Qui a intérêt à détruire les services publics, comment et pourquoi ?

L’objectif final est de « coloniser » les services publics pour rétribuer du capital privé.

-446.jpg

Les moyens sont légion pour détruire les ser­vices publics direc­te­ment et en leur construi­sant une image néga­tive. On y intro­duit des logiques mana­gé­riales et de per­for­mance du sec­teur pri­vé, notam­ment en ce qui concerne les éva­lua­tions et le recru­te­ment du per­son­nel, en octroyant des primes liées à l’atteinte d’objectifs et chan­geant ain­si radi­ca­le­ment le rap­port des tra­vailleurs à leur entre­prise.

De plus en plus de contrac­tuels sont enga­gés. Les diri­geants peuvent faci­le­ment mettre la pres­sion sur eux alors que les sta­tu­taires sont moins sou­mis à l’arbitraire du patron. Les licen­cie­ments deviennent beau­coup plus faciles.

De plus, les sous-contrats deviennent légion, notam­ment ceux liés à des sub­ven­tions, l’emploi dis­pa­rais­sant lorsque l’on met un terme à la mesure poli­tique sub­ven­tion­née. Sans comp­ter l’augmentation du recours à des contrats à durée déter­mi­née, voire à des art. 60, sou­vent uti­li­sés pour rem­pla­cer du per­son­nel pré­vu mais non recru­té.

Pour ce qui ne fait pas par­tie du « core busi­ness », on fait appel à la sous-trai­tance, à l’«outsourcing » et on crée des filiales.

De grosses dépenses sont occa­sion­nées par les frais de consul­tance externe. L’entreprise est intro­duite en Bourse. L’écart sala­rial s’approfondit entre les tra­vailleurs et des diri­geants issus du pri­vé. Les départs natu­rels et les absences ne sont pas rem­pla­cés ou à rai­son de 1 pour 5. En Bel­gique, de 1999 à 2004, la réforme Coper­nic mise en place dans les admi­nis­tra­tions fédé­rales avait pour objec­tif annon­cé la trans­for­ma­tion des admi­nis­tra­tions publiques en orga­ni­sa­tions modernes orien­tées vers la per­for­mance et le ser­vice au citoyen. Des « top mana­gers » ont été enga­gés. Comme si l’introduction de termes anglais contri­buait à amé­lio­rer nos ser­vices publics !

Les attaques sont éga­le­ment mises en œuvre à tra­vers la libé­ra­li­sa­tion, qui consiste à ouvrir le mar­ché à d’autres opé­ra­teurs, et les pri­va­ti­sa­tions.

L’objectif final est de « colo­ni­ser » les ser­vices publics pour rétri­buer du capi­tal pri­vé.

Cette cam­pagne de réap­pro­pria­tion vise aus­si à réduire le poids et l’influence des orga­ni­sa­tions syn­di­cales, la pri­va­ti­sa­tion condui­sant à modi­fier les sta­tuts des sala­riés. Cette fra­gi­li­sa­tion des tra­vailleurs et la réduc­tion des salaires qui y est liée crée un effet domi­no sur le reste de l’économie.

La Confé­dé­ra­tion Euro­péenne des Syn­di­cats le dénonce : « si de telles réduc­tions sont appli­quées dans le sec­teur public, il devient alors logique de les appli­quer éga­le­ment dans le sec­teur pri­vé. Si le salaire moyen dimi­nue, le niveau du salaire mini­mum est à son tour mis sous pres­sion. Et, si toute la struc­ture sala­riale est affec­tée, les allo­ca­tions de chô­mage doivent éga­le­ment être réduites afin de réta­blir des inci­tants finan­ciers pour que les chô­meurs se remettent au tra­vail. C’est ain­si que les réduc­tions de salaires dans le sec­teur public consti­tuent la pre­mière étape d’une très forte spi­rale sociale néga­tive ».

La recherche de cet effet domi­no est clai­re­ment expri­mée dans les textes euro­péens. Citons le pacte pour l’Euro+ de 2011 qui men­tionne qu’il faut réduire les dépenses dans le sec­teur public et « veiller à ce que les accords sala­riaux dans le sec­teur public viennent sou­te­nir les efforts de com­pé­ti­ti­vi­té dans le sec­teur pri­vé ».

Autant de rai­sons de lut­ter pour les tra­vailleur-se‑s des ser­vices publics et autant de rai­sons pour les sou­te­nir dans leurs luttes !

Myriam Dje­gham,

de l’alliance contre le TTIP et le CETA, l’Alliance D19-20

Pho­tos : col­lec­tif kras­nyi

-447.jpg