Violences policières : début du procès de l’affaire Sabrina et Ouasim

Nicholas Kumba / ZIN TV

Lorsqu’on parle de crimes poli­ciers en Bel­gique, les noms de Sabri­na Elbak­ka­li et Ouas­sim Tou­mi n’arrivent pas en pre­mier. Pour­tant, l’enquête sur les condi­tions de leur décès vient de s’a­che­ver, 4 ans après les faits… Le 2 août pro­chain, la Chambre du conseil se pro­non­ce­ra pour ou contre un pro­cès des poli­ciers impliqués. 

 

article publié le 2 juin 2021 et mis à jour le 16 juin 2021

Le dos­sier “Sabri­na et Ouas­sim” sou­lève des enjeux mul­tiples. A com­men­cer par la ques­tion de l’impunité poli­cière qui per­siste inlas­sa­ble­ment. Effec­ti­ve­ment, on ne compte plus le nombre de “non-lieu” pro­non­cés et l’absence qua­si totale de pro­cès dans les autres affaires de vio­lences poli­cières. Actuel­le­ment, l’en­jeu pour les familles des vic­times est d’ob­te­nir un pro­cès devant le Tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Bruxelles. Ce qui passe par l’in­cul­pa­tion d’un ou des poli­ciers impli­qués dans la mort de Sabri­na et Ouas­sim. Un com­bat que leurs familles mènent depuis quatre longues années…

Rappel des faits

Par manque [habi­tuel] de trans­pa­rence sur le dérou­le­ment pré­cis des faits, on rela­te­ra uni­que­ment que Sabri­na Elbak­ka­li, 20 ans, et Ouas­sim Tou­mi, 24 ans, ont été tué.e.s sur leur deux-roues, percuté.e.s par un véhi­cule de police, le 9 mai 2017 vers 21h30. La course-pour­suite aurait com­men­cé place Poe­laert, avant que les deux jeunes soient vic­times d’un “pare­cho­cage” à la sor­tie du tun­nel Bailli, sur l’avenue Louise. A l’origine de cette prise en chasse, une conduite jugée dan­ge­reuse par les policiers.

Le véhi­cule de la bri­gade canine s’est mis per­pen­di­cu­lai­re­ment au sens du tra­fic, pro­vo­quant la mort de Ouas­sim sur le coup. Sabri­na a été trans­por­tée en ambu­lance. Elle est décé­dée à l’hôpital des suites de ses bles­sures. Des témoins affirment que le véhi­cule de police s’est mis déli­bé­ré­ment en tra­vers de la route. On évoque éga­le­ment la négli­gence en matière de secours por­tés aux vic­times par les poli­ciers pré­sents. Tout cela a été fil­mé, mal­gré l’injonction de ces­ser de fil­mer ordon­née par un des policiers…

Pour­tant, les ver­sions poli­cière et média­tique s’unissent pour évo­quer “la conduite dan­ge­reuse de Ouas­sim”. Celui-ci rou­lait peut-être trop vite. Sa conduite, si elle s’avérait dan­ge­reuse, aurait pu effec­ti­ve­ment les tuer. Mais ce n’est pas le cas. Sabri­na et Ouas­sim sont décédé.e.s parce que des poli­ciers ont uti­li­sé cette tech­nique du “pare­cho­cage”. Autre­ment dit, leur mort aurait pu être évi­tée. Une fois encore, les vic­times deviennent cou­pables et seules res­pon­sables de leur décès : un méca­nisme de retour­ne­ment de res­pon­sa­bi­li­tés et de cri­mi­na­li­sa­tion des vic­times bien hui­lé et connu.

Le procès et ses enjeux

Très rapi­de­ment après la tra­gé­die, la famille de Sabri­na s’est consti­tuée par­tie civile afin qu’un.e juge d’instruction mène une enquête ; au-delà de celle effec­tuée en interne par la police Mar­low (Auder­ghem, Uccle et Water­mael-Boits­fort). Quatre ans plus tard, l’en­quête judi­ciaire n’a pas per­mis d’in­cul­per les poli­ciers. Or, sans cette incul­pa­tion, aucun pro­cès ne pour­ra se tenir devant le Tri­bu­nal cor­rec­tion­nel ! C’é­tait l’en­jeu prin­ci­pal des débats à huis clos, entre le Par­quet de Bruxelles et les avo­cats des familles, en Chambre du conseil, ce 3 juin.

A la sor­tie, selon l’avocat de la famille de Sabri­na, la pro­cu­reure ne recon­naît aucune faute pénale com­mise dans le chef des poli­ciers impli­qués. Le par­quet a deman­dé que ceux-ci béné­fi­cient du “non-lieu” tan­dis que les avo­cats de la par­tie civile ont plai­dé pour leur incul­pa­tion en vue d’un pro­cès en cor­rec­tion­nel. Si une déci­sion de “non-lieu” devait être pro­non­cée lors du pro­chain ren­dez-vous judi­ciaire, les familles de Sabri­na et Ouas­sim ont déjà annon­cé leur inten­tion d’in­ter­je­ter appel.

Paral­lè­le­ment à la ques­tion de l’impunité poli­cière, il s’agit aus­si d’interroger la néces­si­té et la per­ti­nence de tech­niques [poten­tiel­le­ment mor­telles] de « neu­tra­li­sa­tion » adop­tées par les forces de l’ordre. Plus par­ti­cu­liè­re­ment, celle du “pare­cho­cage”. En Bel­gique, cette « tech­nique d’immobilisation » est deve­nue banale et se trouve, notam­ment, à l’origine des morts tra­giques des jeunes Meh­di Bou­da et Adil Charrot.

D’autres ques­tions, cette fois en tant que citoyen, me taraudent : qu’en est-il de la trans­pa­rence des [éven­tuelles] sanc­tions prises en interne, à l’encontre des policier.e.s impliqué.e.s ? Quelles garan­ties les enquêtes internes donnent-elles à l’opinion publique et aux familles ? Qu’en est-il de la trans­pa­rence sur les faits même, de la prise en consi­dé­ra­tion de la parole des témoins (et de leur poids !) ? Une ques­tion qui mérite d’être posée lors­qu’on sait que les proches de Sabri­na ont déplo­ré la non pris en compte de plu­sieurs élé­ments dans le dos­sier de l’instruction. Que peut-on donc attendre d’une enquête de la police… sur la police ?
Nous le ver­rons le 2 août pro­chain, date à laquelle la Chambre du conseil devrait rendre sa décision.

Pour plus d’in­fo : Véri­té Et Jus­tice Pour Sabri­na Et Wassim