A l’initiative de Mikis Théodorakis, un appel de citoyens grecs aux citoyens d’Europe

Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique.

Image_3-54.png« Esclave est celui qui attend d’être libé­ré »

« Nous saluons les dizaines de mil­liers, voire les cen­taines de mil­liers de nos conci­toyens, jeunes pour la plu­part, qui se sont ras­sem­blés sur les places de toutes les grandes villes pour mani­fes­ter leur indi­gna­tion à l’occasion de la com­mé­mo­ra­tion du mémo­ran­dum (accord cadre signe entre le gou­ver­ne­ment grec, l’UE, le FMI et la BCE, en Mai 2010 et renou­ve­lé depuis régu­liè­re­ment), deman­dant le départ du gou­ver­ne­ment de la Honte et de tout le per­son­nel poli­tique qui a géré le bien public, détrui­sant, pillant et asser­vis­sant la Grèce. La place de tous ces indi­vi­dus n’est pas au Par­le­ment, mais en pri­son.

Nous saluons les pre­mières Assem­blées géné­rales qui se déroulent dans les centres de nos villes et la démo­cra­tie immé­diate que s’efforce de décou­vrir le mou­ve­ment inédit de notre jeu­nesse. Nous saluons les tra­vailleurs de la fonc­tion publique qui ont entre­pris mani­fes­ta­tions, grèves et occu­pa­tions pour défendre un Etat qui, plu­tôt que le déman­tè­le­ment pré­vu par le FMI, a déses­pé­ré­ment besoin d’une amé­lio­ra­tion et d’une réforme radi­cales. Par leurs mobi­li­sa­tions, les tra­vailleurs de l’Hellenic Post­bank, de la Régie natio­nale d’électricité et de la Socié­té publique de lote­rie et de paris spor­tifs défendent le patri­moine du peuple grec qu’entendent piller les banques étran­gères, par le tru­che­ment de leur gou­ver­ne­ment fan­toche à Athènes. Le paci­fisme exem­plaire de ces mani­fes­ta­tions a démon­tré que lorsque la police et les agents pro­vo­ca­teurs ne reçoivent pas l’ordre d’intervenir, le sang ne coule pas. Nous appe­lons les poli­ciers grecs à ne pas être les ins­tru­ments des forces obs­cures qui ten­te­ront cer­tai­ne­ment, à un moment don­né, de répri­mer dans le sang les jeunes et les tra­vailleurs. Leur place, leur devoir et leur inté­rêt est d’être aux côtés du peuple grec, des pro­tes­ta­tions et des reven­di­ca­tions paci­fiques de celui-ci, aux côtés de la Grèce et non des forces obs­cures qui dictent leur poli­tique au gou­ver­ne­ment actuel.

Un an après le vote du mémo­ran­dum, tout semble attes­ter son échec. Après cette expé­rience, on ne peut plus s’autoriser la moindre illu­sion. La voie qu’a emprun­té et conti­nue de suivre le gou­ver­ne­ment, sous la tutelle des banques et des ins­tances étran­gères, de Gold­man Sachs et de ses employés euro­péens, mènent la Grèce à la catas­trophe. Il est impé­ra­tif que cela cesse immé­dia­te­ment, il est impé­ra­tif qu’ils partent immé­dia­te­ment. Jour après jour, leurs pra­tiques révèlent leur dan­ge­ro­si­té pour le pays. Il est éton­nant que le pro­cu­reur géné­ral ne soit pas encore inter­ve­nu contre le Ministre de l’Economie et des Finances, après les récentes décla­ra­tions tenues par ce der­nier sur l’imminence de la faillite et l’absence de res­sources bud­gé­taires. Pour­quoi n’est-il pas inter­ve­nu suite aux décla­ra­tions du pré­sident de la Fédé­ra­tion des patrons de l’industrie et de la com­mis­saire euro­péenne grecque Mari Dama­na­ki sur une sor­tie de l’euro ? Pour­quoi n’est-il pas inter­ve­nu contre le ter­ro­risme de masse avec lequel un gou­ver­ne­ment en faillite, sous le dik­tat de la Troï­ka [UE — FMI — BCE], tente une nou­velle de fois d’extorquer le peuple grec ? Par leur catas­tro­phisme, leurs allu­sions tra­giques et tout ce qu’ils inventent et débla­tèrent pour effrayer les Grecs, ils ont réus­si à humi­lier le pays dans le monde entier et à le mener réel­le­ment au bord de la faillite. Si un chef d’entreprise s’exprimait de la même façon que le fait le Pre­mier ministre et ses ministres lorsqu’ils parlent de la Grèce, il se retrou­ve­rait immé­dia­te­ment der­rière les bar­reaux pour mal­ver­sa­tion grave.

Nous nous adres­sons aus­si aux peuples euro­péens. Notre com­bat n’est pas seule­ment celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indé­pen­dante et démo­cra­tique. Ne croyez pas vos gou­ver­ne­ments lorsqu’ils pré­tendent que votre argent sert à aider la Grèce. Ne croyez-pas les men­songes gros­siers et absurdes de jour­naux com­pro­mis qui veulent vous convaincre que le pro­blème est dû soi-disant à la paresse des Grecs alors que, d’après les don­nées de l’Institut sta­tis­tique euro­péen, ceux-ci tra­vaillent plus que tous les autres Euro­péens !

Les tra­vailleurs ne sont pas res­pon­sables de la crise ; le capi­ta­lisme finan­cier et les poli­ti­ciens à sa botte sont ceux qui l’ont pro­vo­quée et qui l’exploitent. Leurs pro­grammes de « sau­ve­tage de la Grèce » aident seule­ment les banques étran­gères, celles pré­ci­sé­ment qui, par l’intermédiaire des poli­ti­ciens et des gou­ver­ne­ments à leur solde, ont impo­sé le modèle poli­tique qui a mené à la crise actuelle.

Il n’y a pas d’autre solu­tion qu’une restruc­tu­ra­tion radi­cale de la dette, en Grèce, mais aus­si dans toute l’Europe. Il est impen­sable que les banques et les déten­teurs de capi­taux res­pon­sables de la crise actuelle ne déboursent pas un cen­time pour répa­rer les dom­mages qu’ils ont cau­sés. Il ne faut pas que les ban­quiers consti­tuent la seule pro­fes­sion sécu­ri­sée de la pla­nète !

Il n’y pas d’autre solu­tion que de rem­pla­cer l’actuel modèle éco­no­mique euro­péen, conçu pour géné­rer des dettes, et reve­nir à une poli­tique de sti­mu­la­tion de la demande et du déve­lop­pe­ment, à un pro­tec­tion­nisme doté d’un contrôle dras­tique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les mar­chés, ces der­niers les englou­ti­ront, en même temps que la démo­cra­tie et tous les acquis de la civi­li­sa­tion euro­péenne. La démo­cra­tie est née à Athènes quand Solon a annu­lé les dettes des pauvres envers les riches. Il ne faut pas auto­ri­ser aujourd’hui les banques à détruire la démo­cra­tie euro­péenne, à extor­quer les sommes gigan­tesques qu’elles ont elle-même géné­rées sous forme de dettes. Com­ment peut-on pro­po­ser un ancien col­la­bo­ra­teur de la Gold­man Sachs pour diri­ger la Banque cen­trale euro­péenne ? De quelle sorte de gou­ver­ne­ments, de quelle sorte de poli­ti­ciens dis­po­sons-nous en Europe ?

Nous ne vous deman­dons pas de sou­te­nir notre com­bat par soli­da­ri­té, ni parce que notre ter­ri­toire a été le ber­ceau de Pla­ton et Aris­tote, Péri­clès et Pro­ta­go­ras, des concepts de démo­cra­tie, de liber­té et d’Europe. Nous ne vous deman­dons pas un trai­te­ment de faveur parce que nous avons subi, en tant que pays, l’une des pires catas­trophes euro­péennes aux années 1940 et nous avons lut­té de façon exem­plaire pour que le fas­cisme ne s’installe pas sur le conti­nent.

Nous vous deman­dons de le faire dans votre propre inté­rêt. Si vous auto­ri­sez aujourd’hui le sacri­fice des socié­tés grecque, irlan­daise, por­tu­gaise et espa­gnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bien­tôt votre tour. Vous ne pros­pé­re­rez pas au milieu des ruines des socié­tés euro­péennes. Nous avons tar­dé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtis­sons ensemble une Europe nou­velle ; une Europe démo­cra­tique, pros­père, paci­fique, digne de son his­toire, de ses luttes et de son esprit. Résis­tez au tota­li­ta­risme des mar­chés qui menace de déman­te­ler l’Europe en la trans­for­mant en tiers-monde, qui monte les peuples euro­péens les uns contre les autres, qui détruit notre conti­nent en sus­ci­tant le retour du fas­cisme. »

Le Comite Consul­ta­tive du Mou­ve­ment de Citoyens Indé­pen­dants. « L’Etincelle », créé à l’initiative de Mikis Theo­do­ra­kis.