Journal de bord d’un certain Hugo Chavez.

De l’extrême inégalité dans la distribution de la terre

Source : http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1387&⟨=fr

En 2010 le Vene­zue­la a rem­por­té de nom­breuses vic­toires dans sa trans­for­ma­tion struc­tu­relle : la démo­cra­tie par­ti­ci­pa­tive vient d’être ren­for­cée par de nou­velles lois qui mul­ti­plient le pou­voir des conseils com­mu­naux et des com­munes dans l’État ; la loi sur l’université, autre exemple, res­serre ses liens avec ces orga­ni­sa­tions citoyennes. La CEPAL, orga­nisme de l’ONU qui mesure les pro­grès éco­no­miques et sociaux en Amé­rique Latine, a fait l’éloge en novembre du Vene­zue­la “en tête, avec l’Argentine, le Bré­sil et la Boli­vie, de la réduc­tion de l’inégalité et de la pau­vre­té pour les dix der­nières années”. Ces der­niers mois le gou­ver­ne­ment boli­va­rien a récu­pé­ré des entre­prises immo­bi­lières aux mains de mafias qui escro­quaient la classe moyenne, indem­ni­sé leurs vic­times, natio­na­li­sé au béné­fice des tra­vailleurs et des usa­gers des entre­prises ou des banques pra­ti­quant la fraude. Les récentes inon­da­tions qui ont pri­vé de toit des dizaines de mil­liers de familles donnent un coup de fouet à la poli­tique du loge­ment et à la réforme agraire (24000 hec­tares remis aux petits pro­duc­teurs du Zulia en décembre) tan­dis que Hugo Cha­vez demande aux révo­lu­tion­naires de se “radi­ca­li­ser à gauche et de tra­vailler au sein du peuple, dans la rue, dans les quar­tiers, main dans la main”.

Les grands groupes média­tiques (les pro­prié­taires de El Pais, du Monde, de Libé­ra­tion, etc..) ont occul­té cette trans­for­ma­tion, pour ne par­ler que d’un article de la Consti­tu­tion qui per­met de décré­ter des mesures d’urgence en matière éco­no­mique et sociale …preuve de la “dic­ta­ture”. Déjà, en 2007, lorsque le pré­sident Hugo Cha­vez avait usé du même article, le chœur média­tique avait mar­te­lé la même inter­pré­ta­tion. Un simple sui­vi montre pour­tant que les décrets de cette époque ne visaient qu’à accé­lé­rer le déve­lop­pe­ment éco­no­mique et social (natio­na­li­sa­tions de l’électricité, sidé­rur­gie, cimen­te­rie, etc..). * Comp­tons sur les mêmes jour­na­listes pour évi­ter tout sui­vi sur les mesures à venir…
Nous offrons par contraste quelques pages du “jour­nal de bord” d’un cer­tain Hugo Cha­vez.

* Voir “Cha­vez déra­pe­rait-il?”, dans l’Huma Dimanche, 1 – 7 mars 2007 : http://membres.multimania.fr/resoarchives/2007/doc%202007/fevr-mars/HD50_p90.pdf

Thier­ry Deronne (licen­cié en com­mu­ni­ca­tions sociales (IHECS Bruxelles), cofon­da­teur des télé­vi­sions asso­cia­tives Tele­tam­bores et Camu­nare Rojo Tv, et de la télé­vi­sion publique ViVe TV).

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De l’extrême inéga­li­té dans la dis­tri­bu­tion de la terre

PAR HUGO CHAVEZ, 20 DÉCEMBRE 2010, 17:00

Le Ministre Loyo vient de m’informer qu’il est sur place avec le Com­man­dant Géné­ral de l’Armée, avec les ins­ti­tu­tions, l’Institut des Terres, les orga­nismes de sécu­ri­té de l’État Boli­va­rien. A midi selon ce rap­port il res­tait encore sept grands domaines (lati­fun­dios) aux­quels ils n’avaient pu arri­ver à cause des inon­da­tions, de l’état des voies d’accès, nous avons mis des héli­co­ptères, toute une armée civique et mili­taire en action, parce que là-bas les grands pro­prié­taires se vantent d’être armés et d’avoir l’appui des para­mi­li­taires, et j’ai dit aux géné­raux, qu’ils les dégainent leurs armes, s’ils le font nous nous défen­drons, sur un pied d’égalité, non ? Ils menacent de mort les fonc­tion­naires de l’Institut des Terres, c’est une zone d’extrême pau­vre­té, et ce qui abonde au sud du Lac de Mara­cai­bo dans ces pla­na­ta­tions de bananes, aujourd’hui inon­dées pour la plu­part, c’est l’esclavage, même pas le capi­ta­lisme, non, l’esclavage.

S’il y a un point pour lequel on peut remer­cier les pluies et les inon­da­tions, c’est qu’elles font affleu­rer le réel. Comme les eaux en crue des rivières du lla­no, comme le chante “El Cubi­ro”, Adàn connaît cette chan­son, com­ment dit-elle encore ? Voguant, voguant sur le fleuve.. Comme dit “El Cubi­ro”, lorsqu’il entre en crue le fleuve réveille des pay­sages endor­mis, l’eau qui monte réveille les oiseaux gua­cha­ra­cas, les ser­pents fuient leurs cavi­tés, même le caï­man doit se secouer quand le fleuve Arau­ca déborde ; Les crues nous ont per­mis d’observer ce que par­fois nous ne voyons plus, ce à côté de quoi nous pas­sons sans le voir, soit parce que nous ne vou­lons pas nous rendre compte, soit parce que cela nous est dif­fi­cile. En sur­vo­lant en héli­co­ptère les grandes inon­da­tions de Tuca­cas, de Chi­chi­ri­viche par exemple, on se rend compte très vite, que ce qui est inon­dé ce sont les quar­tiers pauvres ; les riches ont éri­gé leurs talus, ont éle­vé le niveau des terres avec des machines, ils ont fait de l’urbanisme, n’est-ce pas ce que disent les ingé­nieurs ? De l’urbanisme.

Mais les pauvres ont dres­sé leurs baraques sans urba­nisme, là, au niveau de la terre, par­fois sous le niveau de la mer comme à Higue­rote, où la mer sur­passe le niveau des quar­tiers. Nous avons par­cou­ru la côte jusqu’au cap Code­ra, cela fai­sait des années que je ne volais pas là-bas, depuis la tra­gé­die de Var­gas. Onze ans que je ne fai­sais pas ce par­cours en héli­co­ptère, pour voir tous les vil­lages de la côte, Cabo Code­ra, c’est la limite de Miran­da avec Var­gas, n’est-ce pas ? Les zones pauvres inon­dées, au coeur du vil­lage, c’est là où vivent les tra­vailleurs qui servent dans les hôtels de luxe, les femmes et les hommes avec l’eau jusqu’à la poi­trine, les femmes portent les enfants, les hôtels de luxe res­tés intacts.

Au sud du Lac de Mara­cai­bo quelque chose d’étrange s’est pro­duit, j’ai dit “le peuple a mar­qué un point”. En fait il a tout per­du parce que le fleuve a inon­dé tous les pauvres, mais le lati­fun­dio d’un riche, a été inon­dé aus­si. J’ai deman­dé au maire “dis donc, c’est bizarre que ce grand domaine soit inon­dé aus­si”. Il m’a dit : “non, c’est parce que nous avons ouvert un canal pour y éva­cuer l’eau , parce que les riches creusent des canaux pour que l’eau se déverse chez les pauvres”. Tu vois ?

Je fais ces com­men­taires sur la situa­tion que nous vivons, parce que nous devons faire un effort suprême et nous rendre compte à tra­vers ces petits détails, qui sont gigan­tesques, de l’extrême inéga­li­té de la dis­tri­bu­tion de la terre. Quel est le pre­mier des moyens de pro­duc­tion ? Le plus impor­tant après l’humain, après celui des tra­vailleurs ? La terre. La mère, la pacha mama, la mama pacha, la terre.

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Je me rap­pelle que là-bas dans l’État d’Apure, pen­dant la sai­son sèche les lati­fun­distes uti­li­saient des machines qui ne leur appar­te­naient pas, les machines du peuple, des machines publiques, comme un pay­loa­der appar­te­nant à un conseil muni­ci­pal ou au gou­ver­ne­ment régio­nal, c’étaient les riches qui les uti­li­saient.

Ils empor­taient un pay­loa­der, je me sou­viens d’avoir fait arrê­ter l’un d’eux, et cela m’a cau­sé un pro­blème ter­rible : j’avais dit aux sol­dats, rame­nez cette machine, rame­nez-la à la gar­ni­son. C’est qu’ils bou­chaient les rivières, le Caño Caribe, ils le bou­chaient pour que les indi­gènes ne puissent navi­guer, pour que per­sonne ne puisse navi­guer, mais sur­tout les indi­gènes, les yaru­ros, les cui­bas. Ils fai­saient des bou­chons de terre, et je me char­geais de les détruire, j’ai même usé de la dyna­mite pour en défaire un très dur, “faites-le sau­ter !”.

De même un jour j’ai fait tirer sur des cade­nas épais qu’ils ins­tal­laient sur les che­mins com­mu­naux au milieu des terres : “pas­sage inter­dit”. Com­ment osent-ils bar­rer un che­min comu­nal ? Ah, on ne trou­vait plus la clef ? Poum ! Le juge m’a convo­qué au tri­bu­nal, ils me dénon­çaient, ils m’ont sur­nom­mé le casse-cade­nas, “là-bas il y a un capi­taine casse-cade­nas”. Mais cette réa­li­té reste vivante, cruel­le­ment, dans une grande par­tie de notre cam­pagne, je parle de l’échelle natio­nale, pour les pay­sans, les zones rurales dans les villes, par­tout.

C’est pour­quoi je demande de faire un effort suprême, comme lorsqu’on marche de nuit dans la plaine et qu’il faut aigui­ser le regard ou empor­ter des jumelles spé­ciales. Comme dans un blin­dé, lorsqu’il faut ajus­ter le péri­scope, à la moindre fume­role, au moindre bruit, même le plus imper­cep­tible.

Nous devons aigui­ser à fond notre capa­ci­té de per­ce­voir la réa­li­té, ne pas tom­ber dans l’indifférence, ce qui est un autre extrême : cher­cher la ligne de moindre résis­tance pour évi­ter les conflits, pour ne pas entrer dans le vif du sujet. Non. Nous devons entrer au coeur, au plus pro­fond de notre réa­li­té.

Donc nous avons pris la mesure de récu­pé­rer ces grands domaines en appli­ca­tion de la Consti­tu­tion et de la Loi des Terres, trop retar­dée sur le ter­rain, vrai­ment. Une des causes de ce retard est que les mafieux de cette région ont fait assas­si­ner plus de 200 diri­geants pay­sans. C’est le règne des sicaires, ils en tuent un pour en mena­cer cent. Ils ont mena­cé de mort des fonc­tion­naires civils et des mili­taires aus­si.

Donc sous la pres­sion d’une situa­tion aus­si dure, aus­si dra­ma­tique, je me suis ren­sei­gné et me suis ren­du compte que tous les dos­siers étaient prêts pour ces pre­miers 47 lati­fun­dios. J’ai envoyé le chef de l’armée, le deuxième chef de l’armée, le troi­sième chef de l’armée et je leur ai dit : s’il vous faut démé­na­ger le Com­man­de­ment Géné­ral sur place, au sud du Lac, hé bien que toute l’armée véné­zué­lienne se mette en mou­ve­ment, avec ses blin­dés et ses héli­co­ptères, et les milices pay­sannes, mais pas sans défense, armées.

Ces mafieux ne peuvent déte­nir, nous ne pou­vons per­mettre qu’ils détiennent, plus de pou­voir qu’une Révo­lu­tion.

Si nous per­met­tions que la contre-révo­lu­tion détienne plus de pou­voir que la révo­lu­tion, ce jour-là serait notre perte. Le Pou­voir Moral, est le plus grand pou­voir que doit pos­sé­der une Révo­lu­tion.

Eux se sont étio­lés, ils n’ont pas de force morale.

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Classe inau­gu­rale pro­non­cée à l’Institut Supé­rieur d’Études Poli­tiques du Par­ti Socia­liste Uni­fié du Vene­zue­la, Le 17 décembre 2010.

Tra­duc­tion : Thier­ry Deronne pour La revo­lu­ción vive

Source : Blog de Hugo Cha­vez
http://www.chavez.org.ve/temas/noticias/desigualdad-tierra/