Ni oubli ni pardon pour Zak

Zak Kos­to­pou­los, acti­viste LGBTQI+, séro­po­si­tif et drag queen (Zackie Oh), a été assas­si­né dans le centre d’A­thènes par des « citoyens indi­gnés»* avec le concours de la police grecque. Ces faits ont été sui­vis d’une entre­prise sans pré­cé­dent visant à dés­in­for­mer l’o­pi­nion et à pré­sen­ter la vic­time comme le véri­table cou­pable.

Le ven­dre­di 21 sep­tembre tourne l’information d’une mort en pleine jour­née et en plein centre-ville d’Athènes. La nou­velle tourne très vite : « un cam­brio­leur meurt pen­dant le cam­brio­lage ». Une mort acci­den­telle. Pas ques­tion d’assassinat et pas ques­tion d’assassin. Les faits ont été fil­més et dif­fu­sés sur you­tube et les chaînes télé peu après. Les vidéos nous per­mettent de voir cette mort se dérou­ler en boucle devant nos yeux. Une per­sonne est morte par lyn­chage. C’est violent.

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On essaye de nous faire croire que l’homme était armé et agres­sif, qu’il est mort à cause d’une vitre qu’il a cas­sé lui-même, que les per­sonnes qui l’ont agres­sé défen­daient leur gagne-pain. Mais on n’est pas dupes.

Si l’on prend le temps de visua­li­ser ces séquences vio­lentes, on dis­tingue un homme à l’intérieur d’une bijou­te­rie. Cet homme tient à peine debout. On nous confirme assez rapi­de­ment qu’il s’agit d’une per­sonne dépen­dante aux opia­cés et sous leur effet à ce moment-là. On com­prend aus­si qu’il est enfer­mé et essaye de s’échapper à l’aide d’un extinc­teur qu’il n’arrive même pas à por­ter, et encore moins à s’en ser­vir pour cas­ser la vitre. Il est faible. Il se déplace vers un autre endroit en bas de la vitrine, et là deux hommes cassent la vitre à coups de pied et conti­nuent à en don­ner sur l’homme accrou­pi par terre. Ces coups étaient por­tés à tout son corps, tête y com­prise. Un des deux agres­seurs, que l’on apprend être le pro­prié­taire du com­merce, lui donne un coup de pied sur la tempe de sorte que la tête s’éclate sur le trot­toir. Quelques pas­sants en pro­fitent pour don­ner des coups aus­si.

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Sur la deuxième vidéo, on voit que l’homme se relève et réus­sit à s’enfuir. On nous dit qu’il a un bout de vitre à la main. Il n’attaque per­sonne, ses agres­seurs non plus. Il est en panique. Il essaye de quit­ter les lieux en se pre­nant dans les chaises et les tables du bis­trot d’en face. La police est sur place. Un coup de matraque dans le dos pour le “maî­tri­ser”. Il reçoit encore un coup dans le dos par un pas­sant. La police sou­haite le menot­ter. Les ambu­lan­ciers l’attachent sur la civière. On apprend qu’il meurt sur le che­min pour l’hôpital.

Pen­dant que les médias racontent des bobards et essayent de nous faire voir autre chose dans ces vidéos de bonne qua­li­té, l’identité de la vic­time com­mence à se dévoi­ler, d’abord sur les réseaux sociaux. Il s’agit de Zak Kos­to­pou­los. Une « salope Drag Queen séro­po­si­tive », comme il se pré­sen­tait, un acti­viste LGBTQI lar­ge­ment appré­cié par des per­sonnes d’horizons dif­fé­rents. Zak avait tou­jours assu­mé haut et fort son iden­ti­té et mili­tait contre la mar­gi­na­li­sa­tion des per­sonnes LGBTQI et contre l’exclusion sociale des dépendant.e.s aux opia­cés.

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Sur les réseaux sociaux ça ne s’arrête pas : de plus en plus de mes­sages d’adieux, des mots d’amour, des envies de jus­tice pour Zak. Des col­lec­tifs ou des indi­vi­dus LGBTQI, des groupes poli­tiques, des per­sonnes proches, moins proches ou sim­ple­ment outrées, des jour­na­listes de gauche ou libé­raux. Même un lieu­te­nant de police, char­gé du Dépar­te­ment contre les vio­lences racistes s’est empres­sé à expri­mer ses condo­léances et deman­der que jus­tice soit faite ! Ain­si le « cam­brio­leur pré­ten­tieux » est deve­nu le « cam­brio­leur mal­heu­reux ».

Des actions ont lieu dans de nom­breuses villes en Grèce. À Athènes, où Zak a été assas­si­né, une manif spon­ta­née de 400 per­sonnes s’est diri­gée, same­di 22 sep­tembre au soir, vers la bijou­te­rie en ques­tion. L’entrée de l’étude de l’avocat de l’agresseur est taguée, tout comme le trot­toir devant la bijou­te­rie où l’on peut lire “assas­sin”.

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Comme d’habitude, il y en a qui doivent se défendre. D’abord les assas­sins de Zak mais avec eux toute une socié­té toxi­co­phobe, homo­phobe, trans­ophobe, raciste et tout ce contre quoi on lutte.

L’un des deux prin­ci­paux agres­seurs, le mon­sieur au t‑shirt rose pro­prié­taire de la bijou­te­rie, est arrê­té et accu­sé pour lésion cor­po­relle grave (délit) et lésion cor­po­relle mor­telle (crime). Il n’est pas ques­tion d’homicide. Son avo­cat sou­tient que son client aurait empê­ché, à l’aide des pas­sants, le cam­brio­leur de sor­tir de la bijou­te­rie en atten­dant la police qu’il avait appe­lé aupa­ra­vant. Il explique que Zak ne serait pas mort des coups mais il se serait bles­sé des bris de vitre en essayant de s’enfuir (puisqu’on le voit sor­tir vivant d’entre les pieds de ses agres­seurs).

Des émis­sions télé lancent des son­dages en deman­dant au public de se posi­tion­ner : les agres­seurs ont-ils bien réagi ? On se croit dans Black Mir­ror.

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tra­duc­tion du tweet d’une émis­sion de la chaine SKaï : Zak Kos­to­pou­los, âgé de 33 ans a per­du la vie quand il est entré dans une bijou­te­rie, armé d’un cou­teau. Regar­dez la vidéo et don­nez nous votre avis. Êtes-vous d’ac­cord avec la réac­tion du bijou­tier ?

Lun­di 24, l’autopsie tant atten­due pré­cise que la cause du décès ne peut pas être pré­ci­sée. En tout cas pas pour le moment. Selon les méde­cins légistes, le corps de Zak porte des lésions mais elles ne jus­ti­fient pas en elles seules le décès. Ils pro­cèdent à une autop­sie toxi­co­lo­gique et à des pré­lè­ve­ment de tis­sus. Il y en a qui men­tionnent un oedème crâ­nien d’origine incon­nue. Dans tous les cas, les méde­cins légistes ont besoin de temps sup­plé­men­taire pour défi­nir la cause du décès (et nous annon­cer pro­ba­ble­ment que Zak consom­mait des opia­cés!).

L’agresseur pro­prié­taire de la bijou­te­rie devait pas­ser devant le juge d’instruction le mar­di 25 au matin, mais cela a été repous­sé pour le len­de­main. Le deuxième agres­seur, recher­ché depuis ven­dre­di, s’est ren­du à la police, avoue les faits et sou­tient avoir par­ti­ci­pé à empê­cher Zak de sor­tir de la bijou­te­rie parce qu’il aurait vu qu’il était armé d’un cou­teau.

On tour­nait autour du pot ces der­niers jours mais le mot « auto­dé­fense » est enfin enten­du ! Ou plu­tôt lu sur des tracts épar­pillés devant la bijou­te­rie par un grou­pus­cule d’extrême-droite : « L’autodéfense n’est pas un crime. C’est un ins­tinct ».

Tout va très vite ces jours.

On sait que la Jus­tice n’est pas jus­tice. Que des citoyens « hon­nêtes » se réjouissent que Mr Tout-le-monde a pu défendre son gagne-pain et tuer le « vrai cri­mi­nel ».

On sait, on sait.
On s’organise.
Les actions ne sont pas prêtes de s’arrêter.

“Les assas­sins de Zak ne sont pas que deux
C’est toute la petite bour­geoi­sie grecque hété­ro­nor­mée”

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source : Ren­ver­sé