Quarante jours à la rencontre des mouvements sociaux.

Le volontarisme social de la diplomatie bolivarienne est occulté, ou réduit à une « pétrodiplomatie », par les médias occidentaux qui taisent avec le même soin le « gouvernement de rue » au coeur de la politique intérieure que mène Maduro au Venezuela.

« Je salue notre dan­ge­reux ami… » (rires) «…Joao Pedro Ste­dile, du mou­ve­ment des sans terre ». Là où d’autres chefs d’Etat évitent tout risque d’incident diplo­ma­tique, le nou­veau pré­sident du Vene­zue­la, élu le 14 avril 2013, pré­fère bous­cu­ler le pro­to­cole pour se réunir avec les mou­ve­ments sociaux. La signa­ture le même jour d’accords majeurs de coopé­ra­tion avec la pré­si­dente du Bré­sil n’empêche pas Nico­las Madu­ro de dia­lo­guer avec ceux qui cri­tiquent l’abandon de la réforme agraire et les pro­grès de l’agro-business sous le man­dat de Dil­ma Rous­sef. [[Voir “A Bra­si­lia le cam­pe­ment natio­nal Hugo Cha­vez exige la reprise de la réforme agraire” http://mouvementsansterre.wordpress.com/2013/03/23/a‑brasilia-le-campement-paysan-national-hugo-chavez-exige-la-reprise-de-la-reforme-agraire/]]

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Réunion avec les mou­ve­ments sociaux à l’Université de Bra­si­lia, Mémo­rial Dar­cy Ribei­ro, 9 mai 2013

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Ce 9 mai 2013 au mémo­rial Dar­cy Ribei­ro – qui pour Madu­ro « fait par­tie des hommes capables de trans­for­mer la conscience d’une époque » – c’est le porte-parole du Mou­ve­ment des Sans Terre, au nom des syn­di­cats et col­lec­tifs pré­sents, qui accueille le pré­sident véné­zué­lien. Le lut­teur social rap­pelle que Cha­vez fut le pre­mier à aller vers eux, à dénon­cer les limites ins­ti­tu­tion­nelles de l’État bour­geois en vigueur depuis trois siècles et à cher­cher l’appui des mou­ve­ments sociaux dans cette trans­for­ma­tion.

Avec les mili­tants bré­si­liens, Madu­ro évoque la trans­for­ma­tion du Mar­ché Com­mun du Sud (MERCOSUR) dont le Vene­zue­la assu­me­ra la pré­si­dence le 28 juin “en une iden­ti­té de peuple, une oppor­tu­ni­té de déve­lop­pe­ment, d’intégration éner­gé­tique, éco­no­mique, struc­tu­relle de nos pays”, notam­ment à tra­vers la conso­li­da­tion du SUCRE, mon­naie régio­nale qui met fin à la dic­ta­ture du dol­lar pour la vente et l’achat de pro­duits entre pays de l’ALBA, la Banque du Sud, la créa­tion d’une École de For­ma­tion des Mou­ve­ments Sociaux, la défense des res­sources natu­relles lors de la pro­chaine réunion de la CELAC à Cara­cas, l’organisation d’un Fonds Éga­li­taire de lutte conte la pau­vre­té à dis­cu­ter au sein de l’OPEP : « nous ne sommes pas sim­ple­ment un gou­ver­ne­ment, nous sommes une révo­lu­tion popu­laire au pou­voir et nous trans­for­mons la socié­té. Le pou­voir moral, poli­tique, orga­ni­sa­teur des mou­ve­ments sociaux est la garan­tie majeure pour les pro­ces­sus démo­cra­tiques de notre région et la clef de leur invin­ci­bi­li­té face aux agres­sions impé­riales ».

La pre­mière étape de cette tour­née dans les pays du MERCOSUR l’avait mené en Uru­guay à la ren­contre du Pré­sident Muji­ca et des tra­vailleurs. Madu­ro, qui entra en poli­tique à tra­vers la mili­tance syn­di­cale, y a pro­po­sé la créa­tion d’une confé­dé­ra­tion des tra­vailleurs à l’échelle du conti­nent.

Avec les tra­vailleurs uru­guayens, 7 mai 2013

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Quelques semaines plus tard à Cocha­bam­ba, lors de sa ren­contre avec les mou­ve­ments sociaux boli­viens en com­pa­gnie d’Evo Morales, le pré­sident du Vene­zue­la a de nou­veau plai­dé pour la créa­tion d’une orga­ni­sa­tion conti­nen­tale des mou­ve­ments de tra­vailleurs, pay­sans, pêcheurs, com­mu­nau­tés indi­gènes, mou­ve­ments fémi­nistes, étu­diants et pour faire face ensemble aux nou­velles stra­té­gies impé­riales et aux trai­tés de libre com­merce – notam­ment l’Alliance Paci­fique mise sur orbite par les États-Unis (Mexique, Colom­bie, Pérou et Chi­li)- et aux plans de la droite lati­no-amé­ri­caine pour détruire l’ALBA.

“Nous avons déci­dé de déve­lop­per for­te­ment à tra­vers l’ALBA tout ce qui concerne l’éducation publique gra­tuite et de qua­li­té pour nos peuples, de for­ti­fier nos uni­ver­si­tés publiques. Les pays membres de l’ALBA sont en tête des indi­ca­teurs de l’éducation uni­ver­si­taire en Amé­rique Latine et dans cer­tains cas, dans le monde”.

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Ce volon­ta­risme social de la diplo­ma­tie boli­va­rienne est occul­té, ou réduit à une « pétro­di­plo­ma­tie », par les médias occi­den­taux qui taisent avec le même soin le « gou­ver­ne­ment de rue » au coeur de la poli­tique inté­rieure que mène Madu­ro au Vene­zue­la. Conçu pour “ren­con­trer direc­te­ment les pro­blèmes et les résoudre avec la popu­la­tion, orga­ni­ser un nou­veau modèle de gou­ver­ne­ment avec les conseils com­mu­naux, essence d’une nou­velle démo­cra­tie et du socia­lisme”, ce « gou­ver­ne­ment de rue » a déjà pris des cen­taines de mesures et alloué les res­sources néces­saires sur la base du diag­nos­tic par­ti­ci­pa­tif. [[Sur la méthode de gou­ver­ne­ment de Nico­las Madu­ro, on peut lire “Nous t’écoutons Clau­dia” http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/ ; “Gou­ver­ne­ment dans la rue et révo­lu­tions dans la révo­lu­tion : Nico­las Madu­ro com­mence à gou­ver­ner” http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/20/gouvernement-dans-la-rue-et-revolutions-dans-la-revolution-nicolas-maduro-commence-a-gouverner/ ; et “Le Vene­zue­la en 2013 : accroche-toi, tu n’as encore rien vu” http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/06/le-venezuela-bolivarien-en-2013-accroche-toi-tu-nas-encore-rien-vu/]]

Pour rendre à l’État sa capa­ci­té d’action sur le ter­rain et lut­ter contre la cor­rup­tion, Madu­ro a décré­té six Régions Stra­té­giques de Déve­lop­pe­ment Inté­gral (REDI). Tout va se jouer l’efficacité du sui­vi par les relais mis en place. Après avoir sur­mon­té la ten­ta­tive de coup d’État orga­ni­sée par la droite en avril 2013, le pré­sident est en train de regrou­per les forces sociales autour du pro­gramme sor­ti des urnes, le « Plan Patria 2013 – 2019 » [[Voir “Ce que la révo­lu­tion boli­va­rienne va faire de 2013 à 2019” http://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/]] . C’est pour­quoi la droite lati­no-amé­ri­caine et ses alliés états-uniens inten­si­fient leurs manoeuvres de désta­bi­li­sa­tion, notam­ment depuis la Colom­bie. Mais le temps joue en faveur de la révo­lu­tion boli­va­rienne. [[Paral­lè­le­ment aux mesures issues des assem­blées popu­laires, à l’augmentation géné­rale des salaires et à la mise en oeuvre effec­tive de la nou­velle Loi du Tra­vail, voi­ci quelques mesures qui ont mar­qué les qua­rante pre­miers jours de la pré­si­dence de Nico­las Madu­ro. Mer­ci à Juan Miguel Díaz Fer­rer.

Sécu­ri­té citoyenne

Créa­tion du “Mou­ve­ment pour la Paix et pour la Vie”, avec le désar­me­ment effec­tif de bandes de jeunes délin­quants, la créa­tion d’espaces cultu­rels et de for­ma­tion et la créa­tion du fonds spé­cial “Jóvenes de la Patria” (500 mil­lions de Boli­vars).

Mise en place du Plan Natio­nal de sécu­ri­té avec l’appui mutuel des com­mu­nau­tés popu­laires, des forces armées et de la police natio­nale boli­va­rienne. Dans les pre­miers mois le taux d’homicides a été réduit de 60 % en moyenne. Il s’agit aus­si de mettre fin aux vio­la­tions des droits de l’homme com­mises par les polices anté­rieures.

Ren­for­ce­ment de la Mis­sion A Toda Vida Vene­zue­la pour huma­ni­ser les condi­tions de déten­tion dans le sys­tème péni­ten­cier.
Réunion avec les télé­vi­sions pri­vées pour qu’elles réduisent leur dose quo­ti­dienne de vio­lence.

Poli­tiques ali­men­taires

Dia­logue avec le sec­teur pri­vé. La Chambre de l’industrie ali­men­taire du Vene­zue­la a accep­té de tra­vailler avec l’exécutif à trou­ver des solu­tions aux pro­blèmes d’approvisionnement et pré­voit dans les 180 jours d’augmenter la pro­duc­tion de 18%.

Lan­ce­ment de la construc­tion d’une cen­trale agro-indus­trielle près de Cara­cas avec un inves­tis­se­ment d’environ 52 mil­lions de dol­lars de la Chine.
Nou­velle stra­té­gie visant à accroître les réserves ali­men­taires du pays.
Impor­ta­tion de 760.000 tonnes de nour­ri­ture, huile, lait en poudre, le sucre brut, le thon en conserve, sar­dines en conserve et le sor­gho.
Ren­for­ce­ment du sys­tème des maga­sins d’État PDVAL, qui vend les pro­duits de base 35% moins cher que dans le mar­ché et du réseau Far­ma­Pa­tria qui vend les médi­ca­ments à des prix 40% ifé­rieurs à ceux du mar­ché.
Recen­se­ment par les experts agri­coles des pays du Mer­co­sur, dans les états du Zulia, Ara­gua, Por­tu­gue­sa et autres de 230 000 hec­tares aptes à la mise en culture immé­diate.

Sub­ven­tions aux pro­duc­teurs de riz et de canne à sucre.

Avec l’Argentine, l’Uruguay, le Bré­sil, la Boli­vie, signa­ture de nou­veaux accords agri­coles et éner­gé­tiques.

Avec des socié­tés bré­si­liennes, le Vene­zue­la construit une usine d’engrais pour pro­duire 1,5 mil­lions de tonnes par an.

Élec­tri­ci­té

Décla­ra­tion de l’état d’urgence pour le réseau natio­nal d’électricité. Appro­ba­tion des res­sources néces­saires pour ren­for­cer le sys­tème élec­trique natio­nal (SEN), dans le cadre du plan de 100 jours pré­sen­té par le ministre de l’Electricité.

Ins­pec­tion du parc d’énergie éolienne de La Gua­ji­ra (État du Zulia)
Tarifs spé­ciaux pour les grands consom­ma­teurs d’électricité, afin d’encourager les éco­no­mies d’énergie (com­mer­ciaux, etc) et main­tien du tarif social pour la popu­la­tion.

Loge­ment

Reprise du plan mas­sif de réno­va­tion urbaine popu­laire « quar­tier tri­co­lore ».

Objec­tif de la Grande Mis­sion Loge­ment Vene­zue­la pour cette année : construc­tion de 380.000 mai­sons à tra­vers le pays.

Rela­tions Inter­na­tio­nales

Visite des pays du MERCOSUR qui ont signé plu­sieurs accords de coopé­ra­tion avec le Véné­zué­la.

Appui aux can­di­da­tures de la Boli­vie et de l’Equateur au sein du Mer­co­sur.

Arti­cu­la­tion des pro­ces­sus d’intégration régio­nale ALBA – Mer­co­sur, et Petro­ca­ribe-Mer­co­sur. Orga­ni­sa­tio à Cara­cas du VIIème Som­met de Petrocaribe,avec l’entrée du Gua­te­ma­la et du Hon­du­ras en tant que membres actifs du méca­nisme de coopé­ra­tion, démar­rage des tra­vaux pour consti­tuer la Zone Éco­no­mique de Petro­ca­ribe (ZEP), accord spé­cial signé pour la four­ni­ture d’engrais à pro­mou­voir le déve­lop­pe­ment agro-indus­triel régio­nal, et régime spé­cial des liai­sons aériennes entre tous les pays membres. Créa­tion d’un fonds pour les opé­ra­tions conjointes. Déve­lop­pe­ment d’un sys­tème de déve­lop­pe­ment du com­merce interne dans la zone de Petro­ca­ribe.

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Thier­ry Deronne, Cara­cas, 3 juin 2013.

Source : blog de Thier­ry Deronne

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“Gou­ver­ne­ment de rue”, quar­tier de Coro­po, État d’Aragua, Vene­zue­la, 31 mai 2013.

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Vidéos : dia­logue avec les mou­ve­ments sociaux bré­si­liens, Mémo­rial Dar­cy Ribei­ro, le 9 mai 2013.


Notes :