Prix Nobel de littrature 1999 : Gunter Grass dit ses vérités à Israël

Grass: Mais pourquoi est-ce que je m'interdis / De désigner par son nom cet autre pays / Dans lequel depuis des années, même si c'est en secret, / On dispose d'un potentiel nucléaire en expansion / Mais sans contrôle, parce qu'inaccessible / À toute vérification ?

« Ce qui doit être dit » de Gün­ter Grass

Pour­quoi me taire pour­quoi taire trop long­temps

Ce qui est mani­feste, ce à quoi l’on s’est exer­cé

dans des jeux de stra­té­gie au terme des­quels

nous autres sur­vi­vants sommes tout au plus

des notes de bas de pages

C’est le droit affir­mé à la pre­mière frappe

sus­cep­tible d’effacer un peuple ira­nien

sou­mis au joug d’une grande gueule

qui le guide vers la liesse orga­ni­sée,

sous pré­texte qu’on le soup­çonne, dans sa zone de pou­voir,

de construire une bombe ato­mique.

Mais pour­quoi est-ce que je m’in­ter­dis

De dési­gner par son nom cet autre pays

Dans lequel depuis des années, même si c’est en secret,

On dis­pose d’un poten­tiel nucléaire en expan­sion

Mais sans contrôle, parce qu’i­nac­ces­sible

À toute véri­fi­ca­tion ?

Le silence géné­ral sur cet état de fait

silence auquel s’est sou­mis mon propre silence,

pèse sur moi comme un men­songe

une contrainte qui s’exerce sous peine de sanc­tion

en cas de trans­gres­sion ;

le ver­dict d’ ”anti­sé­mi­tisme” est cou­rant.

Mais à pré­sent, parce que de mon pays,

régu­liè­re­ment rat­tra­pé par des crimes

qui lui sont propres, sans pareils,

et pour les­quels on lui demande des comptes,

de ce pays-là, une fois de plus, selon la pure règle des affaires,

quoi­qu’en le pré­sen­tant habi­le­ment comme une répa­ra­tion,

de ce pays, disais-je, Israël

attend la livrai­son d’un autre sous-marin

dont la spé­cia­li­té est de pou­voir orien­ter des têtes explo­sives

capables de tout réduire à néant

en direc­tion d’un lieu où l’on n’a pu prou­ver l’exis­tence

ne fût-ce que d’une seule bombe ato­mique,

mais où la seule crainte veut avoir force de preuve,

je dis ce qui doit être dit.

Mais pour­quoi me suis-je tu jus­qu’i­ci ?

parce que je pen­sais que mon ori­gine,

enta­chée d’une tare à tout jamais inef­fa­çable,

m’in­ter­dit de sus­pec­ter de ce fait, comme d’une véri­té avé­rée,

le pays d’Israël auquel je suis lié

et veux res­ter lié.

Pour­quoi ai-je atten­du ce jour pour le dire,

vieilli, et de ma der­nière encre :

La puis­sance ato­mique d’Is­raël menace

une paix du monde déjà fra­gile ?

parce qu’il faut dire,

ce qui, dit demain, pour­rait déjà l’être trop tard :

et aus­si parce que nous — Alle­mands,

qui en avons bien assez comme cela sur la conscience -

pour­rions four­nir l’arme d’un crime pré­vi­sible,

rai­son pour laquelle aucun

des sub­ter­fuges habi­tuels n’ef­fa­ce­rait notre com­pli­ci­té.

Et admet­tons-le : je ne me tais plus,

parce que je suis las de l’hy­po­cri­sie de l’Oc­ci­dent ; il faut en outre espé­rer

que beau­coup puissent se libé­rer du silence,

et invi­ter aus­si celui qui fait peser cette menace fla­grante

à renon­cer à la vio­lence

qu’ils réclament pareille­ment

un contrôle per­ma­nent et sans entraves

du poten­tiel nucléaire israé­lien

et des ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes

exer­cé par une ins­tance inter­na­tio­nale

et accep­té par les gou­ver­ne­ments des deux pays.

C’est la seule manière dont nous puis­sions les aider

tous, Israé­liens, Pales­ti­niens,

plus encore, tous ceux qui, dans cette

région occu­pée par le délire

vivent côte à côte en enne­mis

Et puis aus­si, au bout du compte, nous aider nous-mêmes.


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Prix Nobel de lit­tra­ture 1999 : Gun­ter Grass dit ses véri­tés à Israël

par Chems Eddine Chi­tour

« Com­ment vou­lez-vous négo­cier avec les Israé­liens les ter­ri­toires qu’ils ont spo­liés ? C’est comme si vous déci­diez du par­tage d’une piz­za pen­dant qu’Is­raël mange la piz­za.»
Un négo­cia­teur pales­ti­nien

Une faute impar­don­nable ! Gün­ter Grass Le prix Nobel de lit­té­ra­ture 1999 publie un poème le 4 avril où il dénonce la volon­té d’Is­raël de frap­per l’I­ran d’une façon pré­ven­tive en rai­son de ses acti­vi­tés nucléaires. Pour le jour­nal Le Monde que nous avions connu autre­ment plus « hon­nête » dans l’ap­pré­cia­tion objec­tive des évè­ne­ments du Monde, c’est un énorme scan­dale. Le jour­nal Libé­ra­tion : « Il s’est atti­ré de vio­lentes accu­sa­tions d’an­ti­sé­mi­tisme avec ce poème en prose inti­tu­lé « Ce qui doit être dit », paru dans le grand quo­ti­dien de Munich Süd­deutsche Zei­tung. Il y dénonce un « pré­ten­du droit à atta­quer le pre­mier », fai­sant allu­sion à l’é­ven­tua­li­té de frappes pré­ven­tives israé­liennes contre Téhé­ran, soup­çon­né de déve­lop­per du nucléaire mili­taire mal­gré ses déné­ga­tions. Le Nobel de lit­té­ra­ture 1999 affirme que ce pro­jet pour­rait mener à « l’é­ra­di­ca­tion du peuple ira­nien ». Grass, qui jouit d’une grande auto­ri­té en Alle­magne, évoque « cet autre pays, qui dis­pose depuis des années d’un arse­nal nucléaire crois­sant — même s’il est main­te­nu secret », qui béné­fi­cie de livrai­sons de sous-marins nucléaires qui pour­raient rendre les Alle­mands, « déjà suf­fi­sam­ment acca­blés », com­plices d’un « crime pré­vi­sible ». [[http://www.liberation.fr/monde/01012400456-gunter-grass-defend-l-iran-face-a-israel-tolle-en-allemagne]]

« L’Al­le­magne et Israël ont conclu en 2005 un contrat de vente de sous-marins conven­tion­nels de type Dol­phin, dont un sixième exem­plaire doit être livré pro­chai­ne­ment. Ces sous-marins peuvent être équi­pés d’armes nucléaires. Grass dénonce un « silence géné­ra­li­sé » sur cette ques­tion, qu’il qua­li­fie de « men­songe pesant » parce que « le ver­dict d’an­ti­sé­mi­tisme tom­be­ra auto­ma­ti­que­ment » sur qui le rom­pra. « Pour­quoi ne dis-je que main­te­nant (…) que la puis­sance ato­mique d’Is­raël menace la paix mon­diale déjà fra­gile ? «, s’in­ter­roge Grass ».

Ce fut un tol­lé géné­ral. Le repré­sen­tant israé­lien a regret­té que l’E­tat hébreu soit « le seul pays au monde remis en cause publi­que­ment dans son droit d’exis­ter », et a assu­ré que les Israé­liens « vou­laient vivre en paix avec leurs voi­sins de la région ». (1)

Pour Bro­der, Grass est « l’ar­ché­type de l’é­ru­dit anti­sé­mite », de l’Al­le­mand qui, est « pour­sui­vi par la honte et le remords ». « Jamais dans l’his­toire de la Répu­blique fédé­rale, un intel­lec­tuel renom­mé ne s’en est pris avec autant de cli­chés à Israël », a ren­ché­ri l’heb­do­ma­daire Der Spie­gel dans son édi­tion en ligne. (…) En 2006, Gün­ter Grass, connu pour ses posi­tions de gauche, avait admis avoir fait par­tie des Waf­fen SS dans sa jeu­nesse, lui qui ren­voyait sou­vent l’Al­le­magne à son pas­sé nazi et dont un des livres le plus connus, Le Tam­bour, est réso­lu­ment contre la guerre. (1)

« Jamais dans l’his­toire de la Répu­blique fédé­rale, un intel­lec­tuel renom­mé ne s’en est pris avec autant de cli­chés à Israël », a ren­ché­ri l’heb­do­ma­daire Der Spie­gel dans son édi­tion en ligne.

Le pré­sident de l’as­so­cia­tion israé­lienne des écri­vains de langue hébraïque a appe­lé mar­di ses confrères à tra­vers le monde à dénon­cer les prises de posi­tion « immo­rales » du prix Nobel de lit­té­ra­ture alle­mand Gün­ter Grass, qui a cri­ti­qué la poli­tique d’Is­raël concer­nant l’I­ran.

« Nous sommes heur­tés par les prises de posi­tion hon­teuses et immo­rales de Gün­ter Grass qui visent à délé­gi­ti­mer Israël et le peuple juif, et appe­lons les écri­vains à tra­vers le monde à les dénon­cer », a affir­mé à l’AFP Herzl Hakak.

On le voit on tire à vue sur tout ce qui peut remettre en ques­tion, le bien fon­dé de l’action d’Israël qui –au nom d’une faute ori­gi­nelle de cet Occi­dent- doit tou­jours avoir rai­son Sou­ve­nons-nous, pour notre part de l’os­tra­cisme de tous ceux qui ne sont pas aux petits soins avec l’E­tat d’Is­raël. A titre d’exemple, la grande jour­na­liste amé­ri­caine Helen Tho­mas, qui avait « cou­vert » tous les pré­si­dents depuis Ken­ne­dy, béné­fi­ciait d’un sta­tut par­ti­cu­lier à la Mai­son-Blanche, un siège lui étant même réser­vé au pre­mier rang de la salle de brie­fing. A l’oc­ca­sion de la Jour­née de célé­bra­tion de l’hé­ri­tage juif à la Mai­son Blanche, Tho­mas, inter­ro­gée sur la situa­tion en Israël, avait décla­ré : Ils (les Juifs d’Is­raël) devraient foutre le camp de Pales­tine. N’ou­bliez pas que ces gens (les Pales­ti­niens) sont occu­pés et que c’est leur terre. Ce n’est pas l’Al­le­magne ou la Pologne. (…) Ils devraient retour­ner chez eux. En Pologne, en Alle­magne.. Aux États-Unis et par­tout ailleurs. » Ce fut là aus­si le scan­dale, tout le monde lui est tom­bé des­sus. Elle fut remer­ciée et devint pro­gres­si­ve­ment invi­sible dans les médias.

Cet Iran dia­bo­li­sé mérite-t-il d’être atta­qué ?

Nous nous sou­ve­nons com­ment les pro­pos d’Ah­ma­dind­jad furent défor­mée à des­sein ;

« Israël lui fait-on dire, doit être rayé de la carte ». Per­sonne n’a véri­fié la tra­duc­tion exacte de son dis­cours en per­san. L’oc­ca­sion était trop bonne de dési­gner à la vin­dicte publique occi­den­tale celui qui menace « un petit pays qui ne demande qu’à vivre en paix ». Les termes exacts qu’au­cun média occi­den­tal n’a vou­lu reprendre pour la véri­té sont : « Comme l’a dit l’i­mam Kho­mei­ny, le régime israé­lien doit dis­pa­raître des pages du temps ». Nous le voyons, il ne s’a­git nul­le­ment d’un « holo­causte » mais du régime ins­tal­lé en Israël. Les juifs pour leur part vivent en paix, ont même un dépu­té au Par­le­ment ira­nien et ne songent pour leur grande majo­ri­té nul­le­ment à émi­grer en Israël mal­gré toutes les sol­li­ci­ta­tions pour une « Alya ». La véri­té est que le petit David dis­pose de 300 têtes nucléaires contre un Goliath avec des arba­lètes. »

Pour jus­te­ment, dire quelque mots des reli­gions en Iran, écou­tons le pro­fes­seur Pierre Pic­ci­nin nous par­ler des chré­tiens ira­niens :

« Dans un article inti­tu­lé « SOS Chré­tiens » et publié dans Le Point et La Libre Bel­gique, le phi­lo­sophe fran­çais Ber­nard-Hen­ri Lévy incri­mine l’I­ran, pays où « les der­niers catho­liques, mal­gré les déné­ga­tions du régime, (…) sont, en pra­tique, inter­dits de culte ». Il y appa­raît clai­re­ment, d’une part, que le sou­ci de Mon­sieur Lévy est, en évo­quant les récentes attaques qui ont visé les Chré­tiens au Moyen-Orient, de dis­cré­di­ter l’Is­lam et, d’autre part, que ses « infor­ma­tions » concer­nant l’I­ran sont en tous points erro­nées, puisque les com­mu­nau­tés chré­tiennes, dans ce pays, jouissent en réa­li­té d’une com­plète liber­té de culte, comme nous avons pu le consta­ter lors de notre pré­sence en Iran, en juillet der­nier. Ceux qui col­portent des « infor­ma­tions » contraires ou bien ne connaissent pas la réa­li­té du ter­rain et ne savent pas de quoi ils parlent, ou bien, volon­tai­re­ment, dés­in­forment l’o­pi­nion en pro­pa­geant des men­songes de manière éhon­tée. Dans les deux cas, ils par­ti­cipent à la dia­bo­li­sa­tion de l’I­ran, leit­mo­tiv du moment, par une mani­pu­la­tion qui confine à la pro­pa­gande, dans le contexte inter­na­tio­nal que l’on sait. (…) Tout récem­ment encore, une cin­quan­taine de Chré­tiens syriaques catho­liques étaient mas­sa­crés dans leur cathé­drale, à Bag­dad.» [[Pierre Pic­ci­nin Pro­fes­seur Web­site : http://pierre.piccinin-publications.over-blog.com]]

« En revanche, par­mi ces Etats musul­mans, l’I­ran fait figure d’ex­cep­tion. Bien que Répu­blique isla­mique, l’I­ran n’a en effet aucune poli­tique d’hos­ti­li­té à l’é­gard des Chré­tiens et abrite d’ailleurs de vastes com­mu­nau­tés chré­tiennes : un peu plus de deux cent cin­quante mille Chré­tiens, majo­ri­tai­re­ment catho­liques armé­niens, y vivent en sécu­ri­té et pra­tiquent ouver­te­ment leur reli­gion, à condi­tion de ne pas faire de pro­sé­ly­tisme. C’est ce que nous avons pu consta­ter, il y a quelques mois, à tra­vers les nom­breux contacts que nous avons pris en par­cou­rant l’I­ran durant plu­sieurs semaines.(…) A Ispa­han, troi­sième ville d’I­ran en impor­tance, la com­mu­nau­té catho­lique armé­nienne ne pos­sède pas moins de douze églises, avec pignon sur rue, dont la plus ancienne, la cathé­drale Saint-Sau­veur, date du XVIe siècle. Elle est en outre flan­quée d’un grand musée dédié à la com­mu­nau­té armé­nienne et où la mémoire reli­gieuse occupe une place non négli­geable. (…) L’I­ran chiite res­pecte ain­si à la lettre les injonc­tions du Coran, qui oblige tout Musul­man à pro­té­ger les « gens du Livre », Chré­tiens et Juifs, ces der­niers, au nombre de vingt-cinq mille envi­ron, béné­fi­ciant en Iran des mêmes droits que les Chré­tiens. Bref, au Moyen-Orient, en matière de liber­té de culte et de pro­tec­tion des mino­ri­tés reli­gieuses, le pays des Aya­tol­lahs, pour­tant régu­liè­re­ment dia­bo­li­sé, pour­rait don­ner bien des leçons aux grands alliés de l’Oc­ci­dent.»(2)

Gün­ter Grass est un ico­no­claste né en 1927 à Dant­zig, il avait 12 ans au déclen­che­ment de la guerre et fut embri­ga­dé dans les jeu­nesses en 1937, dans la Jung­volk, sub­di­vi­sion de la Jeu­nesse hit­lé­rienne, il s’en­gage dans le ser­vice armé, est affec­té à une bat­te­rie anti­aé­rienne comme auxi­liaire de la Luft­waffe, puis au Ser­vice du tra­vail du Reich, avant son incor­po­ra­tion comme « fan­tas­sin por­té » dans la Waf­fen SS, en 1942. Le mot a une charge qui n’est pas seule­ment sym­bo­lique, et Grass ne cherche pas à élu­der sa res­pon­sa­bi­li­té : « Même si j’ai dû, dit –il me sor­tir de la tête l’i­dée d’une com­pli­ci­té active, il sub­siste jus­qu’à aujourd’­hui ce rési­du qui n’est tou­jours pas liqui­dé et que l’on appelle trop cou­ram­ment « cores­pon­sa­bi­li­té ».Grass a fait ce qu’ont fait des mil­liers d’autres gar­çons de son âge dans une époque tour­men­tée. Pour Israël, Gun­ter Grass est un nazi qui a débu­té sa car­rière à l’âge de 10 ans dans la Jung­volk!!!!

Est-ce que Gun­ter Grass a rai­son quand il dit que la poli­tique d’Israël désta­bi­lise le Monde ? Oui si l’on croit un son­dage il y a quelques années, +de 60% des citoyens euro­péens avaient en effet iden­ti­fié Israël comme la plus grave menace pour la paix dans le monde. Gün­ther Grass pointe tout par­ti­cu­liè­re­ment le silence de l’Al­le­magne, « culpa­bi­li­sée par son pas­sé nazi », qui refu­se­rait de voir le dan­ger consti­tué par l’ar­se­nal nucléaire israé­lien. Un arse­nal « main­te­nu secret » — alors que l’Al­le­magne par­ti­cipe à son équi­pe­ment et qui « menace la paix mon­diale déjà si fra­gile », insiste l’é­cri­vain. « Il réclame aus­si la créa­tion d’une agence » inter­na­tio­nale pour contrô­ler les armes ato­miques israé­liennes, tout comme l’Aiea le fait pour les acti­vi­tés nucléaires ira­niennes.

Que pensent les intel­lec­tuels israé­liens du poème de Gün­ter Grass ?

Nous avons d’a­bord, la réac­tion des « intel­lec­tuels orga­niques » au sens d’An­to­nio Gram­sci pour qui Gün­ter Grass doit être cloué au pilo­ri qui vont jus­qu’à faire injonc­tion au Comi­té Nobel de lui reti­rer le prix Nobel. En effet, le pré­sident de l’as­so­cia­tion israé­lienne des écri­vains de langue hébraïque, Herzl Hakak, a décla­ré qu’il enten­dait deman­der au Comi­té Nobel de s’ex­pri­mer sur l’af­faire. « Il ne s’a­git pas de poli­tique, mais de morale, car Grass est com­plice d’une opé­ra­tion de blan­chi­ment des décla­ra­tions géno­ci­daires des diri­geants ira­niens. » [[http://www.lepoint.fr/culture/l‑academie-suedoise-exclut-de-retirer-le-nobel-a-gunter-grass-10 – 04-2012 – 1450090_3.php]]

La réac­tion ne s’est pas fait attendre : « En ce qui concerne le débat pro­vo­qué par le poème de Gün­ter Grass +Was gesagt wer­den muss+ (Ce qui doit être dit, ndlr), je vou­drais sou­li­gner que M. Grass a reçu le prix Nobel en 1999 pour son mérite lit­té­raire et son mérite lit­té­raire uni­que­ment, ce qui est le cas de tous les lau­réats », explique M.Englund. Lun­di, a annon­cé mar­di son Secré­taire per­ma­nent Peter Englund. « Il n’y a pas, et il n’y aura pas, de dis­cus­sions à l’A­ca­dé­mie sué­doise pour lui reti­rer son prix », écrit M.Englund sur son blog (akademiblogg.wordpress.com/).

« A l’autre bout du cur­seur, des intel­lec­tuels cou­ra­geux à l’i­mage de Gédéon Levy qui écrit dans le jour­nal de gauche H’aa­retz : « Le dur poème de Gun­ter Grass, dont cer­taines par­ties sont exas­pé­rantes, a bien sûr immé­dia­te­ment déclen­ché une vague de calom­nies contre lui et sur­tout contre son auteur. Le Pre­mier ministre, Ben­ja­min Neta­nya­hu, a men­tion­né le pas­sé nazi de Grass, et l’am­bas­sade israé­lienne en Alle­magne est allé jus­qu’à décla­rer, ridi­cu­le­ment, que le poème signi­fie « l’an­ti­sé­mi­tisme dans la meilleure tra­di­tion euro­péenne des dif­fa­ma­tions san­glantes avant la Pâque ».

« Sa posi­tion contre l’éner­gie nucléaire israé­lienne est éga­le­ment légi­time. Il peut éga­le­ment s’op­po­ser à la four­ni­ture des sous-marins à Israël, mais Grass a exa­gé­ré, inuti­le­ment et de façon qui a ter­ni sa propre posi­tion. C’est peut-être son âge avan­cé et son ambi­tion d’at­ti­rer un der­nier tour de l’at­ten­tion, et peut-être les mots sor­tirent tout à coup comme une cas­cade, après des décen­nies pen­dant les­quelles il était presque impos­sible de cri­ti­quer Israël en Alle­magne. Ce poème a été publié quelques semaines seule­ment après l’autre Alle­mand de pre­mier plan, le pré­sident du Par­ti social-démo­crate, Sig­mar Gabriel, qui a écrit qu’il y a un régime d’a­par­theid, à Hébron. Il a éga­le­ment sus­ci­té des réponses de colère. Il est donc pré­fé­rable d’é­cou­ter les décla­ra­tions et, sur­tout, enfin, de lever l’in­ter­dic­tion de cri­ti­quer Israël en Alle­magne.»(4)

« Israël a beau­coup d’a­mis en Alle­magne, plus que dans la plu­part des pays euro­péens. Cer­tains d’entre eux nous sou­tiennent aveu­glé­ment, cer­tains amis ont un sen­ti­ment de culpa­bi­li­té jus­ti­fié et cer­taines cri­tiques d’Is­raël sont vraies. Mais une situa­tion dans laquelle tout Alle­mand qui ose cri­ti­quer Israël est ins­tan­ta­né­ment accu­sé d’an­ti­sé­mi­tisme est into­lé­rable. (…) Pen­dant des années, tout jour­na­liste qui a rejoint Axel Sprin­ger l’im­mense empire alle­mand des médias devait signer un enga­ge­ment à ne jamais rien écrire qui jette le dis­cré­dit sur le droit d’Is­raël à exis­ter. Gün­ter Grass n’est pas le seul. Une autre figure majeure, le grand auteur José de Sou­sa Sara­ma­go a dans ses der­nières années, après une visite dans les ter­ri­toires occu­pés, com­pa­ré ce qui se pas­sait là-bas à Ausch­witz. Comme Grass, Sara­ma­go est allé trop loin, mais ses remarques sur les Israé­liens auraient dû être enten­dues : « Vivre à l’ombre de l’Ho­lo­causte et attendre le par­don pour tout ce qu’ils vont faire au nom de leur souf­france semble gros­sier. Ils n’ont rien appris de la souf­france de leurs parents et leurs grands-parents. «… Ils ne sont pas anti­sé­mites, ils expriment l’o­pi­nion de beau­coup de gens. Au lieu de les accu­ser nous devrions réflé­chir à ce que nous avons fait qui les a ame­nés à l’ex­pri­mer. » [[http://www.haaretz.com/opinion/israelis-can-be-angry-with-gunter-grass-but-they-must-listen-to-him‑1.423194
Gideon Levy Les Israé­liens peuvent être en colère avec Gün­ter Grass, mais ils doivent l’é­cou­ter.]]

On le voit, il y a de l’espoir par cette prise de conscience des intel­lec­tuels israé­liens qui sont l’honneur d’Israël . Il reste cepen­dant du che­min avant que la paix ne règne, mais dans toute cette affaire, il faut bien qu’un jour les juifs du monde entier com­prennent que tous les arse­naux du monde ne pour­ront pas don­ner la paix à Israël Que rayer de la carte l’i­den­ti­té pales­ti­nienne s’ap­pa­rente à une Shoah. Que le pro­blème est un pro­blème de jus­tice. Les Pales­ti­niens si mal repré­sen­tés actuel­le­ment parlent de Nek­ba (la grande catas­trophe ». Le vrai débat élu­dé par les médias occi­den­taux bien tenus en main est en défi­ni­tive, la res­ti­tu­tion de leur digni­té aux Pales­ti­niens. Cette digni­té qui passe entre autre, par la res­ti­tu­tion des 18 % de ce qui leur reste de leur Pales­tine ori­gi­nelle

Pro­fes­seur Chems Eddine Chi­tour

Ecole Poly­tech­nique enp-edu.dz