Le gouvernement régional va-t-il bâillonner IEB ?

IEB (Inter-Envi­ron­ne­ment Bruxelles)

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Cet article est paru dans la Lettre d’in­fo de IEB le 15 avril 2026.

Les mesures d’austérité déci­dées par le gou­ver­ne­ment actuel consti­tuent des attaques directes contre le sec­teur asso­cia­tif. Der­rière l’argument bud­gé­taire se des­sine une ten­dance très pré­oc­cu­pante : celle d’un affai­blis­se­ment pro­gres­sif des contre-pouvoirs.

Dans ce contexte, le blo­cage des sub­sides d’IEB et de son équi­valent néer­lan­do­phone, le BRAL, ne peut être réduit à une simple logique d’austérité. Il s’apparente à une véri­table pro­cé­dure bâillon, sus­cep­tible de com­pro­mettre la capa­ci­té d’IEB et du BRAL à pour­suivre leur tra­vail essen­tiel d’analyse, de veille et d’interpellation au ser­vice de la Région bruxel­loise et de ses habitant·es. Et ce tra­vail est plus que jamais nécessaire.

Citons seule­ment trois mesures, loin d’être des cas iso­lés, qui rendent Bruxelles chaque jour un peu moins vivable : les trans­ports publics – et donc notre capa­ci­té à nous dépla­cer dans notre ville – sont bou­le­ver­sés par le chan­tier du métro 3 ; des mili­taires sont déployés dans l’espace public au nom d’une poli­tique répres­sive, stig­ma­ti­sante et inutile de « lutte contre le nar­co­tra­fic » ; les per­sonnes sans-papiers risquent d’être tra­quées jusque dans leurs domiciles…

Depuis long­temps, ces enjeux font l’objet d’analyses rigou­reuses por­tées par le tis­su asso­cia­tif, qui sou­tiennent direc­te­ment notre capa­ci­té à nous orga­ni­ser, à cri­ti­quer et à pro­po­ser des alter­na­tives dési­rables. Sou­te­nir IEB et BRAL aujourd’hui, c’est défendre bien plus que des orga­ni­sa­tions : c’est refu­ser que des consi­dé­ra­tions poli­tiques ou bud­gé­taires servent à réduire au silence celles et ceux qui contri­buent, au quo­ti­dien, à l’intérêt général.

Communiqué d’iEB

Les sub­sides régio­naux per­çus par Inter-Envi­ron­ne­ment Bruxelles (IEB), qui financent son tra­vail en mobi­li­té et en envi­ron­ne­ment, risquent de ne pas être recon­duits par le nou­veau gou­ver­ne­ment régio­nal. L’argument avan­cé pour jus­ti­fier cette sup­pres­sion pure et simple, à savoir « les pro­cé­dures judi­ciaires inten­tées par IEB contre la Région » [1], ne tient pas la route et masque les nom­breuses mis­sions qui com­posent notre action asso­cia­tive. N’est-ce pas plu­tôt la liber­té asso­cia­tive et les contre-pou­voirs que le gou­ver­ne­ment régio­nal cherche à affaiblir ?

IEB reçoit des sub­sides en mobi­li­té et en envi­ron­ne­ment afin d’œuvrer à « l’amélioration de l’environnement urbain et du cadre de vie en Région de Bruxelles-Capi­tale », pour reprendre les termes de l’Ordonnance qui encadre ce finan­ce­ment. L’objectif visé par cette Ordon­nance est « la péren­ni­sa­tion » de l’action asso­cia­tive à tra­vers un « finan­ce­ment plu­ri­an­nuel » [2] d’une durée de cinq ans.

Préa­la­ble­ment à l’octroi du sub­side, les asso­cia­tions doivent obte­nir un agré­ment qui est sou­mis au contrôle de l’administration et à l’avis des organes consul­ta­tifs com­pé­tents, en l’occurrence la Com­mis­sion régio­nale de la mobi­li­té (CRM) et le Conseil de l’Environnement. Ces deux ins­tances ont émis un avis posi­tif sur les demandes d’IEB et l’agrément en mobi­li­té a été enté­ri­né le mois der­nier par un arrê­té [3]. Pour­tant, IEB est l’une des très rares asso­cia­tions agréées aux­quelles le Gou­ver­ne­ment régio­nal refuse pour l’instant un finan­ce­ment plu­ri­an­nuel en mobi­li­té, un refus sus­cep­tible de s’appliquer pro­chai­ne­ment aux sub­sides en environnement.

Nos recours ne sont pas financés par les subsides

Pour jus­ti­fier la non-recon­duc­tion de notre finan­ce­ment régio­nal, le Ministre des Finances a évo­qué nos pro­cé­dures judi­ciaires. Pour­tant, qu’ils visent des per­mis d’urbanisme ou cer­taines ordon­nances [4], nos recours reposent entiè­re­ment sur nos fonds propres, ali­men­tés par des dons. Sup­pri­mer nos sub­sides n’aura donc aucun impact sur notre capa­ci­té à por­ter en jus­tice des pro­jets qui nuisent à l’environnement urbain et au cadre de vie des Bruxellois.es.

Nos recours visent à faire respecter le droit

Si IEB est en mesure d’intenter des pro­cé­dures judi­ciaires contre cer­tains pro­jets, c’est notam­ment parce qu’ils sont auto­ri­sés sur base de déro­ga­tions sou­vent très impor­tantes au cadre régle­men­taire en vigueur. En contrai­gnant les deman­deurs de per­mis à res­pec­ter la légis­la­tion, nos recours per­mettent de garan­tir l’effectivité de celle-ci. Si la Région veut évi­ter les pro­cé­dures judi­ciaires, pour­quoi ne pas veiller à res­pec­ter le cadre régle­men­taire exis­tant, notam­ment en ces­sant de déli­vrer des per­mis déro­ga­toires, plu­tôt que de sup­pri­mer nos subsides ?

L’action d’IEB sert la démocratie urbaine

Notre action judi­ciaire ne consti­tue qu’un des mul­tiples volets de notre tra­vail. Sans les sub­sides plu­ri­an­nuels octroyés par la Région, ce sont toutes nos mis­sions de base qui devront être adap­tées voire aban­don­nées : infor­ma­tion et sen­si­bi­li­sa­tion des habi­tants et usa­gers sur les pro­jets ayant un impact sur la mobi­li­té et l’environnement ; sou­tien aux comi­tés de quar­tiers et groupes locaux pour assu­rer la défense des inté­rêts col­lec­tifs et la pré­ser­va­tion du cadre de vie urbain ; par­ti­ci­pa­tion à la concer­ta­tion et en par­ti­cu­lier à la Com­mis­sion régio­nale de la mobi­li­té et au Conseil de l’environnement, ins­tances consul­ta­tives dont les avis per­mettent d’améliorer, voire amen­der les pro­jets régio­naux. Contrai­re­ment à ce que sug­gère la foca­li­sa­tion sur notre action judi­ciaire, Inter-Envi­ron­ne­ment mène un tra­vail au ser­vice de la Région et de ses habitants.

Sans même par­ler des consé­quences sur le per­son­nel, sup­pri­mer les sub­sides d’IEB affec­te­rait for­te­ment les mul­tiples actions néces­saires au débat public et à la démo­cra­tie urbaine. Moti­vée de manière fal­la­cieuse par notre action judi­ciaire, la coupe pure et simple de nos finan­ce­ments appa­raît plu­tôt comme une sanc­tion à l’encontre des voix qui déplaisent au Gou­ver­ne­ment régio­nal et une ten­ta­tive d’affaiblir le contre-pou­voir qu’est Inter-Envi­ron­ne­ment Bruxelles.

Soutenir IEB !

Pour rap­pe­ler aux ministres et secré­taires d’État, l’importance de l’existence et du sou­tien aux asso­cia­tions, et en l’occurrence d’IEB, nous avons besoin de votre appui. Celui-ci peut prendre plu­sieurs formes.

Dans l’immédiat,

  • Nous vous pro­po­sons d’interpeller le gou­ver­ne­ment, en par­ti­cu­lier le Ministre-pré­sident Boris Dilliès, la Secré­taire d’État Ans Per­soons et le Ministre Dirk De Smedt en vous ins­pi­rant du cour­rier type joint au pré­sent mes­sage : info.dillies@gov.brussels, aper­soons@gov.brussels, info.desmedt@gov.brussels. Vous pou­vez aus­si vous ins­pi­rer de ces quelques marques de sou­tien déjà reçues.
  • Ajou­tez une phrase per­son­nelle sur l’aide qu’IEB vous a appor­tée (ex : « Grâce à IEB, notre comi­té de quar­tier a pu com­prendre l’impact du pro­jet X… »). Les témoi­gnages concrets touchent davan­tage que les copier-col­ler.
  • Met­tez-nous en copie via l’adresse info@ieb.be afin que nous puis­sions éva­luer l’impact de cette action. Sauf demande d’anonymat expli­cite de votre part, nous dif­fu­se­rons cer­taines marques de sou­tien (réseaux sociaux, site web ou newsletter).
  • Relayez notre appel dans vos réseaux, sur vos ter­rains, sur le net.

Enfin, toute aide finan­cière, même minime, nous serait très utile. Pour ce faire, ren­dez-vous sur civicrm.ieb.be.


[1« Stad­sbe­we­gin­gen Bral en IEB gri­j­pen voor­lo­pig naast sub­si­die van Brus­selse rege­ring », Bruzz, 3/4/2026.

[2Ordon­nance du 04/09/2008 rela­tive au sub­ven­tion­ne­ment des asso­cia­tions et des pro­jets ayant pour objec­tif l’amélioration de l’environnement urbain et du cadre de vie en Région de Bruxelles-Capi­tale, MB 30/08/2009.

[3Arrê­té du Gou­ver­ne­ment de la Région de Bruxelles-Capi­tale agréant l’asbl Inter-Envi­ron­ne­ment Bruxelles, MB 4/3/2026. L’agrément en envi­ron­ne­ment, quant à lui, n’a pas encore été entériné.

[4Par ex. l’Ordonnance ins­ti­tuant une pro­cé­dure d’instruction spé­ci­fique d’une demande de per­mis d’urbanisme rela­tive à la décons­truc­tion de l’intérieur du Palais du Midi (MB 11/10/2023), qui est un texte éla­bo­ré sur mesure pour accé­lé­rer la démo­li­tion-recons­truc­tion du bâti­ment par le biais d’un rac­cour­cis­se­ment des délais de procédure.