L’Islande demande des comptes à l’Union européenne

Le gouvernement islandais demande des comptes à l'UE sur le psychodrame que le pays a du subir.

L’Islande, sur la voie d’un désen­det­te­ment rapide, demande des comptes à l’Union euro­péenne

D’a­près un récent rap­port du Fonds Moné­taire Inter­na­tio­nal (FMI), l’Is­lande est sur la voie d’un désen­det­te­ment rapide.

Plus encore : elle demande des comptes : le pré­sident islan­dais Ola­fur Ragnar Grim­sson a deman­dé dimanche à l’U­nion euro­péenne de mener une enquête pour déter­mi­ner com­ment elle a pu per­mettre à la Grande-Bre­tagne et aux Pays-Bas d’exer­cer une telle pres­sion sur l’Is­lande pour ten­ter de trans­fé­rer sur le contri­buable islan­dais les sommes dues par la banque Ice­save en faillite.

Nous applau­di­rons sans modé­ra­tion le gou­ver­ne­ment islan­dais pour sa fer­me­té et son patrio­tisme, et nous ferons obser­ver que le rem­bour­se­ment de dettes pri­vées par le contri­buable, cela s’ap­pelle du détour­ne­ment de fonds publics et, là où la jus­tice fonc­tionne nor­ma­le­ment, cela mérite la paille humide des cachots.

Rap­pel des épi­sodes pré­cé­dents :

En 2008 encore, tout va pour le mieux en Islande : les finances publiques sont saines et le pays est noté Aaa depuis cinq ans par l’a­gence de nota­tion Moo­dy’s.

C’est alors que l’ef­fon­dre­ment de son sys­tème ban­caire hyper­tro­phié a plon­gé ce pays, dans une crise pré­sen­tée comme cata­clys­mique.

Un article de Cour­rier Inter­na­tio­nal fait un par­ral­lèle entre l’Ir­lande et l’Is­lande, toutes deux confron­tées à des faillites ban­caires : la pre­mière, ligo­tée par l’Eu­rope, se débat dans la défla­tion. La seconde, libre de faire des choix sou­ve­rains, serre les dents mais s’aide d’une poli­tique infla­tion­niste et, sur­tout, refuse de lais­ser trans­fé­rer sur le contri­buable les dettes des banques en faillite.

Ce refus lui vaut d’être mise sous une pres­sion intense par la Grande Bre­tagne et les Pays-Bas, sou­te­nus par l’U­nion euro­péenne, qui vou­draient que leurs épar­gnants soient indem­ni­sés par les finances publiques islan­daises.

Lors de deux réfé­ren­dums suc­ces­sifs, les Islan­dais disent non : pas ques­tion que le contri­buable dédom­mage des inves­tis­seurs étran­gers à la place des banques.

Que croyez-vous qu’il se pas­sa après ces deux refus aus­si scan­da­leux selon les normes des mar­chés qui nous gou­vernent ?

L’Is­lande est-elle tom­bée en enfer pour son crime de lèse-mar­ché ? Est-elle mise à l’é­cart de la vie inter­na­tio­nale ?

Que nen­ni.

Toute d’a­bord, c’est en 2010, c’est à dire deux ans seule­ment après le début de la crise, que le FMI com­men­ça à obser­ver un début de redres­se­ment.

Pour être pré­cis, c’est son repré­sen­tant Mark Fla­ni­gan qui décla­rait : “La réces­sion s’est révé­lée moins pro­fonde que pré­vu”. Le modèle social nor­dique a été pré­ser­vé et l’en­det­te­ment décroit pro­gres­si­ve­ment, grâce à une forte déva­lua­tion de la mon­naie (qui a per­du 30 % en deux ans) et à l’in­fla­tion qui atté­nue les dettes. Le chô­mage est for­te­ment retom­bé (de 9,7% à 7,3 %, pour­cen­tage à com­pa­rer à celui de l’Ir­lande : 14,1 %). La reprise se tra­duit en chiffres (1,3 % au troi­sième tri­mestre).

Le pré­sident islan­dais s’en expli­quait déjà sans ambages à Bruxelles : “La dif­fé­rence est qu’en Islande nous avons lais­sé les banques faire faillite, a‑t-il expli­qué. C’étaient des ins­ti­tu­tions pri­vées ; nous n’y avons pas injec­té de l’argent pour les main­te­nir à flot. L’Etat n’a pas à assu­mer cette res­pon­sa­bi­li­té.”

Selon le Prix Nobel d’économie Paul Krug­man, l’Islande s’est rele­vée plus vite parce qu’elle n’a jamais adop­té l’euro. “Elle a for­te­ment déva­lué sa mon­naie et impo­sé un contrôle des capi­taux. Il s’est alors pas­sé quelque chose d’étrange : bien qu’elle ait tra­ver­sé la pire crise finan­cière de l’Histoire, elle a été bien moins lour­de­ment sanc­tion­née que d’autres nations.” Deux ans après le début de la crise, la cou­ronne islan­daise a per­du 30 %, les fon­de­ries d’aluminium tournent à plein régime pour satis­faire la demande étran­gère, tan­dis que les pro­duits locaux ont rem­pla­cé les légumes exo­tiques et autres tomates de serre impor­tés.

Aujourd’­hui, le FMI, qui achève de ver­ser un prêt, marque à nou­veau sa satis­fac­tion.

La can­di­da­ture de l’Is­lande à l’U­nion euro­péenne avance.

Tout ceci mal­gré le psy­cho­drame avec la Grande-Bre­tagne et les Pays-Bas, pays aux­quels les Islan­dais ont fer­me­ment refu­sé d’in­dem­ni­ser aux frais du contri­buable leurs inves­tis­seurs qui avaient per­du de l’argent dans la faillite de la banque Ice­save.

Le der­nier épi­sode montre d’ailleurs que ces inves­tis­seurs vont être indem­ni­sés, mais par par le contri­buable.

En effet, la mai­son mère d’I­ce­save, la banque Land­sban­ki, a annon­cé avoir récu­pé­ré des fonds suf­fi­sants pour rem­bour­ser toutes “les récla­ma­tions prio­ri­taires”. En ver­tu d’une loi adop­tée en Islande après sa crise éco­no­mique de 2008, tous les dépôts ban­caires sont consi­dé­rés comme “récla­ma­tions prio­ri­taires”.

Land­sban­ki a pré­ci­sé qu’a­près le rem­bour­se­ment des épar­gnants lésés, il lui res­te­rait encore 13 mil­liards de cou­ronnes islan­daises (80 mil­lions d’eu­ros).

Cela signi­fie que les 3,9 mil­liards d’eu­ros que la Grande-Bre­tagne et les Pays-Bas ont avan­cés pour indem­ni­ser leurs 340.000 res­sor­tis­sants lésés par la faillite d’I­ce­save peuvent être rem­bour­sés sans mettre les finances publiques islan­daises à contri­bu­tion.

Du coup, main­te­nant, c’est le gou­ver­ne­ment islan­dais qui demande des comptes à l’U­nion euro­péenne sur le psy­cho­drame que le pays a du subir.

Le pré­sident islan­dais Ola­fur Ragnar Grim­sson a deman­dé à l’U­nion euro­péenne de mener une enquête pour déter­mi­ner com­ment elle a pu per­mettre à la Grande-Bre­tagne et aux Pays-Bas d’exer­cer une telle pres­sion sur l’Is­lande dans l’af­faire de la banque en faillite Ice­save.

“Com­ment des Etats membres ont-ils pu accep­ter les absurdes demandes bri­tan­niques et hol­lan­daises ?”, s’est inter­ro­gé M. Grim­sson dans une inter­view à la radio-télé­vi­sion publique RUV. “Cela mérite une enquête”.

M. Grim­sson fait remar­quer que “cette affaire aurait pu être trai­tée de manière rai­son­nable dès le début, qu’il était abso­lu­ment inutile de mettre le peuple islan­dais et notre coopé­ra­tion avec les pays euro­péens dans un tel car­can”.