De Ben Laden à Merah : de l’icône à l’image.

Ben Laden est une personnification du Mal. Le Mal a un visage incarné par l’icône. (...) Merah, c’est personne, ce qui veut aussi dire n’importe qui.

L’af­faire Merah : pre­mière partie.

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par Tülay Umay et Jean-Claude Paye, Le 8 juillet 2012

L’ins­tru­men­ta­li­sa­tion de l’affaire Merah a été rele­vée par de nom­breux obser­va­teurs. Le ministre de l’Intérieur Claude Géant est appa­ru, en vio­la­tion avec la sépa­ra­tion des pou­voirs, comme le direc­teur des opé­ra­tions judi­ciaires. Cepen­dant, il ne s’agit là que de l’aspect secon­daire de cette affaire. L’élément prin­ci­pal réside dans la capa­ci­té du pou­voir de s’exhiber comme ter­ro­risme d’État, sans voi­le­ment et sans que cela sus­cite de réac­tions. Cette mani­fes­ta­tion de toute puis­sance crée un état de sidé­ra­tion. Le pou­voir se donne la pos­si­bi­li­té de nom­mer les indi­vi­dus comme ter­ro­ristes, de les exé­cu­ter sans juge­ment et de nous enfer­mer dans l’injonction sur­moïque de se taire

Le dis­cours des guerres de l’Empire, la lutte contre le ter­ro­risme, ain­si que l’affaire Merah, ne peuvent être réduits à de simples actions de pro­pa­gande. La pro­duc­tion d’une fausse conscience n’est pas l’élément pre­mier [1]. Ce qui est essen­tiel dans l’affaire Merah, comme dans l’ensemble de la lutte anti­ter­ro­riste, n’est pas la mani­pu­la­tion des mots et du visible, mais le déni de la fonc­tion du lan­gage. Ain­si, les mots ne se séparent plus des choses. Comme le sujet n’est plus un « par­lêtre » [2], il se réduit à un effet de la « langue » du pou­voir, à un ensemble d’attributs défi­nis­sant sa sub­stance : « ter­ro­riste », « frus­tré », « fondamentaliste »…

De l’icône à l’image idétique

Si l’attaque du 11 sep­tembre 2001 consti­tue l’acte fon­da­teur d’un pro­ces­sus de désub­jec­ti­va­tion, la fabri­ca­tion de l’image du ter­ro­risme n’a ces­sé d’occuper la place de la réa­li­té concrète afin de la ren­ver­ser. A tra­vers l’affaire Merah, ce pro­ces­sus connaît une nou­velle étape. Elle est sem­blable à celle mise en place lors de la « cap­ture » de Ben Laden ou déve­lop­pée à tra­vers l’affaire Tar­nac [3]. Elle innove par rap­port à la média­ti­sa­tion des atten­tats du 11 sep­tembre, en assu­rant le pas­sage d’une image figu­ra­tive à une image pure.

Les videos des tours du WTC avec les avions encas­trés ont un carac­tère ico­nique. Cette visi­bi­li­té révèle une invi­si­bi­li­té, celle de la guerre des civi­li­sa­tions, de la lutte du bien contre le mal. Ces icônes montrent quelque chose qui est du registre de la voix silen­cieuse, du cri des vic­times, elles pro­cèdent à l’inscription du nom. Elles vont per­mettre aux spec­ta­teurs, à tra­vers ce qu’ils voient [4] : l’effondrement des tours, d’identifier ce qu’ils ne voient pas : la véri­té non obser­vable, la figure de Ben Laden. L’image porte la voix des vic­times qui authen­ti­fie la res­pon­sa­bi­li­té de l’islamiste. Elle est dona­tion de sens.

L’imagerie du 11 sep­tembre occupe la place du sym­bole. La rup­ture du sujet avec le lan­gage n’est pas com­plète. Le sujet mor­ce­lé dans le réel garde un élé­ment d’unification dans la voix de l’Autre, dans la nomi­na­tion de Ben Laden comme incar­na­tion du Mal. Ben Laden est une per­son­ni­fi­ca­tion du Mal. Le Mal a un visage incar­né par l’icône.

L’affaire Merah, au contraire, n’est pas un récit, ni une construc­tion qui tient du mythe. Merah, c’est per­sonne [5] , ce qui veut aus­si dire n’importe qui. C’est un indi­vi­du quel­conque, dont le pro­fil peut être uti­li­sable et sur lequel la police engage une force mili­taire. Cela nous ins­talle dans une sidé­ra­tion pro­duite par un excès de pré­sence de l’invisibilité, par la mani­fes­ta­tion d’un sur­croît de puis­sance du pouvoir.

Comme dans la « mort de Ben Laden », il nous est deman­dé de croire, non en l’icône, en la trace qui nous révèle l’invisibilité, mais en une image pure débar­ras­sée de tout élé­ment phy­sique. Contrai­re­ment au lyn­chage de Kadha­fi ou à la pen­dai­son en direct de Sadam Hus­sein, la vidéo des mas­sacres attri­bués à Merah, qui pour­rait consti­tuer une preuve de sa culpa­bi­li­té, ne sera pas dif­fu­sée. Il en a été de même en ce qui concerne la mort de Ben Laden. L’armée US a décla­ré qu’elle avait fait dis­pa­raître toute trace du cadavre en le jetant dans la mer. Les deux affaires sont des injonc­tions de croire en une image concep­tuelle, en une image que l’on ne peut voir.

L’interdiction de la parole

La plainte contre le RAID que compte dépo­ser l’avocate man­da­tée par la famille de Moham­med Merah, ain­si que celle déjà por­tée par le père d’un des mili­taires tués en mars, contre Nico­las Sar­ko­zy et le direc­teur des ser­vices de ren­sei­gne­ments, [6] pour­raient réac­ti­ver cette affaire. Aupa­ra­vant, celle-ci avait dis­pa­ru des médias. Si elle avait été intense, sa vie média­tique a été courte, s’étant immé­dia­te­ment éteinte après son ins­tru­men­ta­li­sa­tion par le pou­voir exécutif.

Géné­ra­le­ment, peu de com­men­taires ont été effec­tués, même durant le moment la plus dense de sa média­ti­sa­tion. Cela s’explique par le fait que les images ne donnent rien à obser­ver qui puisse être ana­ly­sé. Elles sont libres de tout objet afin de lais­ser la place à la voix des vic­times des mas­sacres de Tou­louse et de Mon­tau­ban. Tout ce qui relève de ces évè­ne­ments nous laisse sans réac­tion. Toute ten­ta­tive de sor­tir de cet état de sidé­ra­tion, en réta­blis­sant une dis­tance vis à vis de l’évènement, est éga­le­ment stig­ma­ti­sée. Une pro­fes­seure d’un col­lège de Lave­la­net a appris à ses dépends qu’elle ne pou­vait, afin de réa­li­ser sa mis­sion d’enseignante, faire réfé­rence à cet évè­ne­ment lar­ge­ment média­ti­sé. Il lui a été inter­dit de pro­cé­der à une opé­ra­tion de réta­blis­se­ment du lan­gage et de construc­tion d’une argumentation.

Elle a été mise à pied par le rec­to­rat ce 13 avril. Elle avait don­né à ses élèves comme sujet de dis­ser­ta­tion : « Est-ce une bonne chose d’avoir tué Moha­med Merah ? »« Pour qui ? ». Le rec­teur a jus­ti­fié sa sanc­tion en dénon­çant l’intitulé « qui sup­pose que le fait de tuer quelqu’un pour­rait être une bonne chose ». Sub­sti­tuant une réponse à la ques­tion, il opère ain­si un ren­ver­se­ment de celle-ci. Cette pro­cé­dure de déni nous confirme que rien dans cette affaire ne peut conduire à un questionnement.

En réponse à la contro­verse, l’enseignante sou­li­gnait : « J’ai répon­du à une demande des enfants eux-mêmes. L’argumentation figure bien au pro­gramme des élèves de troi­sième. Ce tra­vail devait leur per­mettre de réflé­chir sur l’actualité, de prendre du recul, de s’exprimer sur un sujet qui les a cho­qués. Si nous, ensei­gnants, nous ne pou­vons plus faire réflé­chir nos élèves, qui le fera ? » [7] . L’initiative de la pro­fes­seure sanc­tion­née était bien une ten­ta­tive de sor­tir de la cer­ti­tude de l’image, un essai de dési­dé­ra­tion par le réta­blis­se­ment de la parole.
Un spec­tacle de télé-réa­li­té : l’image du rien

Des heures durant, les spec­ta­teurs ont été mis en face d’un spec­tacle de télé réa­li­té fai­sant pro­gres­si­ve­ment pas­ser l’assiégé du sta­tut de sus­pect prin­ci­pal à celui de tueur. L’assaut du RAID contre l’appartement de Merah a été dif­fu­sé en temps réel. Pen­dant 32 heures, nous n’avons pas été le témoin d’évènements qui ont pu être ana­ly­sés en tant qu’objets sépa­rés de l’observateur. Au contraire, les images et com­men­taires dif­fu­sés por­taient une charge émo­tion­nelle, dans laquelle le spec­ta­teur n’est pas dis­tinct de ce qui lui est mon­tré. Celui-ci est enfer­mé dans une rela­tion fusion­nelle avec ces images qui le regardent et lui intiment de jouir de ce qui est exhibé.

La dif­fu­sion ne conte­nait rien qui puisse être l’objet d’une obser­va­tion et per­mettre un déchif­frage des faits. Elle mon­trait des images dévoi­lant l’invisible : la culpa­bi­li­té de l’accusé.

L’absence d’éléments maté­riels déce­lables visuel­le­ment ne sera pas com­pen­sée par des infor­ma­tions véri­fiables. Il n’est pas pos­sible d’avoir une cer­ti­tude objec­tive sur ce qui nous est dit. Les don­nées pré­sentent la par­ti­cu­la­ri­té de s’annuler réci­pro­que­ment, si bien qu’il est impos­sible de s’appuyer sur un quel­conque élé­ment véri­fiable afin de fon­der un jugement.

L’ensemble, images et com­men­taires qui se contre­disent, est une fabri­ca­tion du rien : ne rien com­prendre, ne pou­voir rien dire. Cette injonc­tion impose aux indi­vi­dus de pro­cé­der à une intros­pec­tion. Elle doit impé­ra­ti­ve­ment les conduire à trou­ver en eux-mêmes la réponse à l’interrogation : que veut le pou­voir ?, sans se retour­ner vers lui en le questionnant.

Des « infor­ma­tions » qui s’annulent réciproquement

Des témoins ont décla­ré que le tueur des mili­taires était cor­pu­lent et por­tait un tatouage sous l’œil. D’autres indiquent qu’il avait des yeux bleus. Ce signa­le­ment ne cor­res­pond aucu­ne­ment à celui de Merah. La liber­té d’action, dont le tueur a béné­fi­cié pour réa­li­ser une série de trois d’attentats, contraste avec l’information selon laquelle il était ou avait été pla­cé sous surveillance.

Étant « indé­tec­table géo­gra­phi­que­ment », il aurait été loca­li­sé, dans un appar­te­ment à son nom depuis plus de deux ans, « après un sur­vol d’hélicoptère » a pré­ci­sé Claude Guéant [8]. La néces­si­té de pro­cé­der à une longue recherche et d’employer des moyens aériens contraste éga­le­ment avec les décla­ra­tions de Yves Bon­net, ex-patron de la DST. Celui-ci se demande si Merah était un indi­ca­teur de la Direc­tion Cen­trale du Ren­sei­gne­ment Inté­rieur, en poin­tant le fait qu’il avait un cor­res­pon­dant au Ren­sei­gne­ment inté­rieur [9].

Alors que le nom de Moha­med Merah reste incon­nu des auto­ri­tés afghanes et pakis­ta­naises, de l’armée états-unienne et des forces de l’Otan en Afgha­nis­tan, le pro­cu­reur de la Répu­blique de Paris, Fran­çois Molins, avait évo­qué un séjour en Afgha­nis­tan en 2010 et au Pakis­tan, « sanc­tuaire d’Al-Qaïda », durant deux mois en 2011 [10]. Les infor­ma­tions com­mu­ni­quées par le pro­cu­reur, aus­si­tôt démen­ties par les auto­ri­tés étran­gères concer­nées, sus­citent éga­le­ment une ques­tion : com­ment un jeune vivant du RSA a‑t-il eu les moyens de se rendre suc­ces­si­ve­ment en Israël, en Jor­da­nie, en Afgha­nis­tan et au Pakistan ?

Réagis­sant aux infor­ma­tions sur les nom­breux dépla­ce­ments inter­na­tio­naux du sus­pect, des obser­va­teurs se sont éga­le­ment inter­ro­gés sur la pos­si­bi­li­té pour un isla­miste fon­da­men­ta­liste, pla­cé sur le liste no-fly éta­su­nienne, [11] de péné­trer en Israël ? Dans son édi­tion du 27 mars, le jour­nal ita­lien Il Foglio affir­mait que Merah était entré dans ce pays sous la cou­ver­ture des ser­vices fran­çais [12].

Un scé­na­rio au delà de toute cohé­rence : un enfer­me­ment dans le réel

L’enquête n’a pas lais­sé en sus­pens cer­taines ques­tions, sim­ple­ment elle ne les a pas posées, notam­ment celle-ci : pour­quoi le dis­po­si­tif anti­vol, le tra­queur du scoo­ter volé, n’a‑t-il pas fonc­tion­né ? Il est pour­tant si fiable que les fabri­cants offrent à leur client de les rem­bour­ser si leur véhi­cule n’est pas retrou­vé endéans les 7 jours. Or le scoo­ter aurait été volé le 6 mars et, selon les décla­ra­tions mêmes des enquê­teurs, un conces­sion­naire Yama­ha a affir­mé aux poli­ciers qu’un des frères Merah était venu deman­der, le jeu­di 15, des ren­sei­gne­ments sur la méthode pour désac­ti­ver ce dis­po­si­tif. Ce qui lais­se­rait sup­po­ser que ce tra­vail n’aurait pas encore été réa­li­sé. Se pose alors la ques­tion : pour­quoi le scoo­ter n’a‑t-il pas pu être loca­li­sé ? [13]

Ain­si, le scé­na­rio pose pro­blème. Pour­quoi Moha­med Merah ou son frère (la ques­tion n’est tou­jours pas tran­chée à tra­vers les infor­ma­tions qui nous ont été offertes) s’est-il ren­du chez un conces­sion­naire qu’il connaît pour lui deman­der des ren­sei­gne­ments sur le tra­queur, alors que des témoins des pre­miers meurtres ont signa­lé que le tueur uti­li­sait un scoo­ter de ce type. Sa démarche ne pou­vait qu’éveiller des soup­çons. Même en accep­tant le récit qui nous est fait des évè­ne­ments, un double ques­tion­ne­ment appa­raît. Pour­quoi Merah s’inquiète-t-il, une semaine après le vol, de l’existence d’un dis­po­si­tif qui aurait dû le signa­ler depuis long­temps et pour­quoi le conces­sion­naire, mal­gré le bat­tage média­tique orga­ni­sé autour de cette affaire, attend-il une semaine sup­plé­men­taire avant de pré­ve­nir les autorités.

Le récit de l’assaut du RAID sur l’appartement de l’assiégé est le point culmi­nant de cette construc­tion défiant toute vrai­sem­blance. Il est éla­bo­ré de manière telle que l’auditeur ne peut tenir comme vrai aucun des élé­ments pré­sen­tés. Ain­si, Merah sort de la salle de bains, fait deux pas dans le cou­loir menant au salon, tra­verse la pièce en mar­chant ou en cou­rant, saute par la fenêtre tout en tirant fré­né­ti­que­ment et est alors abat­tu par un sni­per situé à l’extérieur de l’immeuble qui a tiré « en légi­time défense ». Aucune balle n’a atteint Merah au sein de l’appartement, alors que tout au long de ce court tra­jet, qui n’a pro­ba­ble­ment pas pris plus de 5 à 10 secondes, les 15 offi­ciers du RAID entas­sés dans cet espace exi­gu auraient tiré 300 car­touches avec leurs armes auto­ma­tiques [14].

L’appartement de Merah fait 38 m². C’est un lieu vrai­ment res­treint pour y mener un assaut avec 15 offi­ciers du RAID sur­équi­pés [15]. Seule vic­time de cette fusillade : un poli­cier tou­ché au pied.

Confir­mant leur inten­tion de ne pas tuer, les poli­ciers ont affir­més n’avoir uti­li­sé que des armes non létales. Cette affir­ma­tion contraste avec les images de l’appartement détruit par les impacts de balles de gros calibres, ain­si qu’avec …la mort de Merah.

L’évidence : un déni du questionnement

Les ques­tions sus­ci­tées par l’affaire n’ont pas été relayées par les médias. Même sur le net, elles n’ont pas été por­tées par les réseaux alter­na­tifs les plus dif­fu­sés. Qua­si una­ni­me­ment, quelles que soient les inco­hé­rences rele­vées, Merah est tenu pour l’auteur des attentats.

Ques­tion­ner est une manière de recon­naître que quelque chose nous échappe. Au contraire, l’évidence s’impose comme l’expression d’une toute puis­sance n’ayant pas besoin de pas­ser par la média­tion des faits. Au lieu de sus­ci­ter le doute, la capa­ci­té de se déga­ger de tout élé­ment de preuve se pré­sente comme un gage de bonne foi et de transparence.

Ain­si, les liens entre l’accusé et Al-Qaï­da, signi­fié essen­tiel pour assoir le carac­tère natu­rel de sa culpa­bi­li­té, reposent essen­tiel­le­ment sur une confes­sion faite, à une jour­na­liste de France 24, depuis une cabine télé­pho­nique publique. De solides garan­ties nous sont offertes quant à la véri­fi­ca­tion des infor­ma­tions, puisqu’il nous est assu­ré que des « sources proches de l’enquête » sont à « 98 % sûrs » [16] qu’il s’agit bien de Moha­med Merah.

Le « plai­sir infi­ni » avoué par le meur­trier au cours de ses actions et l’expression de sa « volon­té de tuer d’avantage » [17], bref sa recon­nais­sance de culpa­bi­li­té, aurait eu lieu dans un long dia­logue avec les poli­ciers. Ceux-ci ont fina­le­ment choi­si de le tuer, alors que, selon les experts Yves Bon­net et Chris­tian Prou­teau, ils avaient les moyens de le prendre vivant. Sa demande de ren­con­trer la presse lui ayant été refu­sée, les décla­ra­tions de Merah ne pour­ront être enten­dues que par des poli­ciers fai­sant fonc­tion de psychologues.

Même la cou­leur du casque ou du scoo­ter qui ont ser­vi à faire les atten­tats pose pro­blème : blanc ou noir, la ques­tion n’est tou­jours pas tran­chée et doit être annu­lée. Peu importe, il ne s’agit pas de fon­der une argu­men­ta­tion. Ce que retiennent les médias est la qua­li­té de puis­sant qui, à chaque fois, est attri­buée au véhi­cule. Cet adjec­tif ins­talle une cer­ti­tude en ce qui concerne la bru­ta­li­té de l’évènement et la qua­si impos­si­bi­li­té de s’y opposer.

La cer­ti­tude ne résulte pas d’un pro­ces­sus de connais­sance, d’un va et vient entre le sujet et l’objet, mais d’un mar­quage opé­ré par la lettre. Celui-ci est immé­diat et est un don­né. De même, le sur­croît de force uti­li­sé dans l’assaut, les nom­breux impacts de balles, les cra­tères dans les murs et la qua­si des­truc­tion de l’appartement, attestent du carac­tère violent de Merah et de son évi­dente culpa­bi­li­té. Ce mar­quage est cepen­dant par­ti­cu­lier : il ne peut pas s’inscrire. Il est le pro­duit d’une com­pul­sion de répé­ti­tion, dont les images consti­tuent un excellent support.

L’auto-annulation des élé­ments maté­riels, pou­vant cor­ro­bo­rer sa res­pon­sa­bi­li­té, a impo­sé la culpa­bi­li­té du « sus­pect prin­ci­pal » comme une cer­ti­tude sub­jec­tive, expres­sé­ment déga­gée de toute argu­men­ta­tion ou élé­ment de preuve pou­vant la fon­der. La confron­ta­tion aux faits ne pour­rait que nous détour­ner de la véri­té, de la révé­la­tion de la nature cri­mi­nelle du tueur.

De la pro­pa­gande au règne du regard

Comme le récit des évè­ne­ments du 11 sep­tembre, la construc­tion de l’affaire Merah s’écarte de ce que l’on appelle pro­pa­gande. Cette der­nière relève de l’ordre de la repré­sen­ta­tion et reste struc­tu­rée par le lan­gage. Elle demeure un dis­cours qui arti­cule les objets de la per­cep­tion avec un sens don­né. La pro­pa­gande est avant tout une opé­ra­tion des­ti­née à se réser­ver le mono­pole de la pro­duc­tion des visi­bi­li­tés. Ain­si, elle contrôle la ges­tion des sym­boles et se pose comme maitre des mots. Ins­crite dans l’imaginaire, elle est une opé­ra­tion de cen­sure qui porte sur le visible afin d’agir sur l’invisible. Cepen­dant contrai­re­ment à l’affaire Merah, sub­siste une arti­cu­la­tion entre l’intérieur et l’extérieur. Dans la pro­pa­gande, les faits ne sont pas annu­lés, mais occul­tés. Dis­si­mu­lé par le jeu du lan­gage, l’objet n’est pas anéan­tit, il conti­nue à exis­ter en tant que refoulé.

Ici, au contraire les objets sont annu­lés, le réel n’est pas mani­pu­lé, mais cap­tu­ré. Sa place est occu­pée par l’irréel, par l’impossible. Cet évè­ne­ment nous place direc­te­ment dans l’invisibilité, dans l’intériorité de l’image. « Ça regarde », mais ce qui est regar­dé n’est pas visible. La média­ti­sa­tion de l’évènement ne montre pas des objets, mais ouvre un champ infi­ni au regard [18]. Elle sup­prime toute limite objec­tale à la pul­sion sco­pique. Il n’y a plus de scène qui sépare le visible et l’invisible, l’exhibition est trans­pa­rence. [19]

Ici, le sym­bole [20], ce qui montre tout en cachant, n’est pas mani­pu­lé, mais abo­li. Il s’efface au pro­fit du code qui lui ne trans­met pas de sens. Contrai­re­ment au sym­bole, le code ne montre que ce qu’il est. Il fusionne le mot et la chose et est ain­si injonc­tion de croire en la res­pon­sa­bi­li­té de Merah. Le pro­ces­sus de sym­bo­li­sa­tion, la capa­ci­té d’établir un rap­port entre le dire et le dit, est anéan­ti. Cette affaire est direc­te­ment une attaque contre le sujet de la parole.

La lutte anti­ter­ro­riste et ses dif­fé­rentes affaires sup­priment toute entrave au regard. Elles libèrent cet objet qui nous regarde et que nous regar­dons nous regar­der. Nous ne sommes plus dans une socié­té de sur­veillance, dans un corps social qui dis­ci­pline les corps et contrôle les dési­rs, c’est à dire dans la forme socié­tale étu­diée par Fou­cault dans Sur­veiller et punir, mais nous entrons dans une socié­té sco­pique qui pose le regard à la place de la perception.

Ce ne sont plus les objets exté­rieurs qui doivent être vus, mais bien l’intériorité incar­née par l’image qui doit être regar­dée. Il ne s’agit plus de voir et de dési­rer « ça-voir », mais de contem­pler et de jouir de ce qui est mon­tré. Pris dans le don­né à voir, dans un nou­veau réel, le sujet dis­pa­rait dans l’angoisse. Comme nous ne pou­vons plus arti­cu­ler la dona­tion de sens avec la per­cep­tion des objets, ce que nous contem­plons nous confisque notre sub­jec­ti­vi­té, sup­prime notre corps et ain­si notre capa­ci­té de for­mer une conscience col­lec­tive. Il nous est alors impos­sible de nous sépa­rer du regard du pou­voir et de le confronter.

De la dis­si­mu­la­tion de la réa­li­té à la cap­ture du réel

La pro­pa­gande porte sur des objets dont elle mani­pule la per­cep­tion. Son champ est du domaine de la réa­li­té. Quant à l’affaire Merah, elle opère sur le réel. [21] Elle mobi­lise le regard en tant que pul­sion sco­pique. Elle pro­duit un ren­ver­se­ment du rap­port du sujet au réel, de la rela­tion entre inté­rieur et exté­rieur en sup­pri­mant toute dis­tinc­tion entre les deux espaces. Ain­si, aucun rap­port ne peut être éta­bli entre ce que l’œil peut sai­sir dans les images exhi­bées et l’objet regard que nous devons voir : l’intentionnalité cri­mi­nelle de Merah. Les traces du sur­croît de vio­lence de l’assaut, éri­gées en preuve de la culpa­bi­li­té du sus­pect, nous ins­tallent dans la stu­peur. Elles exposent seule­ment un sur­croit de puis­sance du pouvoir.

Ici, il n’y a plus de sépa­ra­tion entre l’œil et le regard [22]. Toute mise à dis­tance vis à vis de ce qui est arbo­ré est alors impossible.

Les com­men­taires, quant à eux, sont de simples effets de langue et ne forment pas un récit. En effet, les mots et le réel ne sont pas arti­cu­lés, ni le visible avec l’invisible. Ce qui est pro­non­cé ne sont pas des paroles, mais bien des images lan­ga­gières qui ne réins­tallent aucune chaîne signi­fiante. Elles ne tolèrent aucune dif­fé­ren­cia­tion, ni sépa­ra­tion avec ce qui est exhi­bé. Au lieu de mettre des limites à la toute puis­sance de l’image, les com­men­taires nous placent dans l’invraisemblable. Le récit de l’affaire ne montre aucun sou­ci de cohé­rence et ren­force l’effet de pétri­fi­ca­tion. Ain­si, un héli­co­ptère aurait été néces­saire pour loca­li­ser Merah dans le lieu qu’il habite régu­liè­re­ment depuis plus de deux ans. Plus de trois cent balles auraient été tirées dans l’appartement et aucune n’aurait atteint sa cible.

Ce qui est affir­mé heurte la rai­son. L’individu ne peut plus maî­tri­ser l’environnement. La notion de réa­li­té s’efface et le sujet est mor­ce­lé. Il ne peut évi­ter son écla­te­ment que par un sur­croît de consen­te­ment, par une fusion de plus en plus étroite avec le regard des médias.

L’effet de pétri­fi­ca­tion se pro­longe car les mots asso­ciés aux objets de per­cep­tion s’annulent. Par exemple, le scoo­ter ou le casque sont à la fois blanc ou noir, sans que cette contra­dic­tion soit rele­vée. La pro­duc­tion de non-sens s’oppose à la for­ma­tion d’une parole et empêche la sor­tie du pro­ces­sus de sidération.

Les images n’interprètent pas la réa­li­té, mais nous enferment dans le réel, dans la contem­pla­tion de notre inté­rio­ri­té. La démons­tra­tion du pou­voir qu’il peut tout faire et sur­tout tout dire, nous met face à notre effroi. L’attaque est bien plus pro­fonde que celle pro­dui­sant une fausse conscience. Elle pro­cède à une des­truc­tion du sym­bo­lique [23] et à une cap­ture du réel. L’enjeu n’est pas, comme dans la pro­pa­gande, d’obtenir l’acquiescement des popu­la­tions en vue de la réa­li­sa­tion d’un objec­tif déter­mi­né, mais d’anéantir toute pos­si­bi­li­té de mettre un frein à la volon­té de puissance.

Du 11/9 à Merah : de la croyance à la com­pul­sion de répétition

Le 11 sep­tembre est une écri­ture ico­nique [24]. Elle apporte une véri­té révé­lée qu’il faut savoir accueillir. L’attentat est pré­sence du sacri­fice et per­met l’incarnation de la voix des vic­times dans l’image. Ce qu’on ne voit pas maté­riel­le­ment relève du Réel ori­gi­naire, de ce que René Girard appelle la vio­lence sacrée. C’est celle-ci qui a jus­ti­fié, en lui don­nant sens, l’envahissement de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Libye et de la Syrie… et la sup­pres­sion de l’Habeas Cor­pus de l’ensemble des habi­tants de la pla­nète, dont celui des citoyens éta­su­niens [25].

Annu­lant tout ques­tion­ne­ment por­tant sur des objets, le 11/9 se pose en tant qu’origine d’ « un nou­vel ordre mon­dial » et intègre le Sacré. Il ne peut être par­lé, car il est intou­chable. Toute parole est consi­dé­rée comme une pro­fa­na­tion. L’icône montre ce qu’on ne peut voir : l’infigurable. Cette véri­té qui relève de la croyance ne doit pas être confron­tée. Elle consiste à ne pas dou­ter de ce que l’on ne voit pas.

Comme rien dans les atten­tats du 11 sep­tembre n’a été col­lec­ti­ve­ment confron­té, quelque chose qui relève du 11/9 se répète, notam­ment à tra­vers les tue­ries de Mau­tau­bant et de Tou­louse. Ce qui a été for­clos du sym­bo­lique réap­pa­raît dans le réel [26] comme élé­ment d’une com­pul­sion de répé­ti­tion. La vio­lence ori­gi­naire révé­lée par le 11 sep­tembre, la guerre des civi­li­sa­tions, ne doit pas être oubliée [27]. Elle doit tou­jours être là dans l’immédiateté afin de fixer notre exis­tence à cet ori­gi­naire. Pour cela, ce qui troue le sym­bo­lique, ce qui anéan­tit le lien social, ne doit pas être refou­lé, mais répé­té infi­ni­ment afin de colo­ni­ser notre vie.

Si l’affaire Merah s’inscrit bien dans ce faire voir, (l’identification du sens), celui de la guerre des civi­li­sa­tions, elle ajoute un élé­ment, celui de la pétri­fi­ca­tion du spec­ta­teur (la psy­chose). Poser des ques­tions ne se heurte plus seule­ment à un tabou, à un inter­dit impo­sé socia­le­ment, celui de la théo­rie du com­plot, mais à l’oeil inté­rieur, celui du surmoi.

Dans l’affaire Merah, nous sommes direc­te­ment hors lan­gage. Toute pos­si­bi­li­té de sym­bo­li­sa­tion est anéan­tie face à l’invraisemblable et au sur­croît de jouis­sance du pou­voir. En l’absence d’objet, il ne nous est plus pos­sible d’organiser la réa­li­té et de nous pro­té­ger du réel. Le cli­vage de la lutte du bien contre le mal se répète infi­ni­ment comme injonc­tion de regar­der le spec­tacle de notre propre anéantissement.

Tülay Umay, socio­logue & Jean-Claude Paye, socio­logue, auteur de De Guan­ta­na­mo à Tar­nac : L’emprise de l’i­mage, Édi­tions Yves Michel 2011.

Notes

[1] Lire : Jean-Claude Paye, De Guan­ta­na­mo à Tar­nac. L’emprise de l’image, Édi­tions Yves Michel 2011, pp. 13 – 14, 26 – 30, 37 – 47.

[2] L’être n’est pas anté­rieur à la parole, mais, au contraire, c’est parce que l’homme parle qu’il y a de l’être, qu’il y a du « par­lêtre » et que celui-ci sort de la fusion avec la mère. Le « par­lêtre » per­met le pos­sible. Il fait que quelque chose advienne, que quelque chose puisse venir à l’être. Grâce à sa fonc­tion sépa­ra­trice, la parole est un acte, elle créée un espace pour l’émergence du sujet. Elle ins­crit à la fois l’interdit de confondre les mots et les choses, la per­cep­tion et le regard et ins­talle par l’échange de la parole, le lien avec l’autre : l’ordre symbolique.

3] Lire « [L’affaire Tar­nac : sous l’emprise de l’image », Réseau Vol­taire, le 17 sep­tembre 2009.

[4] Si on appelle eikon des objets que l’on voit, c’est à dire les icônes, ori­gi­nai­re­ment dans le grec ancien, il ne s’agit pas d’un sub­stan­tif, mais d’une forme ver­bale tra­dui­sant une appa­ri­tion de l’invisible dans le champ du visible, Michae­la Fise­ro­va, « Image, sujet, pou­voir ». Entre­tien avec Marie-José Mond­zain, Sens public, Revue élec­tro­nique internationale.

[5] Dans l’Odyssée d’Homère, Per­sonne est le nom par lequel le cyclope Poly­phène désigne Ulysse qui s’est iden­ti­fié auprès de lui sous ce nom avant de lui cre­ver l’œil. « Per­sonne » signi­fie aus­si « nulle per­sonne » c’est-à-dire l’exact opposé.

6] « France : [le père d’une des vic­times de Merah porte plainte contre Sar­ko­zy et Squar­ci­ni », rfi.fr, le 8 mai 2012.

7] « [Lave­la­net : mise à pied d’un pro­fes­seur de fran­çais du col­lège Pas­teur », Ariegeniews.com.

8] Mor­gane Ber­trand, « [Merah : retour sur une traque sans pré­cé­dent », Le nou­vel observateur.com, le 23 mars 2012.

9] « [Moha­med Merah, au ser­vice des ser­vices ? », L’Humanité, le 28 mars 2012.

10] « [Afgha­nis­tan et Pakis­tan : Pas de traces des voyages de Merah », France Soir avec AFP, le 22 mars 2012.

11] Mathieu Molard, « [USA. La très mys­té­rieuse liste des pas­sa­gers inter­dits de vol », Le nou­vel observateur.com, le 26 mars 2011.

12] « [Les liens de Moha­med Merah avec les ser­vices secrets fran­çais (audio 48’’) », extrait du jour­nal de France-Culture du 27 mars 2012 à 18 heures, in Alterinfo.net, le 28 mars 2012.

13] « [Affaire Merah : des ques­tions tou­jours sans réponse », Mont­pel­lier jour­nal, le 27 mars 2012.

[14] « Attaques de Tou­louse : la ver­sion offi­cielle de la mort de Moha­med Merah est un men­songe », le 27 mars 2012, SOS-crise.over-blog.com.

15] « [Les 38 m² dans les­quels Merah était retran­ché », Europe1.fr, le 22 mars 2012.

16] « [Merah reven­dique l’appel à France 24 », LeFigaro.fr avec AFP, le 21 mars 2011.

[17] « Moha­med Merah aurait éprou­vé un “plai­sir infi­ni” à tuer », LeMonde.fr avec Reu­ters, le 25/3/2012.

[18] « Marie-José Mond­zain : qu’est-ce qu’une image ? », Pro­pos recueillis par Diane Scott, in Regards n°47, Jan­vier 2008.

[19] S’il y a une réver­si­bi­li­té, arti­cu­lée par le corps, du visible et de l’invisible, le visible n’est que l’autre face de l’invisible, tel que l’a déve­lop­pé Mer­leau-Pon­ty. L’affaire Merah opère au contraire une fusion entre les deux élé­ments. La réver­si­bi­li­té n’est plus pos­sible, mais bien une annu­la­tion de la sépa­ra­tion du regard et de l’œil : la trans­pa­rence. S’il n’y a pas d’objet per­çu, de visible, il ne peut y avoir d’invisible, mais le regard lui même devient, sans média­tion, l’objet que l’on regarde.

[20] Le sym­bole détache l’homme du rap­port immé­diat à la chose. A tra­vers le mot, il est « le meurtre de la chose », c’est à dire, concept. Il se consti­tue d’abord comme « évi­de­ment » du réel. Si le réel est le vide, le vide est la condi­tion qui accueille le réel pour que quelque chose puisse s’inscrire. Dans l’affaire Merah, rien ne peut être sym­bo­li­sé, donc rien ne peut s’inscrire. Une réponse sans manque, l’intentionnalité de Merah, empêche tout ques­tion­ne­ment à par­tir d’objets de per­cep­tion. Elle se pose comme image originaire.

[21] _ Le réel n’est pas la réa­li­té. La réa­li­té, c’est ce qui nous est acces­sible, c’est le dis­cours qui décrit et construit une vision du monde. Elle est le monde tel que nous le per­ce­vons et l’analysons. La pro­pa­gande se situe à ce niveau.

Par contre le réel échappe au « sa-voir ». Il ne peut être appré­hen­dé, mais plu­tôt déduit. Le réel c’est l’impossible à décrire, donc l’impossible à dire.
Le réel c’est d’abord l’unité avec la mère. Quand on ne fait qu’un avec la mère ou qu’un avec le monde, il n’y a pas de manque, on est dans le réel. Face au sur­croît de jouis­sance qui peut le détruire, l’enfant expul­se­ra plus tard cette pul­sion d’unification hors de lui-même.

Ce que nous montre l’affaire Merah est une modi­fi­ca­tion du rap­port du sujet au réel, à savoir une régres­sion vers l’unité à la mère, ici avec la Mère sym­bo­lique. Ce qui sup­prime toute dis­tinc­tion entre inté­rieur et exté­rieur et toute pos­si­bi­li­té de sépa­ra­tion vis à vis des injonc­tions sur­moïques. Lire : Gérard Pom­mier, Qu’est ce que le Réel, Ères 2004 et Jean-Pierre Bègue, « Réel, ima­gi­naire et symbolique ».

[22] Pour qu’il puisse avoir per­cep­tion d’un objet, il faut une schize entre l’œil et le regard. Lacan nous dit : « L’œil et le regard, telle est pour nous la schize dans laquelle se mani­feste la pul­sion au niveau du champ sco­pique. » La per­cep­tion visuelle est de l’ordre de l’imaginaire. La jouis­sance du regard, elle, est du côté du réel. J. Lacan, « La schize de l’œil et du regard », dans le sémi­naire, Livre XI, Les quatre concepts fon­da­men­taux de la psy­cha­na­lyse, Le Seuil, coll. Points Essais, 1973, p. 85.

[23] Le sym­bo­lique, en tant que struc­ture, doit être dis­tin­gué du sym­bo­lisme et de la sym­bo­lique habi­tuel­le­ment atta­chée à un objet déter­mi­né (dra­peau d’une nation, épée sei­gneu­riale etc…). Le sym­bo­lique est une fonc­tion qui régis les formes du lien social. C’est une struc­ture qui obéi à la Loi col­lec­tive, non celle ins­crite dans les codes juri­diques, mais qui est trans­mise à tra­vers la chaîne des signifiants.

[24] Pré­face du dis­cours contre les ico­no­clastes de Nicé­phone le Patriarche, tra­duit et pré­sen­té par Marie-José Mond­zain, Paris, Klinck­siek, coll.d’Esthétique, 1989.

25] Le Patriot Act, adop­té au len­de­main des atten­tats du 11/9, per­met au pou­voir exé­cu­tif d’incarcérer sans juge­ment, tout étran­ger en rela­tion avec des groupes dési­gnés comme ter­ro­ristes. Un arrê­té pré­si­den­tiel per­met­tait de les juger devant des tri­bu­naux mili­taires spé­ciaux. Le Mili­ta­ry Com­mis­sions Act of 2006 intro­duit les com­mis­sions mili­taires dans la loi et étend consi­dé­ra­ble­ment la notion « d’ennemi com­bat­tant illé­gal », puisque non seule­ment un étran­ger n’ayant jamais quit­té le sol des USA, mais aus­si un citoyen amé­ri­cain peut être dési­gné comme tel. Cepen­dant, contrai­re­ment aux « ter­ro­ristes » étran­gers, les res­sor­tis­sants US devaient être jugés devant des juri­dic­tions civiles. Lire : « [Enne­mi de l’Empire », C’est cette der­nière limite à la toute puis­sance de l’exécutif qui vient de tom­ber par la pro­mul­ga­tion, le 31 décembre 2011, par le pré­sident Oba­ma du Natio­nal Defense Autho­ri­za­tion Act qui auto­rise la déten­tion infi­nie, sans pro­cès et sans incul­pa­tion, de tout citoyens éta­su­nien dési­gné comme enne­mi par le pou­voir exé­cu­tif, met­tant défi­ni­ti­ve­ment fin à l’existence de l’Habeas Cor­pus sur le ter­ri­toire de l’Empire.

[26] Ce qui a été abo­li de l’intérieur revient à l’extérieur écrit Freud à pro­pos du cas Schre­ber. Quant à Jacques Lacan, il énonce : « ce qui n’est pas sym­bo­li­sé, donc ce qui n’a pas d’inscription au niveau du sys­tème psy­chique, fait retour au sujet par l’extérieur, par le dehors et dans le réel ».

[27] Si le refou­le­ment est quelque chose qui est ins­crit et oublié, et qui, à cer­tains moments, fait retour, la for­clu­sion par-contre n’est pas ins­crite et se signale par un vide, par un trou, dans le sys­tème symbolique.

Source de l’ar­ticle : mon­dia­li­sa­tion