Obama demande des fonds en faveur de l’opposition vénézuélienne

Par Eva Golinger

Le pré­sident Oba­ma demande des fonds en faveur de l’opposition véné­zué­lienne pour 2012

Eva Golin­ger Le 18 février 2011

Le gou­ver­ne­ment états-unien se pré­pare pour l’élection pré­si­den­tielle véné­zué­lienne de 2012 en deman­dant des fonds pour sou­te­nir les orga­ni­sa­tions anti-cha­vistes et pour aider à lan­cer un « can­di­dat » qui se pré­sen­te­ra contre Chá­vez. Les Répu­bli­cains, quant à eux, demandent un « embar­go » contre le Vene­zue­la.

Le pré­sident Barack Oba­ma a pré­sen­té au Congrès un bud­get de 3700 mil­liards pour 2012, le plus éle­vé de l’histoire des États-Unis. Il pré­voit d’importantes baisses dans les pro­grammes sociaux et dans les emplois publics fédé­raux par­tout dans le pays, mais il pré­voit une ligne bud­gé­taire pour le finan­ce­ment des orga­ni­sa­tions anti-cha­vistes du Vene­zue­la.

Sur ces 3700 mil­liards, 670 mil­liards iront au Penta­gone, dont le bud­get conti­nue de croître, 75 mil­liards aux dif­fé­rents ser­vices d’intelligence et 55,7 mil­liards au dépar­te­ment d’État et à l’Agence états-unienne pour le déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal (USAID).

Image_2-25.png Pour la pre­mière fois dans l’histoire récente, le Forei­gn Ope­ra­tion Bud­get, qui relève du dépar­te­ment d’État, détaille ouver­te­ment le finan­ce­ment des orga­ni­sa­tions anti-cha­vistes à hau­teur de 5 mil­lions de dol­lars. Les jus­ti­fi­ca­tions du bud­get sont ain­si détaillées : « Ces fonds aide­ront à ren­for­cer et sou­te­nir la socié­té civile véné­zué­lienne qui pro­té­ge­ra l’espace démo­cra­tique et qui cher­che­ra à ser­vir les inté­rêts et les besoins du peuple véné­zué­lien. Ces finan­ce­ments ren­for­ce­ront les pos­si­bi­li­tés d’accès à une infor­ma­tion objec­tive pour les citoyens, faci­li­te­ront le débat paci­fique sur des ques­tions clés, appor­te­ront un sou­tien aux ins­ti­tu­tions démo­cra­tiques et aux pro­ces­sus démo­cra­tiques, pro­mou­vront la par­ti­ci­pa­tion citoyenne et encou­ra­ge­ront les lea­der­ships démo­cra­tiques. »

Ce lan­gage pour­rait sem­bler « joli » pour jus­ti­fier la dépense de mil­lions de dol­lars du contri­buable états-unien pour des orga­ni­sa­tions poli­tiques dans un pays étran­ger. Mais ces finan­ce­ments ont été à l’origine de la sub­ver­sion et de la désta­bi­li­sa­tion du Vene­zue­la subie ces huit der­nières années par le gou­ver­ne­ment démo­cra­tique d’Hugo Chá­vez. Selon cer­tains docu­ments, aujourd’hui dis­po­nibles, rien qu’entre 2008 et 2011 le dépar­te­ment d’État des États-Unis a envoyé plus de 40 mil­lions de dol­lars à l’opposition véné­zué­lienne, ces fonds étant prin­ci­pa­le­ment des­ti­nés à la pro­pa­gande, notam­ment à l’encontre du pré­sident Chá­vez lors des cam­pagnes élec­to­rales.

Les fonds deman­dés par Oba­ma dans le bud­get 2012 pour les orga­ni­sa­tions anti-cha­vistes au Vene­zue­la appar­tiennent à un bud­get du dépar­te­ment d’État appe­lé Eco­no­mic Sup­port Fund [Fonds pour le sou­tien éco­no­mique] (ESF), lequel, selon le porte-parole du dépar­te­ment d’État Phi­lip Crow­ley, sert à finan­cer des ONG et dif­fé­rentes orga­ni­sa­tions dans « des pays stra­té­giques clés très impor­tants » pour les États-Unis. En plus des finan­ce­ments de l’ESF pour l’opposition véné­zué­lienne, des mil­lions de dol­lars pour les cam­pagnes poli­tiques, pour la pro­pa­gande média­tique et d’autres acti­vi­tés désta­bi­li­sa­trices en Amé­rique du Sud sont envoyés par le Natio­nal Endow­ment for Demo­cra­cy (NED), l’International Repu­bli­can Ins­ti­tute (IRI), le Natio­nal Demo­cra­tic Ins­ti­tute (NDI) et plu­sieurs autres agences états-uniennes ou inter­na­tio­nales qui sou­tiennent les orga­ni­sa­tions favo­rables aux États-Unis.

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Finan­ce­ments illé­gaux

Le dépar­te­ment d’État états-unien fait connaître les finan­ce­ments de l’opposition véné­zué­lienne pour 2012 alors que l’Assemblée natio­nale véné­zué­lienne a voté une loi, en décembre 2010, qui inter­dit tout finan­ce­ment étran­ger pour les acti­vi­tés poli­tiques. La Loi de défense de la sou­ve­rai­ne­té poli­tique et pour l’autodétermination rend clai­re­ment illé­gal tout finan­ce­ment de cam­pagne poli­tique, de par­ti, d’organisation, y com­pris les ONG, qui s’implique dans la vie poli­tique. Com­ment les États-Unis vont-ils faire exac­te­ment pour envoyer cet argent, alors qu’il s’agit d’une claire vio­la­tion de la loi véné­zué­lienne ?

Ces der­nières années le Forei­gn Ope­ra­tions Bud­get [bud­get pour les opé­ra­tions exté­rieures] ne sti­pu­lait jamais clai­re­ment le finan­ce­ment d’organisations poli­tiques véné­zué­liennes. Depuis 2002 Washing­ton a uti­li­sé un dépar­te­ment de l’USAID, l’Office for Tran­si­tion Ini­tia­tives [Bureau pour les opé­ra­tions de tran­si­tion] (OTI), pour faire par­ve­nir ses mil­lions de dol­lars à ses par­te­naires véné­zué­liens. Le bureau de l’OTI, qui fonc­tion­nait de façon clan­des­tine à Cara­cas et qui n’a donc jamais reçu d’autorisation du gou­ver­ne­ment véné­zué­lien pour s’installer dans le pays, a bru­ta­le­ment fer­mé ses portes fin 2010 pour pour­suivre ses acti­vi­tés depuis Washing­ton et Mia­mi. Ce fut l’opération la plus longue de l’histoire de l’OTI.

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Il est clair que le finan­ce­ment et le sou­tien poli­tique à l’opposition véné­zué­lienne repré­sentent main­te­nant une prio­ri­té qui sera gérée direc­te­ment par le dépar­te­ment d’État. Les fonds deman­dés pour le bud­get du dépar­te­ment d’État pour 2012 seront très pro­ba­ble­ment orien­tés vers des cam­pagnes poli­tiques, puisque au Vene­zue­la cette année-là, déci­sive, se dérou­le­ront des élec­tions locales et l’élection pré­si­den­tielle.

Le dépar­te­ment d’État demande par ailleurs 20 mil­lions de dol­lars pour finan­cer les orga­ni­sa­tions anti­cas­tristes, à Mia­mi et ailleurs, pour fra­gi­li­ser la Révo­lu­tion cubaine.

Est-ce que les contri­buables états-uniens savent que leurs dol­lars dure­ment gagnés vont finan­cer des acti­vi­tés poli­tiques dans d’autres pays au lieu d’être inves­tis pour la créa­tion d’emplois, pour la san­té et pour des pro­grammes sociaux dans leur propre pays ?

L’embargo contre le Vene­zue­la

Le chef du sous-comi­té des Affaires étran­gères pour l’Hémisphère occi­den­tal de la Chambre des repré­sen­tants, le répu­bli­cain Connie Mack, a deman­dé au gou­ver­ne­ment Oba­ma d’imposer un embar­go éco­no­mique contre le Vene­zue­la, arguant de ses liens sup­po­sés avec des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes.

Connie Mack, un néo-conser­va­teur repré­sen­tant le sud de la Flo­ride, a éga­le­ment deman­dé que les États-Unis incluent le Vene­zue­la cette année dans la liste des « États qui spon­so­risent le ter­ro­risme », une demande qu’il a déjà for­mu­lée en vain ces trois der­nières années. Image_5-4.png

Lors d’un dis­cours à la Conser­va­tive Poli­ti­cal Action Confe­rence [Confé­rence pour l’action poli­tique conser­va­trice] (CPAC), Connie Mack a par­lé du pré­sident élu du Vene­zue­la comme d’un « voyou­crate » qui uti­lise des « armes », telles que « l’oppression, l’agression, le ter­ro­risme et la drogue » pour « détruire la liber­té et la démo­cra­tie en Amé­rique latine ». Connie Mack n’a pas pré­sen­té la moindre preuve pour étayer ses scan­da­leuses accu­sa­tions. Le répu­bli­cain de la Flo­ride est allé jusqu’à décla­rer que le pré­sident Hugo Chá­vez « est deve­nu le Ossa­ma ben Laden et le Ahma­di­ne­jad de l’hémisphère occi­den­tal ».

Ces der­nières années, les sec­teurs droi­tiers à Washing­ton ont lan­cé des appels de plus en plus osés à agres­ser direc­te­ment le Vene­zue­la et à inter­ve­nir dans ce pays. Leurs décla­ra­tions ont été accom­pa­gnées d’une aug­men­ta­tion des finan­ce­ments pour les orga­ni­sa­tions anti-cha­vistes afin de pro­vo­quer désta­bi­li­sa­tion et désordre au Vene­zue­la, tout en essayant, sur le plan inter­na­tio­nal, d’« iso­ler » le gou­ver­ne­ment véné­zué­lien et de dia­bo­li­ser le pré­sident Chá­vez.

Cepen­dant le chef d’État véné­zué­lien conserve une popu­la­ri­té de 60% dans son pays et reste l’un des lea­ders les plus admi­rés dans le monde. Image_1-35.png

Tra­duc­tion : Numan­cia Martí­nez Pog­gi

Source : http://venezuelanalysis.com/analysis/6006