“La Jetée” de Chris Marker ou le cinématogramme de la conscience

Ce film, raconte toute la vie d’un homme en la condensant dans un instant-image paradoxal, ce film-vertige du temps est et reste absolument singulier, autant que mythique.

Phi­lippe Dubois (Uni­ver­si­té Sor­bonne — Paris III) : « La Jetée est donc ce film que Chris Mar­ker réa­li­sa en 1962. C’est un court métrage de “seule­ment” 29 minutes. (On a sou­vent fait remar­quer que Chris Mar­ker – il a les ini­tiales de court métrage – n’avait qua­si­ment jamais fait de film “nor­mal” en termes de durée : des courts ou des [très] longs. Cela ne veut certes rien dire, sinon que chez lui le temps n’est pas un “stan­dard”, qu’il ne se mesure pas, qu’il est chose infi­ni­ment exten­sible, et ver­ti­gi­neux.) Ce film, court donc, mais qui raconte toute la vie d’un homme en la conden­sant dans un ins­tant-image para­doxal, ce film-ver­tige du temps est et reste abso­lu­ment sin­gu­lier, autant que mythique. C’est, si l’on veut, le seul film de fic­tion (et même de science-fic­tion) dans l’œuvre de Mar­ker. À mes yeux, il se pré­sente, avec une inten­si­té remar­quable, à la fois comme
un acte théo­rique, une sorte de film-pen­sée arti­cu­lant des modèles concep­tuels com­plexes (du temps, de l’espace, de la repré­sen­ta­tion,
de la vie psy­chique), et comme une pure œuvre, non une illus­tra­tion d’un enjeu concep­tuel, mais une créa­tion d’une force vive encore aujourd’hui irré­sis­tible, sans équi­valent, et qui finit par empor­ter toute théo­rie. C’est à ce double titre que cette œuvre m’intéresse et me fas­cine, comme elle a fas­ci­né et inté­res­sé plus d’une géné­ra­tion de théo­ri­ciens autant que de créa­teurs, son propre auteur com­pris : “La Jetée est le seul de mes films dont j’ai plai­sir à apprendre la pro­jec­tion”, aime à dire Chris Mar­ker. »


La Jetée de Chris Mar­ker ou le ciné­ma­to­gramme de la conscience

Phi­lippe Dubois est l’au­teur de nom­breux essais sur le ciné­ma, la pho­to­gra­phie et la vidéo, dont : L’acte pho­to­gra­phique (Nathan, 1990), Ciné­ma et der­nières tech­no­lo­gies (de Boeck, 1998), L’Ef­fet-Film. Matières et formes du ciné­ma en pho­to­gra­phie (Gale­rie Le Réver­bère, 1999) , Cine­ma, vidéo, Godard (Cosac & Nai­fy, 2004). Son ouvrage le plus récent vient d’être publié : La ques­tion vidéo : entre ciné­ma et art contem­po­rain (Yel­low Now, 2012).

Mar­ga­ri­da Medei­ros (chair)

27 novembre 2012