Invincibles, les flottilles de la liberté se multiplient

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon a suggéré que les nations empêchent leurs citoyens de prendre la mer...

5 juin 2011

Un nou­veau mémo­rial flam­bant neuf se dresse au centre du port endom­ma­gé de Gaza. Flan­qué des dra­peaux des dif­fé­rents pays dont les citoyens ont ten­té d’atteindre Gaza en bateau pour mettre en avant le siège impi­toyable de Gaza, le mémo­rial porte les noms des mili­tants du mou­ve­ment turc de la soli­da­ri­té qui sont morts il y a un an quand les membres d’un com­man­dé israé­lien arri­vés par les airs au des­sus de la Flot­tille de la Liber­té ont tiré avec des fusils mitrailleurs, fai­sant 9 morts et plus de 50 bles­sés par­mi les civils qui se trou­vaient sur le bateau.

Un an après l’attaque illé­gale israé­lienne de la flot­tille et l’enlèvement de plus de 600 civils dans les eaux inter­na­tio­nales, le port de Gaza four­mille de gens pleins d’énergie : ils sont venus com­mé­mo­rer les morts et annon­cer les bateaux de la Flot­tille numé­ro deux qui vont arri­ver pro­chai­ne­ment à Gaza. Le pre­mier ministre pales­ti­nien Ismail Haniya fait un dis­cours pour remer­cier les mili­tants turcs et leur gou­ver­ne­ment pour leur sou­tien indé­fec­tible à la Pales­tine.

Depuis les bateaux “Free Gaza” arri­vés en 2008 — les pre­miers bateaux à bri­ser le blo­cus et les pre­miers bateaux à s’amarrer dans les docks de Gaza depuis qu’Israël à inves­ti la bande de Gaza en 1967- le mou­ve­ment qui amène des bateaux à Gaza s’est déve­lop­pé de manière expo­nen­tielle. Free Gaza a réus­si à ren­trer cinq fois dans le port de Gaza et quatre autres expé­di­tions ont été vio­lem­ment contre­car­rées par la marine israé­lienne.

L’expédition mari­time de 2008 a été inter­rom­pue par un navire de guerre israé­lien qui a arrai­son­né un bateau de Free Gaza trans­por­tant du maté­riel médi­cal, des mili­tants non vio­lents, des chi­rur­giens et des jour­na­listes. La ten­ta­tive de 2009 a avor­té quand les sol­dats israé­liens sont mon­tés à l’abordage et se sont mis à battre et à kid­nap­per les pas­sa­gers qui se trou­vaient pour­tant dans les eaux inter­na­tio­nales. En juin 2009, un autre bateau a été stop­pé par la marine israé­lienne et ses pas­sa­gers ont été kid­nap­pés et dépor­tés.

Les dif­fé­rents bateaux trans­por­taient des mili­tants non vio­lents, des jour­na­listes de presse et de télé­vi­sion, des par­le­men­taires euro­péens, des Juifs soli­daires de la Pales­tine dont des sur­vi­vants de l’holocauste et des mili­tants et des jour­na­listes israé­liens et même des Pales­ti­niens qui ne peuvent pas sor­tir de Gaza pour aller étu­dier dans des uni­ver­si­tés étran­gères ou qui n’ont pas le droit de ren­trer à Gaza pour rejoindre leurs familles.

Israël bloque le pas­sage des bateaux qui veulent ren­trer et sor­tir de Gaza sous le pré­texte de la sécu­ri­té pour soi-disant empê­cher que des armes de contre­bande n’entrent à Gaza. Dans tous les bateaux qui ont été arrai­son­nés et emme­nés de force en Israël on n’a trou­vé que de l’approvisionnement huma­ni­taire. Loin de défaire le mou­ve­ment des bateaux vers Gaza, les agres­sions d’Israël ont eu l’effet inverse.

Des bateaux en pro­ve­nance de Libye, de Malai­sie et un bateau trans­por­tant des mili­tants juifs ont fait route sur Gaza et ont été blo­qués par des navires de guerre israé­liens avant d’arriver à la bande de Gaza. Il y a deux semaines, des sol­dats israé­liens ont tiré sur un navire d’aide huma­ni­taire malai­sien qui trans­por­tait des cana­li­sa­tions pour un pro­jet sani­taire à Gaza et l’ont obli­gé à aller dans un port égyp­tien.

En mai 2010, Free Gaza, sou­te­nu par l’organisation huma­ni­taire turque IHH, a envoyé à nou­veau des bateaux et des mili­tants vers la bande de Gaza assié­gée, cette fois accom­pa­gnés par la grand bateau turc le Mavi Mar­ma­ra. Quand les six navires de la Flot­tille de la Liber­té et leurs 600 pas­sa­gers ont appro­ché Gaza, les com­man­dos israé­liens se sont mis à tirer avec des fusils mitrailleurs sur les navires qui se trou­vaient dans les eaux inter­na­tio­nales. Grâce à la retrans­mis­sion par satel­lite, l’assaut a été enre­gis­tré et retrans­mis à des spec­ta­teurs incré­dules à Gaza et dans le monde entier.

Keven Niesh, un mili­tant cana­dien de 53 ans qui se trou­vait à bord du Mavi Mar­ma­ra a décrit les meurtres. “Il y avait plu­sieurs hommes qui avaient deux impacts de balles côte à côte sur le côté de la tête ‑ils ont clai­re­ment été exé­cu­tés” a dit Neish à Coun­ter Punch dans un inter­view après le mas­sacre de la Flot­tille l’année der­nière.

Les mili­tants inter­na­tio­naux ne se sont pas lais­sés décou­ra­ger par les mas­sacres de l’année der­nière et ils ont orga­ni­sé la Flot­tille de la Liber­té numé­ro 2 qui doit prendre la mer dans un mois avec au moins 10 bateaux et plus de 1000 mili­tants. Des bateaux cana­diens et éta­su­niens se join­dront à l’Europe, la Tur­quie et d’autres pays.

Tout de suite après le mas­sacre de l’année der­nière, les auto­ri­tés égyp­tiennes ont ouvert par­tiel­le­ment le pas­sage de Rafah. Pour faire taire les cri­tiques, les auto­ri­tés israé­liennes ont ensuite annon­cé un allè­ge­ment du siège de Gaza. Mathilde De Ried­mat­ten, du Comi­té Inter­na­tio­nal de la Croix Rouge (CICR), a fait remar­quer dans un inter­view de mai 2011 que “l’entrée des mar­chan­dises dans Gaza est tou­jours très limi­té non seule­ment en termes de quan­ti­tés mais en termes de choix de pro­duits auto­ri­sés.”

Plus récem­ment les auto­ri­tés égyp­tiennes ont annon­cé l’ouverture conti­nue du pas­sage de Rafah. Le Centre pales­ti­nien des droits de l’homme (CPDH) cepen­dant note que ce chan­ge­ment n’aura pas d’impact sur les impor­ta­tions ni les expor­ta­tions ni sur l’économie de Gaza. “Ces pro­cé­dures ne sou­la­ge­ront pas les souf­frances des civils Pales­ti­niens ni ne chan­ge­ront la situa­tion éco­no­mique cau­sée par le strict blo­cus impo­sé à la bande de Gaza” selon le CPDH.

Le CPDH demande “que soit levé le siège israé­lien impo­sé à la bande de Gaza, que les bar­rages soient ouverts pour per­mettre les tran­sac­tions com­mer­ciales et la liber­té de mou­ve­ment des per­sonnes y com­pris les mou­ve­ments entre la bande de Gaza et la Cis­jor­da­nie par les points de pas­sage contrô­lés par les forces d’occupation israé­liennes.”

Le siège de Gaza a un impact sur l’eau potable (95% de l’eau de Gaza a une qua­li­té infé­rieure aux normes de l’organisation mon­diale de la san­té), le sys­tème sani­taire ( les eaux usées sont pom­pées quo­ti­dien­ne­ment dans la mer par manque de capa­ci­té de sto­ckage), et les sec­teurs de l’agriculture et de la pèche (les sol­dats israé­liens tirent tous les jours sur les pécheurs et les fer­miers). Les niveaux du chô­mage et de la mal­nu­tri­tion montent en flèche, il y a sans arrêt des pannes d’électricité qui endom­magent le maté­riel hos­pi­ta­lier et les Pales­ti­niens conti­nuent de vivre dans ce que de plus en plus de per­sonnes exté­rieures appellent “une pri­son à ciel ouvert”. Le pia­niste de renom, Anton Kuer­ti, qui sou­tient le bateau cana­dien pour Gaza, dit que le siège a fait de Gaza un endroit “qui res­semble trait pour trait à un camp de concen­tra­tion”.

Le secré­taire géné­ral de l’ONU, Ban Ki-moon a sug­gé­ré que les nations empêchent leurs citoyens de prendre la mer en disant que les gou­ver­ne­ments devraient “uti­li­ser leur influence pour décou­ra­ger de telles flot­tilles qui peuvent engen­drer une esca­lade de la vio­lence.”

L’avocat de free Gaza dit que ’la flot­tille ne viole aucune loi inter­na­tio­nale ni aucune loi mari­time de sorte qu’une inter­dic­tion abso­lue de navi­guer vers Gaza viole le droit des Pales­ti­niens de contrô­ler leurs propres ports et leur propre vie.”

La Tur­quie a deman­dé à Israël de s’excuser et d’indemniser les familles des mili­tants assas­si­nés et le ministre des affaires étran­gères turc Ahmet Davu­to­glu a dit sur la chaîne de télé­vi­sion NTV que ” la Tur­quie répon­drait comme il se doit à une autre pro­vo­ca­tion d’Israël en haute mer.”

Tout comme free Gaza, le but de la grande flot­tille est de mettre fin au siège de Gaza. Le bateau cana­dien pour Gaza (CBG) “remet­tra en ques­tion la poli­tique étran­gère cana­dienne et le sou­tien incon­di­tion­nel aux crimes de guerre israé­liens par le gou­ver­ne­ment actuel.”

David Heap, un mili­tant très enga­gé de “Un bateau cana­dien pour Gaza”, dit que les par­ti­ci­pants de la flot­tille de la liber­té n’ont pas peur. “Nos gou­ver­ne­ments tra­hissent les Pales­ti­niens de Gaza, la socié­té civile doit prendre la relève.”

Eva Bart­lett

Pour consul­ter l’original : http://www.ipsnews.net/news.asp?idn…

Tra­duc­tion : Domi­nique Muse­let

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