Brève explication de ce qu’il se passe au Venezuela

Tout comme nous, vous avez sûrement entendu dire qu’il se passe quelque chose au Venezuela ces derniers temps...

Tout comme nous, vous avez sûre­ment enten­du dire qu’il se passe quelque chose au Vene­zue­la ces der­niers temps. Comme à chaque fois dans ces cas-là, nous sommes inon­dés d’informations pro­ve­nant des médias pri­vés qui ont leurs propres inté­rêts. Comme tou­jours, on entend le même refrain, avec des concepts fait pour nous faire peur et non pour nous infor­mer.

On uti­lise direc­te­ment les grands mots, Répres­sion, Dic­ta­ture, Cen­sure. Mais nous sommes déjà habi­tués à lire en fili­grane les inté­rêts de l’o­li­gar­chie, des Banques et de l’Em­pire nord-amé­ri­cain qui se cachent der­rière ces infor­ma­tions.

Nous allons essayer d’a­voir une lec­ture plus pro­fonde et de com­prendre ce qu’il se passe réel­le­ment au Vene­zue­la.

Il est très impor­tant de faire une ana­lyse géo­po­li­tique.

Tout d’a­bord il faut savoir que le Vene­zue­la pos­sède les plus grandes réserves de pétrole connues dans le monde. Pour bien com­prendre ce qu’il se passe au Vene­zue­la, il faut aller voir ce qu’il se passe chez son voi­sin du Nord, les États-Unis. C’est une des socié­tés les plus consom­ma­trice de déri­vés du pétrole dans le monde.

Pre­miè­re­ment, en ce qui concerne la consom­ma­tion d’es­sence, les États-Unis ont le plus haut pour­cen­tage de véhi­cules par habi­tant de la pla­nète, et bien sûr, il y a le besoin d’autres déri­vés du pétrole comme les plas­tiques, les vête­ments et les cos­mé­tiques.

Pour sou­te­nir cette socié­té dépen­dante du pétrole, les États-Unis doivent impor­ter 60% du pétrole qu’ils consomment.

Essayons d’a­voir un regard plus géné­ral. D’où vient le pétrole qui est consom­mé aux États-Unis ?

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Le Moyen-Orient est une région clé.

Les États-Unis importent une par­tie impor­tante de leur pétrole d’Arabie Saou­dite, le Qatar et les Émi­rats arabes unis. Avec ces alliés, ils ont une stra­té­gie pour avoir une hégé­mo­nie poli­tique dans la région.

Ce sont donc ces inté­rêts éner­gé­tiques, gaz et pétrole, qui sont der­rière la guerre en Irak, les vio­lences actuelles en Syrie, l’occupation en Pales­tine et l’intervention en Libye.

Donc, après avoir ana­ly­sé tout cela, un cal­cul très simple nous per­met de com­prendre pour­quoi le Vene­zue­la est si impor­tant pour les États-Unis.

Le pétrole qui vient du Moyen-Orient passe par le détroit d’Or­muz fait le tour de l’Afrique par le sud jus­qu’au Texas. Ce voyage dure de 40 à 45 jours.

Alors que le pétrole véné­zué­lien ne prend que 4 à 5 jours pour arri­ver aux États-Unis. En com­pa­rant les coûts d’acheminement entre le Moyen-Orient et le Vene­zue­la, on com­prend mieux quels sont les inté­rêts Nord-amé­ri­cains dans tout ça.

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Il est très impor­tant de com­prendre com­ment ces inté­rêts ont déter­mi­nés l’his­toire du Vene­zue­la.

Pen­dant plus de 40 ans, celle-ci fut déter­mi­née par ce que l’on a appe­lé le pacte de Pun­to­fi­jo, un accord poli­tique pas­sé entre les deux prin­ci­paux par­tis du pays, action démo­cra­tique et Copei (le comi­té d’or­ga­ni­sa­tion poli­tique élec­to­ral indé­pen­dant).

Grâce à ce pacte, ils ont coor­don­nés un pro­gramme poli­tique com­mun, la seule chose qui chan­geait c’est l’al­ter­nance entre l’un et l’autre par­ti en fonc­tion des élec­tions. Ces deux par­tis de droite ont séques­trés tota­le­ment la démo­cra­tie véné­zué­lienne pen­dant plus de 40 ans et ne fai­saient que défendre les inté­rêts de l’o­li­gar­chie, lais­sant le peuple véné­zué­lien sans aucune repré­sen­ta­tion poli­tique. Ce qui a per­mis de garan­tir un bar­ril de pétrole à bon prix pen­dant toutes ces années pour le États-Unis.

Cela a géné­ré énor­mé­ment de mal-être au sein du peuple qui a com­men­cé à se mani­fes­ter de plus en plus et de plus en plus fort. En février et mars 1989, ces mani­fes­ta­tions sont arri­vés à un niveau extrême et s’est pro­duit ce que l’on a appe­lé le Cara­ca­zo.
Ce moment tris­te­ment his­to­rique pour le Vene­zue­la, où le gou­ver­ne­ment a don­né l’ordre de tirer sur les mani­fes­tants. Plus de 3000 per­sonnes sont mortes en une semaine.

Par­mi les diri­geants mili­taires qui ont refu­sé de tirer sur les mani­fes­tants pen­dant le Cara­ca­zo, il y en avait un très par­ti­cu­lier, le com­man­dant Hugo Chá­vez Frías. Après un essai raté de coup d’é­tat mili­taire pour faire tom­ber ce régime assas­sin de l’o­li­gar­chie, le com­man­dant Chá­vez s’est pré­sen­té aux élec­tions, il fut élu en 1998 pré­sident de la Répu­blique de Vene­zue­la.

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Le gou­ver­ne­ment du Com­man­dant Chá­vez a signi­fié un chan­ge­ment his­to­rique pour les véné­zué­liennes et les véné­zué­liens.

Tout d’abord grâce à l’énorme ren­for­ce­ment de la démo­cra­tie dans le pays. Toutes les ins­ti­tu­tions de l’État ont été restruc­tu­rées plus démo­cra­ti­que­ment grâce à l’Assemblée Natio­nale Consti­tuante. En 15 ans de Révo­lu­tion Boli­va­rienne, il a été orga­ni­sé pas moins de 19 élec­tions dont 18 ont été rem­por­tées par le pro­ces­sus révo­lu­tion­naire.

Ce pro­ces­sus de démo­cra­tie repré­sen­ta­tive per­ma­nente est ren­for­cé par dif­fé­rents pro­cé­dés de démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive.

Les poli­tiques sociales ont éga­le­ment géné­ré d’importantes avan­cées, la pau­vre­té est pas­sée de 54,2% en 1995 à 23,9% en 2012, la mor­ta­li­té infan­tile a dimi­nué de 50 %, la san­té et la sécu­ri­té sociale repré­sentent ensemble 21% du bud­get de l’É­tat, les ins­crip­tions uni­ver­si­taires sont pas­sées de 800.000 à 2.600.000, il y a 75 uni­ver­si­tés publiques sur tout le ter­ri­toire, l’analphabétisme a été éra­di­qué dans tout le pays.

Évi­dem­ment, l’empire nord-amé­ri­cain n’est pas res­té les bras croi­sés en voyant que, pour la pre­mière fois de son his­toire, un gou­ver­ne­ment véné­zué­lien s’occupait beau­coup plus de son peuple que des inté­rêts Nord-amé­ri­cain et que le nou­veau pro­ces­sus d’unification et d’émancipation de l’Amérique Latine mena­çait son hégé­mo­nie poli­tique.

En 2002, les États-Unis ont clai­re­ment sou­te­nu un coup d’é­tat contre le gou­ver­ne­ment démo­cra­ti­que­ment élu d’Hu­go Cha­vez. Suite à cette ten­ta­tive, déjouée grâce à la mobi­li­sa­tion popu­laire, ils ont fomen­té un sabo­tage éco­no­mique via une grève du pétrole sou­te­nue par l’oligarchie. Ce nou­vel essai de désta­bi­li­sa­tion a éga­le­ment échoué.

Ce qu’il se passe actuel­le­ment n’est autre qu’une nou­velle ten­ta­tive de déstabilisation.Mais la stra­té­gie actuelle est dif­fé­rente, c’est ce que l’on appelle le “golpe suave“ (coup par­le­men­taire).

La pre­mière étape est la guerre éco­no­mique. Mal­gré les mul­tiples chan­ge­ments dans l’économie du Vene­zue­la, le pays conti­nue à dépendre de manière impor­tante des impor­ta­tions pour satis­faire les besoins de base.

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L’oligarchie, qui est his­to­ri­que­ment res­pon­sable de cette situa­tion, essaie main­te­nant d’en pro­fi­ter. D’un côté, cer­tains indus­triels qui font par­tie de cette oli­gar­chie qui veut en finir avec le pro­ces­sus révo­lu­tion­naire génère une pénu­rie de mul­tiples pro­duits de base, pour créer un mécon­ten­te­ment de la popu­la­tion, d’un autre côté, cer­tains sec­teurs de l’importation, qui veulent aus­si en finir avec le pro­ces­sus, spé­culent grâce aux Dol­lars au lieu de les uti­li­ser pour impor­ter des pro­duits de pre­mières néces­si­tés. Ceci démontre une nou­velle fois le cynisme de cette oli­gar­chie véné­zué­lienne qui est prête à tout pour reprendre le pou­voir.

Main­te­nant voyons le 2ème et sans doute le plus impor­tant des axes du “golpe suave” qui porte sur la mani­pu­la­tion média­tique. L’opposition put­schiste véné­zué­lienne est à double face, l’une qui se montre paci­fique et l’autre qui est clai­re­ment vio­lente.

Cer­tains médias de com­mu­ni­ca­tion tant au Vene­zue­la qu’à l’extérieur sont deve­nus l’axe cen­tral de cette stra­té­gie de “golpe suave“ en mani­pu­lant de façon hon­teuse les faits qui se passe sur le ter­rain. Ils veulent faire croire au monde entier que le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien réprime vio­lem­ment de simples mani­fes­tants paci­fiques. Mais cette his­toire, on ne la connaît que trop bien, nous ne tom­be­ront pas si faci­le­ment dans ces pra­tiques.

Si l’on regarde l’histoire de ces der­nières années en Amé­rique latine, on se rend compte que les États-Unis et les oli­gar­chies ne sont pas res­tés les bras croi­sés face aux mou­ve­ments pro­gres­sistes, il y a eu tout d’abord le pre­mier essai de coup d’état en 2002 au Vene­zue­la, en 2010, le coup d’État en Hon­du­ras qui mal­heu­reu­se­ment a réus­si.

Par la suite, ce fut le tour de l’Équateur où, par chance, la ten­ta­tive de coup d’état en 2010 n’a pas réus­si. Mais on ne s’arrête pas là, le gou­ver­ne­ment du Para­guay de Lugo n’a pas eu cette chance et en 2012, il a été vic­time d’un coup d’état par­le­men­taire et fina­le­ment, en 2012 et 2014 il a éga­le­ment été dénon­cé des ten­ta­tives de coup d’é­tat en Boli­vie.

Actuel­le­ment au Vene­zue­la, l’histoire essaie de se répé­ter mais nous ne lais­se­rons pas cela arri­ver. Nous, les peuples d’A­mé­rique Latine, avons beau­coup appris de notre pas­sé et cette fois-ci, nous ne per­met­trons pas que ni l’empire nord amé­ri­cain, ni les oli­gar­chies natio­nales réus­sissent à faire tom­ber le pro­ces­sus de chan­ge­ment dans lequel nous sommes.

Cou­rage et forces com­pañe­ros véné­zué­liens, ne lais­sons pas se réa­li­ser ce “golpe suave”!

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