Du racisme dans la pollution

Par Brian Roewe / Robert Bul­lard

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NCR


Tra­duit par ZIN TV

EN LIEN :

Brian Roewe est le cor­res­pon­dant du Natio­nal Catho­lic Repor­ter pour l’en­vi­ron­ne­ment. La plu­part de ses repor­tages sont publiés dans Ear­th­Beat, la nou­velle ini­tia­tive jour­na­lis­tique de NCR sur la foi et le chan­ge­ment cli­ma­tique. Il couvre les ques­tions envi­ron­ne­men­tales pour le NCR depuis 2011. Ses repor­tages ont été récom­pen­sés à plu­sieurs reprises, notam­ment lors de la remise des prix 2020 de la Reli­gion News Asso­cia­tion. Brian a com­men­cé à tra­vailler pour NCR en novembre 2011. Il est diplô­mé de l’U­ni­ver­si­té de Saint Louis et de l’U­ni­ver­si­té de Rock­hurst.

Conver­sa­tion avec Robert Bul­lard, père de la jus­tice envi­ron­ne­men­tale aux États-Unis

Robert Bul­lard est pro­fes­seur d’ur­ba­nisme et de poli­tique envi­ron­ne­men­tale à l’U­ni­ver­si­té du Texas Sud de Hous­ton, comme d’autres intel­lec­tuels, il a obser­vé atten­ti­ve­ment com­ment l’A­mé­rique est confron­tée à son long pas­sé de racisme à la suite de la mort de George Floyd et d’autres per­sonnes. Les décen­nies d’é­tude de Bul­lard montrent clai­re­ment que le racisme va bien au-delà du main­tien de l’ordre — il se mani­feste éga­le­ment dans le loge­ment, l’ac­cès à la nour­ri­ture, le déve­lop­pe­ment et l’en­vi­ron­ne­ment dans les­quels nous vivons.

Consi­dé­ré comme le père de la jus­tice envi­ron­ne­men­tale, Bul­lard s’est enga­gé dans ce mou­ve­ment avant même qu’il n’en porte le nom. En 1978, il a mené des recherches sur les sites d’en­fouis­se­ment à Hous­ton dans le cadre d’une action col­lec­tive à laquelle tra­vaillait sa femme, Lin­da McKee­ver Bul­lard, avo­cate. Ses étu­diants et lui ont décou­vert que les cinq décharges muni­ci­pales étaient situées dans des quar­tiers noirs, tout comme presque toutes les décharges pri­vées et les inci­né­ra­teurs muni­ci­paux. Autre­ment dit, des années 1930 à 1978, envi­ron 82 % des déchets de Hous­ton ont été déver­sés dans les quar­tiers noirs, ce qui repré­sente un quart de la popu­la­tion.

Cette affaire, ain­si que plu­sieurs autres, ont consti­tué les pre­miers moments du mou­ve­ment pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale.

“Toutes les com­mu­nau­tés ne sont pas créées égales”, a décla­ré M. Bul­lard. “Il y en a qui sont plus égales que d’autres. Et si une com­mu­nau­té se trouve être pauvre, ouvrière ou de cou­leur, elle reçoit géné­ra­le­ment plus que sa juste part de choses dont les autres ne veulent pas. C’est ça, l’in­jus­tice.”

“Et ce n’est pas seule­ment une ques­tion d’en­vi­ron­ne­ment. Il s’a­git aus­si de san­té et de richesse. Lorsque ces nom­breuses ins­tal­la­tions [comme les décharges, les cen­trales élec­triques, les raf­fi­ne­ries] sont pla­cées près des pro­prié­taires, elles font bais­ser la valeur de la pro­prié­té, ce qui signi­fie une dimi­nu­tion de la richesse. Elles créent éga­le­ment de la pol­lu­tion, ce qui a éga­le­ment un impact sur la san­té. C’est donc un double coup dur que nous devons com­battre”.

Bul­lard a récem­ment par­lé avec Ear­th­Beat de la situa­tion actuelle de l’A­mé­rique face au racisme, et de la manière dont la jus­tice envi­ron­ne­men­tale en tient compte. Vous trou­ve­rez ci-des­sous des extraits de cette conver­sa­tion, édi­tés pour plus de clar­té et de lon­gueur. Vous pou­vez éga­le­ment regar­der l’in­té­gra­li­té de l’in­ter­view en haut de la page.

Ear­th­Beat : J’ai pen­sé qu’un bon point de départ pour nous est le concept même de jus­tice envi­ron­ne­men­tale. Com­ment défi­ni­riez-vous ce concept ?

Bul­lard : Eh bien, la jus­tice envi­ron­ne­men­tale embrasse le prin­cipe selon lequel toutes les com­mu­nau­tés ont droit à une pro­tec­tion égale de l’en­vi­ron­ne­ment, du loge­ment, des trans­ports, de l’éner­gie, de la sécu­ri­té ali­men­taire. Et qu’au­cune com­mu­nau­té ne doit être dis­cri­mi­née ou exclue en rai­son de sa race, de ses reve­nus ou de sa situa­tion géo­gra­phique.

Avec les pro­tes­ta­tions qui ont lieu en ce moment en réac­tion aux meurtres de George Floyd, Breon­na Tay­lor et Ahmaud Arbe­ry, entre autres, la nation se trouve à un nou­veau moment où le racisme est pris en compte. Que signi­fie “Black Lives Mat­ter” dans le contexte de la jus­tice envi­ron­ne­men­tale ?

Eh bien, c’est vrai­ment cen­tral. Et si vous regar­dez la nais­sance du mou­ve­ment pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale au début des années 80, dans le com­té de War­ren, [en Caro­line du Nord], il s’a­gis­sait de lut­ter contre le racisme envi­ron­ne­men­tal. Il s’a­gis­sait de … cibler une com­mu­nau­té noire pour le déver­se­ment de déchets toxiques. Et la déci­sion de choi­sir où aller était tota­le­ment basée sur la race.

… Et donc la conver­gence de toute cette ques­tion du racisme envi­ron­ne­men­tal et du racisme dans le main­tien de l’ordre et des meurtres mor­tels et des étouf­fe­ments de Noirs et de voir ces lyn­chages télé­vi­sés, la boucle est bou­clée. Il s’a­git donc d’un seul mou­ve­ment, et ce mou­ve­ment est pour la jus­tice. C’est un mou­ve­ment pour déman­te­ler le racisme sys­té­mique qui empêche les com­mu­nau­tés de res­pi­rer parce qu’elles sont encer­clées par des usines chi­miques et des raf­fi­ne­ries pol­luantes et d’autres types d’é­mis­sions. Ain­si que l’é­touf­fe­ment mor­tel des res­pi­ra­tions des indi­vi­dus non armés et le fait de leur enle­ver la vie et alors que les gens scandent “Je ne peux pas res­pi­rer”.

Voi­là le drame et la mesure dans laquelle ces choses sont liées. C’est vrai­ment incroyable, et de voir au cours de ces nom­breuses années que les points sont main­te­nant reliés. Et la condi­tion sous-jacente est le racisme. La condi­tion sous-jacente est un racisme sys­té­mique et ins­ti­tu­tion­na­li­sé. Et puis vous ajou­tez à cela la pol­lu­tion qui tue les gens, et puis le main­tien de l’ordre, le main­tien de l’ordre mor­tel qui tue les gens. Et puis vous ajou­tez le COVID, le coro­na­vi­rus, éga­le­ment à cause des condi­tions sous-jacentes dans les­quelles vivent beau­coup de nos gens, en par­ti­cu­lier les pauvres, les Afro-Amé­ri­cains et les autres per­sonnes de cou­leur. Le COVID-19 frappe par­ti­cu­liè­re­ment nos com­mu­nau­tés. Et à cause de la pol­lu­tion, de l’asthme et des mala­dies res­pi­ra­toires, du dia­bète, des mala­dies car­diaques, des acci­dents vas­cu­laires céré­braux, nous assis­tons éga­le­ment à ce genre d’at­taque mor­telle.

Nous nous bat­tons donc sur plu­sieurs fronts. … Nous disons tous qu’il est temps de déman­te­ler le racisme et de recon­naître que l’ADN de l’A­mé­rique est mar­qué par le racisme. Et nous devons débal­ler et nous devons déman­te­ler ce sys­tème malé­fique et violent.

Vous avez par­lé de relier les points de ces dif­fé­rents défis, qu’il s’a­gisse du racisme, de la pan­dé­mie, de la pol­lu­tion, de toutes ces choses. Cela m’a rap­pe­lé ce dont le pape Fran­çois a par­lé dans son ency­clique Lau­da­to Si’, où il dit que tout est lié, et entendre le cri de la Terre en même temps que le cri des pauvres. Quel pou­voir ce mes­sage d’un lea­der reli­gieux ajoute-t-il au mou­ve­ment pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale ? Et quel rôle les com­mu­nau­tés reli­gieuses peuvent-elles jouer dans la jus­tice envi­ron­ne­men­tale ?

Eh bien, vous savez que le mou­ve­ment pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale est une exten­sion du mou­ve­ment des droits civils et de la lutte pour les droits de l’homme. Et cer­taines des pre­mières grandes stra­té­gies de construc­tion de mou­ve­ment sont venues de l’é­glise. Elle est issue de la Com­mis­sion pour la jus­tice raciale de l’É­glise unie du Christ, une orga­ni­sa­tion noire de défense des droits civils basée dans une confes­sion blanche.

Et nous avons donc eu des col­la­bo­ra­tions avec les dif­fé­rentes confes­sions, en termes d’É­glise unie du Christ, de métho­distes unis, de catho­liques, de luthé­riens. L’his­toire des droits civiques … s’ins­crit donc dans notre mou­ve­ment pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale. Vous savez, le Dr. Mar­tin Luther King était un pas­teur bap­tiste.

Et l’i­dée que la reli­gion joue un rôle majeur dans le mou­ve­ment moderne des droits civils, elle joue un rôle majeur dans notre mou­ve­ment pour la jus­tice envi­ron­ne­men­tale en termes de cir­cons­crip­tions qui … uti­lisent leur église comme lieu de ren­contre pour lut­ter, lut­ter pour la jus­tice. Et beau­coup de nos prêtres, ministres et mères ont vrai­ment tra­vaillé très dur pour remettre en ques­tion le cadre ins­ti­tu­tion­nel qui va main­te­nir la pol­lu­tion en quelque sorte concen­trée dans une zone, mais nous savons qu’en fin de compte elle nous affec­te­ra tous. Parce qu’il n’y a qu’une seule Terre. Et lorsque nous ne pro­té­geons pas les plus vul­né­rables, nous met­tons tout le monde en dan­ger.

C’est pour­quoi nous par­lons ici de jus­tice pour tous. Il s’a­git de veiller à ce qu’au­cune com­mu­nau­té ne soit lais­sée pour compte, que ce soit lors d’une catas­trophe — natu­relle ou pro­vo­quée par l’homme — ou d’une pan­dé­mie, comme en ce moment, ou qu’il s’a­gisse de régler des pro­blèmes de loge­ment abor­dable, de soins de san­té ou de main­tien de l’ordre. Et je pense que les chefs reli­gieux ont un rôle majeur et ont tou­jours joué un rôle majeur quand il s’a­git de ques­tions de jus­tice. Et je pense que c’est une bonne chose.

On a beau­coup par­lé ces der­niers temps de la néces­si­té d’a­voir des conver­sa­tions gênantes, sur­tout par­mi les blancs autour de la race et des pri­vi­lèges. Quelles sont ces conver­sa­tions que les blancs devraient avoir autour de la race et de l’en­vi­ron­ne­ment ?

Je pense qu’il est impor­tant que cette conver­sa­tion sur la race ait lieu entre Blancs. Dans cer­tains cas, elle doit avoir lieu lorsque des per­sonnes de cou­leur ne sont pas pré­sentes, afin que vous puis­siez être vrai­ment hon­nête, vrai­ment bru­tal sur ce qui se passe dans ce pays.

Lorsque je parle avec mes frères et sœurs blancs, nous deve­nons vrai­ment réels. Et dans cer­tains cas, si c’est la pre­mière fois, beau­coup de blancs vont se mettre, ou sont mis, à la défen­sive. Et mon truc, c’est que non, non, je ne dis pas que vous pos­sé­dez des esclaves. Pour débal­ler le pri­vi­lège des blancs et pour débal­ler le fait qu’il y a cer­tains avan­tages inté­grés dans notre sys­tème éco­no­mique, notre sys­tème poli­tique, les sys­tèmes sociaux et les sys­tèmes d’a­van­ce­ment dans notre socié­té que la blan­cheur vient avec cer­tains types de pri­vi­lèges. Et si vous n’êtes pas blanc, il y a des impôts ou cer­tains types de péna­li­tés qui sont appli­qués arti­fi­ciel­le­ment, que ce soit dans le domaine du loge­ment, de l’é­du­ca­tion, de l’emploi — pour pro­gres­ser dans tous les domaines. Qu’il s’a­gisse des types de com­mu­nau­tés dans les­quelles les gens sont auto­ri­sés à vivre. Même lorsque les noirs ont de l’argent, il y a cer­taines bar­rières qui se dressent dans notre socié­té.

Et nous ne devons pas lais­ser la race nous divi­ser d’une manière ou d’une autre. Parce qu’il n’y a qu’une seule race — la race humaine. La race est une construc­tion sociale. Je suis socio­logue, et il y a tout un domaine de la socio­lo­gie qui traite de la race et des rela­tions entre les races. Nous devons donc nous appro­prier ces conver­sa­tions.

… Et ce n’est pas un sprint, c’est une sorte de course de mara­thon. Parce que nous par­lons de 401 ans que les Afro-Amé­ri­cains et les Afri­cains ont été ame­nés sur ces rivages. Et encore une fois, 1619, c’est il y a long­temps. Et aucun d’entre nous n’é­tait là en 1619, mais les ves­tiges du racisme ins­ti­tu­tion­na­li­sé et les ves­tiges de l’es­cla­vage, ce qui est venu après, sont tou­jours là, aujourd’­hui. Et nous devons peler l’oi­gnon et enle­ver ces couches et dire com­ment nous allons répa­rer cela. Et je pense qu’il fau­dra tra­vailler dur. Ce ne sera pas facile. Si c’é­tait facile, nous l’au­rions fait il y a des années.

En termes de solu­tions, beau­coup d’i­dées sont lan­cées en ce moment. En termes de jus­tice envi­ron­ne­men­tale, à quoi res­semblent ces solu­tions pour lut­ter contre le racisme ?

Je pense que ce que nous devons faire lorsque nous par­lons de racisme et de jus­tice envi­ron­ne­men­tale, nous devons par­ler de ce qui est vrai­ment essen­tiel. Cela signi­fie que toutes les com­mu­nau­tés devraient avoir droit à un envi­ron­ne­ment propre, sain et vivable. Aucune com­mu­nau­té ne devrait être ciblée d’une manière ou d’une autre pour des choses dont les autres ne veulent pas. Nous vou­lons un envi­ron­ne­ment sain et vivable.

Nous par­lons de chan­ger tout notre para­digme en termes de type d’é­co­no­mie que nous devrions avoir. Et si nous pas­sons à une éco­no­mie verte fon­dée sur les éner­gies propres et renou­ve­lables, alors cette éco­no­mie ne devrait pas lais­ser les gens der­rière elle juste parce qu’ils sont pauvres, juste parce qu’ils sont de cou­leur. Nous par­lons d’une tran­si­tion juste qui sera inclu­sive.

Lorsque nous par­lons de jus­tice envi­ron­ne­men­tale, nous par­lons aus­si d’é­qui­té en matière de san­té. Il faut s’as­su­rer que les gens ont accès aux soins de san­té, à un lieu de tra­vail sûr. Et nous par­lons de pos­si­bi­li­tés d’emploi là où les gens n’ont pas de salaire mini­mum, un salaire décent. Et que les gens puissent avoir un emploi et la pos­si­bi­li­té de prendre soin de leur famille et de vivre le rêve amé­ri­cain. Pou­voir ache­ter sa mai­son et vivre dans des loge­ments qui ne sont pas dans des plaines inon­dables et à côté d’une raf­fi­ne­rie, ou de la décharge.

Nous par­lons d’é­du­ca­tion et nous veillons à ce que les pos­si­bi­li­tés d’é­du­ca­tion soient ouvertes à tous. Vous savez, tout le monde ne pour­ra pas aller au col­lège ou à l’u­ni­ver­si­té, mais il faut s’as­su­rer que les jeunes ont accès aux col­lèges et aux uni­ver­si­tés. Et s’as­su­rer qu’il y a des com­pé­tences et des for­ma­tions qui per­mettent aux gens de trou­ver un emploi, afin qu’ils puissent avoir une bonne car­rière et ce genre de choses.

La jus­tice envi­ron­ne­men­tale implique donc tout cela. Nous ne nous conten­tons pas de lut­ter contre la pol­lu­tion. Nous nous bat­tons pour une bonne éco­no­mie qui peut offrir à cha­cun un mode de vie sain et durable. Des parcs et des espaces verts. De bons mar­chés de pro­duc­teurs et un bon accès aux super­mar­chés et autres types d’é­pi­ce­ries qui peuvent per­mettre aux gens d’a­voir accès à des solu­tions de rechange, comme aller au fast-food et man­ger toutes les cochon­ne­ries. … C’est ça, la jus­tice envi­ron­ne­men­tale. Et c’est ce que nous allons faire valoir lorsque nous exa­mi­ne­rons les can­di­da­tures aux élec­tions pré­si­den­tielles, aux postes de gou­ver­neur et de légis­la­teur, au conseil muni­ci­pal, aux com­mis­saires de com­té et aux conseils sco­laires.

De nom­breux groupes envi­ron­ne­men­taux ont publié des décla­ra­tions, cer­tains d’entre eux recon­nais­sant le manque de diver­si­té du mou­ve­ment envi­ron­ne­men­tal au sens large ou lut­tant contre le racisme ou les inéga­li­tés au sein de ce mou­ve­ment. À quoi res­sem­ble­rait le mou­ve­ment envi­ron­ne­men­tal ou cli­ma­tique au sens large s’il pla­çait la jus­tice envi­ron­ne­men­tale au centre de son tra­vail ?

Ce que nous disons depuis de nom­breuses années, c’est que les groupes verts ou les prin­ci­paux groupes envi­ron­ne­men­taux, qui sont encore à peu près blancs, doivent tenir compte du fait que ce pays change démo­gra­phi­que­ment et que leurs orga­ni­sa­tions doivent évo­luer avec lui.

Et alors que nous nous diri­geons vers 2045, lorsque la majo­ri­té des habi­tants de ce pays seront des gens de cou­leur, je dis que les orga­ni­sa­tions qui tra­vaillent sur l’en­vi­ron­ne­ment, la conser­va­tion et le cli­mat doivent prendre en compte ces chan­ge­ments démo­gra­phiques et com­men­cer à recon­naître le fait que beau­coup de leurs pro­grammes ne reflètent pas néces­sai­re­ment les prio­ri­tés de cette majo­ri­té émer­gente.

Et je pense que com­prendre la diver­si­té signi­fie aus­si la diver­si­té de leurs conseils d’ad­mi­nis­tra­tion, de leur per­son­nel et de leurs pro­grammes, mais la diver­si­té signi­fie aus­si s’as­su­rer que nous diver­si­fions les dol­lars verts qui vont au tra­vail envi­ron­ne­men­tal. … Le chan­ge­ment cli­ma­tique doit être plus que des par­ties par mil­lion et des gaz à effet de serre, il doit aus­si avoir un impact sur les com­mu­nau­tés vul­né­rables et les com­mu­nau­tés de pre­mière ligne et les poli­tiques qui sont mises en place pour mon­trer que lorsque nous abor­dons l’at­té­nua­tion et l’a­dap­ta­tion au cli­mat, l’é­qui­té, la jus­tice et l’im­par­tia­li­té sont pré­sentes dans toute cette pla­ni­fi­ca­tion.

Êtes-vous opti­miste quant à la pos­si­bi­li­té que ce moment puisse être celui de la jus­tice dans tous ces domaines ?

Je suis opti­miste. Et je suis plein d’es­poir, et cette fois-ci semble dif­fé­rente. J’ai fait par­tie de dif­fé­rents mou­ve­ments pen­dant des décen­nies et j’ai vu le chan­ge­ment. … En tant qu’an­cien étu­diant en his­toire et en socio­lo­gie, je sais que chaque mou­ve­ment social qui a réus­si dans ce pays a eu un fort enga­ge­ment de la part des jeunes, des étu­diants et des jeunes gens. Et quand nous avons ce mou­ve­ment inter­gé­né­ra­tion­nel comme je le vois aujourd’­hui, et comme vous pou­vez le voir en cou­leur vive sur le télé­vi­seur et dans le monde entier, vous pou­vez voir l’en­thou­siasme.

Et je pense que ce qui est impor­tant, c’est l’ur­gence, car contrai­re­ment à de nom­breux accès de colère, celui-ci semble, je tiens à le dire, dif­fé­rent. C’est peut-être un euphé­misme, mais je pense que cette dif­fé­rence nous donne l’es­poir de réus­sir. Et que vous voyez des gens qui se ras­semblent et qui, pro­ba­ble­ment, en sont à leur pre­mière marche ou à leur pre­mière grande mani­fes­ta­tion. Et cela se pro­duit à un moment où nous sommes confron­tés à une pan­dé­mie, et au fait qu’il y a des dan­gers dehors, et qu’il y a des dan­gers quand vous ren­trez chez vous. Mais là encore, nous devons par­ler de cette crise.

Et le der­nier son­dage montre que 80 % des Amé­ri­cains ont le sen­ti­ment que ce pays est hors de contrôle. Nous devons reprendre le contrôle de notre pays, et de ce que nous repré­sen­tons. L’A­mé­rique est un grand pays et nous devons nous assu­rer que nous sommes à la hau­teur de ce cre­do, de cette étoile du Nord que nous vou­lons être la meilleure Amé­rique pos­sible. Et je pense que c’est ce que nous devrions viser en nous mobi­li­sant, en nous orga­ni­sant et en édu­quant, pour trans­for­mer ce pays afin qu’il devienne le meilleur pos­sible.