Libye : Le sang du lion et le festin des rats

par Bahar Kimyongür

Syrte ou la Sta­lin­grad du désert, aura résis­té de tout son sang contre la bar­ba­rie céleste de l’OTAN et ses mer­ce­naires indi­gènes. Au milieu de ruines fumantes de la ville mar­tyre, un lion est mort. Un lion qui, de son vivant comme dans sa tré­pas, aura ren­du sa fier­té à sa patrie, à son peuple, à son conti­nent et à tous les dam­nés de la terre.

Autour de son corps ago­ni­sant, tels des rats affa­més, les bar­bares du CNT et de l’OTAN se sont dis­pu­tés des lam­beaux de sa noble chair.

« C’est nous qui l’avons ache­vé » clament les rats du Shape et de l’Elysée.

« Non, c’est nous. » rétorquent les rats indi­gènes.

Le corps lacé­ré de Kadha­fi, c’est la Libye lacé­rée, don­née en pâtures à l’OTAN et au CNT.

La Libye de Kadha­fi était un pays fier. Ses citoyens ne devaient pas qué­man­der l’aumône à la porte des sei­gneurs euro­péens.

La Libye de Kadha­fi était un pays pros­père. Elle était l’Eldorado de toute l’Afrique. Un pays de cocagne assu­rant le plein emploi.

La Libye de Kadha­fi était un pays pari­taire. Les femmes étu­diaient et réus­sis­saient mieux que les hommes. Les femmes déci­daient. Les femmes diri­geaient. Les femmes com­bat­taient.

La Libye de Kadha­fi était un pays géné­reux. Ecoles gra­tuites munies d’équipements les plus modernes. Hôpi­taux gra­tuits ne man­quant de rien. Cette Libye a entre autres, finan­cé RASCOM 1, un satel­lite de télé­com­mu­ni­ca­tions qui allait per­mettre à tous les Afri­cains de télé­pho­ner qua­si gra­tui­te­ment, eux qui payaient les tarifs télé­pho­niques les plus chers au monde. L’Europe avait été jusqu’à colo­ni­ser les réseaux de com­mu­ni­ca­tion afri­cains, for­çant le conti­nent à ver­ser 500 mil­lions de dol­lars par an pour le tran­sit vocal des Afri­cains sur ses satel­lites.

La Libye de Kadha­fi était un pays soli­daire. Dotée d’un minis­tère char­gée de sou­te­nir la révo­lu­tion mon­diale, cette Libye a accueilli à bras ouverts tous les résis­tants du monde, a finan­cé d’innombrables mou­ve­ments de libé­ra­tion : Black Pan­thers, mili­tants anti-Apar­theid, résis­tants chi­liens, sal­va­do­riens, basques, irlan­dais, pales­ti­niens, ango­lais. Habi­tés par leurs fan­tasmes pri­maires, des jour­na­leux euro­péens ont rap­por­té que des sni­pers fémi­nins des Forces armées révo­lu­tion­naires de Colom­bie (FARC) avaient été enrô­lés par Kadha­fi. Pure intox. En revanche, les guer­riers du mou­ve­ment de libé­ra­tion du Saha­ra occi­den­tal, le Front poli­sa­rio, pro­té­geaient bel et bien Tri­po­li de la bar­ba­rie de l’OTAN/CNT.

La Libye de Kadha­fi a fait l’expérience de la démo­cra­tie directe. Kadha­fi n’avait qu’un rôle sym­bo­lique, celui du vieux sage à la fois redou­té et ras­su­rant. La popu­la­tion était encou­ra­gée à débattre et à choi­sir sa des­ti­née à tra­vers les Comi­tés popu­laires. Pas besoin de par­le­ment ni de par­tis.

Hélas, la Libye de Kadha­fi n’est pas par­ve­nue à faire vivre une démo­cra­tie durable. Les luttes per­son­nelles ont pris le des­sus sur les inté­rêts col­lec­tifs. Comme bien des révo­lu­tions, la Libye de Kadha­fi a connu sa dégé­né­res­cence idéo­lo­gique et son cor­tège de souf­frances et d’injustices.

La Libye de Kadha­fi n’est pas par­ve­nue à ins­tau­rer la concorde entre clans et tri­bus de la Tri­po­li­taine et de la Cyré­naïque.

La Libye de Kadha­fi a cru que seule la force vien­drait à bout des dji­ha­distes endia­blés d’Al Qai­da, des oppor­tu­nistes et des rené­gats pro-occi­den­taux.

La Libye de Kadha­fi a ten­té de bri­ser son iso­le­ment inter­na­tio­nal, pen­sant que les rats de l’Elysée, du 10 Dow­ning Street, du Palais Chi­gi ou de la Mai­son Blanche vien­draient man­ger dans sa main. Ces rats se sont en réa­li­té sour­noi­se­ment glis­sés dans la manche de sa tunique. Ils ont sai­si l’occasion pour infil­trer son pays, le sabo­ter, le rui­ner et le pom­per pour un siècle.

A pré­sent, les rats d’Europe et les rats du CNT étanchent leur soif dans la cri­nière du lion.

Mais le lion s’est déro­bé à leurs griffes pour rejoindre Lumum­ba et San­ka­ra, les autres enfants mar­tyres de l’Afrique héroïque.

Buvez, hordes de lâches, buvez ! Que son sang brûle vos entrailles comme le Zaq­qoum !

Pleu­rez patriotes libyens pleu­rez ! Que vos larmes englou­tissent vos bour­reaux et leurs armées !

Source de l’ar­ticle : Col­lon