SwissLeaks : HSBC, Les barons de la banque et de la drogue

Tous ceux qui ont organisé le blanchiment d’argent au sein de HSBC doivent répondre de leurs actes en justice et être condamnés sévèrement avec privation de liberté et obligation de réaliser des travaux d’utilité publique.

par Eric Tous­saint (Eric Tous­saint, auteur de Ban­co­cra­tie (Edi­tions Aden, Bruxelles, 2014), maître de confé­rence à l’université de Liège, est porte-parole du CADTM inter­na­tio­nal et est membre du conseil scien­ti­fique d’ATTAC France.)

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Le cas de la banque bri­tan­nique HSBC consti­tue un exemple sup­plé­men­taire de la doc­trine « trop grandes pour être incar­cé­rées ».[[Voir la pre­mière par­tie de cette série : “Les banques et la nou­velle doc­trine Too Big to Jail “, publié le 9 mars 2014, http://cadtm.org/Les-banques-et-la-… ; « États-Unis : Les abus des banques dans le sec­teur immo­bi­lier et les expul­sions illé­gales de loge­ment », publié le 4 avril 2014, http://cadtm.org/Etats-Unis-Les-abu… . Le pré­sent article est une reprise de la par­tie 3 de la Série : Les banques et la doc­trine « trop grandes pour être condam­nées », publiée le 14 avril 2014, http://cadtm.org/Les-barons-de-la-banque-et-de-la]] En 2014, le groupe mon­dial HSBC employait 260 000 per­sonnes, est pré­sent dans 75 pays et déclare 54 mil­lions de clients.[[Voir son site offi­cial : http://www.hsbc.com/about-hsbc]] Au cours de la der­nière décen­nie, HSBC a col­la­bo­ré avec les car­tels de la drogue du Mexique et de Colom­bie, res­pon­sables de (dizaines de) mil­liers d’assassinats avec armes à feu, dans le blan­chi­ment d’argent pour un mon­tant de 881 mil­lions de dollars.[[HSBC a éga­le­ment col­la­bo­ré avec une banque saou­dienne iden­ti­fiée comme par­ti­ci­pant au finan­ce­ment d’Al Qai­da. Par ailleurs, la jus­tice amé­ri­caine a éga­le­ment accu­sé la banque d’avoir per­mis à des pays mis sous embar­go ou sou­mis à d’autres types de sanc­tions de réa­li­ser des opé­ra­tions finan­cières et com­mer­ciales.]]

Les rela­tions com­mer­ciales de la banque bri­tan­nique avec les car­tels de la drogue ont per­du­ré mal­gré les dizaines de noti­fi­ca­tions et d’avertissements de dif­fé­rentes agences gou­ver­ne­men­tales des États-Unis (dont l’OCC ‑Office of the Comp­trol­ler of the Cur­ren­cy-). Les béné­fices obte­nus ont non seule­ment conduit HSBC à igno­rer les aver­tis­se­ments mais, qui plus est, à ouvrir des gui­chets spé­ciaux dans ses locaux à Mexi­co, où les nar­co­tra­fi­quants pou­vaient dépo­ser des caisses emplies d’argent liquide, pour faci­li­ter le pro­ces­sus de blanchiment.[[Matt Taib­bi, “Gang­ster Ban­kers : Too Big to Jail. How HSBC hoo­ked up with drug traf­fi­ckers and ter­ro­rists. And got away with it”, 14 février 2013, http://www.rollingstone.com/politics/news/gangster-bankers-too-big-to-jail-20130214]] Mal­gré l’attitude ouver­te­ment pro­vo­cante de HSBC envers la loi, les consé­quences légales de sa col­la­bo­ra­tion directe avec des orga­ni­sa­tions cri­mi­nelles furent pra­ti­que­ment nulles. En décembre 2012, HSBC dut payer une amende de 1,9 mil­liard de dol­lars — soit l’équivalent d’une semaine de recettes de la banque — pour clore l’affaire de blan­chi­ment. Pas un seul diri­geant ou employé n’a fait l’objet de pour­suites cri­mi­nelles, bien que la col­la­bo­ra­tion avec des orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes ou la par­ti­ci­pa­tion à des acti­vi­tés liées au nar­co­tra­fic sont pas­sibles de cinq ans de pri­son. Être diri­geant d’une grande banque donne carte blanche pour faci­li­ter, en toute impu­ni­té, le tra­fic de drogues dures ou d’autres crimes.

L’International Herald Tri­bune (IHT) a mené une enquête pour connaître quels débats avaient eu lieu au sein du dépar­te­ment de la Jus­tice. Selon les infor­ma­tions obte­nues par le jour­nal, plu­sieurs pro­cu­reurs vou­laient que HBSC plaide cou­pable et recon­naisse ain­si qu’elle avait vio­lé la loi qui l’obligeait à infor­mer les auto­ri­tés de l’existence de tran­sac­tions supé­rieures à 10 000 dol­lars iden­ti­fiées comme dou­teuses. Cela aurait dû entraî­ner le retrait de la licence ban­caire et la fin des acti­vi­tés de HSBC aux Etats-Unis. Après plu­sieurs mois de dis­cus­sion, une majo­ri­té de pro­cu­reurs prit une autre voie et déci­da qu’il n’y avait pas lieu de pour­suivre la banque pour acti­vi­tés cri­mi­nelles car il fal­lait évi­ter sa fer­me­ture. Il conve­nait même d’éviter de trop ter­nir son image.[[ IHT, “HSBC to pay $1.92 bil­lion over money laun­de­ring”, 12 décembre 2012]] L’amende mineure de 1,9 mil­liard de dol­lars est assor­tie d’une sorte de période de pro­ba­tion : si, entre 2013 et 2018, les auto­ri­tés ont la preuve qu’HSBC n’a pas mis fin défi­ni­ti­ve­ment aux pra­tiques qui ont entraî­né la sanc­tion (ce n’est pas une condam­na­tion), le dépar­te­ment de la Jus­tice pour­rait envi­sa­ger de rou­vrir le dos­sier. Bref, la mesure peut être résu­mée par : « Vilain gar­ne­ment, file-nous une semaine de ta paie et qu’on ne t’y reprenne pas pen­dant 5 ans ». Nous avons bien là un exemple évident de la for­mule « trop grande pour être condam­née ».

En juillet 2013, lors d’une com­mis­sion séna­to­riale qui por­tait sur l’affaire HSBC, Eli­za­beth War­ren, une séna­trice démo­crate de l’Etat du Mas­sa­chu­setts, a mis sur le grill David Cohen, repré­sen­tant le minis­tère des Finances, au sein duquel il occupe le poste de sous-secré­taire res­pon­sable de la lutte contre le ter­ro­risme et l’espionnage finan­cier. Elle a tenu gros­so modo les pro­pos sui­vant : « Le gou­ver­ne­ment des Etats-Unis prend très au sérieux le blan­chi­ment d’argent (…). Il est pos­sible de fer­mer une banque qui s’est enga­gée dans le blan­chi­ment d’argent, des indi­vi­dus peuvent se voir inter­dire un métier ou une acti­vi­té dans la finance, et quelqu’un peut être envoyé en pri­son. Or en décembre 2012, HSBC… a avoué avoir blan­chi 881 mil­lions $ des car­tels mexi­cains et colom­biens de la drogue, la banque a éga­le­ment admis avoir vio­lé les sanc­tions. HSBC ne l’a pas fait qu’une seule fois, elle l’a fait de manière répé­tée. HSBC a payé une amende mais aucun indi­vi­du n’a été ban­ni du métier ban­caire et on n’a pas enten­du par­ler d’une pos­sible fer­me­ture des acti­vi­tés de HSBC aux Etats-Unis. Je vou­drais que vous répon­diez à la ques­tion sui­vante : com­bien de mil­liards de dol­lars une banque doit-elle blan­chir avant qu’on consi­dère la pos­si­bi­li­té de la fer­mer ? » Le repré­sen­tant du Tré­sor a bot­té en touche en disant que le dos­sier était trop com­plexe pour émettre un avis.[[Voir http://www.huffingtonpost.com/2013/03/07/elizabeth-warren-hsbc-money-laundering_n_2830166.html ain­si que http://www.ianfraser.org/hsbcs-drugs-money-laundering-settlement-a-mockery-of-justice-says-sen-warren/]] La séna­trice a pour­sui­vi en décla­rant que lorsqu’un petit ven­deur de cocaïne est pin­cé, il se retrouve pour des années en pri­son tan­dis qu’un ban­quier qui blan­chit des cen­taines de mil­lions de dol­lars de la drogue peut ren­trer tran­quille­ment chez lui sans rien craindre de la jus­tice. Cet extrait de l’audience est dis­po­nible en vidéo et vaut la peine d’être vision­né. |7|

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Ste­phen Green, patron de HSBC (2003 – 2010) deve­nu ministre bri­tan­nique du Com­merce (2011 – 2013), une figure emblé­ma­tique

La bio­gra­phie de Ste­phen Green consti­tue une illus­tra­tion vivante de la rela­tion sym­bio­tique entre la finance et le gou­ver­ne­ment. Cela va même plus loin car il ne s’est pas conten­té de ser­vir au mieux les inté­rêts du grand capi­tal, en tant que ban­quier puis ministre, il est éga­le­ment prêtre de l’église offi­cielle angli­cane et a écrit deux livres sur l’éthique et les affaires, dont un est inti­tu­lé « Ser­vir Dieu ? Ser­vir Mam­mon ? ».[[Ste­phen Green, Ser­ving God ? Ser­ving Mam­mon ?, Mar­shall Picke­ring, 1996, 137 pages.
http://books.google.be/books/about/Serving_God_Serving_Mammon.html?id=Mmn_AAAACAAJ&redir_esc=y Voir la recen­sion dithy­ram­bique dans une revue angli­cane : http://www.e‑n.org.uk/1996/11/reviews/serving-god-serving-mammon/ Cette recen­sion se ter­mine par une perle : “For the Chris­tian the mar­kets represent temp­ta­tion in one of its most power­ful forms ; money, wealth, and then power are fair­ly free­ly acces­sible and are attai­ned by many. For some the temp­ta­tion is too much, for others who keep their eye on that grea­ter trea­sure in hea­ven, the mar­kets are also a place where a Chris­tian wit­ness can be main­tai­ned ; hones­ty and inte­gri­ty can be seen to work. Why, argues the author, should finan­cial mar­kets be left to non-Chris­tians ? The pres­sures of work are often so great that tra­ders retire very ear­ly, often after accu­mu­la­ting consi­de­rable wealth. This given oppor­tu­ni­ties for Chris­tian ser­vice later in life. This book will be use­ful for young Chris­tians consi­de­ring a career in the City of Lon­don, and wei­ghing up various moral dilem­mas in the light of Scrip­ture. Not all are equip­ped to face these temp­ta­tions.”]] Le titre du livre ren­voie notam­ment au nou­veau tes­ta­ment : « Aucun homme ne peut ser­vir deux maîtres : car tou­jours il haï­ra l’un et aime­ra l’autre. On ne peut ser­vir à la fois Dieu et Mam­mon ».[[Nou­veau Tes­ta­ment, Evan­gile de Mat­thieu, 6:24]] Mam­mon repré­sente la richesse, l’avarice, le pro­fit, le tré­sor. On retrouve ce mot en ara­méen, en hébreu, en phé­ni­cien. Par­fois Mam­mon est assi­mi­lé à Satan. Quant à Ste­phen Green, il est hono­ré par les plus hautes auto­ri­tés uni­ver­si­taires et est mani­fes­te­ment intou­chable.

Pas­sons en revue quelques élé­ments de sa bio­gra­phie. Il com­mence sa car­rière au minis­tère bri­tan­nique du Déve­lop­pe­ment d’outremer, puis il passe dans le pri­vé et tra­vaille pour le consul­tant inter­na­tio­nal McKin­sey. En 1982, il est enga­gé par HSBC (Hong Kong Shan­ghai Ban­king Cor­po­ra­tion), la prin­ci­pale banque bri­tan­nique, et y occupe rapi­de­ment des fonc­tions à haute res­pon­sa­bi­li­té. Fina­le­ment, en 2003, il devient direc­teur exé­cu­tif de HSBC et, en 2006, il accède à la pré­si­dence du groupe où il reste jusque 2010.

Les accu­sa­tions qui sont por­tées par les auto­ri­tés amé­ri­caines en matière de blan­chi­ment de 881 mil­lions de dol­lars de l’argent des car­tels de la drogue et d’autres orga­ni­sa­tions cri­mi­nelles portent sur la période 2003 – 2010. Selon le rap­port de 334 pages ren­du public par une com­mis­sion du Sénat amé­ri­cain en 2012, Ste­phen Green, dès 2005, est infor­mé par un employé de la banque que des méca­nismes de blan­chi­ment ont été mis en place dans HSBC au Mexique et que de mul­tiples opé­ra­tions dou­teuses ont lieu. Tou­jours en 2005, l’agence finan­cière Bloom­berg basée à New York accuse HSBC de blan­chi­ment d’argent de la drogue. Ste­phen Green répond qu’il s’agit d’une attaque irres­pon­sable et sans fon­de­ment qui met en cause la répu­ta­tion d’une grande banque inter­na­tio­nale au-des­sus de tout soup­çon. En 2008, une agence fédé­rale des Etats-Unis com­mu­nique à Ste­phen Green que les auto­ri­tés mexi­caines ont décou­vert l’existence d’opérations de blan­chi­ment réa­li­sées par HSBC Mexique et une de ses filiales dans un para­dis fis­cal de la Caraïbe (« Cay­man Islands Branch »). L’agence ajoute que cela peut impli­quer une res­pon­sa­bi­li­té pénale pour HSBC.[[Ned Simons, “HSBC : Ste­phen Green Accu­sed Of Hiding From Scan­dal”,
The Huf­fing­ton Post UK, 20 juillet 2012, http://www.huffingtonpost.co.uk/2012/07/20/hsbc-scandal-stephen-green-hiding_n_1688622.html et, l’article déjà men­tion­né de Matt Taib­bi, “Gang­ster Ban­kers : Too Big to Jail. How HSBC hoo­ked up with drug traf­fi­ckers and ter­ro­rists. And got away with it”, 14 février 2013]] A par­tir de ce moment, les auto­ri­tés états-uniennes de contrôle adressent à la direc­tion de la banque, de manière répé­tée, des aver­tis­se­ments, sou­vent assez mous en regard de la gra­vi­té des faits. Cette der­nière pro­met de modi­fier son com­por­te­ment mais, en réa­li­té, les pra­tiques cri­mi­nelles se pour­suivent. Fina­le­ment, les aver­tis­se­ments sont sui­vis en octobre 2010 d’une mise en demeure d’arrêter les pra­tiques délictuelles.[[Un « cease-and-desist order » est un ordre don­né à une per­sonne, une entre­prise ou une orga­ni­sa­tion par un tri­bu­nal ou une agence du gou­ver­ne­ment des Etats-Unis afin de stop­per une acti­vi­té consi­dé­rée comme dom­ma­geable et/ou contraire à la loi. Le pre­mier « cease-and-desist order » remonte aus­si loin qu’avril 2003 et concerne des comptes ban­caires ser­vant à des finan­ce­ments d’organisations ter­ro­ristes dont Al Qai­da.]] Fin 2012, après la pré­sen­ta­tion publique du rap­port de la com­mis­sion séna­to­riale et des mois de débat entre dif­fé­rentes agences de sécu­ri­té des Etats-Unis, une amende de 1,9 mil­liard de dol­lars est impo­sée à HSBC.

Ste­phen Green est bien pla­cé pour savoir ce que fai­sait la banque au Mexique, dans les para­dis fis­caux, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis car, en plus de conduire l’ensemble du groupe HSBC, il a diri­gé par le pas­sé HSBC Bermuda[[http://en.wikipedia.org/wiki/HSBC_Bank_Bermuda et le site offi­ciel de la banque HSBC aux Ber­mudes http://www.hsbc.bm/1/2/]] (éta­blie dans un para­dis fis­cal), HSBC Mexique, HSBC Moyen-Orient. Il a éga­le­ment été pré­sident de HSBC Pri­vate Ban­king Hol­dings (Suisse) SA et de HSBC Amé­rique du Nord Hol­dings Inc.

Lorsque le public apprend dans le cou­rant de l’année 2012 que HSBC va devoir pro­ba­ble­ment payer une forte amende aux Etats-Unis pour blan­chi­ment de l’argent des car­tels de la drogue, Ste­phen Green n’est plus le grand patron d’HSBC, il est ministre du gou­ver­ne­ment conser­va­teur-libé­ral conduit par le pre­mier ministre David Came­ron.

Petit retour en arrière pour consta­ter que le timing sui­vi par Ste­phen Green a été par­fait. Du grand art. En février 2010, il publie le livre inti­tu­lé La juste valeur : Réflexions sur la mon­naie, la mora­li­té et un monde incer­tain. Le livre est pré­sen­té ain­si au grand public : « Est-ce que quelqu’un peut être à la fois une per­sonne éthique et un homme d’affaires effi­cace. Ste­phen Green, à la fois prêtre et pré­sident de HSBC, le pense. »[[Ste­phen Green, Good Value : Reflec­tions on Money, Mora­li­ty and an Uncer­tain World, Grove Press, 2010, 256 pages
“Can one be both an ethi­cal per­son and an effec­tive busi­ness­per­son ? Ste­phen Green, an ordai­ned priest and the chair­man of HSBC, thinks so. ” in http://www.goodreads.com/book/show/8145234-good-value] On note­ra évi­dem­ment que la « per­sonne éthique et l’homme d’affaires effi­cace » sont iden­ti­fiés au « prêtre et pré­sident de HSBC ». La publi­ci­té est cou­sue de fil blanc. A la même époque, il reçoit le titre de doc­teur hono­ris cau­sa octroyé par la School of Orien­tal and Afri­can Stu­dies (SOAS) de l’Université de Londres.

En octobre 2010, pour la deuxième fois depuis 2003, la jus­tice des Etats-Unis met en demeure HSBC d’arrêter ses acti­vi­tés cri­mi­nelles. Le public n’est pas au cou­rant. Il est grand temps pour Ste­phen Green de quit­ter le navire. Le 16 novembre 2010, à la demande de David Came­ron, il est ano­bli par la Reine d’Angleterre et devient le « baron » Ste­phen Green de Hurst­pier­point du Com­té du Sus­sex occi­den­tal. Cela ne s’invente pas. Pour un busi­ness­man qui a per­mis de blan­chir l’argent des « barons » de la drogue, c’est une belle pro­mo­tion. A ce titre, il devient membre de la Chambre des Lords le 22 novembre 2010. Vous liriez cela dans un polar, vous vous diriez sans doute que l’auteur exa­gère.

En décembre 2010, il démis­sionne de la pré­si­dence de HSBC et, en février 2011, il devient ministre du Com­merce et de l’Investissement. [[Ste­phen Green annonce que sa charge de ministre ne sera pas rému­né­rée. Il faut dire que lorsqu’il était pré­sident d’HSBC sa paie annuelle s’élevait à 25 mil­lions de livres ster­ling (41 mil­lions $ ou 30 mil­lions € au taux de change de février 2014) et qu’il a d’autres sources de reve­nus.]] A ce titre, il met son savoir-faire au ser­vice du patro­nat bri­tan­nique avec lequel il entre­tient des rela­tions très fruc­tueuses et étroites puisqu’il occupe depuis de mai 2010 le poste de vice-pré­sident de la Confé­dé­ra­tion de l’industrie bri­tan­nique. Il joue aus­si un rôle impor­tant dans la pro­mo­tion de Londres qui se pré­pare à accueillir les Jeux Olym­piques en juillet 2012. C’est le mois au cours duquel une com­mis­sion du Sénat des Etats-Unis remet son rap­port sur l’affaire HSBC. Ste­phen Green refuse de répondre à des ques­tions des membres de la chambre des Lords concer­nant son impli­ca­tion dans ce scan­dale. Il est pro­té­gé par le pré­sident du groupe des Lords conser­va­teurs qui explique qu’un ministre n’a pas à venir s’expliquer devant le Par­le­ment pour des affaires étran­gères à son ministère.[[oir l’article déjà cité de Ned Simons, “HSBC : Ste­phen Green Accu­sed Of Hiding From Scan­dal”,
The Huf­fing­ton Post UK, 20 juillet 2012, http://www.huffingtonpost.co.uk/2012/07/20/hsbc-scandal-stephen-green-hiding_n_1688622.html Voir aus­si : The Guar­dian, “Lord Green ’regrets’ HSBC scan­dal but still refuses to ans­wer ques­tions. Trade minis­ter breaks silence over money laun­de­ring scan­dal that took place while he was run­ning the bank”, 24 juillet 2012, http://www.theguardian.com/business/2012/jul/24/lord-green-hsbc-scandal]]

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David Came­ron a affir­mé en 2013 que Lord Green a réa­li­sé un “superbe job” en inten­si­fiant les efforts du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique pour ren­for­cer les expor­ta­tions bri­tan­niques, pour faire avan­cer les trai­tés com­mer­ciaux et notam­ment le trai­té trans­at­lan­tique entre l’Union euro­péenne et les Etats-Unis.[[The Tele­graph, Lord Green to retire after refor­ming UKTI, 19 juin 2013, http://www.telegraph.co.uk/finance/newsbysector/banksandfinance/10130551/Lord-Green-to-retire-after-reforming-UKTI.html « Selon le Pre­mier Ministre, l’ancien patron d’HSBC, Lord Green, aurait accom­pli un tra­vail remar­quable quand il avait ame­né le gou­ver­ne­ment à se concen­trer sur l’exportation et à conclure des par­te­na­riats de com­merce, dont celui entre l’UE et les États-Unis, et qu’il avait obte­nu des inves­tis­se­ments essen­tiels, notam­ment la recon­ver­sion de la cen­trale de Bat­ter­sea. »]] Lord Green a beau­coup œuvré pour aug­men­ter les ventes d’armes bri­tan­niques sur les mar­chés mon­diaux. Il a ter­mi­né son man­dat de ministre en décembre 2013 et dédie son pré­cieux temps à don­ner des confé­rences (cer­tai­ne­ment très bien rému­né­rées) et à rece­voir les faveurs que lui pro­diguent de mul­tiples auto­ri­tés aca­dé­miques.

Sa car­rière n’est cer­tai­ne­ment pas ter­mi­née. Son hypo­cri­sie n’a pas de limites. En mars 2009, alors que HSBC était tota­le­ment impli­qué dans le blan­chi­ment de l’argent d’organisations cri­mi­nelles, il a le culot de décla­rer lors d’une confé­rence de presse à pro­pos des res­pon­sa­bi­li­tés dans la crise qui a com­men­cé en 2007 – 2008 : « Ces évè­ne­ments nous ramènent à la ques­tion de l’éthique du sec­teur finan­cier. C’est comme si, trop sou­vent, les res­pon­sables ne se deman­daient plus si leur déci­sion est cor­recte et ne s’occupaient plus que de sa léga­li­té et de sa confor­mi­té aux règle­ments. Il faut que le sec­teur retrouve ce sens de ce qui est éthi­que­ment cor­rect comme moteur de ses acti­vi­tés. »[[The Inde­pendent, “HSBC in bid to raise £12.5bn”, 9 mars 2009, http://www.independent.co.uk/news/business/news/hsbc-in-bid-to-raise-pound125bn-1635307.html]] C’est ain­si que Ste­phen Green, gre­din et requin au-des­sus des lois, s’adresse à des lar­bins qui vont s’empresser de réper­cu­ter ses bonnes paroles dans la grande presse. En février 2015, la revue de l’honorable Ins­ti­tut Royal des Affaires Inter­na­tio­nales a publié, une longue inter­view de Lord Green afin de mettre en valeur sa grande connais­sance du monde. Cela fait par­tie de la pro­pa­gande dont béné­fi­cie ce ban­dit de la haute. Le titre de l’interview annonce le conte­nu publi­ci­taire de l’exercice de com­mu­ni­ca­tion : « Un ancien pré­sident de HSBC, ger­ma­no­phile durant toute sa vie et chré­tien convain­cu, Lord Green of Hurst­pier­point parle du futur de l’eurozone, des cathé­drales déser­tées et de ce qui pré­oc­cupe les lea­ders chi­nois ». [[Le titre de l’interview est apo­lo­gé­tique : « A for­mer chair­man of HSBC, life­long Ger­ma­no­phile and com­mit­ted Chris­tian, Lord Green of Hurst­pier­point talks about the future of the euro­zone, emp­ty cathe­drals and what makes Chi­nese lea­ders anxious ». Dans l’interview, Ste­fen Green glose une fois de plus sur le sens des vlaueurs et des res­pon­sa­bi­li­tés : « It’s impor­tant to approach busi­ness life with a sense of values and res­pon­si­bi­li­ty : you can’t conclude that ban­king is off limits. It would imply that ban­king is intrin­si­cal­ly an evil domain of acti­vi­ty and no self-res­pec­ting per­son should be in it. That’s non­sense. » http://www.chathamhouse.org/publication/interview-stephen-green]] L’intervieweur ne lui a pas posé de ques­tion sur l’évasion fis­cale orga­ni­sée par HSBC et sur le blan­chi­ment de l’argent de la drogue… Est-ce un oubli ?

Conclu­sion

Green et tous ceux qui ont orga­ni­sé le blan­chi­ment d’argent au sein de HSBC doivent répondre de leurs actes en jus­tice et être condam­nés sévè­re­ment avec pri­va­tion de liber­té et obli­ga­tion de réa­li­ser des tra­vaux d’utilité publique. HSBC devrait être fer­mée et la direc­tion licen­ciée. Ensuite, le mas­to­donte HSBC devrait être divi­sé sous contrôle citoyen en une série de banques publiques de taille moyenne dont les mis­sions devraient être stric­te­ment défi­nies et exer­cées dans le cadre d’un sta­tut de ser­vice public.

Source de l’ar­ticle : [CADTM
->http://cadtm.org/SwissLeaks-HSBC-Les-barons-de-la]


Notes