Ana Belén Montés, prisonnière politique aux USA depuis 13 ans

Par Jac­que­line Rous­sie

Film/débat : Avant la prison, déjà la prison ?

19.02 2020
19h30
FLAC

Film/débat : Avant la prison, déjà la prison ?

19.02 2020
19h30  FLAC

EN LIEN :

Jugée et condam­née à 25 ans de pri­son en mars 2002 pour espion­nage, elle avait remis à Cuba, sans contre par­tie finan­cière, l’information lui per­met­tant de connaître les plans d’agression des Etats-Unis contre l’île.

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Ana Belén Mon­tés

Ana Belén Mon­tés, née en 1957, est fille d’un méde­cin mili­taire d’origine por­to­ri­caine, qui tra­vaillait au sein de l’armée US. Après avoir obte­nu une licence, puis une maî­trise en rela­tions inter­na­tio­nales à l’Université de Vir­gi­nie, elle est entrée à 28 ans à l’Agence de Ren­sei­gne­ment pour la Défense du Penta­gone (DIA), où elle deve­nait, 7 ans plus tard, ana­lyste. Elle a eu quelques temps un emploi fic­tif à la repré­sen­ta­tion diplo­ma­tique à La Havane, soit disant pour « étu­dier » les mili­taires cubains. En 1998, retour dans l’Ile pour cette fois, « obser­ver » le dérou­le­ment de la visite du Pape Jean-Paul II.

Cette femme dis­crète, deve­nue ana­lyste de pre­mière caté­go­rie au Penta­gone, spé­cia­liste de Cuba, avait accès à presque toute l’information sur l’Ile dont dis­po­sait la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment, en par­ti­cu­lier sur les acti­vi­tés mili­taires cubaines. De par son rang, elle était membre du très secret « groupe de tra­vail inter agences sur Cuba », qui ras­semble les prin­ci­paux ana­lystes des plus hautes agences de ren­sei­gne­ments des Etats-Unis, comme la CIA par exemple.

Elle a été arrê­tée en sep­tembre 2001, jugée et condam­née à 25 ans de pri­son en mars 2002 pour espion­nage. Elle avait remis à Cuba, sans contre par­tie finan­cière, l’information lui per­met­tant de connaître les plans d’agression des Etats-Unis contre l’île.

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Ana Montes rece­vant un prix des mains du direc­teur de la CIA, George Tenet

Je laisse la parole à Ana Belén Mon­tés. Voi­ci ce qu’elle a décla­ré lors de son plai­doyer au moment de son pro­cès :

« Il existe un pro­verbe ita­lien qui peut-être, décrit le mieux ce que je crois :

Le monde entier n’est qu’un seul pays. Dans ce pays mon­dial, le prin­cipe d’aimer son pro­chain comme soi même, est le guide essen­tiel pour des rela­tions har­mo­nieuses entre tous les pays. Ce prin­cipe implique tolé­rance et com­pré­hen­sion pour la façon de se com­por­ter envers les autres. Il implique que nous trai­tions les autres nations comme on aime­rait être trai­té : avec res­pect et consi­dé­ra­tion. C’est un prin­cipe que, mal­heu­reu­se­ment nous n’avons jamais appli­qué à cuba.

Pour­quoi ne pou­vons-nous pas lais­ser Cuba pour­suivre son propre che­min, comme le font les Etats-Unis depuis plus de deux cents ans ?

Votre hon­neur, je suis devant vous aujourd’­hui pour une acti­vi­té à laquelle je me suis livrée parce que j’ai obéi à ma conscience plu­tôt qu’à la loi. Je crois que la poli­tique de notre gou­ver­ne­ment vis-à-vis de Cuba est cruelle et injuste, pro­fon­dé­ment agres­sive, et je me suis sen­tie mora­le­ment dans l’o­bli­ga­tion d’ai­der l’île à se défendre contre nos efforts de lui impo­ser nos valeurs et notre sys­tème poli­tique. Nous avons fait preuve d’in­to­lé­rance et de mépris à l’é­gard de Cuba depuis plus de 40 ans.

Nous n’a­vons jamais res­pec­té le droit pour Cuba de choi­sir sa propre voie vers ses propres idéaux d’é­ga­li­té et de jus­tice. Je ne com­prends pas pour­quoi nous devons conti­nuer à dic­ter aux Cubains com­ment ils doivent choi­sir leurs diri­geants, qui peuvent ou ne peuvent pas être leurs diri­geants, et quelles sont les lois appro­priées pour ce pays. Pour­quoi ne pou­vons-nous pas lais­ser Cuba pour­suivre son propre che­min, comme le font les Etats-Unis depuis plus de deux cents ans ?

Ma manière de réagir à notre poli­tique Cubaine a peut-être été mora­le­ment condam­nable. Peut-être que le droit pour Cuba d’exis­ter libre de toute pres­sion poli­tique ou éco­no­mique ne jus­ti­fie pas les infor­ma­tions secrètes que j’ai trans­mises pour l’ai­der à se défendre. Je peux seule­ment dire que j’ai fait ce qui me parais­sait être juste pour répa­rer une grave injus­tice.

Mon plus grand désir est de voir des rela­tions ami­cales s’é­ta­blir entre les Etats-Unis et Cuba. J’es­père que mon cas contri­bue­ra d’une cer­taine manière à encou­ra­ger notre gou­ver­ne­ment à aban­don­ner sa poli­tique hos­tile envers Cuba et à col­la­bo­rer avec la Havane dans un esprit de tolé­rance, de res­pect mutuel, de com­pré­hen­sion… »

Ana Belén Mon­tés a été en quelque sorte pré­cur­seur des nou­velles rela­tions entre Cuba et les Etats-Unis. Elle est la pri­son­nière 25037 – 016 de la pri­son de Cars­well, une annexe du FBI de la Sta­tion Aérienne de la Marine des Etats-Unis. Elle y est inter­née dans la sec­tion de psy­chia­trie, bien que ne pré­sen­tant pas de troubles de ce type. C’est un lieu dan­ge­reux pour elle, qui pour­rait avoir de graves réper­cus­sions sur son état men­tal.

Ana Belén Mon­tés est sen­sée recou­vrer la liber­té en 2027, dans 12 ans. Elle a déjà accom­pli 13 ans de réclu­sion. Elle est sou­mise à un régime d’isolement extrême : Elle ne peut pas avoir la visite d’amis, uni­que­ment celles de son père et de sa fra­trie. Elle est inter­dite de télé­phone, n’a accès a aucun moyen d’information, ni jour­nal, ni revue, ni livre. Elle n’a pas le droit de regar­der la télé­vi­sion et ne peut rece­voir de colis. Il lui est même inter­dit d’avoir le moindre contact avec les autres per­sonnes déte­nues dans cette pri­son.

Les auto­ri­tés péni­ten­tiaires ne donnent aucune infor­ma­tion sur sa san­té, les trai­te­ments médi­caux qu’elle reçoit, ni ne jus­ti­fient le fait qu’elle soit dans un centre des­ti­né aux per­sonnes souf­frant de troubles psy­chia­triques.

Le régime car­cé­ral qu’elle subit n’est pas conforme aux Droits de l’Homme et est beau­coup plus sévère que celui appli­qué aux dan­ge­reux cri­mi­nels.

Un essai a été fait de lui écrire. La lettre a été ren­voyée à l’expéditeur en recom­man­dé. Le Bureau fédé­ral des Pri­sons y pré­ci­sait qu’elle ne pou­vait avoir de contacts qu’avec ses parents les plus proches, étant don­né qu’elle était condam­née pour espion­nage.

Nous devons aider cette femme cou­ra­geuse. Nous devons faire connaître son his­toire, et déve­lop­per des cam­pagnes pour que dans la pri­son où elle endure sa peine, elle puisse au moins avoir un trai­te­ment plus humain.

 

 

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Des comi­tés com­mencent à se for­mer à Cuba et dans le monde pour deman­der au gou­ver­ne­ment des Etats-Unis au moins un trai­te­ment humain en pri­son, pour Ana Belen Montes. Le moment semble oppor­tun pour le faire, quand le dia­logue a repris entre Cuba et les Etats-unis.