Nordine Saïdi gagne son procès contre un policier raciste

Quatre ans après sa plainte pour « racisme et violences policières », le tribunal a donné raison sur toute la ligne à Nordine Saïdi.

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Quatre ans après sa plainte pour « racisme et vio­lences poli­cières », le tri­bu­nal a don­né rai­son sur toute la ligne à Nor­dine Saï­di. Dans le juge­ment ren­du ce lun­di 21 avril 2013, le tri­bu­nal a condam­né le poli­cier Condi­jts à huit mois de pri­son avec sur­sis pen­dant 4 ans et à payer les frais de jus­tice, ain­si qu’à une com­pen­sa­tion sym­bo­lique d’un euro pour Nor­dine, pour ses pro­pos racistes contre le porte-parole du par­ti Ega­li­té en 2009 et pour vio­lence contre un poli­cier d’origine immi­grée en 2010.

Pour rap­pel : après l’arrestation de Nor­dine Saï­di pour sa par­ti­ci­pa­tion à une action BDS « Boy­cott Israël » au mar­ché d’Anderlecht, M. Condi­jts, adjoint du com­mis­saire de police, lui a tenu les pro­pos sui­vants, en pré­sence d’autres poli­ciers : « Bou­gnoule, si ça ne te plaît pas ici, retourne dans ton propre pays. Attache une cein­ture autour de ton ventre et va te faire explo­ser dans ton pays à toi. » « Tu as appris ton texte par cœur en te bran­lant le soir », « Vous, les Arabes, avez une bite à la place du cer­veau ». Nor­dine a ensuite été ame­né dans les sous-sols où on lui a deman­dé d’enlever sa veste, ses chaus­sures et de prendre une cou­ver­ture. En le met­tant dans la cel­lule, Condi­jts lui a dit : « Pour la prière, c’est là », en l’indiquant de la main la direc­tion des toi­lettes.
A l’audience du 22 avril, le tri­bu­nal n’ a pas repris la lec­ture des atten­dus, il est allé droit au juge­ment. Le juge a décla­ré cou­pable le poli­cier incul­pé. Il a insis­té sur le fait que le poli­cier n’en était pas à sa pre­mière infrac­tion, qu’il a témoi­gné de manière répé­tée d’une atti­tude raciste, sexiste et homo­phobe. Com­mettre de la vio­lence en tant que poli­cier est déjà un fait grave, selon ce juge­ment. Que cette vio­lence soit accom­pa­gnée de racisme ne fait qu’augmenter la gra­vi­té des faits. Pour le juge, et il a insis­té sur ce point, la police doit don­ner l’exemple.

Pen­dant la lec­ture du juge­ment l’inculpé s’est effon­dré et a eu besoin de soins médi­caux. Nous ne nous réjouis­sons pas de son malaise. Mais il contraste for­te­ment avec l’arrogance et l’agressivité de ce poli­cier lors de la pre­mière audience.

Là, de manière calme et hau­taine, il n’a jamais quit­té le rôle de celui qui repré­sente l’autorité et les ins­ti­tu­tions. Il s’est pré­sen­té comme un défen­seur de l’ordre, res­pec­tueux de toutes les règles et normes, tra­vaillant sans pro­blèmes avec des col­lègues alloch­tones, cer­tai­ne­ment pas raciste, n’ayant rien à se repro­cher. Il avait décla­ré que toutes les accu­sa­tions contre lui étaient fausses, qu’il était vic­time d’une cam­pagne de dif­fa­ma­tion de la part de cer­tains de ses col­lègues, dont il ne com­pre­nait pas les moti­va­tions. Que l’arrestation de Nor­dine Saï­di s’était faite selon les règles et que Nor­dine était un men­teur. Il avait révé­lé qu’il avait été brie­fé avant l’incident, que Nor­dine était un fou­teur de merde (« een keet­schop­per »), qui avait déjà créé des pro­blèmes à ce mar­ché d’Anderlecht. Condi­jts avait fait ajou­ter quelques docu­ments au dos­sier pour pré­sen­ter Nor­dine comme un ter­ro­riste poten­tiel. D’abord, en y ajou­tant la plainte de Caro­line Fou­rest contre Nor­dine pour sa pré­ten­due com­pa­rai­son avec Brei­vik. Ensuite, en rap­pe­lant son exclu­sion du Mrax. Et pour finir, en y ajou­tant que « des orga­ni­sa­tions juives disent que Nor­dine est un raciste ». Et c’est ce mon­sieur qui va décla­rer que mon client est un raciste, s’était excla­mé l’avocat de Condi­jts ? Le tri­bu­nal n’a pas sui­vi les manœuvres de Condi­jts et de son avo­cat.

En ce qui concerne la plainte du poli­cier contre Condi­jts, le tri­bu­nal ne l’a sui­vie qu’en par­tie. Il a dit que le poli­cier avait pro­ba­ble­ment pro­vo­qué l’incident lui-même et que le nombre de jours d’incapacité de tra­vail suite à l’incident était une mani­pu­la­tion des méde­cins.
Le poli­cier condam­né peut déci­der d’aller en appel dans les quinze jours qui viennent.

Le par­ti Éga­li­té se réjouit de ce juge­ment qui consti­tue un encou­ra­ge­ment de poids pour toutes les vic­times de vio­lence et de racisme poli­cier à dépo­ser plainte et à mettre fin à l’impunité.

Luk Ver­vaet

Source : http://www.egalite.be/?p=5853