Venezuela : le cas de l’extradition de “Perez Becerra” et la négociation…

Comment on l’a utilisé pour attaquer dans le dos la Révolution Bolivarienne

Par Mario Sano­ja Obe­diente

Vene­zue­la. “PEREZ BECERRA ET LA NÉGOCIATION”

Image_4-25.pngmer­cre­di 11 mai 2011

Beau­coup de cama­rades qui se défi­nissent comme révo­lu­tion­naires ne semblent pas s’être encore ren­dus compte que la Révo­lu­tion Boli­va­rienne se trouve au milieu d’une guerre décla­rée par l’impérialisme, guerre à laquelle par­ti­cipent tous les sbires de gibet et de cou­teaux, tous les com­plices de l’empire par action ou par omis­sion qui, ne pou­vant assas­si­ner phy­si­que­ment le Pré­sident Cha­vez, veulent au moins le liqui­der poli­ti­que­ment dans le cadre de la contre-offen­sive déclen­chée par l’empire pour liqui­der ses enne­mis…

Vene­zue­la. “PEREZ BECERRA ET LA NÉGOCIATION”, auquel nous allons nous réfé­rer, a été com­pa­ré par cer­tains véné­zué­liens qui se disent de gauche (sic !) avec la remise de Miran­da aux auto­ri­tés espa­gnoles, avec l’exécution de Piar, avec la tra­hi­son d’un cama­rade révo­lu­tion­naire et autres perles du même style. Il faut se méfier de cama­rades euro­péens comme ceux qui il y a quelques semaines déli­raient sur les rebelles libyens et mon­traient du doigt l’assassin Kadha­fi qui tirait sur des civils sans défenses – main­te­nant bien armés et dotés d’argent et de muni­tions par les mêmes puis­sances colo­nia­listes qui jus­ti­fient à pré­sent le bom­bar­de­ment huma­ni­taire per­pé­tré par l’OTAN et les États-Unis contre la popu­la­tion civile libyenne qui défend sa patrie, de même que les attaques à coup de bombes intel­li­gentes pour assas­si­ner Kadha­fi : rien de plus éloi­gné de la réso­lu­tion du Conseil de Sécu­ri­té de l’ONU appuyée entre autres, par le repré­sen­tant de la Colom­bie, qui avait pour seul but naïf de pro­té­ger (sic !) les civils inno­cents.

Depuis le XIXème siècle, les rela­tions poli­tiques du Vene­zue­la avec l’oligarchie qui gou­verne la Colom­bie depuis le XVIème siècle, ont été tumul­tueuses et mar­quées par la per­fi­die de ces gou­ver­nants oli­gar­chiques. Comme nous l’avons écrit dans de nom­breux articles et cha­pitres de livre que nous avons publiés à ce sujet, cette oli­gar­chie ne se résigne pas à “perdre” son contrôle sur le ter­ri­toire véné­zué­lien et sur les richesses mul­tiples qu’il abrite. Pour atteindre cet objec­tif, elle a uti­li­sé toute sorte de pro­cé­dés, dont le chan­tage mili­taire. Rap­pe­lons le vol de notre Gua­ji­ra en 1941 sous le gou­ver­ne­ment du Pré­sident Eduar­do San­tos, la ten­ta­tive de s’approprier l’ilot de los Monjes aux temps de Pérez Jimé­nez, la manoeuvre navale de la fré­gate Cal­das du temps de Lusin­chi pour s’approprier le pétrole du Golfe du Vene­zue­la et les récentes agres­sions furieuses d’Uribe. Sans par­ler de tout ce qui s’est pro­duit au cours du XIXème siècle de la part de l’oligarchie de Colom­bie par rap­port aux grandes exten­sions ter­ri­to­riales qui appar­te­naient léga­le­ment à la Capi­tai­ne­rie Géné­rale de Vene­zue­la depuis le XVIIIème siècle.

Aujourd’hui l’actuel gou­ver­ne­ment colom­bien de même que ses pré­dé­ces­seurs du XIXème siècle, reste un agent délé­gué d’importance excep­tion­nelle pour le suc­cès des plans d’expansion de l’Empire Usa­mé­ri­cain en Amé­rique Latine, qui visent à récu­pé­rer l’hégémonie per­due sur notre conti­nent. C’est à cela qu’obéit la stra­té­gie conjointe des gou­ver­ne­ments néo­co­lo­niaux du Mexique, de la Colom­bie, du Pérou, et du Chi­li pour créer une aire d’Intégration Com­mer­ciale du Paci­fique, basée sur la poli­tique néo­li­bé­rale pro­mue par les États-Unis pour impo­ser la poli­tique de libre mar­ché des Trai­tés de Libre Com­merce et faire échouer la poli­tique inté­gra­tion­niste pro­mue par le Vene­zue­la, le Bré­sil et l’Argentine. Est notoire l’intention de créer un bloc éco­no­mi­co-anta­go­nique au Mer­co­sur et à l’ALBA pour – ain­si que l’a bien sou­li­gné le Pré­sident du Mexique Felipe Cal­derón- favo­ri­ser la récu­pé­ra­tion éco­no­mique des USA.

Pour don­ner une pos­si­bi­li­té de suc­cès réel à cette ini­tia­tive du Trai­té de Libre Com­merce de l’aire du Paci­fique à laquelle s’uniront cer­tai­ne­ment le Pana­ma, le Sal­va­dor, le Hon­du­ras et le Gua­te­ma­la, il était néces­saire de sabo­ter la réunion de Cara­cas où allait être signé l’acte de nais­sance de la Com­mu­nau­té des États-Unis Lati­no-amé­ri­cains et des Caraïbes, sans la pré­sence des Etats-Unis ni du Cana­da, fait qui consti­tue une défaite poli­tique pour l’hégémonie impé­riale.

Que signi­fiait le voyage de Joa­quín Pérez Becer­ra à Cara­cas à la date même de la réunion ? Qui ou quel groupe l’ont invi­té, l’ont mis dans cette situa­tion ? Tous nous savons qu’il est un sur­vi­vant de la fati­dique « Danse rouge » à tra­vers laquelle l’oligarchie colom­bienne a assas­si­né la qua­si-tota­li­té des maires et des mili­tants com­mu­nistes de l’Union Patrio­tique Colom­bienne. Nous savons aus­si qu’il est jour­na­liste, direc­teur de ANNCOL mais nous savons aus­si qu’il a renon­cé à sa natio­na­li­té colom­bienne pour deve­nir sujet de la Suède où il réside depuis 20 ans : que venait faire au Vene­zue­la Pérez Becer­ra ? Qui l’a invi­té à venir à cette date pré­cise ?

Vene­zue­la est en train de négo­cier avec le gou­ver­ne­ment de San­tos l’extradition du tra­fi­quant de drogue Mak­led, dont l’opposition véné­zué­lienne a fait son héros et la vic­time de Cha­vez. Quelle meilleure occa­sion pour le pré­sident San­tos de tor­piller ou de faire échouer cette négo­cia­tion avec le Pré­sident Cha­vez et de sabo­ter la réunion de Cara­cas à la veille de sa tenue : deman­der l’extradition de Pérez Becer­ra dans l’espoir que le Pré­sident Cha­vez refuse et que la meute de médias impé­riaux le cloue aus­si­tôt au pilo­ri, l’accusant de com­pli­ci­té avec le ter­ro­risme ?

Vu l’échec de ce coup four­ré, le jour­na­liste Pérez Becer­ra n’a sans doute plus aucune uti­li­té pour le gou­ver­ne­ment de l’oligarchie colom­bienne. Avant tout il s’agit d’un sujet sué­dois, pro­té­gé par les lois sué­doises ain­si que par la Com­mu­nau­té Euro­péenne que le Pré­sident San­tos n’a aucun inté­rêt d’affronter. Il est pos­sible qu’une fois en Colom­bie, son impor­tance per­due pour sabo­ter la réunion de Cara­cas et de faire échouer le pro­jet inté­gra­tion­niste du Vene­zue­la, de la Colom­bie, du Bré­sil, de l’Equateur, de la Boli­vie, de Cuba et des gou­ver­ne­ments par­ti­sans de l’ALBA dans les Antilles Mineures, Pérez Becer­ra sera mis en liber­té et remis aux auto­ri­tés sué­doises pour qu’il rentre au pays adop­tif et à sa rési­dence fami­liale à Stock­holm.

Quelle coïn­ci­dence : après l’échec de cette manœuvre pour sabo­ter la créa­tion de la Com­mu­nau­té des États Lati­no-Amé­ri­cains et des Caraïbes, le bloc impé­rial délé­gué inté­gré par la Colom­bie, le Pérou, le Chi­li et le Mexique crée le Bloc Com­mer­cial du Paci­fique des­ti­né à com­battre le Mer­co­sur et l’ALBA. Coïn­ci­dence ? Dans la poli­tique menée par ce club de caïds de l’Empire, il n’y a pas de coïn­ci­dences ni d’amis, seule­ment des inté­rêts.

Je res­sens une pro­fonde tris­tesse quand je vois une “gauche véné­zué­lienne” perdre tout sens cri­tique et atta­quer furieu­se­ment le pré­sident Cha­vez. Triste de voir com­ment des cama­rades que j’apprécie – et dont je pen­sais qu’ils étaient nour­ris par l’expérience – ont mor­du sans esprit cri­tique la pomme empoi­son­née qui porte la marque de fabri­ca­tion de la CIA-DAS.

Je suis pro­fon­dé­ment en colère à l’idée qu’un cama­rade bien pla­cé dans la bureau­cra­tie boli­va­rienne puisse avoir mis Joa­quín Pérez Becer­ra dans cette situa­tion, avant de com­prendre fina­le­ment com­ment on l’a uti­li­sé pour atta­quer dans le dos la Révo­lu­tion Boli­va­rienne. Je crois que le Pré­sident Cha­vez a très bien sou­pe­sé le pour et le contre de la situa­tion, les risques et les avan­tages qu’impliquait cette déci­sion poli­tique et a pris serei­ne­ment la déci­sion cor­recte pour le Vene­zue­la, pour l’Amérique Latine et les Caraïbes : la créa­tion offi­cielle de la CELAC qui aura lieu à Cara­cas le 5 juillet pro­chain. C’est de ce bois que sont faits les vrais lea­ders révo­lu­tion­naires !

Cara­cas, 29 avril 2011.

Mario Sano­ja Obe­diente (Doc­teur en Anthro­po­lo­gie, membre de l’Académie Natio­nale d’Histoire, pro­fes­seur titu­laire de l’Université Cen­trale du Vene­zue­la (UCV)

Source en ESP : http://aporrea.org/actualidad/a122567.html

Source : http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1536&⟨=fr

Tra­duc­tion : Thier­ry Deronne, pour La revo­lu­cion Vive