Les mesures d’austérité décidées par le gouvernement actuel constituent des attaques directes contre le secteur associatif. Derrière l’argument budgétaire se dessine une tendance très préoccupante : celle d’un affaiblissement progressif des contre-pouvoirs.
Dans ce contexte, le blocage des subsides d’IEB et de son équivalent néerlandophone, le BRAL, ne peut être réduit à une simple logique d’austérité. Il s’apparente à une véritable procédure bâillon, susceptible de compromettre la capacité d’IEB et du BRAL à poursuivre leur travail essentiel d’analyse, de veille et d’interpellation au service de la Région bruxelloise et de ses habitant·es. Et ce travail est plus que jamais nécessaire.
Citons seulement trois mesures, loin d’être des cas isolés, qui rendent Bruxelles chaque jour un peu moins vivable : les transports publics – et donc notre capacité à nous déplacer dans notre ville – sont bouleversés par le chantier du métro 3 ; des militaires sont déployés dans l’espace public au nom d’une politique répressive, stigmatisante et inutile de « lutte contre le narcotrafic » ; les personnes sans-papiers risquent d’être traquées jusque dans leurs domiciles…
Depuis longtemps, ces enjeux font l’objet d’analyses rigoureuses portées par le tissu associatif, qui soutiennent directement notre capacité à nous organiser, à critiquer et à proposer des alternatives désirables. Soutenir IEB et BRAL aujourd’hui, c’est défendre bien plus que des organisations : c’est refuser que des considérations politiques ou budgétaires servent à réduire au silence celles et ceux qui contribuent, au quotidien, à l’intérêt général.
Communiqué d’iEB
Les subsides régionaux perçus par Inter-Environnement Bruxelles (IEB), qui financent son travail en mobilité et en environnement, risquent de ne pas être reconduits par le nouveau gouvernement régional. L’argument avancé pour justifier cette suppression pure et simple, à savoir « les procédures judiciaires intentées par IEB contre la Région » [1], ne tient pas la route et masque les nombreuses missions qui composent notre action associative. N’est-ce pas plutôt la liberté associative et les contre-pouvoirs que le gouvernement régional cherche à affaiblir ?
IEB reçoit des subsides en mobilité et en environnement afin d’œuvrer à « l’amélioration de l’environnement urbain et du cadre de vie en Région de Bruxelles-Capitale », pour reprendre les termes de l’Ordonnance qui encadre ce financement. L’objectif visé par cette Ordonnance est « la pérennisation » de l’action associative à travers un « financement pluriannuel » [2] d’une durée de cinq ans.
Préalablement à l’octroi du subside, les associations doivent obtenir un agrément qui est soumis au contrôle de l’administration et à l’avis des organes consultatifs compétents, en l’occurrence la Commission régionale de la mobilité (CRM) et le Conseil de l’Environnement. Ces deux instances ont émis un avis positif sur les demandes d’IEB et l’agrément en mobilité a été entériné le mois dernier par un arrêté [3]. Pourtant, IEB est l’une des très rares associations agréées auxquelles le Gouvernement régional refuse pour l’instant un financement pluriannuel en mobilité, un refus susceptible de s’appliquer prochainement aux subsides en environnement.
Nos recours ne sont pas financés par les subsides
Pour justifier la non-reconduction de notre financement régional, le Ministre des Finances a évoqué nos procédures judiciaires. Pourtant, qu’ils visent des permis d’urbanisme ou certaines ordonnances [4], nos recours reposent entièrement sur nos fonds propres, alimentés par des dons. Supprimer nos subsides n’aura donc aucun impact sur notre capacité à porter en justice des projets qui nuisent à l’environnement urbain et au cadre de vie des Bruxellois.es.
Nos recours visent à faire respecter le droit
Si IEB est en mesure d’intenter des procédures judiciaires contre certains projets, c’est notamment parce qu’ils sont autorisés sur base de dérogations souvent très importantes au cadre réglementaire en vigueur. En contraignant les demandeurs de permis à respecter la législation, nos recours permettent de garantir l’effectivité de celle-ci. Si la Région veut éviter les procédures judiciaires, pourquoi ne pas veiller à respecter le cadre réglementaire existant, notamment en cessant de délivrer des permis dérogatoires, plutôt que de supprimer nos subsides ?
L’action d’IEB sert la démocratie urbaine
Notre action judiciaire ne constitue qu’un des multiples volets de notre travail. Sans les subsides pluriannuels octroyés par la Région, ce sont toutes nos missions de base qui devront être adaptées voire abandonnées : information et sensibilisation des habitants et usagers sur les projets ayant un impact sur la mobilité et l’environnement ; soutien aux comités de quartiers et groupes locaux pour assurer la défense des intérêts collectifs et la préservation du cadre de vie urbain ; participation à la concertation et en particulier à la Commission régionale de la mobilité et au Conseil de l’environnement, instances consultatives dont les avis permettent d’améliorer, voire amender les projets régionaux. Contrairement à ce que suggère la focalisation sur notre action judiciaire, Inter-Environnement mène un travail au service de la Région et de ses habitants.
Sans même parler des conséquences sur le personnel, supprimer les subsides d’IEB affecterait fortement les multiples actions nécessaires au débat public et à la démocratie urbaine. Motivée de manière fallacieuse par notre action judiciaire, la coupe pure et simple de nos financements apparaît plutôt comme une sanction à l’encontre des voix qui déplaisent au Gouvernement régional et une tentative d’affaiblir le contre-pouvoir qu’est Inter-Environnement Bruxelles.
Soutenir IEB !
Pour rappeler aux ministres et secrétaires d’État, l’importance de l’existence et du soutien aux associations, et en l’occurrence d’IEB, nous avons besoin de votre appui. Celui-ci peut prendre plusieurs formes.
Dans l’immédiat,
- Nous vous proposons d’interpeller le gouvernement, en particulier le Ministre-président Boris Dilliès, la Secrétaire d’État Ans Persoons et le Ministre Dirk De Smedt en vous inspirant du courrier type joint au présent message : info.dillies@gov.brussels, apersoons@gov.brussels, info.desmedt@gov.brussels. Vous pouvez aussi vous inspirer de ces quelques marques de soutien déjà reçues.
- Ajoutez une phrase personnelle sur l’aide qu’IEB vous a apportée (ex : « Grâce à IEB, notre comité de quartier a pu comprendre l’impact du projet X… »). Les témoignages concrets touchent davantage que les copier-coller.
- Mettez-nous en copie via l’adresse info@ieb.be afin que nous puissions évaluer l’impact de cette action. Sauf demande d’anonymat explicite de votre part, nous diffuserons certaines marques de soutien (réseaux sociaux, site web ou newsletter).
- Relayez notre appel dans vos réseaux, sur vos terrains, sur le net.
Enfin, toute aide financière, même minime, nous serait très utile. Pour ce faire, rendez-vous sur civicrm.ieb.be.
[1] « Stadsbewegingen Bral en IEB grijpen voorlopig naast subsidie van Brusselse regering », Bruzz, 3/4/2026.
[2] Ordonnance du 04/09/2008 relative au subventionnement des associations et des projets ayant pour objectif l’amélioration de l’environnement urbain et du cadre de vie en Région de Bruxelles-Capitale, MB 30/08/2009.
[3] Arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale agréant l’asbl Inter-Environnement Bruxelles, MB 4/3/2026. L’agrément en environnement, quant à lui, n’a pas encore été entériné.
[4] Par ex. l’Ordonnance instituant une procédure d’instruction spécifique d’une demande de permis d’urbanisme relative à la déconstruction de l’intérieur du Palais du Midi (MB 11/10/2023), qui est un texte élaboré sur mesure pour accélérer la démolition-reconstruction du bâtiment par le biais d’un raccourcissement des délais de procédure.
