Kotosa

VO FR ST NL - 20 minutes

Willy Musi­tu Lufun­gu­la, est Doc­teur en socio­lo­gie du déve­lop­pe­ment (Uni­ver­si­té Hum­boldt, Ber­lin, 2003), puis post-doc­to­rant (Uni­ver­si­té Hum­boldt, Ber­lin, 2006), ain­si qu’au­teur du livre “Com­ment vivre ensemble ?”

Ren­contre / audio avec l’é­cri­vaine Anou­sha Nzume (NL)

Titre du film : Koto­sa (res­pect en Lin­ga­la)
Réa­li­sa­teur : Ron­nie Rami­rez
Pro­duc­teur : ZIN TV
En col­la­bo­ra­tion : BWR & Man­guier en Fleurs
Genre : Docu­men­taire
Durée : 20 minutes

Ver­sion espa­gnole du film

Ver­sion anglaise du film

Ver­sion fran­co­phone du film

Bande annonce du film Koto­sa

 

 

 

Le racisme dans les soins de san­té. Une fin de vie en digni­té est une ques­tion uni­ver­selle, mais les soins appli­qués sont sou­vent d’ordre cultu­relle et sou­vent négli­gées lorsqu’il s’agit de seniors étran­gers.

"Le film Kotosa montre que les soins interculturelles ne sont pas neutres, il n'est pas un ensemble de trucs et astuces, il ne s'agit pas de compétences, les soins interculturelle c'est surtout une attitude. Le film ne porte pas seulement sur "la culture des concitoyens subsaharienne '.. mais porte aussi à notre culture de l'aide et de soins'.", le film vous emmène comme travailleur social hors de votre zone de confort. Cela le rend très fort ".

Stef Plysier

 

Réflexions sur le film KOTOSA

Aujourd’hui, plus qu’hier, la pré­sence des seniors d’origine afri­caine est remar­quable à Bruxelles et en Bel­gique en géné­ral. Elle est due d’une part au vieillis­se­ment de la popu­la­tion immi­grée et d’autre part à l’immigration des per­sonnes âgées. Ce film attire l’attention sur les pro­blèmes liés au vieillis­se­ment et à la prise en charge des seniors d’origine afri­caine en Bel­gique. Il me semble ori­gi­nal pour deux rai­sons : pre­miè­re­ment, il donne la parole au per­son­nel soi­gnant d’origine afri­caine et deuxiè­me­ment, ce per­son­nel, par une suc­ces­sion des témoi­gnages inédites et par­fois ano­nymes, jette un regard cri­tique sur les rap­ports entre le monde médi­cal et les seniors d’une part et d’autre part entre la socié­té et la per­sonne âgée.

La socié­té semble très peu valo­ri­ser la per­sonne âgée. Est sou­vent idéa­li­sée notam­ment dans les média la beau­té de la jeu­nesse. La vieillesse par contre n’attire pas. Consi­dé­ré comme un être dépen­dant, la per­sonne âgée est négli­gée, reje­tée et « enfer­mée » dans les mai­sons de repos où elle n’attend plus que la fin de ses jours. Elle vit ici dans l’isolement, le stress, la dépres­sion… Elle est par­fois l’objet de mal­trai­tance. A cela s’ajouteraient les dif­fi­cul­tés finan­cières, d’adaptation ali­men­taire et de com­mu­ni­ca­tion par­ti­cu­liè­re­ment pour les seniors d’origine afri­caine.

Pour­tant en Afrique, la per­sonne âgée vit dans la com­mu­nau­té. Elle joue un rôle social. Elle est un fac­teur de régu­la­tion des rela­tions sociales conflic­tuelles ; elle est le réser­voir et l’agent de trans­mis­sion de la tra­di­tion aux jeunes géné­ra­tions ; elle est la mémoire vivante… C’est à juste titre qu’elle est qua­li­fiée de biblio­thèque vivante et de bao­bab où les jeunes viennent s’abriter et se res­sour­cer en sagesse et expé­rience de vie.
En ce qui concerne les rap­ports entre le monde (para)médical et la per­sonne âgée, il a été obser­vé des actes et com­por­te­ments de dis­cri­mi­na­tion, voire de racisme à l’égard du per­son­nel soi­gnant d’origine afri­caine (les seniors qui ont refu­sé de se faire trai­ter par lui, le per­son­nel afri­cain qui ne tra­vaille que la nuit…) et à l’égard des patients d’origine afri­caine (ces patients sont diri­gés vers le per­son­nel trai­tant d’origine afri­caine ou reçus en der­nier lieu). Cette dif­fé­rence de trai­te­ment serait une consé­quence de l’idéologie colo­niale qui consi­dé­rait l’africain comme étant un être infé­rieur.

Il a été aus­si fait men­tion des actes de vio­lence ver­bale et phy­sique dont les seniors sont l’objet de la part du per­son­nel soi­gnant. Pareils actes et com­por­te­ments portent gra­ve­ment atteinte à la déon­to­lo­gie médi­cale.
Enfin, la concep­tion de la mala­die est un autre aspect à prendre en compte dans le trai­te­ment et la prise en charge des séniors d’origine afri­caine. Ceux-ci consi­dèrent la mala­die comme étant un dys­fonc­tion­ne­ment de l’organisme humain dont la cause peut être phy­sique, psy­cho­lo­gique ou spi­ri­tuelle. La mala­die serait essen­tiel­le­ment la consé­quence de la rup­ture des rela­tions har­mo­nieuses avec les humains, les ancêtres et les forces invi­sibles. La san­té relè­ve­rait du bien tan­dis que la mala­die, voire la mort du mal. Face à cette concep­tion dua­liste, il est néces­saire de col­la­bo­rer avec d’autres pro­fes­sion­nels tels que les média­teurs inter­cul­tu­rels, les pas­teurs, les lea­ders de com­mu­nau­té…

A cause de toutes les expé­riences néga­tives pré­cé­dentes, beau­coup de per­sonnes d’origine afri­caine ne sou­hai­te­raient pas pas­ser leurs vieux jours en Bel­gique. Quant aux seniors, ils y res­tent par néces­si­té, prin­ci­pa­le­ment pour des rai­sons médi­cales.

Quels enseignements peut-on tirer de ce film ?

1) Ce film sus­cite la réflexion sur la diver­si­té dans le monde médi­cal, due à la ren­contre des cultures. Notre socié­té devient de plus en plus diverse. On parle même de super-diver­si­té et bien­tôt d’hyper-diversité. L’offre des soins de san­té devrait prendre en compte cette réa­li­té ;
2) Le per­son­nel soi­gnant d’origine étran­gère, les (figures-clés des) com­mu­nau­tés immi­grées devraient par­ti­ci­per à la réflexion concer­nant l’adaptation de cette offre des soins de san­té ;
3) Les pro­blèmes liés à la vieillesse ne concernent pas seule­ment les seniors d’origine afri­caine, mais plu­tôt les seniors en géné­ral. Notre socié­té doit réap­prendre à vivre avec les per­sonnes âgées. La qua­li­té de la vie au sein d’une com­mu­nau­té doit aus­si se mesu­rer par la manière dont les aînés y sont trai­tés. Il est ques­tion ici de vivre ensemble, non seule­ment avec les per­sonnes de dif­fé­rentes cultures, mais aus­si avec les per­sonnes de dif­fé­rentes géné­ra­tions.
4) Enfin, les per­sonnes âgées sont un exemple et une réfé­rence pour les jeunes. Ils méritent res­pect. Tel est la signi­fi­ca­tion du mot Koto­sa, à savoir res­pect, mieux, res­pec­ter. Comme dit dans le film, la per­sonne âgée peut aus­si affir­mer : « Je n’aime pas qu’on me tolère, je pré­fère qu’on me res­pecte ».

Par Willy Musi­tu Lufun­gu­la

 

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