Le jour où Miss Mundo leva le poing

Des centaines de milliers de personnes s'étaient donnés rendez-vous ce 10 janvier à Caracas pour célébrer le premier jour du nouveau mandat d'Hugo Chavez.

Isi­dro López est un jeune au visage creu­sé par le soleil et par l’adversité, avec un air de vieux sage. Pour ce pay­san venu du Para­guay et qui fend la foule en por­tant son « mate » (thé) à la main, « le peuple véné­zué­lien des­cend dans la rue pour défendre sa révo­lu­tion ». Puis, rapi­de­ment, d’une voix douce : « parce que ce n’est pas sa révo­lu­tion ; c’est la révo­lu­tion du conti­nent « . Il y a quelques années il débar­quait au Vene­zue­la, pos­tu­lé par les orga­ni­sa­tions pay­sannes de son pays, pour étu­dier à l’Institut Uni­ver­si­taire d’Agroécologie Pau­lo Freire (pro­jet ini­tié par Cha­vez, Via Cam­pe­si­na et les Sans Terre du Bré­sil). Il reprend la phrase qui court de bouche en bouche : « Nous sommes tous Chá­vez. Tous les pay­sans du Para­guay appuyons la Révo­lu­tion Boli­va­rienne ».

Wal­te­rio Lanz, lui, a toutes les années de la terre, du « lla­no » pré­ci­sé­ment. Né dans l’Orient véné­zué­lien, il vit sur les rives du fleuve Apure. Visage aimable, barbe blanche, il a semé aux quatre coins du pays. Il marche, atten­tif à ne pié­ti­ner aucune plante, livrant de brèves expli­ca­tions sur leur capa­ci­té à pous­ser mal­gré les habi­tants de Cara­cas. En sou­riant, il jette un regard à la ronde : « C’est un mes­sage fort que les gens envoient au Dépar­te­ment d’État des États-Unis. Bien sûr que les idiots de cer­tains sec­teurs ne com­prennent pas ce lan­gage ». Voir des cen­taines de mil­liers de per­sonnes débor­der l’avenue Urda­ne­ta alors que sur le podium tout au fond, Cha­vez n’est pas là, ne le sur­prend pas. Pour lui c’est une preuve de la matu­ri­té poli­tique que les véné­zué­liens ont for­gée en une décen­nie. « Le peuple montre la voie. Il a com­pris et assu­mé le fond de cette lutte : mar­cher vers le socia­lisme. Il n’y a pas d’autre voie. »
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« Le peuple est sage et patient/Il sait cal­cu­ler les temps… » Du haut du podium, la chan­son d’Ali Pri­me­ra salue la gigan­tesque concen­tra­tion popu­laire, une des plus mas­sives de l’histoire du Vene­zue­la. Les chefs d’État, les ministres des affaires étran­gères de 27 États lati­no-amé­ri­cains et des Caraïbes sont pré­sents. La Cara­cas sur­vol­tée de ce 10 jan­vier 2013 rap­pelle irré­sis­ti­ble­ment celle du 13 avril 2002. Le peuple s’était mobi­li­sé pour faire échouer en 48 heures un coup d’État contre Cha­vez orga­ni­sé par les médias pri­vés natio­naux et inter­na­tio­naux, le patro­nat, des mili­taires d’extrême-droite et les experts de la CIA. Ces der­nières semaines, l’internationale du Par­ti de la Presse et de l’Argent a ten­té de réédi­ter le coup d’État en mar­te­lant l’idée d’un « vide de pou­voir ». C’était comp­ter sans un peuple « sage et patient » mais tou­jours prêt à des­cendre dans la rue quand il le faut pour défendre son vote.

Ce 10 jan­vier cette mul­ti­tude a célé­bré le pre­mier jour du nou­veau man­dat de six ans de Hugo Cha­vez, réélu en octobre der­nier avec 54 % des suf­frages. La prise de fonc­tions offi­cielle se fera au terme de sa conva­les­cence comme l’y auto­rise la Consti­tu­tion (1). Mais en voyant ce peuple accom­pa­gné par le gou­ver­ne­ment boli­va­rien et ces chefs d’État venus de toute l’Amérique Latine, jurer main levée de mettre en oeuvre le pro­gramme socia­liste sor­ti des urnes, on sent que le vieux rêve du pré­sident — « Cha­vez ce n’est plus moi, c’est toi enfant, c’est toi, femme, c’est toi pay­san, je ne suis plus Cha­vez, je suis un peuple, cara­jo ! » – n’est pas si dérai­son­nable. Même Miss Monde est là, levant le poing. La véné­zué­lienne Ivian Sar­cos est la cible des médias pri­vés (majo­ri­taires au Vene­zue­la) qui ne lui par­donnent pas de s’être libé­rée de la condi­tion de femme-objet et de prou­ver qu’on peut être à la fois « Miss Mun­do » et citoyenne enga­gée. En 13 ans de révo­lu­tion, la condi­tion de la femme a avan­cé à pas de géants. « Pas de socia­lisme sans fémi­nisme » a lan­cé un jour Cha­vez. Et ce 10 jan­vier elles sont là, Miss ou pas, en pre­mière ligne.

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Ani­ta Cas­tel­la­nos n’aime pas qu’on lui parle de “prise de fonc­tions sans Cha­vez » ou de « ser­ment sym­bo­lique« . Elle a revê­tu les trois cou­leurs de la Patrie et pleure seule au bout du Pont Lla­gu­no. « « Il est ici, tu sais pour­quoi ? Parce que cha­cun de nous sommes lui ; nous l’avons ame­né là où il est. N’oublie pas que nous sommes plus de huit mil­lions à avoir voté pour lui. Pour nous cet homme a prê­té ser­ment depuis long­temps« . Elle vient de San­ta Tere­sa del Tuy et avec la clar­té de celle qui a lu et relu la consti­tu­tion, rap­pelle que « la sou­ve­rai­ne­té réside de manière inalié­nable dans le peuple ». « C’est le peuple qui décide. L’opposition se trompe : c’est le peuple qui a fait la consti­tu­tion ». Pour Ana, les défis du man­dat 2013 – 2019 sont la lutte pour les mis­sions sociales et pour pré­ser­ver les conquêtes sociales. Une pause, un sou­pir, un geste pour effa­cer ce qu’elle vient de dire : « le tra­vail, c’est de ne pas lais­ser mou­rir cette révo­lu­tion parce que bien sûr qu’elle existe par Chá­vez, mais le peuple existe en pre­mier lieu ».

Lugo-y-Maduro-150x150.jpg « Lugo, Lugo. Lugo ! ». Fer­nan­do Lugo, pré­sident légi­time du Para­guay, vic­time il y a quelques mois d’un putsch par­le­men­taire, monte à la tri­bune : « En voyant toutes ces ban­de­roles qui disent je suis Cha­vez, je sais que même absent, il est ici, par­mi vous, et pas seule­ment sur ces ban­de­roles mais pro­fon­dé­ment au coeur de toute l’Amérique Latine… Le Vene­zue­la subit une guerre média­tique mais per­sonne ne peut nier le lea­der­ship et la vic­toire écra­sante du pré­sident Chá­vez. Il a ins­tal­lé un modèle dif­fé­rent, c’est une per­sonne sen­sible qui sent ce que sent le peuple, le capte et le com­prend. Il y a un nou­veau para­digme de lea­der­ship en Amé­rique Latine, avec un ingré­dient prin­ci­pal : les demandes sociales qui furent tou­jours repor­tées. On ne peut nier que quelque chose de nou­veau est en train de se pas­ser. Le Vene­zue­la chan­ge­ra avec Cha­vez ou sans Chavez,de même que le Para­guay chan­ge­ra avec ou sans Lugo, ces pro­ces­sus sont irré­ver­sibles. »

venez_mandatarios_latinos20.jpg Car­los Tim­mer­man, Ministre argen­tin des Affaires Étran­gères informe que « la pré­si­dente Cris­ti­na Fer­nan­dez fait route vers La Havane pour y ren­con­trer le pré­sident Cha­vez. Nous, argen­tins, appuyons tota­le­ment votre vic­toire élec­to­rale d’octobre. Et nous savons qu’avec votre appui nous récu­pè­re­rons les îles Malouines, et que nous vain­crons ensemble le colo­nia­lisme. »

Au nom du Pré­sident Cor­rea rete­nu par sa cam­pagne élec­to­rale, le chan­ce­lier équa­to­rien Ricar­do Patiño rap­pelle que mal­gré les experts en science poli­tique, « Cha­vez est pas­sé de 3 mil­lions 600 mille votes en 1998 à 8 mil­lions en octobre 2012. Que les enne­mis de la démo­cra­tie ne s’y trompent pas, les peuples et les pays d’Amérique Latine sommes soli­daires. ».

Le vice-pré­sident du Sal­va­dor San­chez Ceren, can­di­dat de la gauche aux futures pré­si­den­tielles dans son pays, dénonce « les men­songes des grands médias. Nous devons faire entendre notre voix dans le monde, pour un jour vaincre le men­songe ».

Pour le vice-pré­sident du Conseil des Ministres de Cuba : « ce ne fut pas facile de construire une révo­lu­tion, en si peu de temps seul un peuple nour­ri de son his­toire pou­vait réa­li­ser autant de conquêtes sociales. L’Amérique Latine ne per­met­tra pas une désta­bi­li­sa­tion de plus ».

Pour le Pré­sident du Suri­name « il n’y a pas que lorsque le soleil brille que nous sommes amis, nous le sommes aus­si dans les moments dif­fi­ciles, nous les pays pauvres d’Amérique Cen­trale, des Caraïbes et d’Amérique Latine, réunis par une lutte com­mune, contre la pau­vre­té, pour la sou­ve­rai­ne­té, et nous fai­sons confiance à Cha­vez et à son peuple. »

evo-morales1-300x225.jpg Le pré­sident Evo Morales se dit « sur­pris par le carac­tère mas­sif de cette concen­tra­tion et la pré­sence de tant de gou­ver­ne­ments. Nous aime­rions, je le dis sin­cè­re­ment, avoir cette quan­ti­té de mobi­li­sa­tion en Boli­vie et en Amé­rique Latine. En arri­vant ce matin, je me suis rap­pe­lé que Cha­vez nous atten­dait pour des réunions sui­vies de réunions, et pour les are­pas du petit déjeu­ner. Aujourd’hui en man­geant l’arepa, je me suis sen­ti de nou­veau avec lui. Je me rap­pelle coment CNN disait que Fidel etait mort, et jamais il ne mou­rait… En Boli­vie aus­si nous avions des forces armées dési­déo­lo­gi­sées, qui fai­saient peur aux enfants parce que les sol­dats étaient uti­li­sés pour tuer. Nous avons expul­sé les nords-amé­ri­cains de notre État-major, comme au Vene­zue­la. Ce qui garan­tit la révo­lu­tion boli­vienne, ce sont les mou­ve­ments sociaux alliés à des forces armées conscientes. Si les images de Boli­var et de Sucre sont dans toutes nos écoles et dans les bureaux de nos mou­ve­ments sociaux, l’image de Cha­vez est dans la conscience de tous les boli­viens. Uni­té au Vene­zue­la, uni­té en Amé­rique Latine, uni­té des peuples du monde contre l’impérialisme et le capi­ta­lisme ! »

Daniel-Ortega1-150x150.jpg Daniel Orte­ga, pré­sident du Nica­ra­gua : « Je n’oublie pas la phrase de Boli­var qui avouait, amer, au terme de ses batailles, avoir labou­ré la mer. Aujourd’hui nous pou­vons dire à Boli­var, à deux siècles de dis­tance, qu’ici au Vene­zue­la et dans toute l’Amérique Latine, Hugo Cha­vez n’a pas labou­ré la mer mais les coeurs de nos peuples. Je viens d’une région, le Sal­va­dor, le Gua­te­ma­la, le Nica­ra­gua où des cen­taines de mil­liers de vies furent détruites lors des conflits armés. Com­bien de sang Hugo Cha­vez n’a‑t-il épar­gné aux véné­zué­liens en choi­sis­sant la voie élec­to­rale pour mener sa révo­lu­tion ! Ce fut comme défier les lois de la gra­vi­ta­tion, nous étions scep­tiques, nous pen­sions au coup d’État contre Allende, mais Cha­vez a réus­si son pari, il a ouvert une nou­velle étape pour les peuples. Les vau­tours ne se rendent pas compte qu’ici le peuple est plus vivant, com­ba­tif que jamais. »

Ralph-Gonsalves1-150x150.jpg Le sou­tien des chefs d’État des Caraïbes, igno­ré par les médias, parle d’un tour­nant essen­tiel dans la poli­tique étran­gère du Vene­zue­la qui avant Cha­vez tour­nait le dos à ces alliés pour­tant si proches. Par­mi eux, Ralph Gon­salves, pre­mier ministre de San Vicente et Gra­na­di­nas : « C’est la plus grande foule que j’ai pu voir dans ma pour­tant longue car­rière poli­tique. Si l’impérialisme n’a pas reçu le mes­sage que lui ont envoyé les élec­tions pré­si­den­tielles, si l’impérialisme n’a pas reçu le mes­sage de l’élection des gou­ver­neurs en décembre, il le rece­vra aujourd’hui. Cha­vez est un espoir, en par­ti­cu­lier pour les tra­vailleurs, les pauvres, les mar­gi­naux, toutes les vic­times de dis­cri­mi­na­tions. Nous l’aimons d’une manière qui ne sera jamais vain­cue. Il nous a don­né Petro­Ca­ribe et l’ALBA et a uni l’Amérique Latine et les Caraïbes. »

En concluant le mee­ting le vice-pré­sident véné­zué­lien Nico­las Madu­ro a mis en garde contre les plans d’une extrême-droite tou­jours prête à exé­cu­ter la com­mande média­tique mon­diale de mon­ter des affron­te­ments pour four­nir quelques morts aux camé­ras et désta­bi­li­ser le paci­fisme élec­to­ral des boli­va­riens. « Les médias du monde entier mentent, mentent et mentent tous les jours en disant que la révo­lu­tion est finie, nous le voyons bien quand les délé­gués étran­gers débarquent ici la tête pleine de doutes et de pré­oc­cu­pa­tions, et sont sur­pris de voir qu’ici nous ne nous bat­tons pas entre nous, mais que nous sommes au tra­vail. »

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Les médias occi­den­taux qui nous ont refait pen­dant treize ans un remake de « Tin­tin et les Pica­ros » au lieu de s’intéresser à la démo­cra­tie véné­zué­lienne auraient dû y pen­ser : il est plus dif­fi­cile d’enterrer un peuple qu’un homme, sur­tout si ce peuple est plus conscient de jour en jour. Ont-ils cru vrai­ment à leur Fin de l’Histoire ? Voi­ci nos petits sol­dats du Par­ti de la Presse et de l’Argent cher­chant dans une der­nière ten­ta­tive d’arrêter l’Histoire en marche, un cime­tière pour y enter­rer Cha­vez, et vite.

On ne pour­ra pas dire qu’ils n’ont pas essayé depuis long­temps. Les Jean-Pierre Lan­ge­lier (« Le Monde ») qui depuis Rio de Janei­ro annon­çaient la « catas­trophe éco­no­mique » du « Par­ti Unique » ; les Syl­vie Kauf­man rédui­sant quelques cen­taines de mil­liers de mani­fes­tants cha­vistes à « une petite foule » ; les David Puja­das qui envoyaient tous les soirs Kadha­fi et Al-Assad en exil chez-leur-ami-dic­ta­teur-du-Vene­zue­la ; les Lamia Oua­la­lou dénon­çant la « mili­ta­ri­sa­tion crois­sante du régime » ; les Pau­lo Para­gua­na réus­sis­sant la per­for­mance d’attribuer la créa­tion de la Com­mu­nau­té des Etats lati­no-amé­ri­cains et des Caraïbes (Celac) au… Mexique ; les Gérard Tho­mas rédui­sant le Vene­zue­la à un « cas­trisme new look » et à un « néo­po­pu­lisme socia­li­sant« ; les Caro­line Fou­rest repro­chant à Cha­vez »une vraie pas­si­vi­té envers le tra­fic de drogue (et ce qu’il génère), une vraie ten­dresse pour le Hez­bol­lah et plus glo­ba­le­ment une poli­tique méga­lo­mane, mes­sia­nique et clien­té­liste qui n’a rien de socia­liste » et dans le même rayon « bobo de gauche », les Marc Saint-Upé­ry « sur­pris par la chute ver­ti­gi­neuse de la popu­la­ri­té de Cha­vez dont il ne res­te­ra au fond qu’un coup de pein­ture rouge sur le capi­ta­lisme ; les Plan­tu esti­mant qu’ » il n’est pas pos­sible de s’exprimer libre­ment quand Hugo Cha­vez est pré­sident de la répu­blique au Vene­zue­la » ; les Jaco­bo Macho­ver effon­drés devant le résul­tat de la der­nière pré­si­den­tielle – « car c’est le conser­va­tisme le plus rance qui se main­tient au pou­voir, ce « socia­lisme du XXIe siècle » qui n’est, après tout, qu’une pâle copie du cas­trisme dans une répu­blique non pas bana­nière mais pétro­lière » ; les Alexandre Adler et son « gorille boli­va­rien anti­sé­mite qui confisque le pou­voir » pour ins­tau­rer « une dic­ta­ture rouge-brune , étroi­te­ment alliée à Cuba »… sans oublier, der­nier venu d’une morgue pari­sienne assu­mée comme esprit cri­tique, un cer­tain Fran­cois-Xavier Fre­land que les télé­vi­sions invitent à répé­ter pour qui ne l’aurait pas encore com­pris que « le Coman­dante est un bavard égo­cen­trique ».

Après tout le Vene­zue­la réel ne les inté­res­se­ra jamais. Les lati­noa­mé­ri­cains ne servent qu’à satis­faire le besoin interne de se posi­tion­ner dans l’arène fran­co-fran­çaise. Comme à l’époque où les cour­ti­sans se pres­saient à Ver­sailles pour voir les sau­vages emplu­més des “Indes Galantes”. Plus qu’un cli­vage idéo­lo­gique, c’est un cli­vage socio­lo­gique que ce mépris royal pour les « sau­vages » révèle. Ce sont les mêmes « jour­na­listes » qui frap­paient sur les doigts des fran­çais « igno­rants » lorsqu’ils osèrent dire non à un trai­té libé­ral euro­péen.

Com­ment trans­mettre la fer­veur de ce jeu­di 10 jan­vier 2013 à Cara­cas ? La célèbre chan­son de Calle 13 y aide sans doute, accom­pa­gnée ici par l’Orquesta Sin­fo­ni­ca Simón Bolí­var de la Répu­blique Boli­va­rienne, exemple de la libé­ra­tion du talent de ceux qui jusqu’ici étaient écar­tés de la « Culture ». Les der­niers vers de la chan­son disent : « ce qui est à moi est à toi ». S’il est une chose que la plu­part des médias fran­çais ne com­pren­dront jamais, s’il est un exemple que peuvent offrir au monde les véné­zué­liens, c’est que la poli­tique peut être autre chose que le lieu de tous les cynismes et de tous les cal­culs et qu’elle peut encore être syno­nyme de soli­da­ri­té dés­in­té­res­sée. 639x360_1357657410_­jose-muji­ca

Au nom de la pre­mière répu­blique libre des Amé­riques, Haï­ti, le pre­mier ministre Laurent Lamothe a rap­pe­lé l’aide offerte par le Vene­zue­la : 300 000 per­sonnes alpha­bé­ti­sées, 120.000 mille enfants béné­fi­ciant de l’école gra­tuite : « C’est pour cette coopé­ra­tion dés­in­té­res­sée que le peuple haï­tien aime de tout son coeur le Vene­zue­la. ».

639x360_1357657410_jose-mujica-300x170.jpg Pour José « Pepe » Muji­ca, le pré­sident de l’Uruguay venu lui aus­si à Cara­cas, « per­sonne n’a pra­ti­qué cette soli­da­ri­té autant que le peuple véné­zué­lien. Chá­vez, au moment où nous en avions besoin, s’est sou­ve­nu de mon peuple, ne nous a pas tour­né le dos et a mis en pra­tique un type de soli­da­ri­té qui n’a plus cours dans le monde. Qu’il serait facile d’en finir avec la pau­vre­té dans le monde ! Mais nous aurions besoin de quelques gou­ver­nants comme lui. »


Je suis,
Je suis ce qu’on a lais­sé
Je suis les restes de ce qu’on a volé
Un peuple caché dans les som­mets,
Ma peau est de cuir c’est pour ça qu’elle résiste à tous les cli­mats.

Je suis une usine de fumée
Main d’oeuvre pay­sanne pour ta consom­ma­tion
Front de froid au milieu de l’été,L’amour aux temps du cho­lé­ra, mon frère.

Le soleil qui naît et le jour qui meurt,
Avec les meilleurs cou­chers de soleils ;
Je suis le déve­lop­pe­ment en chair et en os,
Un dis­cours poli­tique sans salive.

Les visages les plus jolis que j’ai ren­con­trés,
Je suis la pho­to d’un dis­pa­ru,
Le sang dans tes veines,
Je suis un mor­ceau de terre qui en vaut la peine.

Un panier de hari­cots,
Je suis Mara­do­na contre l’Angleterre mar­quant deux buts.
Je suis ce qui porte mon dra­peau,
L’épine dor­sale de la pla­nète est ma cor­dillère.

Je suis ce que m’a appris mon père
Celui que n’aime pas sa patrie, n’aime pas sa mère.
Je suis l’Amérique Latine,Un peuple sans jambes mais qui marche.

Tu ne peux pas ache­ter le vent.
Tu ne peux pas ache­ter le soleil.
Tu ne peux pas ache­ter la pluie.
Tu ne peux pas ache­ter la cha­leur.
Tu ne peux pas ache­ter les nuages.
Tu ne peux pas ache­ter les cou­leurs.
Tu ne peux pas ache­ter ma joie.
Tu ne peux pas ache­ter mes douleurs.(Bis)

J’ai les lacs, j’ai les rivières.
J’ai mes dents pour quand je sou­ris.
La neige qui maquille mes mon­tagnes.
J’ai le soleil qui me sèche et la pluie qui me baigne.

Un désert ivre de peyotl
Une gor­gée de pulque pour chan­ter avec les coyotes, tout ce dont j’ai besoin
J’ai mes pou­mons qui res­pirent le bleu clair.

La hau­teur qui étouffe.Je suis les dents de ma bouche mâchant la coca,L’automne avec ses feuilles éva­nouies
Les vers écrits sous la nuit étoi­lée.

Une vigne rem­plie de rai­sins
Une champ de canne sous le soleil de Cuba,
Je suis la mer Caraïbe qui pro­tège les petites mai­sons en fai­sant des rituels d’eau bénite.

Le vent qui coiffe mes che­veux
Je suis tous les saints qui pendent de mon cou
Le jus de ma lutte n’est pas arti­fi­ciel
Parce que l’engrais de ma terre est natu­rel.

Tu ne peux pas ache­ter le vent
Tu ne peux pas ache­ter le soleil.
Tu ne peux pas ache­ter la pluie.
Tu ne peux pas ache­ter la cha­leur.
Tu ne peux pas ache­ter les nuages.
Tu ne peux pas ache­ter les cou­leurs.
Tu ne peux pas ache­ter ma joie.
Tu ne peux pas ache­ter mes dou­leurs..

Tu ne peux pas ache­ter le soleil.
Tu ne peux pas ache­ter la pluie,
nous mar­chons, nous marchons,en des­si­nant le che­min)
Tu ne peux pas ache­ter ma vie.(Nous mar­chons).
LA TERRE NE SE VEND PAS.

Du tra­vail brut mais fier
Ici on par­tage, le mien est tien,
Ce peuple ne se noie pas dans le bou­can
Et si s’effondre je le recons­truis.
Je ne cil­lee pas quand je te regarde,
Pour que tu te rap­pelles mon nom.
L’opération Condor qui enva­hi mon nid,
Je par­donne mais je n’oublie jamais,Ecoute !!!!
(On marche) Ici on res­pire la lutte.
(On marche) Je chante pour qu’on l’entende.
(Nous des­si­nons le che­min) Ici nous sommes debout ! Vive l’Amérique !

Tu ne peux pas ache­ter ma vie.

Tra­duc­tion de la chan­son : Rory Ale­jan­dra Rojas

Thier­ry Deronne, avec Neir­lay Andrade (AVN), Cara­cas 11 jan­vier 2013.

Note :

(1) Ce qui a don­né à l’AFP l’occasion de dif­fu­ser son pre­mier men­songe de l’année : « La Consti­tu­tion pré­voit que le chef de l’Etat élu doit prê­ter ser­ment le 10 jan­vier devant l’Assemblée natio­nale au cours d’une céré­mo­nie qui doit se dérou­ler au Vene­zue­la et ne peut être repor­tée ». C’est tota­le­ment faux, puisque la consti­tu­tion véné­zué­lienne sti­pule, comme une sen­tence du Tri­bu­nal Suprême de Jus­tice vient de le confir­mer, qu’un pré­sident élu peut prê­ter ser­ment à une date ulté­rieure si les cir­cons­tances l’exigent. En 2012 l’AFP avait dif­fu­sé un mon­tage vidéo qui lais­sait entendre que le pré­sident Ama­di­ne­jad et Hugo Cha­vez s’apprétaient à tirer des mis­siles depuis Cara­cas sur les États-Unis. Voir le billet de Théo­phraste (10/1/2012) dans Le Grand Soir et http://www.legrandsoir.info/hugo-chavez-l-agence-france-presse-et-le-role-des-medias.html

Source : http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/11/le-jour-ou-miss-mundo-leva-le-poing/