Petrocaribe : pour un commerce juste et équitable dans les Caraïbes

Après la septième réunion de Managua...

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C’est en 2005 autour de 14 nations que nait l’accord de coopé­ra­tion éner­gé­tique Petro­ca­ribe. L’objectif : par­ve­nir à l’intégration des peuples d’Amérique Cen­trale et des Caraïbes, grâce à la coopé­ra­tion éner­gé­tique, basée sur un modèle d’échange équi­table et favo­rable pour les pays. L’initiative regroupe aujourd’hui dix-huit pays : Anti­gua-et-Bar­bu­da, le Baha­mas, le Belize, Cuba, la com­mu­nau­té de la Domi­nique, le Gua­te­ma­la, Hai­ti, le Hon­du­ras, la Jamaïque, le Nica­ra­gua, la Répu­blique Domi­ni­caine, Saint-Chris­tophe-et-Nié­vès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Gre­na­dines, le Suri­nam et enfin le Vene­zue­la. Ce pro­jet a pour but d’encourager le déve­lop­pe­ment social et éco­no­mique de la région, avec cinq prin­cipes direc­teurs : l’union, la soli­da­ri­té, la coopé­ra­tion, la com­plé­men­ta­ri­té, et la vision du Sud.

Selon les infor­ma­tions de l’entreprise pétro­lière véné­zue­lienne PDVSA, Petro­ca­ribe offre l’approvisionnement éner­gé­tique grâce à des accord finan­ciers pour aug­men­ter la dis­po­ni­bi­li­té des res­sources de déve­lop­pe­ment des pays-membres.

Autre objec­tif : aug­men­ter les capa­ci­tés de pro­duc­tion élec­trique, de raf­fi­nage, de pétro­chi­mie, de sto­ckage et de dis­tri­bu­tion des hydro­car­bures. Cela s’effectue notam­ment avec des échanges de savoirs, des trans­ferts de tech­no­lo­gies ou en créant des entre­prises mixtes bi-natio­nales ou trans-natio­nales.

Ce accord per­met­tra éga­le­ment de réa­li­ser des éco­no­mies et de se tour­ner vers les éner­gies renou­ve­lables. IL sti­mu­le­ra la la pro­duc­tion locale, par le biais de l’échange de biens et ser­vices contre des hydro­car­bures. Enfin l’objectif est de ren­for­cer la sécu­ri­té et la sou­ve­rai­ne­té des nations de la région et de lan­cer des grands pro­jets sociaux et pro­duc­tifs.

Les réus­sites de Petro­ca­ribe

Au cours du 7e conseil des ministres de Petro­ca­ribe qui s’est tenu der­niè­re­ment à Mana­gua, au Nica­ra­gua, le ministre véné­zue­lienne de l’Energie et du pétrole, Rafael Ramí­rez a effec­tué un pre­mier bilan. Il a ain­si mis en exergue le ren­for­ce­ment des capa­ci­tés de sto­ckage, de dis­tri­bu­tion et de créa­tion d’énergie des pays membres. « Chaque jour, envi­ron 92 000 barils d’hydrocarbures appro­vi­sionnent les pays membres, a‑t-il indi­qué, trans­por­tés par les deux car­gos Petión et San­di­no, exclu­si­ve­ment dédiés au trans­port de déri­véés de pétrole ». Le ministre a éga­le­ment sou­li­gné que 176 mil­lions de barils ont été dis­tri­bués depuis 2005, soit une fac­ture de plus de 14 mil­liards de dol­lars, dont près de 6 mil­liards ont déjà été réglés. Selon Rami­rez, la capa­ci­té d’approvisionnement de la région a atteint 262 000 barils, chiffre atteint grâce à la mise en oeuvre de 5 grands pro­jets dans dif­fé­rents pays membres. Rami­rez, qui est éga­le­ment pré­sident de PDVSA, a annon­cé qu’en 2014 la capa­ci­té de pro­duc­tion attein­dra 1 417 000 de barils.

Infra­struc­tures de raf­fi­nage

Pour amé­lio­rer le raf­fi­nage du pétrole brut, trois usines existent déjà : la raf­fi­ne­rie Cami­lo Cien­fue­gos à Cuba, d’une capa­ci­té de 65 milles barils jours (MBJ), Petro­jam en Jamaïque, (34 MBJ) et enfin en Domi­nique, Refi­dom­sa, (36 MBJ). Grâce à un inves­tis­se­ment de de 20,5 mil­liards de dol­lars, la pro­duc­tion de l’usine de Cuba sera por­tée à 150 MDJ à laquelle s’ajoute Her­ma­no Diaz, qui pro­dui­ra 50 MBJ. Enfin une nou­velle usine sera construire à Matan­zas et four­ni­ra 150 MBD. Au Nica­ra­gua c’est un véri­table com­plexe indus­triel « le rêve suprême de Boli­var », ajou­tant encore 150 milles barils par jour. Au total, l’ensemble de la région sera doté d’une capa­ci­té de raf­fi­nage de 570 000 barils par jour.

Déve­lop­per les pro­jets sociaux

Le Fond Alba Caribe, ali­men­té par Petro­ca­ribe a per­mis d’attribuer 179 mil­lions de dol­lars à un ensemble de 85 pro­jets dans 11 pays de la région ain­si que 29 mil­lions pour trois pro­jets élec­triques.

Dans son rap­port, PDVSA explique que « ce méca­nisme de coopé­ra­tion non conven­tion­nel est des­ti­né à la lutte contre l’exclusion et les inéga­li­tés, enten­dues comme phé­no­mènes struc­tu­rels et aux dimen­sions mul­tiples. Il sou­tient le finan­ce­ment de pro­grammes sociaux, avec pour prio­ri­té l’accès aux soins à l’éducation et au loge­ment. Ain­si ces pro­jets sou­tiennent le déve­lop­pe­ment éco­no­mique des peuples ».

Un autre fond, Alba Ali­men­tos, traite des ques­tions agroa­li­men­taires et de l’agriculture. 24,3 mil­lions ont été assi­gnés à 12 pro­jets dans 9 pays dif­fé­rents. A ce sujet, le pré­sident nica­ra­guayen, Daniel Orte­ga, a affir­mé qu’au tra­vers de cet accord « les pro­jets de construc­tion d’infrastructures et sto­ckage et de raf­fi­nage s’unissent avec les pro­jets sociaux, l’ensemble contri­buant à l’échec de la pau­vre­té et au déve­lop­pe­ment inté­gral des peuples signa­taires. Socia­listes et soli­daires, grâce à cet accord, les peuples ont aus­si droit à la culture, à l’éducation et à la science. »

De son côté, le ministre de l’Information et de la mobi­li­sa­tion natio­nale de Gre­nade, Glen Noël, a rele­vé que Petro­ca­ribe a « ren­for­cé l’union de la com­mu­nau­té lati­no-amé­ri­caine et cari­béenne et a per­mis de réduire les coûts de com­bus­tibles par l’échange soli­daire. Tout ceci a ren­du pos­sible que les béné­fices réa­li­sés soient des­ti­nées aux pro­jets sociaux qui ont énor­mé­ment béné­fi­cié à notre nation.

La prio­ri­té au social

Dans un entre­tien avec l’Agence véné­zue­lienne d’Information (AVN) l’économiste véné­zue­lien expert en éner­gie, Luis Alber­to Matos, a rap­pe­lé que lors de la créa­tion de Pae­tro­ca­ribe en 2005, autour de 14 diri­geants d’Amérique Cen­trale et des Caraïbes, la réa­li­té et les pers­pec­tives éner­gé­tiques de la région étaient domi­nées par l’hégémonie des mul­ti­na­tio­nales qui contrô­laient le mar­ché pétro­lier.

« Grâce à Petro­ca­ribe, cette situa­tion a chan­gé, et désor­mais des nations comme Domi­nique, Gre­nade, le Nica­ra­gua, Cuba, Saint Vincent ou la Répu­blique Domi­ni­caine sont en train de construire et de déve­lop­per leur infra­struc­tures pour accueillir, sto­cker et dis­tri­buer du com­bus­tible, cou­vrant ain­si une grande par­tie des besoins éner­gé­tiques de ses habi­tants. »

L’économiste a éga­le­ment remar­qué qu’à la dif­fé­rence d’autres ini­tia­tives com­mu­nau­taires, Petro­ca­ribe a pla­cé le social au des­sus des inté­rêts éco­no­miques, en concen­trant son aide sur ceux qui dis­posent du moins de res­sources éner­gé­tiques. « le Vene­zue­la n’est plus iso­lé, car il fait à la fois par­tie des Caraïbes, de la Grande Colom­bie qu’avait for­mé Simon Boli­var, le Liber­ta­dor, et de l’Amérique du Sud. Nous avons ain­si mis à dis­po­si­tion des nations frères notre expé­rience dans le domaine de l’industrie pétro­lière et avec, notre pro­duc­tion, pour contri­buer à la sécu­ri­té éner­gé­tique de la zone, qui regroupe près de 90 mil­lions d’habitants. Matos sou­ligne aus­si que cet accord a don­né une atten­tion par­ti­cu­lière aux domaines de la san­té, de l’éducation, du loge­ment et de l’assainissement. « Il s’agit de four­nir de l’énergie et des pro­duits, issus de nos hydro­car­bures, en échange de savoirs, biens et ser­vices. On ne veut pas rem­plir des citernes de pétrole brut pour être ali­men­tés de devises sur des comptes ban­caires à l’étranger. Nous vou­lons que tous puissent rece­voir ce qui manque à cha­cun. Cet inves­tis­se­ment social a per­mis aux pays en ques­tion d’affronter moins dure­ment la crise et les risques que dégage le capi­ta­lisme mon­dial ».arton1768.jpg

« Nous n’offrons rien »

L’expert en éner­gie a aus­si affir­mé que l’application de ce méca­nisme d’échange ne signi­fie pas que le gou­ver­ne­ment d’Hugo Cha­vez « offre » la pro­duc­tion du pays, puisque Petro­ca­ribe pro­meut un com­merce juste, basé sur l’échange de biens et ser­vices à des condi­tions pré­fé­ren­tielles. « On n’offre rien à per­sonne. Le Vene­zue­la pro­pose aux pays signa­taires seule­ment des condi­tions de paie­ment plus souples que les condi­tions nor­males » ajoute-t-il.

Les sta­tis­tiques de PDVSA signalent que jusqu’au troi­sième tri­mestre 2011, le Vene­zue­la a obte­nu, en com­pen­sa­tion de la fac­ture pétro­lière de Petro­ca­ribe, un échange de 75 000 tonnes de nour­ri­ture et près de 15 000 têtes de bétail.

A ce sujet, Matos a noté que le Nica­ra­gua a appro­vi­sion­né le Vene­zue­la de veaux, hari­cots, lait, viande ou huile de soja. La Répu­blique domi­ni­caine a négo­cié l’envoi de sirop de glu­cose pour les confi­se­ries, de céréales et graines, et Guya­na, du riz.

« Une des coopé­ra­tion emblé­ma­tique a été celle avec Cuba. Qui peut nier l’immense contri­bu­tion de ce pays pour le Vene­zue­la dans l’amélioration dans les domaines de la san­té, de l’agriculture et du sport, sans oublier la culture ? C’est un échange plus que juste et les cri­tiques for­mu­lées par l’opposition (de droite) n’ont pas de fon­de­ment ».

Source : Agence Véné­zue­lienne d’Information

Tra­duc­tion : G.S. pour www.larevolucionvive.org.ve