Venezuela, Sécurité : politique d’Etat ou manipulation politique ?

Par Jesse Chacón

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GISXXI


Tra­duc­tion par Sebas­tian Fran­co

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Des solu­tions struc­tu­relles comme réponse

 

Nous avons vu dans des articles anté­rieurs com­ment la mani­pu­la­tion poli­tique du thème de l’insécurité ten­tait de faire de l’augmentation des homi­cides un des élé­ments propre du pro­ces­sus de la Révo­lu­tion Boli­va­rienne ; au contraire, nous voyons que la vio­lence a aug­men­té de manière dra­ma­tique durant les cycles anté­rieurs où l’opposition actuelle était au pou­voir.

Selon des don­nées du Centre d’Etudes pour la Paix de l’UCV (uni­ver­si­té Cen­trale du Véné­zué­la), durant la décen­nie des 90, le taux d’homicide par 100.000 habi­tant a aug­men­té de 153%, pas­sant de 13 homi­cides par 100.000 habi­tants en 1991 à 33 homi­cides par 100.000 habi­tants en 2000.

Le jeu poli­tique de la mani­pu­la­tion consiste à sépa­rer le phé­no­mène de son déve­lop­pe­ment his­to­rique ; le pro­blème de l’insécurité, comme l’indiquent les don­née anté­rieures, est un phé­no­mène social qui prend racine sous les gou­ver­ne­ments de la qua­trième Répu­blique de la fin des années 80 et de la décen­nie des 90. L’insécurité est le pro­duit de la rup­ture de liens basiques de socia­li­sa­tion au sein de la famille. Famille déstruc­tu­rée qui est un pro­duit de la poli­tique néo­li­bé­rale d’ajustement et l’élimination des poli­tiques sociales qui a condam­né nombre d’entre elles à la pau­vre­té ou l’extrême pau­vre­té.

Comme consé­quence de ces poli­tiques néo­li­bé­rales, émerge alors un nou­veau pro­ta­go­nisme juvé­nil au moyen de la vio­lence et la visi­bi­li­sa­tion d’expression délic­tuelle, qui ne sont rien d’autre que la maté­ria­li­sa­tion de la perte de futur et d’espérance, en par­ti­cu­lier pour les sec­teurs D et E.

La mani­pu­la­tion consiste éga­le­ment à construire un sen­ti­ment social de chaos et de dan­ger dont la res­pon­sa­bi­li­té, tant de son appa­ri­tion que de sa réso­lu­tion, incom­be­rait uni­que­ment au gou­ver­ne­ment natio­nal. L’opposition se pré­sente dès lors comme la seule pou­vant appor­ter une solu­tion, comme la sal­va­trice. Mais cette ten­ta­tive se heurte au fait que la citoyen­ne­té dans sa majo­ri­té, qui recon­nait l’insécurité comme prin­ci­pal pro­blème du pays, pense que cha­cun doit contri­buer à sa solu­tion ; de la même manière, l’institution la mieux recon­nue pour son action face au pro­blème de sécu­ri­té est celle du Pré­sident Cha­vez, avec 51% d’avis favo­rables.

L’opinion citoyenne exprime la volon­té d’une approche cri­tique, qui devrait être com­prise par toutes les ten­dances poli­tiques, à savoir que l’insécurité n’est pas un thème qui doit être uti­li­sé comme trem­plin ou comme arme poli­tique ; l’insécurité étant un incen­die dans lequel nous pou­vons tous nous brû­ler.

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Concer­nant les manoeuvres de dif­fé­rents acteurs poli­tiques qui se pré­sentent comme por­teurs d’une alter­na­tive au pro­blème de l’insécurité, il nous semble impor­tant de rele­ver com­ment ils tentent d’effacer les preuves de leur mau­vaises ges­tion du pro­blème lorsqu’ils étaient au gou­ver­ne­ment, ou de faire oublier qu’ils gou­vernent et son res­pon­sables de l’insécurité dans dif­fé­rents états ou com­munes.

Une obser­va­tion des com­munes comme Baru­ta et Cha­cao et de deux états comme Nue­va Espar­ta et Zulia, où l’opposition est au pou­voir depuis près de 10 ans, remet en ques­tion leur sup­po­sée exper­tise pour conte­nir la vio­lence. Un rapide regard sur les sta­tis­tiques nous per­met de conclure que le taux d’homicide a aug­men­té dans ces ter­ri­toires entre 2000 et 2008, tan­dis qu’il bais­sait dans des com­munes comme Liber­ta­dor qui sont gou­ver­nées par le cha­visme.

En se pré­sen­tant comme alter­na­tive, l’opposition véné­zue­lienne a pré­sen­té sa pro­po­si­tion de sécu­ri­té dénom­mée “Tout le nou­veau gou­ver­ne­ment contre la cri­mi­na­li­té, la vio­lence et l’impunité”, en met­tant en avant la figure de Loli­ta Aniyar de Cas­tro, cri­mi­no­logue recon­nue sur le plan inter­na­tio­nal, en tant que res­pon­sable de leur groupe d’experts. Cepen­dant, leur pro­po­si­tion reprend les bases du pro­ces­sus de la CONAREPOL et du Sys­tème Natio­nal de Police (ini­tia­tives de l´actuel gou­ver­ne­ment), sans recon­naitre ni valo­ri­ser les efforts qu’ils repré­sentent. Au contraire, l’opposition les mini­misent et les stig­ma­tisent comme étant un pro­ces­sus poli­ti­sés.

Il faut rele­ver le fait qu’en tant que gou­ver­neure de l’état de Zulia, la Doc­teure Loli­ta Aniyar n’a rien fait pour conte­nir les hauts indices de délits au niveau natio­nal qui ont atteint 1276 en 1993 et 1270 en 1994 : les deux années avec les taux de délits les plus éle­vés de l’histoire contem­po­raine du Véné­zue­la ; Elle ne l’a pas fait non plus avec les taux natio­naux d’homicides qui sont pas­sés de 8 homi­cides pour 100.000 habi­tants en 1986 à 21 homi­cides pour 100.000 habi­tants en 1995. De même, le taux de délits attei­gnait 829 en 1995 dans l’état de Zulia (le taux le plus haut de la période 1995 – 2009).

La réflexion que nous avons déve­lop­pée dans cet article, ne pré­tend pas mini­mi­ser l’ampleur de l’insécurité aujourd’hui au Véné­zue­la ni la com­plexi­té mul­ti­fac­to­rielle du pro­blème ; par contre, nous pré­ten­dons démas­quer les mani­pu­la­tions et invi­ter tous les acteurs natio­naux à pen­ser conjoin­te­ment le pro­blème et les solu­tions alter­na­tives pour y faire face.

Une révo­lu­tion qui a réus­si en 12 ans à amé­lio­rer signi­fi­ca­ti­ve­ment la qua­li­té de vie de sa popu­la­tion, en par­ti­cu­lier de ses sec­teurs les moins favo­ri­sés, a comme défi pri­mor­dial d’apporter des solu­tions struc­tu­relles à cette spi­rale de vio­lence héri­tée de la qua­trième Répu­blique. Pour cela, il est néces­saire de :

1. Construire un plan natio­nal de sécu­ri­té citoyenne comme accord natio­nal dans lequel tous les sec­teurs de la vie natio­nale par­ti­cipent.

2. Trans­for­mer et opti­mi­ser le fonc­tion­ne­ment de tout le sys­tème de jus­tice pénale : inves­ti­ga­tion (CICPC), accu­sa­tion (FISCALIA) et juge­ment (TSJ). Il est essen­tiel de conte­nir le sen­ti­ment d’impunité aujourd’hui très pré­sent dans la socié­té véné­zue­lienne.

3. Rendre réel­le­ment cohé­rentes vis-à-vis des stan­dards du nou­veau sys­tème poli­cier toutes les poli­tiques régio­nales et com­mu­nales créées de manière anar­chique sous la qua­trième Répu­blique.

4. Construire une poli­tique qui vise à l’éradication des cir­cuits exis­tant de vio­lence ter­ri­to­riale dans de vastes sec­teurs de la socié­té véné­zué­lienne, en cher­chant à pri­vi­lé­gier auprès des jeunes de ces sec­teurs, la sub­sti­tu­tion d’une sym­bo­lo­gie de la vio­lence et du consu­mé­risme d’aujourd’hui par une nou­velle sym­bo­lo­gie basée sur l’espérance, l’auto-estime et la soli­da­ri­té.

Cette tâche concerne tout le monde, d’autant plus que l’insécurité et la vio­lence, sur­git en Amé­rique latine à la fin des années 80 comme consé­quences des mesures d’ajustement qui ont détruit le fra­gile contrat social en vigueur à l’époque, dépassent aujourd’hui le cadre natio­nal et se placent comme un pro­blème propre aux socié­tés et pro­ces­sus d’urbanisation du tiers monde, dans le cadre des nou­velles typo­lo­gies du crime orga­ni­sé glo­bal.