L’Amérique Latine et les Caraïbes en marche vers une deuxième indépendance

La création du CELAC se présente comme un pas de plus dans cette marche à la conquête de la seconde indépendance

Par 0scar For­tin

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Créa­tion de la com­mu­nau­té des états lati­no-amé­ri­cains et des Caraïbes (CELAC) sans la pré­sence des États-Unis et du Cana­da

Il n’y a pas encore si long­temps l’Amérique latine et les Caraïbes étaient une terre de mis­sion pour les Églises et les ONG à voca­tion « huma­ni­taire ». Ils étaient la bonne conscience des pays déve­lop­pés à l’endroit de ce Tiers Monde rete­nu dans le sous-déve­lop­pe­ment. Pour les oli­gar­chies et les gou­ver­ne­ments des États-Unis, du Cana­da et de l’Europe, ils étaient l’arrière cour, riche en mine­rais, en pro­duits agri­coles de toute nature, en pro­duits fores­tiers, en main d’œuvre bon mar­ché. Ce qui était deve­nu l’enfer de la pau­vre­té pour des mil­lions de per­sonnes, était, pour les oli­gar­chies natio­nales et les pays déve­lop­pés du nord, un véri­table eldo­ra­do.

Tous ces pays, en dépit d’une pre­mière indé­pen­dance acquise par la force depuis 150 et 175 ans, demeu­raient entiè­re­ment domi­nés tant dans la ges­tion de leurs ins­ti­tu­tions poli­tiques, judi­ciaires et éco­no­miques que dans le contrôle de leurs richesses. L’injustice d’une pareille situa­tion émer­gea pro­gres­si­ve­ment dans la conscience de jeunes géné­ra­tions plus ins­truites et plus soli­daires de leurs peuples. D’où les pre­miers regrou­pe­ments révo­lu­tion­naires et les pre­mières actions de révoltes contre ces gou­ver­ne­ments oli­gar­chiques et ces régimes injustes.

Ce fut le début des sou­lè­ve­ments révo­lu­tion­naires qui mar­quèrent les géné­ra­tions des années 1950 et 1960 : entre autres, le « Front uni » en Colom­bie, les Tupa­ma­ros en Uru­guay, le MIR au Chi­li. Le plus connu de ces sou­lè­ve­ments demeure celui de Cuba, sous la direc­tion de Fidel Cas­tro.

Batis­ta, le dic­ta­teur d’alors, fai­sait régner la ter­reur sur les pauvres et les tra­vailleurs. Ces der­niers étaient mis au ser­vice d’oligarchies natio­nales et inter­na­tio­nales qui dis­po­saient, à volon­té, des richesses du pays. Pen­dant ce temps les mafias de Chi­ca­go, de New York et de Mia­mi s’en don­naient à coeur joie avec l’industrie du jeu, de la contre­bande et de la cor­rup­tion. Après des années de luttes, de souf­france mais sur­tout de beau­coup de cou­rage, les révo­lu­tion­naires sous la direc­tion de Fidel Cas­tro eurent rai­son de Batis­ta et de son régime. En jan­vier 1959, le dic­ta­teur s’exilait à Mia­mi, pro­té­gé par les forces de l’Empire. Une ère nou­velle s’ouvrait pour le Peuple cubain, mais cette pre­mière vic­toire était encore loin des objec­tifs visés. Les adver­saires n’allaient pas faci­le­ment se rési­gner à leur défaite. Nous connais­sons la suite de tous les obs­tacles mis en place par les Etats-Unis pour que cette révo­lu­tion ne puisse jamais don­ner les résul­tats escomp­tés. Les 51 ans de blo­cus éco­no­mique parlent par eux-mêmes.

Cette his­toire qu’illustre la révo­lu­tion cubaine se retrouve dans, à peu près tous les pays du Conti­nent. À l’exception de Cuba et des San­di­nistes du Nica­ra­gua, tous les mou­ve­ments révo­lu­tion­naires de l’époque ont été dure­ment écra­sés par les gou­ver­ne­ments ou les dic­ta­teurs en place. Ce fut alors le com­men­ce­ment de l’option démo­cra­tique comme voie pour conqué­rir le pou­voir et en modi­fier les orien­ta­tions. Le pre­mier à y par­ve­nir fut Allende avec l’Unité popu­laire. Là encore nous connais­sons son sort. Il fut ren­ver­sé, en 1973, par un coup d’État mili­taire télé­com­man­dé de Washing­ton. Il en fut de même en Argen­tine, avec le ren­ver­se­ment du gou­ver­ne­ment de Per­ron, en 1976, par une junte mili­taire.

Ce ne sera qu’avec l’élection d’Hugo Cha­vez, au Vene­zue­la, en 1998, qu’une nou­velle ère s’ouvre pour les peuples Lati­nos amé­ri­cains. À peine arri­vé aux com­mandes du gou­ver­ne­ment, il fait voter une nou­velle consti­tu­tion qui modi­fie les règles oli­gar­chiques de la gou­ver­nance et ins­taure des méca­nismes de par­ti­ci­pa­tion directe du peuple au pou­voir. Par son lea­deur­ship il rayonne dans les ins­tances régio­nales et fait décou­vrir une nou­velle manière de faire de la poli­tique. Il sera sui­vi par l’Équateur qui éli­ra un éco­no­miste d’avant-garde, en la per­sonne de Raphael Cor­rea, par le Nica­ra­gua de Daniel Orte­ga, déjà gagné à la cause révo­lu­tion­naire, de la Boli­vie avec Évo Morales, du Bré­sil avec Lula, par l’Argentine avec Kirch­ner et Cris­ti­na Fer­nan­dez, par l’Uruguay qui por­ta au pou­voir un ex évêque, adepte de la théo­lo­gie de libé­ra­tion, Fer­nan­do Lugo, par l’Uruguay avec Jose Muji­ca , ex révo­lu­tion­naire Tupa­ma­ros, pri­son­nier de la dic­ta­ture de Stroess­ner pen­dant plus de 20 ans et main­te­nant, à 75 ans, pré­sident de son pays. Les der­nières élec­tions au Pérou ont don­né un signal vers ces nou­velles orien­ta­tions en éli­sant Ollan­ta Huma­la, can­di­dat de la gauche péru­vienne. Inutile d’ajouter que dès les tous débuts, Cuba et par­ti­cu­liè­re­ment Fidel Cas­tro, ont accom­pa­gné ces gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes.

La créa­tion du CELAC se pré­sente comme un pas de plus dans cette marche à la conquête de la seconde indé­pen­dance, celle des peuples aux com­mandes de leurs ins­ti­tu­tions sociales, poli­tiques, éco­no­miques et judi­ciaires. Ce nou­vel espace, sans la pré­sence des Etats-Unis et du Cana­da, per­met­tra de débattre de leurs pro­blèmes internes, d’en cher­cher les causes pro­fondes et d’apporter, eux-mêmes, des solu­tions propres à leurs besoins et inté­rêts. Ces 33 États repré­sentent près de 600 mil­lions de per­sonnes.

celac_0.jpgHUGO CHAVEZ a fait la démons­tra­tion, comme pré­sident de cette ren­contre de fon­da­tion, d’un homme intel­li­gent, ouvert à la diver­si­té des opi­nions et sou­cieux de rejoindre le grand rêve de Boli­var, celui de la Grande Patrie, réunis­sant tous les pays de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Je ter­mine avec ce fait plu­tôt cocasse et qui en dit long sur cette volon­té de faire de la place à toutes les ten­dance en vue de favo­ri­ser l’intégration la plus large pos­sible. La pro­cé­dure rete­nue pour l’intervalle entre cette ren­contre et la pro­chaine pré­voit que le Pré­sident sor­tant demeure asso­cié au nou­veau Pré­sident qui aura la res­pon­sa­bi­li­té de la pro­chaine ren­contre ain­si que de celui qui lui suc­cè­de­ra pour l’année sui­vante.

Cette pro­cé­dure a pour effet de mettre ensemble, pour la pro­chaine années, Hugo Cha­vez, du Vene­zue­la, Sébas­tian Pine­ra, du Chi­li et Raoul Cas­tro, de Cuba. Les deux bêtes noires de Washing­ton se retrouvent à la table de tra­vail avec leur amphi­tryon pré­fé­ré.

Un signe des temps qui marque un moment his­to­rique pour l’Amérique latine et les Caraïbes et que nos médias offi­ciels semblent bou­der. J’espère que ce petit expo­sé rap­pel­le­ra que cet évè­ne­ment a vrai­ment eu lieu et qu’il s’est clô­tu­ré sur une note de suc­cès.

Oscar For­tin Qué­bec, le 2 décembre 2011 http://humanisme.blogspot.com

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