Facebook : la France a demandé des infos sur 2 885 internautes au premier semestre

Les auto­ri­tés fran­çaises s’étaient mon­trées extrê­me­ment vigi­lantes contre les conte­nus per­çus comme de l’apologie du ter­ro­risme.

La France est le qua­trième pays au monde qui demande le plus d’in­for­ma­tions sur les uti­li­sa­teurs à Face­book, et le troi­sième à deman­der le plus de sup­pres­sions de conte­nus. Mais sa curio­si­té reste stable sur le der­nier semestre.

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Face­book a publié mer­cre­di son nou­veau rap­port des demandes gou­ver­ne­men­tales, qui divulgue pays par pays le nombre de demandes offi­cielles d’informations concer­nant des uti­li­sa­teurs du réseau social, et le nombre de conte­nus que les États ont deman­dé à faire blo­quer. Le nou­veau rap­port couvre le pre­mier semestre 2015.

Au niveau inter­na­tio­nal, les demandes de don­nées ont connu sur cette période une crois­sance de 18 %, avec 41 214 requêtes reçues par Face­book de la part des auto­ri­tés judi­ciaires ou admi­nis­tra­tives des dif­fé­rents pays, contre 35 051 requêtes au der­nier semestre 2014.

Chaque réqui­si­tion pou­vant concer­ner plu­sieurs comptes, c’est au total 57 551 comptes Face­book qui ont fait l’objet de demandes d’informations qui peuvent être de nature très diverses : iden­ti­té de l’internaute, adresse e‑mail uti­li­sée pour créer le compte, adresse IP, mes­sages pri­vés, liste des amis, jour­nal de connexion, géo­lo­ca­li­sa­tion…. tout ce que pos­sède Face­book peut poten­tiel­le­ment faire l’objet de demandes.

La France est très curieuse mais s’en explique mal

Dans le clas­se­ment, la France est le qua­trième pays qui demande le plus d’informations sur les uti­li­sa­teurs, avec 2 520 requêtes offi­ciel­le­ment reçues des auto­ri­tés judi­ciaires ou admi­nis­tra­tives, concer­nant 2 847 comptes. C’est un volume stable par rap­port au semestre pré­cé­dent qui avait vu la France deman­der des infor­ma­tions sur 2 885 inter­nautes.

Mais seule­ment 45,50 % des demandes fran­çaises abou­tissent à la four­ni­ture totale ou par­tielle d’informations à la France, ce qui dénote d’un manque de jus­ti­fi­ca­tions sérieuses ou de res­pect des pro­cé­dures impo­sées par Face­book, pour plus d’une demande sur deux. « Cha­cune des demandes que nous rece­vons fait l’objet d’une véri­fi­ca­tion de sa vali­di­té juri­dique et nous reje­tons ou deman­dons plus de pré­ci­sions sur les requêtes qui sont trop larges ou trop vagues », explique le réseau social.

Le manque de qua­li­té des demandes fran­çaises est une carac­té­ris­tique que l’on retrouve glo­ba­le­ment dans tous les rap­ports de trans­pa­rence émis par les géants du Web, mais qui tend à s’améliorer. Jamais Face­book n’avait répon­du à une pro­por­tion aus­si impor­tante de demandes de la France qu’au pre­mier semestre 2015.

Le pays qui demande le plus de don­nées reste de loin les États-Unis, qui ont réqui­si­tion­né des don­nées sur 26 579 inter­nautes. Mais les USA peuvent alors agir soit en leur propre nom, soit au titre de l’entraide judi­ciaire à l’encontre d’une entre­prise dont le siège est basé en Cali­for­nie. Faute de détails, il est impos­sible de connaître la part des deux.

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La France 3ème deman­deur de cen­sure de conte­nus

Par ailleurs, les États ont col­lec­ti­ve­ment deman­dé la res­tric­tion de l’accès à 20 568 conte­nus publiés sur Face­book, ce qui repré­sente une aug­men­ta­tion spec­ta­cu­laire de 112 % de la cen­sure d’origine éta­tique par rap­port au der­nier semestre 2014.

La France est le troi­sième pays au monde qui demande le plus de sup­pres­sions de conte­nus avec 295 conte­nus fai­sant l’objet de demandes de cen­sure au pre­mier semestre 2015. C’est énor­mé­ment plus que sur la période pré­cé­dente (22 conte­nus res­treints seule­ment), et plus de 3 fois supé­rieur au pré­cé­dent record de 80 conte­nus sup­pri­més au der­nier semestre 2013.

Cette explo­sion de conte­nus sup­pri­més à la demande des auto­ri­tés fran­çaises s’explique très cer­tai­ne­ment par les atten­tats com­mis contre Char­lie Heb­do et l’épicerie juive de la porte de Vin­cennes, en jan­vier 2015. Les auto­ri­tés fran­çaises s’étaient mon­trées extrê­me­ment vigi­lantes contre les conte­nus per­çus comme de l’apologie du ter­ro­risme. Face­book explique pour sa part qu’il a blo­qué des conte­nus qui concernent le néga­tion­nisme et l’apologie du ter­ro­risme.

15 autres pays dans le monde font sup­pri­mer loca­le­ment des conte­nus spé­ci­fiques, qui sont inter­dits par leurs lois mais pas de façon uni­ver­selle. Les prin­ci­paux deman­deurs de blo­cages de conte­nus sont l’Inde (15 155 conte­nus visés), la Tur­quie (4 496), la France (295), Israël (195), l’Allemagne (188) et l’Autriche (170).

Le nombre des conte­nus blo­qués offi­ciel­le­ment à la demande des États reste tou­te­fois extrê­me­ment faible au regard des 1,5 mil­liards d’utilisateurs qui fré­quentent Face­book presque tous les jours, et des dizaines de mil­liards d’informations qu’ils publient chaque jour. L’essentiel de la cen­sure se fait sans l’intervention directe des auto­ri­tés natio­nales, par le biais de la modé­ra­tion réa­li­sée par les équipes de Face­book avec l’aide des inter­nautes eux-mêmes, qui signalent les conte­nus illi­cites ou immo­raux. Et une par­tie de la cen­sure éta­tique se cache der­rière cette modé­ra­tion pour laquelle Face­book ne com­mu­nique aucun chiffre. D’où l’importance d’exiger la trans­pa­rence sur ces chiffres-là aus­si.

Guillaume Cham­peau — 12 novembre 2015

source de l’ar­ticle : nume­ra­ma