L’AFP est-elle complice du régime turc ?

L’AFP a agit comme porte-parole de l’Agence Anatolie qui est un instrument de la propagande du gouvernement. Être menteur est une chose, mais être menteur des menteurs est vraiment odieux.

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Par Maxime Aza­di

Quand des cen­taines de mil­liers de per­sonnes célèbrent le Newroz au Kur­dis­tan de Tur­quie, l’AFP parle de 40.000 per­sonnes et lorsqu’un res­pon­sable du par­ti kurde se fait tuer ou des dépu­tés kurdes se font tabas­ser par la police, l’agence fran­çaise parle de bras cas­sé d’un poli­cier. Les médias ont révé­lé récem­ment qu’un repor­ter tra­vaillait comme infor­ma­teur pour les ser­vices secrets turcs. On apprend ensuite qu’il s’agit d’un pho­to­graphe de l’AFP.

Les images montrent l’immensité incon­tes­table de la foule qui a bri­sé le 18 mars à Diyar­ba­kir l’interdiction des auto­ri­tés et les bar­ri­cades de la police, pour célé­brer la fête de Newroz. Un mil­lion de per­sonnes ont par­ti­ci­pé à cette célé­bra­tion, selon les orga­ni­sa­teurs.

A Istan­bul, les auto­ri­tés ont inter­dit tout ras­sem­ble­ment pour le Newroz, ce qui a conduit les dizaines de mil­liers de per­sonnes à résis­ter contre la vio­lence poli­cière. Un res­pon­sable du par­ti kurde BDP est décé­dé, subis­sant aux gaz lacry­mo­gènes uti­li­sés inten­si­ve­ment. Plu­sieurs autres mani­fes­tants ont été bles­sés dont une dépu­tée kurde, tan­dis qu’au moins 135 per­sonnes ont été arrê­tées, selon la police istan­bu­liote.

Pen­dant ce temps, les médias turcs sous contrôle du gou­ver­ne­ment n’ont par­lé que d’affrontements, accu­sant les mani­fes­tants, alors qu’il s’agissait d’une pro­vo­ca­tion ouverte du gou­ver­ne­ment AKP, par­ti au pou­voir depuis 2002.

Les médias occi­den­taux étaient dans son ensemble absents, comme tou­jours, sui­vant la poli­tique exté­rieur de leurs pays. L’AFP a agit comme porte-parole de l’Agence Ana­to­lie qui est un ins­tru­ment de la pro­pa­gande du gou­ver­ne­ment. Être men­teur est une chose, mais être men­teur des men­teurs est vrai­ment odieux.

Pour cette agence fran­çaise, une foule de quelque 40.000 per­sonnes s’est ras­sem­blée pour célé­brer le Newroz, alors qu’elle n’hésite pas à exa­gé­rer ou mani­pu­ler tout ce qui se passe dans les pays visés par les puis­sants.

Pen­dant qu’un res­pon­sable de par­ti kurde se fai­sait tuer lors des célé­bra­tions inter­dites à Istan­bul, l’AFP affir­mait qu’un poli­cier a eu un bras cas­sé et une per­sonne âgée a été bles­sée à la tête par des jets de pierre.

Il n’était sur­ement pas la pre­mière per­sonne tuée par les tirs des forces de l’ordre, mais comme l’attitude des médias mains­tream, le silence de l’Occident non plus n’a pas été sur­pre­nant. Le 28 décembre, 34 civils kurdes en majo­ri­té des enfants ont été mas­sa­crés par les bom­bar­de­ments turcs contre un vil­lage à Sir­nak. Les gou­ver­ne­ments des pays euro­péens n’ont pas dit un mot.

DÉPUTÉS TABASSES, LA POLICE OUVRE LE FEU, LES MÉDIAS ABSENTS

Le 20 mars, des cen­taines de mil­liers de kurdes sont des­cen­dus dans les rues d’une soixan­taine de villes, des cen­taines de per­sonnes ont été arrê­tées et des cen­taines d’autres ont été bles­sées dont deux dépu­tés BDP. Bles­sé sous les coups des forces de l’ordre à Bat­man, le dépu­té Ahmet Turk a été hos­pi­ta­li­sé. L’autre dépu­té BDP Ertu­grul Kurk­cu a été tabas­sé à Mer­sin. La police a ouvert le feu sur les locaux du par­ti kurde et les mani­fes­tants à Cizre, mais les médias étaient tou­jours absents.

ACTIVITÉS D’ESPIONNAGE D’UN PHOTOGRAPHE DE L’AFP !

Reve­nons à l’AFP, sans rap­pe­ler l’éthique jour­na­lis­tique ou les valeurs humaines, des infor­ma­tions récem­ment révé­lées éveillent de sérieux doutes sur le tra­vail de cette agence en Tur­quie.

Suite à la guerre du pou­voir entre le pre­mier ministre Recep Tayyip Erdo­gan et son allié fort, la Confré­rie de Fethul­lah Gulen, sur fond de crise écla­té récem­ment entre la police et les ser­vices secrets (MIT : Mil­li İstih­ba­rat Teş­ki­latı – Orga­ni­sa­tion natio­nale de ren­sei­gne­ments, déno­mi­na­tion des ser­vices secrets turcs), les médias pro-Gulen ont révé­lé début mars l’enregistrement des inter­ro­ga­toires de 49 jour­na­listes arrê­tés en décembre 2011. Par­mi eux, un est accu­sé d’être un infor­ma­teur des ser­vices secrets turcs. Il aurait été payé pour repé­rer les diri­geants du PKK à Qan­dil, une région mon­ta­gneuse sous contrôle de l’organisation kurde. Selon les médias turcs, ce jour­na­liste aurait dit sous l’interrogation qu’il est un infor­ma­teur du MIT, et qu’il aurait admit ses contacts avec l’agence de presse kurdes Firat pour cette fin. Il aurait éga­le­ment espion­né les acti­vi­tés de l’agence kurde basée à Amster­dam, à tra­vers des rela­tions jour­na­lis­tiques.

Les inter­views réa­li­sées entre les années 2007 et 2009 avec le diri­geant du PKK Murat Karayi­lan fai­saient par­tie de ces acti­vi­tés d’espionnage, selon les médias. En 2010, il a ren­con­tré un jour­na­liste kurde à Franc­fort en com­pa­gnie de deux autres agents de MIT, mais le jour­na­liste kurde n’était tou­jours pas au cou­rant de cet espion­nage. Les ser­vices secrets auraient obte­nu une liste de 500 noms, affirment les médias turcs.

Il s’agit d’un pho­to­graphe de l’AFP, a‑t-on appris auprès de l’agence de presse kurde Firat. Mais nous gar­dons pour nous le nom de ce « jour­na­liste », en atten­dant de l’AFP des expli­ca­tions sur le tra­vail de son ser­vice turc.

Source de l’ar­ticle : Réseau d’in­for­ma­tions libres de la Méso­po­ta­mie