Venezuela : médias et terrorisme, par Luis Britto Garcia.

Les évènements récents montrent que les médias continuent à justifier la violence d’une opposition et à la conforter dans son refus d’accepter les résultats d’élections favorables à la révolution.

Luis_Britto_Garci_a.pngNote : On a rap­pel­lé récem­ment le rôle de médias locaux et de puis­sances occi­den­tales dans le géno­cide du Rwan­da. En abril 2002 les médias pri­vés véné­zué­liens ont co-orga­ni­sé un coup d’État san­glant qui sub­sti­tua briè­ve­ment le pré­sident élu Hugo Cha­vez par le chef du patro­nat. Les évè­ne­ments récents montrent que ces médias, hégé­mo­niques au Vene­zue­la, et relayés par les médias inter­na­tio­naux, conti­nuent à jus­ti­fier la vio­lence d’une oppo­si­tion et à la confor­ter dans son refus d’accepter les résul­tats d’élections favo­rables à la révo­lu­tion.

L’auteur de cette étude, Luis Brit­to García (Cara­cas, 9 octobre 1940) est un écri­vain véné­zué­lien. Pro­fes­seur uni­ver­si­taire, essayiste, dra­ma­turge. Par­mi une soixan­taine de titres, on lui doit “Raja­ta­bla” (Prix “Casa de las Amé­ri­cas” 1970) et “Abra­pa­la­bra” (Prix “Casa de las Amé­ri­cas” 1969).

Thier­ry Deronne, Cara­cas 13 avril 2014.

Tra­duc­tion : Jean-Marc del Per­cio

Pour une liste plus exhaus­tive de la mani­pu­la­tion média­tique ces der­niers mois au Vene­zue­la, cli­quez ici


Chaque fois que l’on traite du thème de la liber­té d’expression au Vene­zue­la, l’on devrait obli­ga­toi­re­ment recou­rir au clas­sique para­doxe du grec men­teur : « Tous les Grecs sont men­teurs », pro­clame le sophiste, et d’enchaîner : « je suis Grec ». « Il n’y a pas de liber­té d’expression au Vene­zue­la » assé­ne­ra en men­tant, un com­men­ta­teur. Et il l’affirmera libre­ment dans un pays où sup­po­sé­ment, la liber­té de le dire serait inexis­tante.

Or, tout cela ne concerne pas un pays quel­conque. Il sou­tient qu’il n’y a pas de liber­té d’expression, dans un pays qui aura vécu en 2002, le pre­mier coup d’Etat fon­dé sur le recours aux médias. Et par consé­quent, en abu­sant de cette liber­té. Ce coup d’Etat ‑pre­mier du genre- a consis­té à confis­quer la parole au Pré­sident en exer­cice, et dans le même temps, à pro­pa­ger la fausse nou­velle de son retrait. A la toute fin de la même année 2002 et au début de celle qui sui­vit, tous les médias s’employèrent durant deux mois et demi à décla­mer sur tous les tons ‑24 heures sur 24- le ren­ver­se­ment du gou­ver­ne­ment légi­time. En vain, cepen­dant. Cela étant, aucun des médias ayant par­ti­ci­pé à ces acti­vi­tés pour­tant délic­tueuses n’aura à connaître une fer­me­ture admi­nis­tra­tive ; aucun de ceux-ci n’aura été pour­sui­vi en jus­tice.

Une thèse n’est bien bâtie qu’à par­tir du moment où elle se fonde sur des faits, et non pas sur des contra­dic­tions. Celui qui sou­haite tou­cher du doigt l’absolue liber­té d’expression que la socié­té et l’Etat véné­zué­lien accordent aux moyens de com­mu­ni­ca­tion de ce pays, n’a qu’à s’informer lui-même y com­pris som­mai­re­ment, de son conte­nu. Ce n’est pas dif­fi­cile. Il peut le faire quo­ti­dien­ne­ment, à tra­vers ‑entre autres pos­si­bi­li­tés- la consul­ta­tion de la page Web de la Orga­ni­sa­tion of Ame­ri­can States.

Les médias véné­zue­liens répètent à l’envi et sans entrave aucune, que le gou­ver­ne­ment du Vene­zue­la serait tyran­nique ou auto­ri­taire. C’est un men­songe. Pour­tant, en date du 21 mars 2014 El Nacio­nal expo­se­ra en page 8 et sur 5 colonnes, l’opinion de Mar­co Rubio, séna­teur de l’Etat de Flo­ride. Ce der­nier annon­ce­ra sans ambages que « le Vene­zue­la vivrait sous la tyran­nie ». Il n’est qu’à réflé­chir un peu. Quel type de tyran­nie per­met­trait qu’un quo­ti­dien la qua­li­fie ain­si ? Le même jour, El Uni­ver­sal impri­me­ra (page 1 – 7) : « Mar­quez : Nico­las Madu­ro est natif de Bogo­ta. C’est un fait irré­fu­table ». Il fau­drait pou­voir expli­quer quel genre de « dic­ta­teur » tolé­re­rait que l’on émette des doutes sur sa propre natio­na­li­té ; et que l’on en déduise « que son élec­tion à la tête de l’Etat véné­zué­lien serait nulle et non ave­nue ». Ce même jour éga­le­ment, les jour­naux les plus impor­tants du pays relaie­ront l’appel de Leo­pol­do Lopez à un « ras­sem­ble­ment natio­nal contre la dic­ta­ture et pour la liber­té ». Or, existe-t-il une seule dic­ta­ture au monde qui per­met­trait que l’on dif­fuse cette pro­cla­ma­tion à l’échelle natio­nale ? Qui plus est, un appel à le ren­ver­ser ?

En pos­ses­sion de ces élé­ments d’information, le lec­teur ne s’étonnera aucu­ne­ment que le 18 février, El Uni­ver­sal, publie­ra en page une de son volet 3 ce qui suit : « Les étu­diants ont dénon­cé la cen­sure en s’adressant à Cona­tel (Com­mis­sion Natio­nale des Téle­coms) ». Quel gou­ver­ne­ment pra­tique la cen­sure de telle façon que l’on puisse accé­der libre­ment aux pro­tes­ta­tions émises contre elle ? Il est inutile de mul­ti­plier les exemples, que le public a la facul­té de gla­ner jour après jour au hasard de n’importe quel kiosque à jour­naux, écran de télé­vi­sion ou radio allu­mée dans les trans­ports en com­mun ou le bar d’à côté. Une part notable des com­mu­ni­cants vene­zue­liens se situent non seule­ment bien loin de la véri­té, mais toute forme de honte et de scru­pule leur sont étran­gers.

La cen­sure existe-t-elle au Vene­zue­la ? Oui, en effet. Elle est le fait d’une par­tie des médias natio­naux et inter­na­tio­naux qui en use pour occul­ter ce qui en réa­li­té se passe dans le pays ; pri­vant ain­si de son droit à l’information l’immense majo­ri­té silen­cieuse dans le monde entier. Une dic­ta­ture règne-t-elle au Vene­zue­la ? Oui, en effet. Une dic­ta­ture média­tique qui pré­tend impo­ser des tyrans du style de Car­mo­na Estan­ga (chef du patro­nat put­schiste qui avec l’appui de mili­taires de droite dépo­sa Cha­vez briè­ve­ment en 2002, NdT), ou des énor­mi­tés de ce genre : ¨le Vene­zue­la est confron­té à une guerre civile. Pour quelle rai­son mentent-ils ? Munis d’un tel bagage éthique, ils pré­tendent s’imposer comme des acteurs poli­tiques à part entière, dépo­ser ou dési­gner des man­da­taires, s’interposer auprès d’organismes inter­na­tio­naux ‑qui s’occupent de pays qui eux, com­mettent des fraudes sem­blables- et por­ter des accu­sa­tions contre le Vene­zue­la. C’est le plus grave.

Hégémonie des moyens de communication privés.

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Avec la même indif­fé­rence pour la véri­té qui leur per­met d’imposer l’allégation selon laquelle une dic­ta­ture sévi­rait au Vene­zue­la, ils sou­tiennent que l’Etat exerce une hégé­mo­nie sur le plan de la com­mu­ni­ca­tion. La réa­li­té est dia­mé­tra­le­ment oppo­sée à ce qu’ils affirment. En 1998, 80% des sta­tions de télé­vi­sion et 97% du sec­teur de la radio-dif­fu­sion (FM) rele­vaient du sec­teur pri­vé. Par ailleurs, les moyens de com­mu­ni­ca­tion com­mu­nau­taires étaient inexis­tants. Ces médias aux mains du pri­vé, se carac­té­ri­saient par une haute concen­tra­tion de la pro­prié­té, tant sur le plan hori­zon­tal que ver­ti­cal.

En 2014, pas moins de 2896 médias opèrent au Vene­zue­la. 2332 d’entre eux sont des entre­prises pri­vées. 65,18% appar­tiennent au sec­teur pri­vé ; 30,76% dépendent du sec­teur com­mu­nau­taire ; et à peine 3,22% de l’ensemble, res­sor­tissent au ser­vice public.

La mul­ti­pli­ca­tion des médias com­mu­nau­taires s’impose comme le chan­ge­ment prin­ci­pal. A tra­vers eux, c’est l’ensemble de la socié­té qui accède à la com­mu­ni­ca­tion. Il faut ajou­ter que la grande majo­ri­té d’entre eux est pour­vue d’une por­tée res­treinte et leur temps de vie est limi­té.

Dans le domaine de la radio-dif­fu­sion, 1598 émet­teurs appar­tiennent au sec­teur pri­vé, 654 dépendent du domaine com­mu­nau­taire et à peine 80 d’entre eux relèvent du ser­vice public.

Quant aux canaux de télé­vi­sion en signal ouvert, 55 d’entre eux relèvent du sec­teur pri­vé, 25 du sec­teur com­mu­nau­taire ; alors que le ser­vice public contrôle à peine 8 d’entre eux.

La qua­si tota­li­té de ces médias pri­vés se situent dans l’opposition. Par consé­quent, pré­tendre que l’Etat en serait à exer­cer son hégé­mo­nie dans le domaine de la com­mu­ni­ca­tion, en s’appuyant sur les faibles moyens dont il dis­pose, est une affir­ma­tion infon­dée qui suf­fit à dis­qua­li­fier celui qui la pro­page. Le boli­va­risme exerce tou­te­fois une évi­dente hégé­mo­nie. Non pas en terme quan­ti­ta­tif, mais en ce qui concerne le mes­sage qu’il for­mule. Un mes­sage qui pos­tule la démo­cra­tie face à la dic­ta­ture, l’égalité face au pri­vi­lège, la tolé­rance en lieu et place du racisme, l’éducation gra­tuite et la sécu­ri­té sociale pour tous. Tout cela est bien évi­dem­ment pré­fé­rable à celui qui sou­tien­drait le contraire. C’est la rai­son pour laquelle cette poli­tique assure de solides majo­ri­tés élec­to­rales à ceux qui la pré­co­nisent et l’appliquent.

L’accès à l’information.

Cer­tains médias sou­tiennent la thèse selon laquelle l’Etat ne leur four­ni­rait pas les infor­ma­tions qu’ils attendent de lui, et/ou ne les invite pas lors des évé­ne­ments qui lui en per­met­traient la pleine dif­fu­sion. Il convient tout d’abord de signa­ler que si l’on consi­dère que pas moins de 3000 médias de com­mu­ni­ca­tion sont en acti­vi­té sur le sol véné­zué­lien, il semble extrê­me­ment dif­fi­cile pour l’Etat de trans­mettre à cha­cun d’entre eux les infor­ma­tions requises. D’autant plus que cer­tains d’entre eux, emploient des dizaines, voire des cen­taines de per­sonnes. A cela, il faut ajou­ter que la défor­ma­tion sys­té­ma­tique de la teneur des décla­ra­tions et des don­nées éma­nant du sec­teur public, jus­ti­fie si besoin était, de trai­ter avec cir­cons­pec­tion les exi­gences que les médias pri­vés for­mulent. Il en est ain­si par exemple, de diverses pages d’Internet ‑ano­nymes ou dont la source se trouve à l’extérieur des fron­tières- dédiées à la dif­fu­sion de sup­po­sés taux de cota­tion du dol­lar ou de l’euro. L’intention étant de pro­vo­quer la déva­lua­tion de la mon­naie natio­nale. En ver­tu des articles 5 et 12 de la loi rela­tive aux tran­sac­tions illi­cites en matière de change (17 mai 2010), une cen­taine de pages inter­net des­ti­nées à dif­fu­ser ces infor­ma­tions fal­la­cieuses et visant à désta­bi­li­ser l’équilibre de la mon­naie natio­nale, ont été blo­quées.

Les chiffres réels de l’insécurité.

Dans d’autres cas, les médias pri­vés dif­fusent des infor­ma­tions au conte­nu volon­tai­re­ment exa­gé­ré, ou sim­ple­ment fausses et sans fon­de­ment. L’Etat s’employant quant à lui, à divul­guer des chiffres et don­nées bien plus fiables. Se basant sur des enquêtes de « per­cep­tion » de l’insécurité, des orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales telles que l’Obser­va­to­rio Vene­zo­la­no de Vio­len­cia abou­tissent à des résul­tats pla­çant le taux d’homicide pour 100 000 habi­tants, à une hau­teur oscil­lant entre 73 et 75,8. Cher­chant à ampli­fier le sen­ti­ment d’insécurité, il ajou­te­ra aux chiffres des vic­times de la vio­lence, les per­sonnes ayant per­du la vie dans les acci­dents de la route ou du tra­vail ; et abor­de­ra par ailleurs sous un angle sen­sa­tion­na­liste la ques­tion des délits.

A l’opposé, le ministre de l’Intérieur et de la Jus­tice Miguel Rodri­guez Torres, a tenu à pré­ci­ser que le taux réel des homi­cides (2013) s’élève en fait, à 39 pour 100 000 habi­tants. Divi­sant ain­si par deux, les don­nées que les médias pri­vés ont ren­du publiques. Cela dit, les don­nées fal­si­fiées ayant trait à l’insécurité sont la clé de voûte de la cam­pagne de pro­pa­gande menée par l’opposition. La mani­fes­ta­tion du 12 février 2014, qui déclen­cha tout un tra­gique déchaî­ne­ment de vio­lence, était ini­tia­le­ment des­ti­née à… pro­tes­ter contre l’insécurité.

Il semble bien que notre pays soit la vic­time depuis 5 ans, d’une opé­ra­tion de Guerre Psy­cho­lo­gique basée sur la ques­tion de l’ « insé­cu­ri­té ». Elle aura consis­té à ins­tau­rer un cli­mat de panique, à sus­ci­ter divers types de vio­lence. Et ce, afin de don­ner corps au ren­ver­se­ment du gou­ver­ne­ment boli­va­rien démo­cra­ti­que­ment élu, par le recours à la ter­reur. Celui-là même qui aura vu 75% des muni­ci­pa­li­tés voter en sa faveur en décembre 2013 et qui béné­fi­cie­ra d’un avan­tage de 10 points et demi du total des votes sur l’opposition.

Les médias vénézuéliens et la légitimation du terrorisme.

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Dans un quar­tier hup­pé de Cara­cas, une mise en scène des­ti­née à l’o­pi­nion publique inter­na­tio­nale. L’i­mage de ces jeunes “gua­rim­be­ros” d’ex­trême droite, alliée à l’oc­cul­ta­tion des marches paci­fiques d’une majo­ri­té de véné­zué­liens défen­dant de leur choix élec­to­ral, a pro­duit une inver­sion du réel sur les petits écrans occi­den­taux.

Dans un quar­tier hup­pé de Cara­cas, une mise en scène des­ti­née à l’opinion publique inter­na­tio­nale. L’image de ces jeunes “gua­rim­be­ros” d’extrême droite, alliée à l’occultation des marches paci­fiques d’une majo­ri­té de véné­zué­liens défen­dant de leur choix élec­to­ral, a pro­duit une inver­sion du réel sur les petits écrans occi­den­taux.

Au Vene­zue­la, une vio­lence ter­ro­riste se mani­feste sous la forme de bar­rages rou­tiers, d’assassinats pré­mé­di­tés dont les habi­tants de moins d’une dou­zaine de muni­ci­pa­li­tés sont les vic­times. Cette vio­lence est sus­ci­tée en sous-main par des maires et des polices locales se situant dans l’opposition. Les véri­tables rai­sons en sont fal­si­fiées. Les médias appuient et pro­meuvent cet ensemble de phé­no­mènes, en pré­ten­dant qu’il s’agit là d’un « sou­lè­ve­ment social », « paci­fique » à l’« échelle natio­nale ». Les vio­lences seront mises en avant lorsqu’elles seront le fait d’infiltrés ou des membres de « col­lec­tifs ». Nous allons nous pen­cher sur le trai­te­ment biai­sé et ten­dan­cieux de ces évé­ne­ments. Le diri­geant du par­ti mino­ri­taire Volun­tad Popu­lar, Leo­pol­do Lopez qui était déjà de ceux qui par­ti­ci­pèrent au coup d’Etat d’avril 2002, s’exprimera en ces termes (jan­vier 2014) dans les médias : « Qu’ils s’en aillent tous, ceux qui détiennent les rênes du pou­voir au niveau natio­nal doivent faire l’objet d’un chan­ge­ment total et pro­fond ». Le même, ajou­te­ra quelque temps après : « Nous sou­hai­tons lan­cer un appel aux Véné­zué­liens (…) à ceux qui nous sou­tiennent. Nous invi­tons le peuple véné­zué­lien a dire “bas­ta ya”. (…) L’objectif dont il faut dis­cu­ter : “la sor­tie (du pré­sident)”. Quelle est le type de sor­tie que ce désastre implique ? ». Celle qui consiste à per­sis­ter dans la voie menant à la vio­lence. Il insis­te­ra sur ce point, tout en inci­tant ses aco­lytes à y recou­rir : « Je lance un appel au pays afin que l’on main­tienne et que l’on aug­mente la pres­sion jusqu’à ce que la dic­ta­ture soit bri­sée ». (Salim Lam­ra­ni, « 25 ver­dades sobre a mani­fes­ta­çoes na Vene­zue­la », Ope­ra mun­di, et « Opo­si­tor Leo­pol­do Lopez pide a vene­zo­la­nos aumen­tar pre­sion “has­ta que­brar la dic­ta­du­ra” », 19 de mar­ço de 2014).

Le 13 février 2014, Noti­tarde écrit en page 1 : « Des infil­trés émaillent de vio­lence les marches étu­diantes ». (Sauf indi­ca­tion contraire, les cita­tions qui vont suivre relèvent éga­le­ment de « unes »). Le même jour, Ulti­mas noti­cias titre­ra : « Juan Mon­toya, d’un col­lec­tif du 23 Jan­vier et Basil da Cos­ta, étu­diant de la Hum­boldt, sont tom­bés à la Can­de­la­ria ». El Nacio­nal déploie­ra le titre sui­vant : « des élé­ments vio­lents ont atta­qué la Mani­fes­ta­tion pour la Paix ». Ce jour­nal se gar­de­ra bien d’expliquer com­ment il est pos­sible d’en appe­ler à « la Paix », pour faire en sorte qu’un Pré­sident élu « s’en aille immé­dia­te­ment ». Le Cara­bo­be­no quant à lui, cher­che­ra à légi­ti­mer ce qui est arri­vé, en ayant recours au ban­deau « vision­naire » sui­vant : « La pro­tes­ta­tion est dans la rue ». Au même moment, El Uni­ver­sal men­ti­ra éga­le­ment en affi­chant à sa « une » : « Dans tout le pays, la jeu­nesse s’est mobi­li­sée », confon­dant ain­si un sec­teur du quar­tier La Can­de­la­ria avec la tota­li­té du Vene­zue­la. Afin de semer un peu plus la confu­sion, il affir­me­ra en outre, que « des membres des col­lec­tifs proches du pou­voir, ont tiré contre des per­sonnes ras­sem­blées ave­nue Uni­ver­si­dad ». Ce fai­sant, il jet­te­ra les bases d’une affir­ma­tion infon­dée qui sera reprise à l’envi par les médias, de longues semaines durant : « dans tout le pays » (alors que tout cela s’est dérou­lé sur le ter­ri­toire d’une municipalité),une mani­fes­ta­tion « paci­fique » (dans le sillage de laquelle des édi­fices et des véhi­cules ont été incen­diés), aurait été la cible de tirs du fait de « col­lec­tifs ». C’est à par­tir de cette confi­gu­ra­tion d’ensemble, que la pré­sence (ima­gi­naire) de groupes armés boli­va­riens sur le ter­rain pren­dra corps.

En fin de compte, est-il néces­saire de pour­suivre cette ana­lyse indé­fi­ni­ment ? A tra­vers elle, il est pos­sible d’obtenir la confir­ma­tion de l’existence d’une atteinte durable à la véri­té de l’information, et ce lorsqu’il s’agit d’affirmer que le gou­ver­ne­ment serait d’essence dic­ta­to­riale ou tyran­nique (bien qu’étant démo­cra­ti­que­ment élu) ; de l’exercice d’une cen­sure (bien qu’elle n’entrave en aucune manière la dif­fu­sion de ce genre d’allégations). Tout cela accom­pagne les pré­ten­tions d’une oppo­si­tion bien déci­dée à recher­cher une « issue », par le biais de l’instauration d’un « gou­ver­ne­ment de tran­si­tion » incons­ti­tu­tion­nel. Ce serait des groupes « non vio­lents » (qui entravent par la vio­lence la cir­cu­la­tion à l’aide de bar­rages rou­tiers, et qui assas­sinent tous ceux qui entendent bien dépla­cer ces obs­tacles) qui opé­re­raient sur l’ensemble du « ter­ri­toire natio­nal » (alors qu’ils ne repré­sentent qu’un petit nombre de groupes ter­ro­ristes, agis­sant sur le ter­ri­toire d’une poi­gnée de muni­ci­pa­li­tés se situant dans l’opposition).

C’est en ces termes que les médias défi­gurent la réa­li­té des faits. Ceux-là même qui feignent d’être confron­tés à une ¨guerre civile.¨ Qui ser­vi­rait le cas échéant, de pré­texte au déclen­che­ment d’un coup d’Etat, à une inva­sion étran­gère ou à une séces­sion du ter­ri­toire natio­nal, alors que la réa­li­té du Vene­zue­la, pour para­phra­ser l’écrivain colom­bien William Ospi­na, voit les pauvres se réjouir, et les riches pro­tes­ter.

Une présentation erronée de la violence terroriste comme forme de protestation sociale.

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La cam­pagne des médias pri­vés en faveur du coup d’État contre Hugo Cha­vez (avril 2002)

A la défense et illus­tra­tion du coup d’Etat « média­tique » (2002) ; au lock-out patro­nal accom­pa­gné du sabo­tage du sec­teur de l’industrie pétro­lière (2002/2003), il convient d’ajouter le fait que les médias véné­zué­liens s’emploient à pro­mou­voir la vio­lence ter­ro­riste, en tant qu’elle serait une forme sup­po­sée de pro­tes­ta­tion sociale. L’emploi de la vio­lence, et le recours à la dés­in­for­ma­tion et au ter­ro­risme tendent à atteindre un objec­tif poli­tique illé­gi­time. Dans cette pers­pec­tive, une par­tie de l’opposition véné­zué­lienne s’attelle à la tâche visant à user de vio­lence, mais aus­si à abu­ser de la dés­in­for­ma­tion. Et ce, dans le des­sein de ren­ver­ser le gou­ver­ne­ment démo­cra­ti­que­ment élu de Nico­las Madu­ro et de lui sub­sti­tuer un « gou­ver­ne­ment de tran­si­tion » pour lequel per­sonne n’aurait voté. Tous ceux qui ont sui­vi de près les agres­sions vio­lentes dont le Vene­zue­la aura été le théâtre, et la manière dont la presse les aura abor­dées, ont su en dis­cer­ner les carac­té­ris­tiques sui­vantes :

1 – à l’instar de la marche du 11 avril 2002, la vio­lence inhé­rente à celle qui se sera dérou­lée le 12 février, aura été pré­pa­rée et pla­ni­fiée par l’opposition. Le 11 février 2014, Vene­zo­la­na de Tele­vi­sion a ren­due publique la teneur d’un échange télé­pho­nique entre les tenants de l’opposition que sont Fer­nan­do Ger­ba­si et Car­ra­tu Moli­na. Il spé­ci­fiait que le ras­sem­ble­ment pré­vu le jour sui­vant (12 février) devrait être émaillés d’actes de vio­lence s’inspirant du 11 avril (2002). Pour ce faire, ils déclarent dis­po­ser d’un fond d’un mon­tant de 120 000 mil­lions de boli­vars pour les finan­cer.

2 – dans un pre­mier temps, les actes ter­ro­ristes se foca­li­sèrent en 19, puis en 9 points, pour se concen­trer sur le ter­ri­toire de cer­taines des muni­ci­pa­li­té à la tête des­quelles se trouvent des maires de l’opposition où la classe moyenne/à moyenne supé­rieure est hégé­mo­nique par rap­port aux sec­teurs popu­laires. Quelque-unes d’entre elles se situant par ailleurs, à l’intérieur de zones fron­ta­lières sous influence du para­mi­li­ta­risme colom­bien. Mais il est utile de le répé­ter, elles cor­res­pondent à d’infimes por­tions de ter­ri­toire au regard des 335 divi­sions com­mu­nales consti­tu­tives du Vene­zue­la. Les zones urbaines ¨select¨ – telles que le Coun­try Club ou La Lagu­ni­ta – habi­tées par les classes sociales par­ti­cu­liè­re­ment aisées n’ont pas connu de per­tur­ba­tions du type bar­rage. Et on n’osa pas fomen­ter ces vio­lences dans les zones popu­laires. Comme le note­ra à la une, Ulti­mas Noti­cias (23 février 2014) : « les zones popu­laires n’ont pas fait de gua­rim­bas (bar­rages)».

3 – Les maires de l’opposition et leurs polices muni­ci­pales res­pec­tives ont appuyé les troubles et pro­té­gé les vio­lences à un point tel que des agents de la Police de Cha­cao ont assas­si­né un agent des ser­vices de la sûre­té boli­va­rienne en ouvrant le feu sur lui. Ce der­nier avait pro­cé­dé à l’arrestation de l’un des élé­ments vio­lents. Répon­dant à la demande de rive­rains ayant été les vic­times de bar­rages, il aura été néces­saire au Tri­bu­nal Suprême de Jus­tice ‑par une sen­tence en date du 17 mars-de rap­pe­ler à leur devoir les maires ; de se mettre en confor­mi­té avec la Consti­tu­tion et avec les dis­po­si­tions légales leur ordon­nant de garan­tir le droit à la cir­cu­la­tion de cha­cun, là où les voies de com­mu­ni­ca­tion étaient blo­quées. Etaient concer­nées les villes et les édiles sui­vants : Cha­cao (Ramon Mucha­chos) ; San Die­go (Vicen­cio Sca­ra­no) ; San Cris­to­bal (Daniel Cebal­los) ; El Hatillo (Davis Smo­lans­ki) ; Baru­ta (Gerar­do Blyde) ; Leche­rias (Gus­ta­vo Mar­ca­no).

4 – Le len­de­main du jour qui aura vu le Tri­bu­nal Suprême de Jus­tice rendre sa sen­tence, les vio­lences (et les bar­rages) sup­po­sé­ment pla­cés sous le signe de spon­ta­néi­té, ont qua­si­ment tous ces­sé. C’est-à-dire à par­tir du moment où les élé­ments à l’origine de ces actes, ne purent plus comp­ter sur la pro­tec­tion des polices locales/municipales. Excep­tion faite de San Cris­to­bal dont le maire (Daniel Cebal­los) fera l’objet d’un man­dat d’arrêt pour rébel­lion et com­plot, et de Vicen­cio Sca­ra­no qui sera condam­né à 10 mois et 15 jours de pri­son pour outrage à l’autorité, et refus d’appliquer la sen­tence ini­tiale.

5 – Les acti­vistes usant de vio­lence sont pré­sen­tés par les médias comme de « jeunes étu­diants ». Cepen­dant des adultes cagou­lés, notam­ment para­mi­li­taires et mer­ce­naires étran­gers, se feront pas­ser pour eux. D’ailleurs, le 14 mars, Nico­las Madu­ro décla­re­ra que sur les 1529 per­sonnes déte­nues à l’issue d’un mois de vio­lences, seule­ment 558 d’entre elles ‑c’est-à-dire 1/3 de celles-ci- sont réel­le­ment des étu­diants. Elles seront toutes libé­rées, hor­mis 105 indi­vi­dus contre les­quels seront appli­quées des mesures de pri­va­tion de liber­té, du fait qu’au moment de leur arres­ta­tion, ils se trou­vaient en pos­ses­sion d’armes à feu. Par ailleurs, des cinq déte­nus ayant été appré­hen­dés par le corps de sécu­ri­té de l’Université Cen­trale du Vene­zue­la, aucun ne pos­sé­de­ra la qua­li­té d’étudiants. Et celui qui l’est, est issu de l’Université pri­vée San­ta María. Il convient d’ajouter que plus de 9 mil­lions et demi de véné­zué­liens sont à l’heure actuelle étu­diants. C’est-à-dire à peu près 1 sur 3. Ce qui signi­fie que si cette popu­la­tion étu­diante était hos­tile à la Révo­lu­tion boli­va­rienne, celle-ci n’aurait pas rem­por­té les élec­tions de mars et décembre 2013 et n’aurait pas pu résis­ter à cette flam­bée de vio­lence.

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6 – Au lieu de mani­fes­ter paci­fi­que­ment, les élé­ments vio­lents cagou­lés ont incen­dié une cen­taine de véhi­cules de trans­ports col­lec­tifs et ali­men­taires. Ils ont éga­le­ment pro­cé­dé à la des­truc­tion totale ou par­tielle d’édifices publics, de sta­tions du Metro, des sièges de 15 uni­ver­si­tés gra­tuites, sans oublier les ins­tal­la­tions élec­triques et télé­pho­niques. Ils ont ouvert le feu contre la popu­la­tion et à maintes reprises – dans le dos – contre celles et ceux qui par­ti­ci­paient aux mani­fes­ta­tions. Ils ont éle­vé des bar­rages rou­tiers sur le ter­ri­toire des com­munes dont les maires se situent dans l’opposition ; employant la force, ils ont empê­ché les rive­rains de cir­cu­ler, allant jusqu’à les séques­trer dans leurs propres lieux d’habitation. Ils les ont intoxi­qué en met­tant le feu aux immon­dices ; ils sont res­pon­sables de la des­truc­tion d’un mil­lier d’arbres et de divers pan­neaux de signa­li­sa­tion. Et pour finir, ils se sont employés à ver­ser du gasoil dans les adduc­tions d’eau potable.

7 – Les ter­ro­ristes ont aban­don­né les mul­tiples obs­tacles qu’ils lais­sèrent sur la voie publique, et ont assas­si­né à dis­tance ‑par tirs d’armes à feu- les per­sonnes ou les repré­sen­tants des auto­ri­tés (notam­ment des poli­ciers ou gardes natio­naux) qui ten­taient de les dépla­cer.

8 – Les ter­ro­ristes cagou­lés ont eu recours aux menaces, aux agres­sions phy­siques et jusqu’à l’assassinat de per­sonnes ‑tirs à la tête et dans le dos- après les avoir atti­ré dans des pièges qu’ils leur avaient ten­dus. Leur par­cours les mena fina­le­ment au pillage et au ran­çon­nage.

9 – Ils s’approvisionnent en argent, pro­duits ali­men­taires, vête­ments imper­méables à capuches ; en sub­stances incen­diaires et explo­sives, mais aus­si en armes dans des stocks orga­ni­sés non loin des lieux où les troubles se dérou­laient, et ins­tal­lés dans des zones rele­vant de la juri­dic­tion des com­munes dont les maires sont liés à l’opposition.

10 – l’activisme des ter­ro­ristes s’imposa 4 semaines durant. C’est un laps de temps inusuel pour des mani­fes­ta­tions spon­ta­nées. A l’évidence, elles auront fait l’objet d’une pré­pa­ra­tion et d’une coor­di­na­tion sur le plan orga­ni­sa­tion­nel ; béné­fi­cié d’un entraî­ne­ment et d’un finan­ce­ment à grande échelle.

11 – Les ter­ro­ristes ont uti­li­sé des armes à feu, munies de lunettes à visée laser. Le plus sou­vent gan­tés, ils se dépla­çaient sui­vi d’«anges gar­diens », qui s’employaient à recueillir les douilles. Et ce, afin d’empêcher toute iden­ti­fi­ca­tion des armes employées. Ils ont par ailleurs usé du manie­ment de divers engins afin de rendre inuti­li­sables les pneus des véhi­cules. Ils ont éga­le­ment eu recours aux gre­nades à frag­men­ta­tion, et ont ten­dus divers pièges contre des per­sonnes. Le 24 février, un ter­ro­riste du Medio Oriente a été cap­tu­ré. Il s’agit de Mok­ded Mokde. Le gou­ver­neur Tarek el Aisa­mi a décla­ré qu’il exis­tait contre lui des « preuves conver­gentes de son impli­ca­tion, en vue de la réa­li­sa­tion d’actes ter­ro­ristes » (Ciu­dad CCS 25 – 2‑2014,p.4). Un autre ter­ro­riste d’origine chi­noise celui-là, a été arrê­té en pos­ses­sion d’un arse­nal, et pla­cé en déten­tion. Le 1er avril, Tarek el Ais­sa­mi a annon­cé via la chaîne Vene­zo­la­na de Tele­vi­sion la confis­ca­tion d’un autre arse­nal (explo­sifs, sub­stances incen­diaires, et déto­na­teurs pour­vus d’un méca­nisme à déclen­che­ment dif­fé­ré). De plus, fin mars les obser­va­teurs consta­te­ront une inha­bi­tuelle concen­tra­tion de para-mili­taires. C’est la divi­sion admi­nis­tra­tive fron­ta­lière du Depar­ta­men­to Norte de San­tan­der qui sera concer­né. Le pré­sident Madu­ro a par ailleurs annon­cé l’emprisonnement de 3 géné­raux d’aviation. Une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur leur par­ti­ci­pa­tion pré­su­mée à la pré­pa­ra­tion d’un coup d’Etat. Aucun de tous ces indi­vi­dus impli­qués n’est étu­diant.

12 – Le décompte des vic­times et le bilan qui en découle, dément for­mel­le­ment l’allégation selon laquelle ces diverses actions auraient été « paci­fiques ». En date du 29 mars, 6 membres des gardes natio­nales et 19 per­sonnes sont tom­bés sous les tirs. Tout laisse sup­po­ser que ces coups de feu ont été tirés des rangs des mani­fes­tants de l’opposition. Au total, 25 com­pa­triotes ont été atteints. 7 per­sonnes ont per­du la vie dans des acci­dents qui ont été cau­sés par les bar­rages rou­tiers que des mani­fes­tants ont ins­tal­lé. Du fait de cette entrave à la libre cir­cu­la­tion, 2 d’entre elles sont mortes, faute d’avoir pu être trans­por­tées à temps vers les centres de secours. Une octo­gé­naire a été vic­time d’un infarc­tus. Son lieu d’habitation ayant été inves­ti par les mani­fes­tants de l’opposition. L’un de ces der­niers est mort à la suite de la mani­pu­la­tion inap­pro­priée d’un mor­tier. Un autre s’est élec­tro­cu­té après avoir ten­té de réta­blir une bar­ri­cade. Cela dit, 3 rive­rains seule­ment sont décé­dés des suites de coups de feu pro­ba­ble­ment tirés par des agents de la force publique. Un autre est tom­bé, vic­time d’un tir issu des rang de la Garde Natio­nale. En tout, 14 fonc­tion­naires font l’objet d’enquêtes rela­tives à ces évé­ne­ments. 5 des per­sonnes ayant eu à voir avec ces évé­ne­ments pos­sède réel­le­ment la qua­li­té d’étudiants. L’âge des vic­times quant à elles, avoi­sinent les 30 ans en moyenne. Il semble par consé­quent, que la par­ti­ci­pa­tion des étu­diants et des jeunes à ces actes, est loin d’être pré­pon­dé­rante. Au 24 mars, on a enre­gis­tré le nombre de 461 bles­sés. 143 de ceux-ci ‑c’est-à-dire 1/3 de l’ensemble- sont des poli­ciers ou des gardes natio­naux.

Les actions de ces groupes ter­ro­ristes ne peuvent en aucune manière obte­nir l’assentiment du corps social. Selon diverses enquêtes réa­li­sées (notament par la firme pri­vée Inter­laces), 87% des véné­zué­liens rejettent les « gua­rim­bas »(« bar­rages »). Les com­men­ta­teurs de l’opposition tels que Caro­li­na Espa­da et Mila­gros Socor­ro les condamnent éga­le­ment en des termes dévas­ta­teurs. Le maire de l’opposition Car­los Oca­riz (Muni­ci­pio Sucre de l’Etat Miran­da) confie­ra à El Uni­ver­sal : « ceux qui sont à l’origine des gua­rim­bas, se situent en situa­tion de fai­blesse ‑ils sous­traient – et n’additionnent pas ». (2 mars 2014).

13 – Aus­si incroyable que cela puisse paraître, les ter­ro­ristes ne pro­posent aucun pro­gramme, aucun pro­jet d’ensemble et n’avancent pas de reven­di­ca­tions pré­cises. La seule exi­gence (incons­ti­tu­tion­nelle) qu’ils émettent : impo­ser par la force la « sor­tie » du gou­ver­ne­ment issu des élec­tions, et lui sub­sti­tuer un « gou­ver­ne­ment de tran­si­tion ». le tout étant assor­ti du slo­gan « Madu­ro va-t-en main­te­nant ». C’est en ces termes qu’ils se pré­sentent aux médias natio­naux et inter­na­tio­naux qui couvrent ‑d’une manière bien opaque- les évé­ne­ments en cours.

14 – En tant que telles, ces actions ter­ro­ristes n’ont pas de buts réel­le­ment affi­chés. Il s’agit uni­que­ment ‑à l’intention des médias- de jeter les bases d’un sce­na­rio de « guerre civile » (sup­po­sée), qui ne touchent en réa­li­té qu’une petite mino­ri­té des 335 muni­ci­pa­li­tés du Vene­zue­la.

15 – Sur le plan pra­tique, tac­tique et logis­tique ces actions ter­ro­ristes n’ont rien à voir ‑ni de près, ni de loin- avec un mou­ve­ment qui serait à domi­nante étu­diante, et qui mobi­li­se­rait la jeu­nesse.

L’appui des médias étrangers au terrorisme.

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“Vous m’entendez Fer­nan­do ?” En direct du Véné­zue­la avec les “jeunes étu­diants contes­ta­taires” : Fer­nan­do Rin­con de CNN.

Jamais au monde, aucun mou­ve­ment de la « jeu­nesse » n’aura béné­fi­cié d’un sou­tien aus­si empres­sé, sus­pect et sys­té­ma­tique, que celui qui émane de la Socie­dad Inter­ame­ri­ca­na de Pren­sa (SIP) (laquelle avait déjà été trés active dans la cam­pagne inter­na­tio­nale contre le gou­ver­ne­ment Allende peu avant le coup d’État de Pino­chet en 1973). La SIP a deman­dé à ses patrons de médias affi­liés qu’ils consacrent quo­ti­dien­ne­ment au moins une page pour déni­grer le gou­ver­ne­ment du Vene­zue­la. L’immense majo­ri­té des medias pri­vés n’est pas en reste, qui met au pinacle les actions délic­tuelles de l’opposition, et passe sous silence les mas­sives et conver­gentes mani­fes­ta­tions pour la paix qui mobi­lisent l’immense majo­ri­té du peuple « boli­va­rien ».

Jamais au monde, aucun mou­ve­ment de la « jeu­nesse » n’aura béné­fi­cié d’un sou­tien aus­si assi­du des 3 groupes de presse domi­nants d’Amérique latine : GDA (Gru­po de Dia­rios de las Ame­ri­cas), ANDIARIOS (Aso­cia­cion de Edi­tores de Dia­rios et Medios Infor­ma­ti­vos), PAL (Gru­po Per­io­di­cos Aso­cia­dos Lati­noa­me­ri­ca­nos), qui regroupent à eux seuls, 82 jour­naux qui publient jour après jour leur page sur le Vene­zue­la.

Bien évi­dem­ment, aucun mou­ve­ment étu­diant ou de la jeu­nesse digne de ce nom, n’accepterait le patro­nage d’hommes tels que l’ex pré­sident colom­bien Uribe, inti­me­ment lié au sec­teur para­mi­li­taire et res­pon­sable de crimes mas­sifs contre l’humanité, qui s’emploie aujourd’hui à réunir un mil­lion de signa­tures en faveur du ren­ver­se­ment du gou­ver­ne­ment légi­time du Vene­zue­la ; d’individus tels que le pré­sident en exer­cice de l’OEA, qui s’est immis­cé dans les affaires inté­rieures du Vene­zue­la en ten­tant de dépê­cher sur place une com­mis­sion d’enquête ; de per­sonnes telle que le Haut Com­mis­saire pour les Droits de l’Homme de l’ONU, qui attend du Vene­zue­la que soient défé­rés devant la jus­tice, les res­pon­sables des attaques contre les mani­fes­tants anti-gou­ver­ne­men­taux ; de res­pon­sables tels que le Secré­taire d’Etat états-unien, ou d’institutions telles que la Chambre des Repré­sen­tants de ce même pays, qui déplore quant à elle « l’inexcusable vio­lence exer­cée contre les diri­geants et les mani­fes­tants de l’opposition véné­zué­liens ».

Il est frap­pant qu’aucun de ces groupes de presse, aucune de ces struc­tures ins­ti­tu­tion­nelles ne se soit pro­non­cée en faveur de jeunes et d’étudiants tels que ceux qui au Chi­li ‑et ailleurs- réclament la gra­tui­té de l’enseignement supé­rieur et subissent la répres­sion de gou­ver­ne­ments néo-libé­raux. Ni n’ont appuyé les mou­ve­ments des tra­vailleurs colom­biens en lutte contre le Trai­té de Libre Com­merce. En revanche, ces cor­po­ra­tions média­tiques ont tou­jours mani­fes­té leur sym­pa­thie envers des inter­ven­tions impé­riales contre des gou­ver­ne­ments démo­cra­tiques

Paral­lè­le­ment aux actes de vio­lence que les médias encensent d’une manière dis­pro­por­tion­née, ce sont uni­que­ment les ter­ro­ristes cagou­lés qui s’attellent à jus­ti­fier le recours à un coup d’Etat, qui en appellent à une inter­ven­tion étran­gère, ou qui sou­tiennent l’établissement d’un « ter­ri­toire libé­ré » qui légi­ti­me­rait la séces­sion des riches états (véné­zué­liens) fron­ta­liers.
A Valen­cia, dans le centre du pays, des étu­diants de droite “pendent” des effi­gies de mili­tants boli­va­riens, dans le plus pur style de la ter­reur du para­mi­li­ta­risme colom­bien ou des car­tels de la drogue mexi­cains.

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A Valen­cia, dans le centre du pays, des mili­tants de droite “pendent” des effi­gies de mili­tants boli­va­riens, dans le plus pur style de la ter­reur du para­mi­li­ta­risme colom­bien ou des car­tels de la drogue mexi­cains.

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Sous l’effigie d’un cha­viste pen­du haut et court, la diri­geante de droite María Cori­na Macha­do tient un dis­cours dans l’État de Tachi­ra (région sous influence des para­mi­li­taires colom­biens et des mafias de la contre­bande, où ont débu­té les vio­lences de février 2014).

Le terrorisme mercenaire.

A ce sombre tableau d’ensemble s’ajoute la conver­sa­tion télé­pho­nique entre le diri­geant de l’opposition Reque­sens et un com­plice. Cet échange porte sur l’abandon des acti­vi­tés sub­ver­sives de cer­tains ter­ro­ristes, du fait qu’il aurait négli­gé de les dédom­ma­ger tota­le­ment en retour de leurs actes de des­truc­tion (1000 boli­vares par jour et 3000 bolivars/jour pour les motards). Nous n’approuvons pas par­ti­cu­liè­re­ment l’interception des com­mu­ni­ca­tions pri­vées, mais encore moins les mer­ce­naires sti­pen­diés pour assas­si­ner des com­pa­triotes.

Par ailleurs, le ministre de l’Intérieur et de la Jus­tice Miguel Rodri­guez Torres a ren­du publique la nou­velle selon laquelle par­mi les déte­nus on compte des para­mi­li­taires. Ces élé­ments d’information aident à tra­cer les contours de la nébu­leuse qui est à l’origine des actes ter­ro­ristes. Ils en res­ti­tuent la véri­table nature. Et ils expli­citent la per­sis­tance de traits spé­ci­fiques, qui rendent ces pro­cé­dés tota­le­ment étran­gers aux étu­diants. Nous son­geons à des actes tels que les assas­si­nats sélec­tifs (balles dans la tête), les actions de sabo­tage à grande échelle, et la des­truc­tion aveugle des biens publics et pri­vés.

Ces dix der­nières années, nous nous sommes sou­vent inquié­tés face à la poli­tique d’infiltration des para-mili­taires. Les­quels super­visent les agis­se­ments de la pègre créole, tout en domi­nant les sec­teurs du com­merce infor­mel et de la contre­bande d’aliments de médi­ca­ments et de car­bu­rant vers la Colom­bie et les Caraïbes ; ils pré­lèvent éga­le­ment des impôts sur les ventes illi­cites, pra­tiquent le racket, et sont impli­qués dans le tra­fic de per­sonnes et de stu­pé­fiants. Ils lavent des capi­taux, régentent le sec­teur des casi­nos et des jeux d’argent, font l’acquisition d’entreprises de trans­port. Ils assas­sinent éga­le­ment des syn­di­ca­listes ou des lea­ders des com­munes en construc­tion, tant en milieu agraire, qu’en milieu urbain.

Bien qu’ils soient en tant que tels suf­fi­sam­ment pré­oc­cu­pants, il convient d’ajouter ce qui suit : les para­mi­li­taires colom­biens pénètrent d’une manière conti­nuelle sur le ter­ri­toire natio­nal. Selon des sources fiables, ces der­niers pré­lè­ve­raient éga­le­ment des impôts et des ran­çons. Cet état de fait concerne les états (véné­zué­liens) fron­ta­liers. En outre, feu le Pré­sident Hugo Cha­vez Frias avait annon­cé que ces groupes auraient pris pied dans la capi­tale.

Les para­mi­li­taires s’installent dans des zones popu­laires et recourent à l’argent du nar­co­tra­fic pour prendre la tête d’activités finan­cières de type usu­raire. Ils orga­nisent le tra­fic de per­sonnes, de drogue, des tueurs à gage. Ils s’intéressent de près au sec­teur illé­gal des jeux d’argent (lote­rie, casi­nos) et machines à sous ins­tal­lées dans les débits de bois­son. Cer­tains de ces groupes de para-mili­taires vont jusqu’à prendre le contrôle de lignes de trans­port. D’autres indus­tries pré­sen­tant un inté­rêt stra­té­gique, ne sont pas délais­sées.

En cas d’intervention, ces noyaux para­mi­li­taires sont autant de têtes de pont poten­tielles. Ils en sont éga­le­ment la « cin­quième colonne ». Ils pour­raient être le déto­na­teur qui déclen­che­rait une guerre civile. Ils pour­raient éga­le­ment être de ceux qui cher­che­raient à enrayer la mobi­li­sa­tion des sec­teurs popu­laires, s’il adve­nait qu’un conflit interne au Vene­zue­la éclate. Une désta­bi­li­sa­tion interne du type de celui qui a débou­ché sur le 13 avril 2002.

Il semble bien que nous nous trou­vions confron­tés à la concré­ti­sa­tion de ce scé­na­rio. Béné­fi­ciant du sou­tien des polices muni­ci­pales concer­nées, tout un réseau d’agents per­tur­ba­teurs dont les prin­ci­pales muni­ci­pa­li­tés gou­ver­nées par l’opposition seraient autant de points d’appui, auraient la facul­té de tenir sur pied durant un mois, forts de la pré­sence d’un com­plexe maillage ter­ro­riste.

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L’ex-président Uribe Alva­ro Uribe, un des prin­ci­paux sou­tiens finan­ciers et para­mi­li­taires, avec les États-Unis, de l’insurrection de l’extrême-droite au Vene­zue­la.

La liberté sur Internet.

L’Institut Presse et Socie­té sou­tient la thèse selon laquelle se serait l’exécutif natio­nal qui aurait fait appel à la capa­ci­té déli­bé­ra­tive qu’accordent les réseaux sociaux à la popu­la­tion. Entre février et mars 2014, il a été affir­mé que Twit­ter avait été blo­qué par­tiel­le­ment. La socié­té publique CANTV a nié toute res­pon­sa­bi­li­té en la matière. De son côté l’entreprise twit­ter n’a jamais confir­mé qu’un tel blo­cage ait jamais exis­té. En réa­li­té le flux intense des deux par­ties n’a jamais ces­sé, le Vene­zue­la étant un des pays du conti­nent connais­sant l’usage le plus éle­vé des réseaux sociaux, même si, en revan­cha, des mil­liers de compte de mili­tants boli­va­riens furent mys­té­rieu­se­ment sup­pri­més par Twit­ter durant 24 heures et une par­tie seule­ment réta­blie aprés pro­tes­ta­tions des usa­gers.

S’exprimant sur ce sujet, le Minis­tère du Pou­voir Popu­laire pour la Com­mu­ni­ca­tion et l’Information, insiste sur le fait que « le Vene­zue­la est à l’heure actuelle vic­time d’une stra­té­gie rele­vant de la cyber­guerre. En effet, toute une série d’attaques cyber­né­tiques et infor­ma­tiques cherche à péné­trer ‑pour la détruire- la pla­te­forme des tech­no­lo­gies de com­mu­ni­ca­tion et d’information du gou­ver­ne­ment ». Durant ce laps de temps, « pas moins de 160 sites inter­net (hau­te­ment sen­sibes) du sec­teur public tels ceux de Pdv­sa, des minis­tères de la Défense, des Finances, de la tele­fo­ni­ca CANTV, et de la Com­mis­sion Natio­nale des Télé­com­mu­ni­ca­tions ont eu à subir des attaques sys­té­ma­tiques visant à péné­trer leurs sys­tèmes d’information res­pec­tifs. Et ce, afin de les rendre inuti­li­sables ». Cette attaque a mis en péril 266 000 domaines publics et pri­vés. Par ailleurs, cer­tains des sites rele­vant du sec­teur public ont eu à subir pas moins de 10 mil­lions d’attaques foca­li­sées sur un temps res­treint (quelques heures).

Au Vene­zue­la, l’accès à Inter­net et aux réseaux sociaux est entiè­re­ment libre. Or, l’opposition use et abuse de ces tech­no­lo­gies pour adres­ser au plus grand nombre des mes­sages hai­neux et dis­cri­mi­na­toires. Karen Rojas Mata écri­ra par exemple qu’il faut tuer tous ces mau­dits cha­vistes. Maye­lis Col­me­na­rez : Chaque fois que je croise des cha­vistes, j’ai envie d’avoir en ma pos­ses­sion un mitraillette et tata­ta­ta­ta, de les tuer. Osca­ry : je me sens mal à l’aise lorsque je vois un groupe de cha­vistes par­lant de leur Pré­sident. Une seule envie me prend : sor­tir un fusil et les tuer tous.

A tout cela, se mêle la dif­fu­sion de rumeurs et de nou­velles infon­dées. Nous en vou­lons pour preuve les scènes de répres­sion dont on a pré­ten­du qu’elles se dérou­laient au Vene­zue­la alors qu’elles avaient été prises en Tur­quie, au Chi­li, en Egypte, en Espagne, au Bré­sil ou en Syrie ; les annonces ayant trait à de sup­po­sées rup­tures d’approvisionnement ; les allé­ga­tions pro­phé­ti­sant le col­lap­sus de l’économie véné­zué­lienne ; les attaques média­tiques visant à désta­bi­li­ser la mon­naie natio­nale ; la pure inven­tion d’événements divers, mais aus­si le recours à toute série de méthodes consis­tant à ins­tru­men­ta­li­ser l’outil Inter­net et les réseaux sociaux, et les asso­cier par voie de consé­quence, au ter­ro­risme.

C’est dans ce contexte, qu’il faut inter­pré­ter l’émergence d’une xéno­pho­bie hys­té­rique que dénon­ce­ra Eduar­do Rothe dans son article « De la haine ». Par­tie pre­nante de l’actuel coup d’Etat pre­nant pour cible la démo­cra­tie véné­zué­lienne, la CIA (fidèle à elle-même) a inten­si­fié ‑par le tru­che­ment des réseaux sociaux- sa cam­pagne sur la ¨cuba­ni­sa­tion¨ du Vene­zue­la lan­cée il y a 10 ans. Elle a réus­si à s’insinuer dans les cer­veaux des oppo­sants. Il en est ain­si du mal­sain Padre Pal­mar, mais aus­si de la jeu­nesse dorée qui s’exprime sur twit­ter. Ils rap­portent tous que des camions de trans­port de troupes cubains convergent sur Cara­cas ; ou que des offi­ciers du G2 cubain seraint ceux qui don­ne­raient les ordres à Fuerte Tiu­na (com­plexe mili­taire et siège du Minis­tère véné­zué­lien de la Défense). La seule et unique preuve avan­cée, ce sont les pho­to­gra­phies de sol­dats véné­zué­liens, tein­tées de racisme. Car « Au Vene­zue­la, nous n’avons pas de noirs aus­si noirs que ceux-ci »…

Luis Brit­to García

Tra­duc­tion : Jean-Marc del Per­cio

Ori­gi­nal (espa­gnol) : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2014/04/venezuela-medios-de-comunicacion‑y.html
Source de l’ar­ticle : vene­zue­la infos