L’OTAN prolonge l’autorisation pour le bombardement de la Libye

par Patrick O’Connor

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WSWS

Washing­ton et ses alliés cherchent à évin­cer le gou­ver­ne­ment de Kadha­fi et à ins­tal­ler une admi­nis­tra­tion satel­lite.

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Oeuvre de dénon­cia­tion et de pro­tes­ta­tion contre le bom­bar­de­ment de la ville basque Guer­ni­ca (qui a don­né son nom au tableau), Guer­ni­ca est une lutte révo­lu­tion­naire par la pein­ture, le mani­feste poli­tique de Picas­so et l’emblème de la par­ti­ci­pa­tion du peintre aux drames de son temps : la vio­lence, la bar­ba­rie et la guerre.

L’OTAN a annon­cé hier qu’elle conti­nue­ra son inter­ven­tion mili­taire en Libye pour un autre 90 jours, pro­lon­geant la période ini­tiale de 90 jours qui aurait expi­ré le 27 juin. Le bom­bar­de­ment cri­mi­nel du pays nord-afri­cain riche en pétrole a main­te­nant été for­mel­le­ment auto­ri­sé jusqu’à la fin de sep­tembre. Washing­ton et ses alliés euro­péens pré­parent clai­re­ment une cam­pagne inten­si­fiée visant à évin­cer le gou­ver­ne­ment diri­gé par Mouam­mar Kadha­fi et à ins­tal­ler une admi­nis­tra­tion satel­lite à Tri­po­li.

La pro­lon­ga­tion de 90 jours a été accep­tée à l’unanimité dans une réunion tenue à Bruxelles, qui impli­quait des ambas­sa­deurs des 28 États membres, ain­si que des diplo­mates de la Jor­da­nie, du Qatar, des Émi­rats arabes unis, du Maroc et de la Suède. Les États-Unis et ses alliés ont ensuite sou­li­gné que l’autorisation pro­lon­gée ne repré­sen­tait pas une date limite. Le porte-parole du Penta­gone, le colo­nel Dave Lapan a décla­ré que mettre fin à cette cam­pagne « dépend des condi­tions sur le ter­rain », et que Washing­ton fera par­tie de la mis­sion « jusqu’à ce que les objec­tifs soient rem­plis ».

Le secré­taire géné­ral de l’OTAN, Anders Fogh Ras­mus­sen, a publié une décla­ra­tion sur la pro­lon­ga­tion des 90 jours : « Cette déci­sion envoie un mes­sage clair au régime Kadha­fi — nous sommes déter­mi­nés à conti­nuer notre opé­ra­tion pour pro­té­ger la popu­la­tion libyenne. Nous main­tien­drons nos efforts afin de rem­plir le man­dat des Nations unies. »

Ces pré­textes pour la guerre de l’OTAN ont été com­plè­te­ment dis­cré­di­tés. Les États-Unis, la Grande-Bre­tagne et la France ont mené la cam­pagne pour un chan­ge­ment de régime en Libye dans le but de réaf­fir­mer leurs inté­rêts régio­naux géos­tra­té­giques après les sou­lè­ve­ments en Tuni­sie et en Égypte, puis afin d’installer un régime plus sou­mis aux demandes des socié­tés pétro­lières trans­na­tio­nales cher­chant à exploi­ter les réserves lucra­tives de pétrole du pays.

Les diri­geants de l’OTAN font main­te­nant peu d’effort pour dis­si­mu­ler que les opé­ra­tions mili­taires visent à évin­cer Kadha­fi du pou­voir, un but qui n’est pas auto­ri­sé par le « man­dat » sup­po­sé­ment four­ni par l’ONU. Des ten­ta­tives répé­tées d’assassinats contre Kadha­fi et sa famille ont eu lieu durant la cam­pagne mili­taire. Pour l’administration Oba­ma et ses par­te­naires, la Réso­lu­tion 1973 du Conseil de sécu­ri­té des Nations unies n’a jamais ser­vi à autre chose que four­nir une cou­ver­ture diplo­ma­tique et pseu­do-légale à l’intervention impé­ria­liste.

Les diri­geants amé­ri­cains, bri­tan­niques et fran­çais ont déli­bé­ré­ment sabo­té toute pos­si­bi­li­té de fin de la guerre en Libye négo­ciée entre le régime de Kha­da­fi et les forces de l’opposition situées dans la ville de Ben­gha­zi à l’est. Les efforts du gou­ver­ne­ment ita­lien pour résoudre la situa­tion en lais­sant à Kha­da­fi une « porte de sor­tie poli­tique » ont été contrés par la demande que le diri­geant libyen soit accu­sé de crimes de guerre. Cette demande a été émise le mois der­nier par la Cour pénale inter­na­tio­nale.

Il semble main­te­nant que le moment choi­si pour l’autorisation de 90 jours de l’OTAN pour bom­bar­der soit, au moins par­tiel­le­ment, des­ti­né à sabor­der les demandes de l’Union afri­caine pour une « feuille de route », qui implique un ces­sez-le-feu immé­diat, incluant la fin des bom­bar­de­ments de l’OTAN. Le pré­sident sud-afri­cain, Jacob Zuma, a visi­té Tri­po­li lun­di pour ren­con­trer Kadha­fi. Il a dit que le diri­geant libyen était prêt à mettre en oeuvre la feuille de route de l’Union afri­caine. L’OTAN a répli­qué en déployant une nou­velle ronde de frappes aériennes immé­dia­te­ment après que Zuma a quit­té la capi­tale libyenne.

Selon les sta­tis­tiques de l’OTAN, les forces aériennes amé­ri­caines et euro­péennes ont mené 9183 sor­ties depuis le 31 mars. Le gou­ver­ne­ment libyen, cette semaine, a rap­por­té que son minis­tère de la San­té a rap­por­té, entre le 19 mars et le 26 mai, 718 civils morts et 4067 bles­sés, dont 433 bles­sés graves. Le bilan des vic­times pour l’armée libyenne est pro­ba­ble­ment encore plus éle­vé, mais ces chiffres ne sont pas divul­gués.

Le nombre de morts gran­dis­sant expose la faus­se­té des pré­ten­tions de l’OTAN à « pro­té­ger le peuple libyen ». Une autre esca­lade est en train d’être pré­pa­rée, alors qu’au moins quatre héli­co­ptères Apache bri­tan­niques qui s’approchent main­te­nant des eaux libyennes près de la ville contes­tée de Mis­ra­ta. Il a été rap­por­té que douze héli­co­ptères Tiger fran­çais se trouvent en mer Médi­ter­ra­née, en route vers la Libye.

Il y a aus­si des preuves que, en vio­la­tion directe de la réso­lu­tion d’interdiction des Nations unies contre toute force d’occupation entrant en Libye, davan­tage d’équipes spé­ciales amé­ri­caines et euro­péennes sont actives sur le ter­rain, cher­chant à ral­lier les hommes de main anti-gou­ver­ne­ment, qui sont inef­fi­caces, en une force cohé­rente. Al-Jazi­ra, plus tôt cette semaine, a fil­mé six Occi­den­taux, dont cinq étaient armés, en train de dis­cu­ter avec des com­man­dants « rebelles » près de Mis­ra­ta. Les hommes ont rapi­de­ment fui lorsqu’ils ont réa­li­sé qu’ils étaient fil­més.

Le Guar­dian, citant des sources ano­nymes « très bien infor­mées », a rap­por­té que ces per­sonnes étaient d’an­ciens membres des forces d’é­lite bri­tan­niques, les SAS. L’ar­ticle a indi­qué que l’O­TAN avait recours à des mer­ce­naires pour l’as­sis­ter dans sa cam­pagne de bom­bar­de­ments. « D’an­ciens sol­dats des SAS et d’autres employés de com­pa­gnies de sécu­ri­té pri­vées occi­den­tales aident l’O­TAN à iden­ti­fier des cibles dans la ville por­tuaire libyenne de Mis­ra­ta, le théâtre d’in­tenses com­bats entre les forces de Mouam­mar Kadha­fi et les rebelles », explique le quo­ti­dien. « Les anciens sol­dats sur place ont la béné­dic­tion de la Grande-Bre­tagne, de la France et d’autres pays de l’O­TAN, qui leur ont four­ni de l’é­qui­pe­ment de com­mu­ni­ca­tion. Ils vont pro­ba­ble­ment four­nir des infor­ma­tions aux pilotes des héli­co­ptères d’at­taque bri­tan­niques et fran­çais, qui devraient atta­quer cer­taines cibles dans les envi­rons de Mis­ra­ta cette semaine. »

Un article sem­blable paru dans l’é­di­tion d’hier du Dai­ly Mir­ror sou­te­nait que les forces de mer­ce­naires étaient payées par le minis­tère de la Défense. Une source ano­nyme haut pla­cée de l’ar­mée a dit : « Ils repré­sentent la Grande-Bre­tagne — que cela ait été nié ou non — et le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique a don­né son feu vert, par des voies indi­rectes … le gou­ver­ne­ment est mal­hon­nête en niant qu’il y a des sol­dats sur place, c’est le moins qu’on puisse dire. »

Londres a admis qu’un petit nombre (« envi­ron dix ») de « conseillers » des forces spé­ciales bri­tan­niques se trouve à Ben­gha­zi, mais nie que d’autres sont actifs à Mis­ra­ta ou dans d’autres zones de com­bat.

Le soi-disant Conseil natio­nal de tran­si­tion à Ben­gha­zi — qui est for­mé de membres de l’an­cien régime de Kadha­fi, d’or­ga­ni­sa­tions isla­mistes, d’exi­lés de retour au pays et d’élé­ments à la solde de la CIA — a été louan­gé par les États-Unis et les puis­sances euro­péennes comme étant la force légi­time pour la « démo­cra­tie » en Libye. Cette asser­tion a été une fois de plus démen­tie hier lorsque le Conseil des droits de l’homme de l’O­NU a publié un rap­port condam­nant les « rebelles » pour la per­pé­tra­tion de crimes de guerre.

Comme on pou­vait s’y attendre, le rap­port s’est sur­tout concen­tré sur les forces de Kadha­fi, concluant que « des crimes contre l’hu­ma­ni­té et des crimes de guerre avaient été com­mis » par le régime, mais il a ajou­té qu’il « avait éta­bli que cer­tains actes de tor­ture, des trai­te­ments cruels et cer­tains outrages à la digni­té humaine com­mis lors d’actes visant à humi­lier et dégra­der ont été com­mis par les forces armées de l’op­po­si­tion, sur­tout contre des per­sonnes en déten­tion, des tra­vailleurs migrants et ceux soup­çon­nés d’être des mer­ce­naires. »

Ces conclu­sions viennent s’a­jou­ter à plu­sieurs autres rap­ports détaillant les acti­vi­tés des esca­drons de la mort à Ben­gha­zi qui attaquent des gens asso­ciés au gou­ver­ne­ment Kadha­fi. Les opé­ra­tions de ces esca­drons de la mort vont sans aucun doute être inten­si­fiées au len­de­main d’un atten­tat à la voi­ture pié­gée com­mis hier, à l’ex­té­rieur d’un hôtel de Ben­gha­zi uti­li­sé par des diplo­mates étran­gers venus ren­con­trer le Conseil de tran­si­tion natio­nal. La direc­tion « rebelle » a aus­si­tôt accu­sé les agents de la « cel­lule dor­mante » de Kadha­fi pré­sents dans la ville.