Crise en Grèce, censure sur Arte (lettre ouverte)

Les coupures, la répartition inégale du temps de parole, la conclusion sur un appel à suspendre la démocratie en Grèce, tout cela, si n’est pas de la manipulation de l’information, c’est quoi au juste ?

par Hen­ri Maler, le 22 mai 2012

Sous ce titre de notre choix, nous publions, avec l’autorisation de son auteure, une lettre de Vicky Skoum­bi, rédac­trice en chef de la revue grecque αλη­thεια.(Acri­med)

Chères amies, chers amis,

Le jeu­di 16 mai, j’ai par­ti­ci­pé à l’émission d’Arte 28 minutes sur le thème : La Grèce, talon d’Achille de l’Europe ?

Je viens de vision­ner l’émission telle qu’elle a été dif­fu­sée et j’en crois pas mes yeux : le pas­sage où je disais que l’aide accor­dée à la Grèce a été en réa­li­té une aide aux créan­ciers du pays, et que les plans de sau­ve­tage suc­ces­sifs ont été conçus pour pro­té­ger les créan­ciers d’un défaut éven­tuel de la Grèce, tout en plon­geant le pays dans une réces­sion de l’ordre de 20 % en le menant tout droit à la faillite, a tout sim­ple­ment dis­pa­ru ! Si vous regar­dez atten­ti­ve­ment, vous consta­te­rez les traces de cou­pure par des enchaî­ne­ments assez abrupts et la non-flui­di­té de la parole après la pre­mière inter­ven­tion de Ben­ja­min Coriat.

De même est pas­sé à la trappe, un pas­sage vers la fin où j’avais évo­qué une confron­ta­tion qui n’est pas de nature natio­nale entre Grecs et Alle­mands, mais bel et bien entre deux camps trans­na­tio­naux, c’est-à-dire entre ceux qui, en mar­chant lit­té­ra­le­ment sur des cadavres, défendent les inté­rêts du sec­teur finan­cier d’une part, et d’autre part ceux qui défendent les droits démo­cra­tiques et sociaux et en fin de compte le droit à une vie digne de ce nom. Je prends à témoin Ben­ja­min Coriat qui par­ti­ci­pait à l’émission et qui pour­rait cer­ti­fier que j’ai bien tenu ces pro­pos dont la trace dis­pa­raît sous les ciseaux du cen­seur.

Car, cela relève tout sim­ple­ment de la CENSURE. Une ques­tion s’impose : Qui donc contrôle Arte et qui filtre les infos ain­si ?

Je l’avoue, je n’en reviens pas. L’émission a été enre­gis­trée “dans les condi­tions du direct” deux heures et demie avant sa dif­fu­sion et que je sache cette for­mule veut dire qu’on ne coupe pas, à la limite on refait une prise si on a un sou­ci, ce qui a été le cas pour les pré­sen­ta­tions. Et même si la pra­tique éta­blie est de cou­per un peu les lon­gueurs, com­ment se fait-il que les deux coupes prin­ci­pales portent, comme par hasard, sur des pro­pos concer­nant les vrais béné­fi­ciaires de l’aide à la Grèce, c’est à dire les banques, ain­si que sur le carac­tère fal­la­cieux de la sup­po­sée confron­ta­tion gré­co-alle­mande ?

Comme vous pou­vez d’ailleurs sans doute le consta­ter vous-même, mon temps de parole cor­res­pond à un tiers — peut-être même moins — de celui de mon­sieur Pré­ve­la­kis. Celui-ci, avec sa pro­po­si­tion d’un média­teur, sous la tutelle duquel devrait se mettre la Grèce, pro­po­sait rien de moins que de sus­pendre les pro­cé­dures démo­cra­tiques en Grèce et de don­ner à Sar­ko­zy (!) la posi­tion d’un tuteur du peuple grec qui ne sau­rait être repré­sen­té par ses élus, sur­tout si ceux-là appar­tiennent par mal­heur au Syri­za. J’ai bon­di mais on ne m’a pas lais­sé le temps de réagir en cou­pant là l’émission.

Conclure l’émission sur ce pro­pos est abso­lu­ment scan­da­leux. Cela n’honore pas, loin de là, Arte qui se reven­dique d’une sen­si­bi­li­té démo­cra­tique. D’ailleurs, si vous regar­dez un peu atten­ti­ve­ment le dérou­le­ment juste avant la fin, vous ver­rez que la der­nière ques­tion s’adresse à moi, madame Quin se tourne bien vers moi et non pas vers M. Pré­vé­la­kis. Et ma réponse concer­nant les deux Europe qui s’affrontent et qui pré­cé­dait la conclu­sion de Georges Pré­vé­la­kis, est pas­sée com­plè­te­ment à la trappe.

Bref, les cou­pures, la répar­ti­tion inégale du temps de parole, la conclu­sion sur un appel à sus­pendre la démo­cra­tie en Grèce, tout cela, si n’est pas de la mani­pu­la­tion de l’information, c’est quoi au juste ?

Voi­là bien des ques­tions sur le trai­te­ment de l’information par une chaîne euro­péenne qui se veut indé­pen­dante.

Mer­ci de dif­fu­ser ce mes­sage le plus lar­ge­ment pos­sible et de l’afficher sur les réseaux, si vous vou­lez bien.

Vicky Skoum­bi,

rédac­trice en chef de la revue grecque αλη­thεια

Source de l’ar­ticle : acri­med