Dossier du Venezuela post échec électoral

Pourquoi une telle victoire n’a-t-elle déclenché la moindre liesse dans le métro, dans les rues ?

Pay­sage avant la bataille

Avec l’élection de deux tiers de dépu­tés de droite vient de se répé­ter le scé­na­rio média­tique qui accom­pa­gna la défaite élec­to­rale des san­di­nistes au Nica­ra­gua en 1990. Le pays semble ren­trer dans l’ordre néo-libé­ral, on recon­naît que la « dic­ta­ture » est une démo­cra­tie, on féli­cite les per­dants pour leur recon­nais­sance immé­diate des résul­tats.

Mais pour­quoi Cara­cas, au len­de­main du scru­tin, était-elle si triste ? Pour­quoi une telle vic­toire n’a‑t-elle déclen­ché la moindre liesse dans le métro, dans les rues ? Com­ment com­prendre la mobi­li­sa­tion de col­lec­tifs popu­laires, ou que les syn­di­cats se déclarent en « état d’urgence », alors qu’il y a trois jours une par­tie de même cette base popu­laire ne s’est pas mobi­li­sée en faveur des dépu­tés boli­va­riens ?

Dès l’élection de Cha­vez en décembre 1998, nombre d’institutions révo­lu­tion­naires se sont peu­plées du « chi­ri­pe­ro » – sur­nom don­né à la masse d’employé(e) qui tro­quèrent en 24 heures la cas­quette du popu­lisme des années 90 pour une che­mise rouge (alors que sou­vent les révo­lu­tion­naires authen­tiques étaient écar­tés). L’angoissante guerre éco­no­mique a ren­du insup­por­tables la cor­rup­tion et la sur­di­té de ce sec­teur de fonc­tion­naires face à l’exigence d’une pro­tec­tion forte, d’un État plus effi­cace, plus par­ti­ci­pa­tif, tra­vaillant à écou­ter les citoyen(ne)s.

Paral­lè­le­ment, le « chan­ge­ment » pro­mis par la droite a été inter­pré­té comme la fin de la guerre éco­no­mique : les rayons des maga­sins se rem­pli­raient de nou­veau, les files dis­pa­raî­traient avec le retour du sec­teur pri­vé au pou­voir. Or les lea­ders de l’opposition ont d’ores et déjà annon­cé qu’il ne sera pas pos­sible de régler le « pro­blème éco­no­mique » à court terme et que la prio­ri­té sera d’appliquer un pro­gramme visant à « modi­fier » les lois et acquis sociaux. Fedecá­ma­ras, orga­ni­sa­tion des com­mer­çants et des chefs d’entreprises du sec­teur pri­vé, demande à l’assemblée natio­nale d’annuler la Loi du Tra­vail[Lire [« La nou­velle loi du tra­vail au Vene­zue­la »]].

En ligne de mire : les hausses de salaire, la pro­tec­tion des tra­vailleurs contre les licen­cie­ments, les condi­tions trop favo­rables des congés de mater­ni­té, la réduc­tion de la durée du tra­vail, les same­dis libres, le paie­ment des heures sup, les bons d’alimentation. Les syn­di­cats annoncent déjà des mobi­li­sa­tions de rue, réclament la natio­na­li­sa­tion de la banque. Mena­cée et trai­tée de « cloaque » par le lea­der de l’opposition Ramos Allup, la chaîne par­le­men­taire ANTV vient d’être remise inté­gra­le­ment à ses tra­vailleurs par le gou­ver­ne­ment, et le pré­sident Madu­ro décrè­te­ra une loi pour pro­té­ger les tra­vailleurs du ser­vice public, en éten­dant l’interdiction de licen­cie­ment de 2016 à 2018.

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Assem­blée popu­laire en cours à Cara­cas

La droite – elle ne s’en cache pas – veut reve­nir sur la plu­part des acquis de la révo­lu­tion (loi de contrôle des prix, loi des semences anti-OGM, loi de la réforme agraire, de pro­tec­tion des loca­taires, édu­ca­tion gra­tuite, san­té gra­tuite, construc­tion de loge­ments publics, pen­sions…), orga­ni­ser avec les États-Unis la pri­va­ti­sa­tion du pétrole et des autres res­sources du pays, annu­ler les accords de coopé­ra­tion éner­gé­tique avec les pays plus pauvres des Caraïbes et de tout autre accord qui défie la vision uni­po­laire de Washing­ton (Petro­Ca­ribe, ALBA, etc..), etc…

Elle annonce aus­si une « amnis­tie » pour les mili­tants et le lea­der de “l’Aube Dorée” locale Leo­pol­do Lopez, orga­ni­sa­teurs de vio­lences meur­trières – celles de 2013 ont fait 43 morts, la plu­part dans le camp boli­va­rien, et six membres des forces de l’ordre tués par balles. Ce sont eux que les médias inter­na­tio­naux appellent des “pri­son­niers d’opinion” au motif qu’ils appar­tiennent à l’extrême droite. Pour réa­li­ser tout cela au plus vite, la droite cher­che­ra, dans les mois qui viennent, à des­ti­tuer le pré­sident boli­va­rien par un coup par­le­men­taire comme celui subi par Fer­nan­do Lugo au Para­guay.

Faire la révo­lu­tion n’est pas simple.

On voit la dif­fi­cul­té de construire une révo­lu­tion socia­liste sans démo­cra­ti­ser la pro­prié­té des médias, sans s’émanciper de cette pri­son cultu­relle de consom­ma­tion mas­sive, d’invisibilisation du tra­vail, de frag­men­ta­tion du monde, de pas­si­vi­té du spec­ta­teur. Le récent « rap­port sur l’imaginaire et la consom­ma­tion cultu­relle des véné­zué­liens » réa­li­sé par le minis­tère de la culture est en ce sens une excel­lente ana­lyse poli­tique. Il montre que la télé­vi­sion reste le média pré­fé­ré et que la majo­ri­té asso­cie le Vene­zue­la à l’image de Vene­vi­sion ou Tele­ven : « jolis paysages/jolies femmes ».

Com­ment mettre en place une pro­duc­tion com­mu­nale à grande échelle, sans la cor­ré­ler avec un ima­gi­naire nou­veau où la terre n’est plus la péri­phé­rie de la ville mais le centre et la source de la vie, de la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire ? Com­ment trans­for­mer des médias en espaces d’articulation et d’action popu­laire, de cri­tique, de par­ti­ci­pa­tion, si le para­digme anglo-saxon de la com­mu­ni­ca­tion sociale (« vendre un mes­sage à un client-cible ») reste la norme ?

En conclu­sion

Une immense bataille com­mence, et deux issues sont pos­sibles : soit un repli du camp boli­va­rien, avec répres­sion des résis­tances sociales (l’histoire répres­sive[Lire « [la jeu­nesse d’aujourd’hui ne sait rien de ce qui s’est pas­sé il y a trente ou qua­rante ans » et « com­ment la plu­part des jour­na­listes occi­den­taux ont ces­sé d’appuyer la démo­cra­tie en Amé­rique Latine »
]] et les liens de la droite véné­zué­lienne avec le para­mi­li­ta­risme colom­bien et la CIA sont bien docu­men­tés[Lire « [Vene­zue­la : la presse fran­çaise lâchée par sa source ? » ]]), vague de pri­va­ti­sa­tions, retour à l’exploitation et à la misère des années 90, et silence des médias inter­na­tio­naux – comme lors du retour des néo-libé­raux au Nica­ra­gua de 1990 à 2006.

Soit les poli­tiques de la droite ser­vi­ront de fouet à la remo­bi­li­sa­tion popu­laire que Nico­las Madu­ro a appe­lée de ses vœux en pro­vo­quant la démis­sion du gou­ver­ne­ment et en orga­ni­sant une réunion avec les mou­ve­ments sociaux et le Par­ti Socia­liste Uni (PSUV). Mal­gré l’usure de 16 ans de pou­voir et ces deux der­nières années de guerre éco­no­mique, la révo­lu­tion boli­va­rienne conserve un socle remar­quable de 42 % des suf­frages. Même si les deux tiers des sièges par­le­men­taires donnent à la droite une grande marge d’action, le cha­visme dis­pose pour l’heure du gou­ver­ne­ment et de la pré­si­dence, de la majo­ri­té des régions et des mai­ries, et de l’appui d’un réseau citoyen – conseils com­mu­naux, com­munes, mou­ve­ments sociaux. Si le pré­sident réus­sit à repar­tir rapi­de­ment sur des bases nou­velles, sans diluer ses déci­sions dans une négo­cia­tion interne entre groupes de pou­voir, si toutes ces éner­gies de trans­for­ma­tion se recon­nectent et agissent en pro­fon­deur, la leçon aura été salu­taire.

Thier­ry Deronne, Cara­cas, 9 décembre 2015

Source de l’ar­ticle : vene­zue­la infos
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Le mou­ve­ment popu­laire ren­contre le pré­sident Madu­ro (juché sur le camion d’une radio asso­cia­tive) aux abords du palais pré­si­den­tiel, Cara­cas, 9 décembre 2015


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Vene­zue­la : la contre-révo­lu­tion rem­porte les élec­tions

Écrit par Jorge Mar­tin. Cet article date du 7 décembre, alors que seuls des résul­tats par­tiels étaient connus. Depuis, les résul­tats défi­ni­tifs donnent 112 sièges à la réac­tion et 55 au PSUV. La réac­tion a donc gagné plus des 2/3 des sièges – ce qui, d’après la Consti­tu­tion, lui donne encore plus de pou­voir.

Tard dans la nuit du 6 décembre, le Conseil Natio­nal Elec­to­ral véné­zué­lien a annon­cé les résul­tats pro­vi­soires – mais signi­fi­ca­tifs – des élec­tions légis­la­tives. Les par­tis d’opposition regrou­pés dans le MUD, c’est-à-dire la contre-révo­lu­tion, ont rem­por­té 99 sièges. Le par­ti boli­va­rien, le PSUV, en a rem­por­té 46. On attend encore les résul­tats défi­ni­tifs pour les 22 sièges res­tants. C’est une défaite sérieuse. Nous devons en ana­ly­ser les causes et en expli­quer les consé­quences les plus pro­bables.

Pre­miè­re­ment, il faut sou­li­gner qu’il n’y a pas eu d’émeutes dans les rues, ni de dénon­cia­tions des résul­tats, ni d’accusations de « fraude » par les médias inter­na­tio­naux. Chaque fois que la révo­lu­tion boli­va­rienne rem­por­tait une élec­tion (et elle en a beau­coup gagné en 17 ans), on était sub­mer­gé dans une cam­pagne de men­songes et de dés­in­for­ma­tion : « le Vene­zue­la est une dic­ta­ture », « il n’y a pas de liber­té d’expression », « le régime est auto­ri­taire ». Voi­là le refrain habi­tuel de CNN, Fox­News et de jour­naux tels qu’ABC et El País, en Espagne. Elle est bien étrange cette « dic­ta­ture » qui sévit lorsque les par­tis de droite perdent les élec­tions, mais qui dis­pa­rait par magie, comme le chat de Schrö­din­ger, dès que les forces révo­lu­tion­naires sont bat­tues.

Le taux de par­ti­ci­pa­tion était éle­vé : 74,25 % des 19 mil­lions d’électeurs. C’est 8 points de plus que lors de l’élection légis­la­tive de 2010, mais 6 de moins qu’à la pré­si­den­tielle de 2013 (80 %). La mobi­li­sa­tion élec­to­rale a débu­té très tôt, le matin, dans les quar­tiers pauvres et ouvriers des grandes villes. Mais elle a été encore plus forte chez les élec­teurs de l’opposition. De longues files d’attente s’étendaient devant les bureaux de vote. Le Conseil Natio­nal Elec­to­ral a dû repous­ser à 19 heures la fer­me­ture des bureaux de vote (au lieu de 18 heures). Mais de nom­breux bureaux sont encore res­tés ouverts une ou plu­sieurs heures sup­plé­men­taires, pour que tous les élec­teurs puissent voter. Il est vrai­ment scan­da­leux que les prin­ci­paux diri­geants de l’opposition « démo­cra­tique » aient pro­tes­té contre cette déci­sion et exi­gé la fer­me­ture immé­diate des bureaux de vote.

Si nous com­pa­rons les résul­tats pro­vi­soires à ceux des légis­la­tives de 2010, nous remar­quons qu’en géné­ral le volume de voix pour les par­tis de la révo­lu­tion se main­tient. Mais le nombre de voix de l’opposition, par contre, a for­te­ment aug­men­té. Cela semble indi­quer que la par­ti­ci­pa­tion accrue à ce scru­tin et l’afflux des nou­veaux élec­teurs ont sur­tout béné­fi­cié à la droite. Si on fait la com­pa­rai­son avec l’élection pré­si­den­tielle de 2013, on constate que le PSUV a per­du près de 2 mil­lions de voix. A l’inverse, l’opposition pro­gresse de 360 000 voix[[Ces chiffres et ceux du tableau sont ceux des résul­tats défi­ni­tifs]].

Cha­vistes / Oppo­si­tion

2010 Par­le­ment 5.423.324 / 5.320.364

2013 Pre­si­dence 7.587.532 / 7.363.264

2015 Par­le­ment 6.082.000 / 7.500.000

Si le vote reste très pola­ri­sé selon des divi­sions de classe, il est évident que l’opposition a réus­si à péné­trer dans les bas­tions révo­lu­tion­naires. Bien qu’un quar­tier ouvrier comme celui d’Antinamo, dans l’ouest de la capi­tale Cara­cas, reste for­te­ment « cha­viste » (37 000 voix, soit 55 % pour le PSUV, contre 27 000 voix, soit 40 %, pour le MUD), il l’est moins qu’en 2010 (39 000 voix, soit 68 % pour le PSUV, contre 15 000 voix, soit 27 % pour le MUD). Le MUD a même pro­gres­sé dans ce quar­tier depuis la pré­si­den­tielle de 2013 (21 000 voix). Les quar­tiers des classes moyennes et supé­rieures, comme celui de Baru­ta dans l’est de Cara­cas, res­tent soli­de­ment contre-révo­lu­tion­naires (31 000 voix, soit 85 % pour le MUD et 4600 voix, soit 12 % pour le PSUV). Mais ce résul­tat est qua­si­ment iden­tique à celui de 2010 (30 000 voix ou 85 % pour le MUD et 4600 voix pour le PSUV, soit 13 %).

L’opposition a même réus­si l’exploit de gagner dans le quar­tier révo­lu­tion­naire emblé­ma­tique du « 23 de Ene­ro », sur le haut des col­lines de Cara­cas. Certes, l’écart est très faible. En 2010, le PSUV y obte­nait 29 000 voix et l’opposition 16 000 (avec un taux de par­ti­ci­pa­tion de 70 %). Aujourd’hui, les voix pour le PSUV se sont réduites à 25 017, don­nant la majo­ri­té à l’opposition qui obtient 25 140 voix (avec un taux de par­ti­ci­pa­tion de 77 %).

Quelles sont les rai­sons prin­ci­pales de cette défaite ?

Avant les élec­tions, nous avons publié une ana­lyse de cette situa­tion par­ti­cu­liè­re­ment com­pli­quée pour la révo­lu­tion boli­va­rienne. Il y a un cer­tain nombre de fac­teurs à ne pas sous-esti­mer : la cam­pagne média­tique contre la révo­lu­tion, l’interférence et le har­cè­le­ment impé­ria­liste (direc­te­ment via les Etats-Unis et indi­rec­te­ment par la Colom­bie, la Guyane, le nou­veau pré­sident argen­tin Macri, l’OAS, etc.), le sabo­tage de l’économie, l’insécurité et la cri­mi­na­li­té crois­santes. Néan­moins, on ne peut pas dire que ces fac­teurs ont été déci­sifs. Ils étaient déjà pré­sents lors des pré­cé­dents scru­tins – et n’avaient pas empê­ché le PSUV de les rem­por­ter.

Il y a un cer­tain nombre de nou­veaux pro­blèmes – et d’autres qui ont empi­ré – sur le ter­rain éco­no­mique. La chute du prix du pétrole, en par­ti­cu­lier, a for­te­ment réduit la marge de manœuvre du gou­ver­ne­ment, limi­tant l’argent dis­po­nible pour finan­cer ses poli­tiques sociales et sa capa­ci­té à impor­ter de la nour­ri­ture pour appro­vi­sion­ner un mar­ché inté­rieur étran­glé par la rébel­lion des entre­prises contre le contrôle des prix.

Hyper­in­fla­tion, pénu­rie crois­sante des pro­duits de base, racket, mar­ché noir : tout ceci a joué un rôle clé. Madu­ro a men­tion­né ces élé­ments dans le dis­cours où il accepte les résul­tats des élec­tions. Il déclare : « On peut dire que la guerre éco­no­mique l’a empor­té ». Ce n’est qu’une par­tie de l’explication. Par le pas­sé, les masses révo­lu­tion­naires ont résis­té à la guerre éco­no­mique de la classe capi­ta­liste, par­ti­cu­liè­re­ment lors du lock-out patro­nal et du sabo­tage de l’industrie pétro­lière, entre décembre 2002 et février 2003. Qu’est-ce qui a chan­gé, depuis ?

Les fac­teurs cités plus haut se sont com­bi­nés au sen­ti­ment que les diri­geants boli­va­riens étaient soit inca­pables de régler ces pro­blèmes avec fer­me­té, soit réti­cents à le faire. Il ne suf­fit pas de dénon­cer constam­ment Gru­po Polar et son pro­prié­taire Men­do­za pour le rôle qu’ils jouent dans la pénu­rie de pro­duits de base. C’est par­fai­te­ment vrai et une large sec­tion des masses en est bien consciente. Le pro­blème est que ces dénon­cia­tions ne sont pas sui­vies d’action concrète. Il y a eu sans cesse des menaces d’exproprier le Gru­po Polar. Le pre­mier mai 2015, les tra­vailleurs en lutte de Polar étaient au pre­mier rang de la marche boli­va­rienne. Mais rien ne s’est pas­sé. Les menaces sont res­tées des menaces.

En plus de cette inac­tion, le bureau­cra­tisme et la cor­rup­tion ont atteint des niveaux sans pré­cé­dent, engen­drant démo­ra­li­sa­tion, scep­ti­cisme et même cynisme dans de larges couches des masses boli­va­riennes et de ses élé­ments les plus actifs. Dans les usines natio­na­li­sées, les tra­vailleurs ont essayé d’introduire le contrôle et l’administration ouvriers, à dif­fé­rents degrés, mais ils ont été bat­tus par la bureau­cra­tie. En consé­quence, ces entre­prises sont gan­gré­nées par la mau­vaise ges­tion et une cor­rup­tion fla­grante. Ceci ren­force l’argument de l’opposition capi­ta­liste, qui dit que les natio­na­li­sa­tions ne peuvent pas mar­cher. Pire : cela démo­ra­lise les mili­tants de la classe ouvrière qui se luttent pour le contrôle ouvrier.

Il y aura ceux qui blâ­me­ront les masses et leur « faible niveau de conscience ». Ces voix se font déjà entendre : « La révo­lu­tion leur a don­né l’éducation, un sys­tème de san­té, des loge­ments – et main­te­nant ils votent pour l’opposition. » C’est l’argument des réfor­mistes et des bureau­crates. Mais il est com­plè­te­ment faux et n’explique rien.

La masse des pauvres et des tra­vailleurs a mon­tré à de nom­breuses reprises son ins­tinct révo­lu­tion­naire, son esprit de sacri­fice et sa loyau­té à l’égard du pro­jet boli­va­rien. Ce sont les masses qui ont balayé le coup d’Etat de 2002, les grèves patro­nales de 2002-03, les « gua­rim­bas » de 2004 et le réfé­ren­dum révo­ca­toire. Ce sont les masses qui ont répon­du par mil­lions à l’appel de Cha­vez pour créer le PSUV et lut­ter pour le socia­lisme.

Le pro­blème est que chaque fois qu’elles ont fait des pro­grès dans leur effort pour arra­cher le pou­voir à la classe diri­geante — qu’elles ont créé des conseils de tra­vailleurs socia­listes dans les ins­ti­tu­tions d’Etat, qu’elles ont occu­pé les usines et y ont intro­duit le contrôle ouvrier, qu’elles ont expro­prié des terres, qu’elles ont créé des com­munes socia­listes dans des quar­tiers – elles ont été chaque fois blo­quées et repous­sées par la bureau­cra­tie. De fait, la bureau­cra­tie est la cin­quième colonne du capi­ta­lisme au sein du mou­ve­ment boli­va­rien.

Don­nons trois exemples récents. « Indus­trias Dia­na » est une usine qui pro­duit de l’huile et de la mar­ga­rine. Elle a été expro­priée en 2008 par Cha­vez et a fonc­tion­né depuis sous le contrôle des tra­vailleurs. En 2013, le ministre de l’Alimentation Oso­rio a déci­dé d’imposer un nou­veau direc­teur sans consul­ter les tra­vailleurs et contre leur volon­té. Les tra­vailleurs ont résis­té et insis­té sur le fait qu’ils avaient leur mot à dire. L’affrontement s’est trans­for­mé en un conflit sur la ques­tion du contrôle ouvrier. Fina­le­ment, après des mois de luttes, les tra­vailleurs ont réus­si à pré­ser­ver leur contrôle et le nou­veau direc­teur fut reti­ré.

Un affron­te­ment simi­laire s’est déve­lop­pé à « Fama de Ame­ri­ca », une usine de café qui a été expro­priée en 2010 grâce à la mobi­li­sa­tion des tra­vailleurs. Actuel­le­ment, il y a un conflit à pro­pos du licen­cie­ment, par la direc­tion de l’usine, d’un des mili­tants ouvriers de l’usine. Les ouvriers pensent que ce licen­cie­ment est une attaque poli­tique contre l’organisation des tra­vailleurs.

Lors d’un autre inci­dent, des cen­taines de tra­vailleurs ont été licen­ciés de l’ancien minis­tère de l’Environnement quand il a été fusion­né avec un autre et réor­ga­ni­sé. Les tra­vailleurs se sont bat­tus pour leurs droits, mais n’ont pas été enten­dus par les auto­ri­tés.

Ce ne sont que quelques exemples qui peuvent être repro­duits à tous les niveaux. C’est dans ce contexte que les belles paroles sur la « révo­lu­tion » et le socia­lisme deviennent des mots creux. Comme nous l’avions dit avant l’élection : « il y a un réel dan­ger que l’opposition obtienne un bon résul­tat lors des élec­tions par­le­men­taires, raflant une majo­ri­té de voix et peut-être même une majo­ri­té de sièges. […] Si cela se confirme, ce ne sera pas la faute des masses boli­va­riennes, mais celle de leurs diri­geants réfor­mistes, qui ont tout fait pour évi­ter l’expropriation de la classe capi­ta­liste et ont pré­fé­ré en appe­ler au “bon sens” des capi­ta­listes indi­vi­duels, ou bien ont eu recours à des mesures admi­nis­tra­tives pour ten­ter de régu­ler le mar­ché capi­ta­liste. »

Quel ave­nir ?

Il est clair que la contre-révo­lu­tion se ser­vi­ra des posi­tions qu’elle a gagnées à l’Assemblée natio­nale pour enga­ger une offen­sive impla­cable contre les conquêtes de la révo­lu­tion (et il y en a de nom­breuses et d’importantes). Les dépu­tés de droite ten­te­ront de régler les pro­blèmes éco­no­miques du Vene­zue­la en fai­sant payer les tra­vailleurs, en abro­geant le contrôle des prix, en fai­sant des coupes dans les dépenses sociales, en déva­luant la mon­naie, etc.

Par-des­sus tout, ils se ser­vi­ront de leur vic­toire pour lan­cer un assaut contre le pou­voir des ins­ti­tu­tions qui res­tent entre les mains du mou­ve­ment boli­va­rien, et par­ti­cu­liè­re­ment en pro­vo­quant un réfé­ren­dum révo­ca­toire du Pré­sident. Ils feront voter une loi d’amnistie pour libé­rer de pri­son tous les mili­tants et poli­ti­ciens contre-révo­lu­tion­naires qui avaient pris part aux émeutes de 2014, qui avaient cau­sé la mort de 43 per­sonnes.

Dans un pre­mier temps, la défaite por­te­ra un coup dur aux mili­tants révo­lu­tion­naires. Pen­dant de nom­breuses années, le mou­ve­ment a connu vic­toire après vic­toire. Cepen­dant, une fois que la pous­sière sera retom­bée, il y aura un débat poli­tique intense pour com­prendre les causes de la défaite. Comme lors de la révo­lu­tion espa­gnole, quand l’écrasement du sou­lè­ve­ment d’octobre 1934 a mené à une radi­ca­li­sa­tion extrême des orga­ni­sa­tions socia­listes (à com­men­cer par la Jeu­nesse Socia­liste), la défaite véné­zué­lienne fini­ra par ren­for­cer l’aile la plus radi­cale et révo­lu­tion­naire du cha­visme.

En même temps, il y aura une pres­sion droi­tière accrue sur l’aile réfor­miste et bureau­cra­tique du mou­ve­ment. Cer­tains sont déjà en train de par­ler du besoin de « dia­logue » et de « com­pro­mis ». Cer­tains offi­ciels de haut rang, cor­rom­pus, sont déjà en train de se pré­pa­rer à chan­ger de camp pour défendre leurs pri­vi­lèges et leurs butins. Cela net­toie­ra le mou­ve­ment boli­va­rien.

Les masses véné­zué­liennes n’abandonneront pas faci­le­ment les conquêtes de la der­nière décen­nie. Nous ver­rons à quel rythme la réac­tion ten­te­ra de déman­te­ler les pro­grammes sociaux majeurs, d’expulser les méde­cins cubains de la mis­sion Bar­rio Aden­tro, d’abroger les pro­grammes d’éducation, de mener une purge poli­tique dans l’Etat, etc. Ils se sentent désor­mais confiants et cette confiance pour­rait les conduire à prendre des risques. N’importe quelle pro­vo­ca­tion majeure pour­rait pro­vo­quer une contre-offen­sive des masses boli­va­riennes, qui ont été bat­tues sur le plan élec­to­ral, mais qui n’ont pas été écra­sées.

Sur ce nou­veau ter­rain de lutte, il fau­dra rete­nir la prin­ci­pale leçon de ces élec­tions : le temps où le réfor­misme sem­blait fonc­tion­ner, où il per­met­tait de réa­li­ser de grands pro­grammes sociaux sans fon­da­men­ta­le­ment expro­prier l’oligarchie, ce temps est révo­lu. La révo­lu­tion boli­va­rienne ne peut se remettre de ce coup qu’en adop­tant un pro­gramme socia­liste clair, en met­tant en pra­tique l’héritage du Pré­sident Hugo Cha­vez qui, dans son dis­cours du « Coup de gou­ver­nail » (Golpe de Timón), a sou­li­gné les deux prin­ci­pales tâches de la révo­lu­tion : construire une éco­no­mie socia­liste et détruire l’Etat bour­geois.

Une lutte idéo­lo­gique est indis­pen­sable. Un pro­gramme révo­lu­tion­naire et socia­liste clair est néces­saire pour que le mou­ve­ment boli­va­rien se relève.

Source de l’ar­ticle : revo­lu­tion


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Le point de vue de Chris­tophe Ven­tu­ra

Vic­toire de l’opposition véné­zué­lienne aux élec­tions : et main­te­nant ?

L’opposition véné­zué­lienne a rem­por­té les élec­tions légis­la­tives pour la pre­mière fois en seize ans. Est-ce une sur­prise ? Com­ment expli­quer ce tour­nant ?

L’opposition rem­porte une nette vic­toire dans le contexte d’une forte par­ti­ci­pa­tion. C’est effec­ti­ve­ment une pre­mière depuis les débuts de la Révo­lu­tion boli­va­rienne. A cette heure, la Table pour l’unité démo­cra­tique (MUD) gagne 107 sièges sur les 167 à pour­voir. Le cha­visme en obtient, lui, 55. En fait, ces résul­tats concernent 165 sièges. Il en reste 2 qui ne sont pas encore attri­bués. Le Conseil natio­nal élec­to­ral (CNE) fina­lise les décomptes. Dans ce total de 167, trois sièges sont attri­bués à des repré­sen­tants des peuples indi­gènes. Ils rejoin­dront la nou­velle majo­ri­té.

La coa­li­tion de droite s’assure donc pour le moment une majo­ri­té qua­li­fiée des 3/5e, fixée à 100 sièges. Avec 111, elle obtien­drait la majo­ri­té qua­li­fiée des 2/3 qui lui per­met­trait de dis­po­ser de tous les pou­voirs pos­sibles à l’Assemblée.
Les résul­tats s’inscrivent de fait dans la ten­dance haute de ce qu’on pou­vait obser­ver ces der­nières semaines. Ce n’est donc pas à pro­pre­ment par­ler une sur­prise. Ce qui est remar­quable, c’est la qua­li­té démo­cra­tique du Vene­zue­la, pays pour­tant sou­vent mis à mal par les médias inter­na­tio­naux et les for­ma­tions proches de l’opposition, qui ont en géné­ral assez faci­le­ment ten­dance à condam­ner le pays pour ses soi-disant dérives auto­ri­taires. On a en réa­li­té assis­té à un modèle de jour­née civique et démo­cra­tique : 75% de par­ti­ci­pa­tion au vote, un contexte de tran­quilli­té totale, une recon­nais­sance immé­diate des résul­tats de la part de Nico­las Madu­ro qui a recon­nu sa défaite et remer­cié l’ensemble des Véné­zué­liens pour la bonne tenue des élec­tions. Pour­tant, les médias inter­na­tio­naux – dont les nôtres – annon­çaient, eux, le pire : cam­pagnes de fraudes éla­bo­rées par le gou­ver­ne­ment, pres­sions et vio­lences poli­tiques, etc. Une nou­velle fois, il se confirme qu’il existe une dis­tor­sion pro­blé­ma­tique dans le trai­te­ment média­tique et idéo­lo­gique de ce pays. En réa­li­té, le pro­blème le plus pré­oc­cu­pant venait au final de l’opposition qui avait refu­sé, avant l’élection, de s’engager à recon­naître les résul­tats, quels qu’ils soient. Cet enga­ge­ment était pour­tant une exi­gence de la délé­ga­tion de l’Union des nations sud-amé­ri­caines (Una­sur) pré­sente sur place. Le mes­sage de la MUD était clair : « Nous recon­naî­trons les résul­tats si nous gagnons, pas si nous per­dons ».

Désor­mais com­mence une nou­velle étape et une ques­tion est posée à la MUD, coa­li­tion d’organisations très diverses dont le pro­gramme com­mun s’est essen­tiel­le­ment résu­mé jusqu’ici à son rejet du gou­ver­ne­ment et de la Révo­lu­tion boli­va­rienne. Que va-t-elle faire de cette vic­toire main­te­nant qu’elle est majo­ri­taire dans cette Assem­blée qui siè­ge­ra du 5 jan­vier 2016 à jan­vier 2021 ? Va-t-elle pri­vi­lé­gier la gué­rilla poli­tique et juri­dique contre Nico­las Madu­ro et son gou­ver­ne­ment ? Cher­cher à l’empêcher de gou­ver­ner et de ter­mi­ner son man­dat ? Va-t-elle pro­po­ser des solu­tions concrètes aux pro­blèmes éco­no­miques et sociaux des Véné­zué­liens ? Si oui, les­quelles ? Va-t-elle conser­ver son uni­té ? Autre inter­ro­ga­tion : le cha­visme va-t-il être capable de se régé­né­rer après cette défaite qui, à mon sens, exprime en pre­mier lieu une sanc­tion popu­laire contre la situa­tion éco­no­mique et sociale, les phé­no­mènes de cor­rup­tion et d’insécurité, etc., davan­tage qu’une adhé­sion au pro­jet de l’opposition dont on peine à des­si­ner les contours.

En quoi l’expérience de la coha­bi­ta­tion sera-t-elle un défi pour la démo­cra­tie véné­zué­lienne ? Va-t-on vers une recom­po­si­tion des forces poli­tiques avec l’instauration d’un contre­poids ou bien vers une para­ly­sie poli­tique à tra­vers la limi­ta­tion des pou­voirs du Par­le­ment ?

C’est assez dif­fi­cile à dire car c’est la pre­mière fois depuis 1998 que la droite rem­porte une élec­tion majeure. C’est un pré­cé­dent. Cette forme de coha­bi­ta­tion n’est pas à confondre avec celle à la fran­çaise, le régime poli­tique n’ayant rien à voir. Le modèle véné­zué­lien est de type pré­si­den­tia­liste, proche du modèle amé­ri­cain, c’est-à-dire avec des pou­voirs assez forts du côté du gou­ver­ne­ment et du pré­sident. Ce der­nier a toute lati­tude pour conser­ver et nom­mer son gou­ver­ne­ment, sans pas­ser par l’Assemblée natio­nale. Avec une majo­ri­té simple (ou dite « abso­lue ») de 84 député(e)s, la nou­velle majo­ri­té a, elle, le pou­voir, par exemple, d’approuver le bud­get de l’Etat ou celui des dépenses de la Banque cen­trale, de dis­cu­ter et d’approuver tout pro­jet de loi fis­cale et de cré­dit public. Elle a éga­le­ment la pos­si­bi­li­té de mettre en place des com­mis­sions d’enquête. Elle auto­rise aus­si, selon la Consti­tu­tion, « la nomi­na­tion du pro­cu­reur géné­ral de la Répu­blique et des chefs de mis­sions diplo­ma­tiques per­ma­nentes ». Avec une majo­ri­té de 100 dépu­tés (majo­ri­té des 3/5e) – il lui manque un siège pour le moment –, elle peut entre autres approu­ver – ou pas – les lois habi­li­tantes (ordon­nances pré­si­den­tielles) et voter des motions de cen­sure contre le vice-pré­sident et les ministres. Avec 111 dépu­tés, elle dis­pose d’une majo­ri­té qua­li­fiée des 2/3 et peut alors voter l’organisation d’une assem­blée consti­tuante, un pro­jet de réforme consti­tu­tion­nelle, un pro­jet de loi orga­nique (ou de modi­fi­ca­tion des exis­tantes). Ces ini­tia­tives sont ensuite sou­mises à réfé­ren­dum. Avec une telle majo­ri­té, la MUD peut éga­le­ment élire et révo­quer des magis­trats du Tri­bu­nal suprême de jus­tice, du Conseil natio­nal élec­to­ral, sou­mettre des pro­jets de lois à réfé­ren­dum popu­laire.

On sait que le pre­mier pro­jet de la MUD est de pro­po­ser une loi d’amnistie et de récon­ci­lia­tion pour obte­nir la libé­ra­tion de M. Léo­pold Lopez, condam­né à 13 ans de pri­son pour inci­ta­tion à la vio­lence à l’encontre du gou­ver­ne­ment. La Consti­tu­tion donne en effet à l’Assemblée le droit de « décré­ter des amnis­ties ».
Les Véné­zué­liens cherchent des solu­tions concrètes à la crise éco­no­mique et à la ges­tion du modèle de déve­lop­pe­ment du pays. Ce mes­sage est envoyé à la fois à l’opposition et au gou­ver­ne­ment. Ce sont sur ces thèmes que l’on ver­ra dans le temps se des­si­ner le nou­veau rap­port de forces entre l’Assemblée et le gou­ver­ne­ment. Et se pré­ci­ser la cré­di­bi­li­té des acteurs.

Cer­tains affirment que la défaite du cha­visme fait écho aux élec­tions pré­si­den­tielles argen­tines du mois de novembre. Par­ta­gez-vous ce point de vue ?

Oui, en par­tie. Aujourd’hui, les trois pays les plus affec­tés par l’importante crise éco­no­mique et finan­cière en Amé­rique latine sont l’Argentine, le Bré­sil et le Vene­zue­la, où on assiste à des situa­tions de réces­sions lourdes ou de crois­sance faible. Ces pays sont moteurs dans l’animation de la vie poli­tique et géo­po­li­tique lati­no-amé­ri­caine (notam­ment pour ce qui concerne l’intégration régio­nale). La vic­toire de M. Macri en Argen­tine est un signal qui montre qu’il y a un reflux des forces pro­gres­sistes lati­no-amé­ri­caines ou, plus pré­ci­sé­ment, de l’hégémonie de la gauche sur cette par­tie du conti­nent. Cela étant, ce n’est pas la fin bru­tale d’un cycle qui ver­rait l’arrivée triom­phale des oppo­si­tions de centre-droit et de droite, le pro­ces­sus étant plus com­plexe. En Argen­tine, M. Macri a gagné sans être plé­bis­ci­té et de nom­breux pou­voirs res­tent à l’ancienne majo­ri­té. Au Vene­zue­la, il y a une alter­nance par­tielle dont on peut pen­ser qu’elle débou­che­ra sur une séquence d’instabilité poli­tique plus forte si la pola­ri­sa­tion de la socié­té se confirme. Au Bré­sil, il y a une crise qui impacte tous les acteurs du sys­tème poli­tique d’opposition et de majo­ri­té qui subissent un dis­cré­dit chaque jour plus gran­dis­sant. De ce point de vue, il n’y a pas véri­ta­ble­ment d’homogénéité sur la nature de ce reflux incon­tes­table mais com­plexe.

Source de l’ar­ticle : iris france