pro­met­tait des réformes aux tri­bus et qu’il allait se reti­rer dans envi­ron un an. Et éga­le­ment qu’il affir­mait qu’au­cun de ses fils ne serait au pou­voir en Libye

[17] Ibid.

[18] Gene­ral (reti­red) Wes­ley Clark, “92 Street Y Exclu­sive Live Inter­view,” inter­view by Amy Good­man, Demo­cra­cy Now, 2 mars 2007.

Mah­di Darius Nazem­roaya spe­cia­li­sé dans le Moyen-Orient et l’A­sie Cen­trale. Il est cher­cheur asso­cié du Centre de recherche sur la Mon­dia­li­sa­tion.

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