Son nom est Moïse Lamine Bangoura

Une vidéo réa­li­sée dans le cadre de la Per­ma­nence Video des luttes Sociales

ZIN TV

Fevrier 2021

Avec :

Jus­tice pour Lamine Ban­gou­ra

Jus­tice pour Meh­di

Pour sou­te­nir la famille de Lamine Bangoura :

https://www.leetchi.com/c/justice-for-lamine

Lamine Ban­gou­ra, tué par la police pour un impayé de loyer.

Le 7 mai 2018, Lamine Ban­gou­ra est mort asphyxié lors d’une inter­ven­tion policière à son domi­cile de Rou­lers, en Flandre Orien­tale. Tout cela pour un impayé de loyer et un ordre d’expulsion dont le jeune homme n’avait même pas connaissance.

Ce jour-là, Lamine est endor­mi quand l’huissier de jus­tice, son assis­tant et deux agents de police sonnent à son domi­cile. Lamine ne com­prend pas ce que lui ordonne l’huissier, car il n’a pas relevé son cour­rier, dont la lettre d’expulsion. Les choses « tournent mal » et les poli­ciers appellent du ren­fort. Ils se retrouvent à huit per­sonnes pour expul­ser le jeune homme.

De cette expul­sion « qui a mal tourné », on ne connai­tra dans un pre­mier temps que la ver­sion policière. Ver­sion sur laquelle les huit agents ont eu lar­ge­ment le temps de s’accorder car ils n’ont été auditionnés qu’un mois plus tard par l’organe de contrôle de la police, le comité P. Un délai qui pose ques­tion. Ce pre­mier vice de procédure n’a pas inquiété la jus­tice dans son enquête et dans son pro­noncé de non-lieu. Il n’a pas non plus empêché les médias « mains­tream » de relayer la ver­sion mensongère des poli­ciers à pro­pos de Lamine. Car oui, une fois de plus, la vic­time est deve­nue « res­pon­sable » de sa propre mort. « Lamine aurait consommé des stupéfiants et pro­voqué la police ». Cette stratégie de com­mu­ni­ca­tion est deve­nue tel­le­ment récurrente dans les cas d’homicide impli­quant la police, que l’on peut presque l’anticiper.

Après un an de procédure, la jus­tice a considéré qu’il n’y avait pas de charges suf­fi­santes à l’encontre des huit agents des forces de l’ordre et a pro­noncé une ordon­nance de non-lieu. C’était le 26 juin 2020. Avec le sou­tien et l’appui de leur avo­cat maitre Alexis Des­waef, la famille a fait appel de cette décision.

Un nombre élevé d’éléments à charge des policiers

En pre­nant connais­sance du dos­sier, maitre Alexis Des­waef a été de « mau­vaises sur­prises en mau­vaises sur­prises ». Le dos­sier est rem­pli de vices de procédure et d’éléments à charge des policiers.

4 février 2021, Gand. Audi­tion de l’ap­pel sur l’af­faire Lamine Bangoura.

Il y a premièrement cette fameuse vidéo tournée par l’assistant de l’huissier de jus­tice le jour de l’expulsion. Les images ne peuvent être plus expli­cites. Pen­dant 40 secondes, on assite à une scène de meurtre. Plu­sieurs poli­ciers entourent Lamine et le main­tiennent par la force, couché à plat ventre et la tête enfoncée dans le canapé. Le son de cette vidéo est glaçant. On entend les cris de détresse du jeune homme mais per­sonne ne lui vient en aide alors qu’il ago­nisse. Lamine est mort quelques minutes seule­ment après cette vidéo. L’usage de la contrainte et de la force a été tota­le­ment dis­pro­por­tionné, alors que Lamine était menotté et ne représentait aucun danger.

Notons aus­si que les poli­ciers ont fait preuve d’un cynisme sans nom, en prononçant des phrases telles que : « On va encore devoir appe­ler un cor­billard… ». Ou au moment de l’arrivée des secours, en aver­tis­sant les ambu­lan­ciers de faire atten­tion, car Lamine « fait peut‑être sem­blant d’être mort »…

Enfin, fait particulièrement sor­dide dans ce dos­sier, les poli­ciers ont uti­lisé des sangles de déménagement [spécialement récupérées dans la camion­nette de l’huissier] pour immo­bi­li­ser et main­te­nir le jeune homme sur le canapé. Inutile de préciser que cette pra­tique ne rentre pas dans le manuel de conduite de la police et que ces sangles ont pro­ba­ble­ment contri­bué a accéléré l’asphyxie de Lamine.

Un corps détenu à la morgue depuis bientôt 3 ans

A ce jour, le corps de Lamine se trouve tou­jours à la morgue, depuis presque trois ans. Il a d’a­bord été détenu sur ordre du juge d’ins­truc­tion pen­dant près d’un an, le temps de l’enquête. Ensuite, lorsque la famille a été autorisée à récupérer celui-ci, la fac­ture s’élevait à 8 000 euros (somme que la famille était inca­pable de payer). La famille s’est tournée vers le CPAS. Un comité de concer­ta­tion com­posé d’un magis­trat, d’un employé du ser­vice social et d’un représentant de la police s’est mis en place pour ten­ter de trou­ver une solu­tion à cette situa­tion. La famille a fina­le­ment réussi à réunir la somme de 3 000 euros, mais ce n’était tou­jours pas suf­fi­sant pour les ges­tion­naires de la morgue. Les pou­voirs publics ont refusé de lever l’hypothèque sur la res­ti­tu­tion du corps. L’empêchement de réaliser la sépulture de Lamine et de per­mettre à sa famille de com­men­cer son deuil est tota­le­ment indécent et relève visi­ble­ment d’une forme de chan­tage pour contraindre les Ban­gou­ra à aban­don­ner la procédure. En atten­dant, la fac­ture aug­mente de 25 euros par jour de retard et la somme actuelle s’élèverait à envi­ron 30 000 euros.

Le comi­té “Jus­tice et véri­té pour Lamine Bangoura”

Un silence médiatique assourdissant

Malgré la pro­fonde gra­vité de cette affaire, celle-ci a été invisibilisée depuis presque trois ans, auprès de la majo­rité des médias tra­di­tion­nels, particulièrement du côté fran­co­phone. Ce silence assour­dis­sant s’explique dif­fi­ci­le­ment. Si Lamine avait été bel­go-belge, en aurait-t-il été autrement ?

Seul le quo­ti­dien néerlandophone — De Mor­gen — a publié une enquête impla­cable fin octobre 2020, signée Dou­glas De Coninck et Sami­ra Atillah. Cette enquête est basée sur la récupération et le trai­te­ment des enre­gis­tre­ments radio de la police datant du jour des faits. Cet article, révélant de nou­veaux éléments à charge des poli­ciers, n’a pas fait beau­coup de bruit mais a eu le mérite de relan­cer l’affaire. Depuis jan­vier der­nier, quelques médias com­mencent enfin à trai­ter l’af­faire Lamine Ban­gou­ra à la hau­teur de la gra­vité des faits. C’est‑à-dire la mort d’un jeune homme âgé de 27 ans, suite à des vio­lences policières, aggravée par l’im­pos­si­bi­lité pour la famille de se voir res­ti­tuer le corps de leur enfant.

Un ras­sem­ble­ment sous haute surveillance

Ce 4 févier 2021 avait donc lieu l’audience en appel pour le ren­voi ou non des huit poli­ciers devant la cour consti­tu­tion­nelle. A cette occa­sion, un grand nombre de per­sonnes sou­hai­tait mani­fes­ter son sou­tien à la famille Ban­gou­ra sur la place Kou­ter, située juste à côté du palais du jus­tice de Gand. La police et les autorités locales ont tenté par de nom­breux moyens de les dis­sua­der de se rassembler.

Le dis­po­si­tif poli­cier devant le palais de justice

Le ras­sem­ble­ment a d’abord été auto­risé par le bourg­mestre De Clerc, pour une cin­quan­taine de per­sonnes maxi­mum, mais les organisateur.rice.s ont été sommé.e.s de don­ner les coordonnées de tou.t.e.s les participant.e.s [pra­tique très ques­tion­nable], ce qu’iels ont for­mel­le­ment refusé.

Après de mul­tiples rebon­dis­se­ments, la mobi­li­sa­tion a fina­le­ment été pure­ment et sim­ple­ment inter­dite la vieille. Le pou­voir com­mu­nal a‑t-il subi des pres­sions ? Redou­tait-il un quel­conque « débordement » ?

Tout semble confir­mer que l’expression du moindre sou­tien à la famille dérange les autorités locales et leur hiérarchie. Un impres­sion­nant dis­po­si­tif poli­cier a été mis en place sur la place Kou­ter (au moins huit camion­nettes de police dont deux blindées et de nom­breux poli­ciers en civil pour « sur­veiller » la poignée de militant.e.s.

Fina­le­ment, une petite ving­taine de per­sonnes a accom­pagné la famille jusqu’à l’entrée du palais de jus­tice. Ensuite, les per­sonnes se sont à nou­veau retrouvées sur la place Kou­ter et y sont restées pen­dant trente minutes avant d’être chassées. Quelques-unes sont restées jusqu’à la fin de l’audience pour recueillir les premières impres­sions de l’avocat et des parents de Lamine. Tout s’est passé dans le calme et avec beau­coup de dignité.

Un renvoi devant la cour constitutionnelle ?

En conclu­sion, l’audience de ce 4 février 2021 a per­mis l’analyse de nou­veaux éléments à charge des poli­ciers, notam­ment le vision­nage de la vidéo de 40 secondes qui montre clai­re­ment ce qu’il s’est passé juste avant le décès de Lamine. Ce der­nier a été immo­bi­lisé et main­te­nu sous la contrainte et avec une force disproportionnée par des agents de police, ce qui engendré son asphyxie et sa mort.

Le 16 mars pro­chain, la cour de jus­tice se pro­non­ce­ra sur le ren­voi ou non des huit poli­ciers res­pon­sables devant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel. Pour la famille Ban­gou­ra, qui mène seule ce com­bat depuis trois ans, il est fon­da­men­tal que le débat puisse enfin avoir lieu en audience publique. Et pour le système judi­caire, ce serait l’occasion d’envoyer enfin un signal fort au monde poli­tique en met­tant fin à l’impunité policière mise en évidence dans ce dossier.

Cette vidéo-document revient sur “L’affaire Lamine Bangoura”. Une affaire de violences policières belge qui a mené à la mort par asphyxie de Lamine Bangoura, un jeune belgo-guinéen âgé de 27 ans.
Datant du 7 mai 2018, les faits, les mensonges et les justifications policières ultérieurs présentent des similitudes avec les affaires Adama Traoré (juillet 2016) et Cédric Chouviat (janvier 2020) en France, ainsi que celle de George Floyd (mai 2020) aux Etats-Unis. Mais pour les Bangoura, à l’impunité policière et la négrophobie structurelle, s’ajoute le refus de restitution du corps de leur fils, détenu à la morgue depuis bientôt 3 ans…
A la vieille de l’éventuel renvoi des 8 policiers incriminés devant le Tribunal correctionnel (le 4 février 2021), le journaliste Olivier Mukuna questionne les principaux protagonistes du dossier : Jean-Pierre Bangoura (père de Lamine), Véronique Clette-Gakuba (Collectif Présences Noires), Me Alexis Deswaef (avocat de la famille Bangoura), Douglas De Coninck (journaliste d’enquêtes à De Morgen) et Kasidi Makilutila (Change asbl).

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