Pillage d’antiquités en Libye

La perte de ces objets est inestimable car ils sont irremplaçables.

Par Sara Hashash (Sun­day Times — Afrique du Sud — 6/11/11)

Source de l’ar­ticle : France-Irak actua­li­té
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La com­pa­rai­son qui est faite par beau­coup entre l’Irak et la Libye ne s’arrête pas seule­ment aux menées guer­rières étran­gères, aux mas­sacres, au non-res­pect de la mort de Sad­dam ou de Kadha­fi, au pillage des res­sources natu­relles, mais s’étend à la culture et aux pillages d’antiquités que l’on tente de dis­si­mu­ler.

Ce vol a été décrit comme le plus grand dans toute l’histoire archéo­lo­gique. Une col­lec­tion de 7.700 pièces d’or, d’argent et de bronze, connue sous le nom de Tré­sor de Ben­gha­zi, a été volée en forant une plaque de béton menant à une voûte sou­ter­raine de la Banque Natio­nale de Com­merce de Ben­gha­zi abri­tant la col­lec­tion. De nom­breux articles dataient de l’époque d’Alexandre le Grand et il est impos­sible de d’évaluer la valeur de la col­lec­tion sauf si l’on sait qu’une pièce grecque de Car­thage a été ven­due, der­niè­re­ment, pour le prix record de 268 000 dol­lars.

Le casse de la BNC de Ben­gha­zi

Le vol est inter­ve­nu peu après l’incendie cri­mi­nel de la banque, en mai, lais­sant croire qu’il s’agissait d’un inci­dent décou­lant de la révolte contre Kadha­fi alors qu’en fait, le hold-up avait été par­ti­cu­liè­re­ment bien pla­ni­fié.

Après avoir fra­cas­sé les coffres en métal et fait sau­ter les ser­rures des caisses en bois, les voleurs ont soi­gneu­se­ment empor­té le tout, lais­sant de côté les objets de moindre valeur. Cin­quante petits monu­ments et figu­rines en bronze, verre et ivoire ain­si qu’une petite quan­ti­té de pierres pré­cieuses ont éga­le­ment dis­pa­rus.

Pour Hafez Wald, archéo­logue libyen, du King’s Col­lege à Londres, le vol porte toutes les marques de voleurs pro­fes­sion­nels et « il peut être tout aus­si bien un tra­vail de l’intérieur, car il a été mené par des gens qui savaient ce qu’ils cher­chaient ».

Jusqu’à pré­sent, rien n’avait été divul­gué sur ce pillage par le Conseil Natio­nal de Tran­si­tion, sié­geant alors à Ben­gha­zi, par crainte d’une publi­ci­té néga­tive, mais le nou­veau ministre des Anti­qui­tés, a, en juillet, aler­té l’UNESCO, en pri­vé.

Kha­led Moham­med al-Had­dar, pro­fes­seur au Dépar­te­ment d’Archéologie à l’Université de Ben­gha­zi, affirme que des pièces d’or isla­miques et grecques sont appa­rues récem­ment sur le mar­ché de l’or à Ben­gha­zi. Un jour­nal égyp­tien rap­porte qu’un pay­san a essayé de pas­ser en fraude 503 pièces d’or et une sta­tuette de 7,5cm en or à par­tir du port d’Alexandrie, ali­men­tant les rumeurs que cela ferait par­tie du tré­sor volé.

Tré­sors du temple d’Artémis

Inter­pol a été mise en branle mais la piste est morte car, pensent les archéo­logues, il sera dif­fi­cile de retrou­ver les objets s’ils sont sor­tis du pays. Sere­nal­la Enso­li, archéo­logue ita­lienne de l’Université de Naples, et spé­cia­liste d’antiquités libyennes, estime que la perte de ces objets est « ines­ti­mable car ils sont irrem­pla­çables. La col­lec­tion n’avait pas été très étu­diée, et c’est une grande perte pour le patri­moine libyen ».

La plu­part des tré­sors de Ben­gha­zi a été décou­vert entre 1917 et 1922 dans le temple d’Artémis, la déesse de la chasse, à Cyrène, une ancienne colo­nie grecque et romaine, main­te­nant Sha­hat. Le ter­ri­toire fut offert à Cléo­pâtre par Marc-Antoine.

Cer­taines des pièces ont été frap­pées aux envi­rons de 570 avant JC. Une face porte la tige d’un sil­phium, plante médi­ci­nale dont on croyait qu’elle avait des pou­voirs de gué­ri­son. L’autre face dépeint le dieu Jupi­ter arbo­rant des cornes de mou­tons.

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Tra­duc­tion Xavière Jar­dez