Noam Chomsky : Pourquoi les Américains en savent-ils autant sur le sport et si peu sur les affaires internationales ?

Une des fonctions que remplit le sport est d’offrir quelque chose qui détourne l’attention des gens des choses importantes...

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Noam Chom­sky : Pour­quoi les Amé­ri­cains en savent-ils autant sur le sport et si peu sur les affaires inter­na­tio­nales ?

Par Noam Chom­sky, le 15 sep­tembre 2014

Vous avez écrit sur la façon dont les idéo­logues pro­fes­sion­nels et les man­da­rins cachaient la réa­li­té. Et vous avez par­lé — par­fois vous le nom­miez le “bon sens car­té­sien” — du bon sens dont le peuple est capable. En effet, vous met­tez clai­re­ment en avant ce “bon sens” quand vous révé­lez les aspects idéo­lo­giques des débats, en par­ti­cu­lier dans les sciences humaines contem­po­raines. Que vou­lez-vous dire par “bon sens” ? Qu’est-ce que cela signi­fie pour notre socié­té ? Par exemple, vous avez écrit que dans une socié­té concur­ren­tielle et frag­men­tée, il est très dif­fi­cile pour les gens d’être conscients de leurs inté­rêts. Si vous ne pou­vez pas par­ti­ci­per au sys­tème poli­tique de façon concrète, si vous êtes réduit au rôle de spec­ta­teur pas­sif, quel est alors le niveau de votre savoir ? Com­ment le bon sens peut-il émer­ger dans un tel contexte ?

CHOMSKY : Lais­sez-moi vous don­ner un exemple. Quand je conduis, j’allume par­fois la radio et je remarque régu­liè­re­ment que je tombe sur des débats spor­tifs. Ce sont des conver­sa­tions télé­pho­niques. Des gens appellent et ont une dis­cus­sion longue et com­plexe, et il est clair qu’il y a là un degré assez éle­vé de réflexion et d’analyse. Les gens savent tel­le­ment de choses. Ils connaissent tout un tas de détails com­pli­qués et se lancent dans des dis­cus­sions éla­bo­rées pour savoir si le coach a pris la bonne déci­sion la veille, etc. Ce sont des gens ordi­naires, pas des pro­fes­sion­nels, qui appliquent toute leur intel­li­gence et leurs com­pé­tences ana­ly­tiques dans ces domaines, tout en accu­mu­lant pas mal de connais­sances et, autant que je sache, de com­pré­hen­sion. D’un autre côté, quand j’entends les gens par­ler, par exemple, de ques­tions inter­na­tio­nales ou de pro­blèmes inté­rieurs, on atteint un niveau de super­fi­cia­li­té incroyable.

Cette réac­tion est peut être due en par­tie à mes propres domaines d’intérêts, mais, au fond, je pense que c’est exact. Et je crois que cette concen­tra­tion sur des sujets comme le sport a un cer­tain sens. De la façon dont le sys­tème est construit, il n’y a pra­ti­que­ment aucun moyen pour les gens, sans un cer­tain niveau d’organisation qui irait bien au-delà de ce qui existe actuel­le­ment, d’influencer le monde réel. Ils pour­raient tout aus­si bien vivre dans un monde ima­gi­naire, et c’est d’ailleurs ce qu’ils font. Je suis cer­tain qu’ils uti­lisent leur bon sens et leurs com­pé­tences intel­lec­tuelles, mais dans un domaine n’ayant aucune signi­fi­ca­tion, et qui pros­père jus­te­ment parce qu’il n’a aucune signi­fi­ca­tion, et qu’il est une diver­sion par rap­port aux pro­blèmes plus sérieux sur les­quels on n’a aucune influence ni effet puisqu’il se trouve que le pou­voir réside ailleurs.

Main­te­nant, je pense que les mêmes com­pé­tences intel­lec­tuelles, les mêmes capa­ci­tés de com­pré­hen­sion, d’accumulation de preuves, d’obtention d’informations, de réflexions pro­fondes sur des pro­blèmes pour­raient être uti­li­sées — et seraient uti­li­sées — dans un sys­tème de gou­ver­nance dif­fé­rent qui impli­que­rait la par­ti­ci­pa­tion popu­laire dans les prises de déci­sions impor­tantes et dans des domaines qui importent vrai­ment pour la vie humaine.

Cer­taines ques­tions sont com­plexes. Il y a des domaines qui néces­sitent des connais­sances spé­ci­fiques. Je ne pro­pose pas une cer­taine forme d’anti-intellectualisme. Mais mon point de vue est que de nom­breuses choses peuvent être com­prises sans avoir des connais­sances spé­ci­fiques ou d’une grande por­tée. En fait, même une connais­sance spé­cia­li­sée dans ces domaines n’est pas hors de por­tée des gens qui ont envie de s’y inté­res­ser. […]

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Pen­sez-vous que les gens se sentent inhi­bés par leur manque de com­pé­tences ?

CHOMSKY : Il existe éga­le­ment des experts en foot­ball, mais ces gens ne se réfèrent pas à eux. Les gens qui appellent parlent avec une totale assu­rance. Ils ne se pré­oc­cupent pas d’être en désac­cord avec l’entraîneur ou un quel­conque expert local. Ils ont leur propre avis et ils arrivent à avoir un débat intel­li­gent. Je pense que c’est un phé­no­mène inté­res­sant. Main­te­nant, je ne pense pas que les pro­blèmes inter­na­tio­naux et locaux soient plus com­pli­qués. Et ce qui passe pour un dis­cours sérieux et intel­lec­tuel sur ces sujets ne reflète pas un niveau de com­pré­hen­sion ou de connais­sances plus impor­tant.

On retrouve des cas sem­blables dans cer­taines cultures dites pri­mi­tives. On remarque très sou­vent que cer­tains sys­tèmes intel­lec­tuels ont été construits avec une consi­dé­rable com­plexi­té, avec des spé­cia­listes qui connaissent tout du sujet et d’autres qui ne com­prennent pas tout, etc. Par exemple, les sys­tèmes fon­dés sur le droit du sang sont éla­bo­rés avec une énorme com­plexi­té. De nom­breux anthro­po­logues ont essayé de mon­trer que ceci peut avoir une fonc­tion utile dans cette socié­té. Mais cette fonc­tion peut très bien être sim­ple­ment intel­lec­tuelle. Un peu comme les mathé­ma­tiques. Ce sont des domaines où l’on peut uti­li­ser notre intel­li­gence pour créer des sys­tèmes com­plexes et alam­bi­qués, et éla­bo­rer leurs pro­prié­tés de la même façon que l’on fait des mathé­ma­tiques. Ils n’ont pas les mathé­ma­tiques et les tech­no­lo­gies ; ils ont d’autres sys­tèmes fon­dés sur une culture riche et com­plexe. Je ne veux pas pous­ser l’analogie plus loin, mais il se peut que quelque chose de sem­blable se pro­duise ici.

Le pom­piste qui veut faire mar­cher sa tête ne va pas perdre son temps sur des pro­blèmes inter­na­tio­naux, puisque cela ne sert à rien ; il ne peut rien y faire de toute façon, il pour­rait apprendre des choses désa­gréables, et même avoir des pro­blèmes. Donc mieux vaut qu’il le fasse avec quelque chose d’amusant, et d’inoffensif — le foot­ball, le bas­ket­ball, des choses comme ça. Mais des com­pé­tences sont uti­li­sées ici, ain­si que de la réflexion, et de l’intelligence. Une des fonc­tions que rem­plit le sport, dans notre socié­té et ailleurs, est d’offrir quelque chose qui détourne l’attention des gens des choses impor­tantes, afin que les gens au pou­voir puissent les faire sans inter­ven­tion exté­rieure.

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Je deman­dais tout à l’heure pour­quoi les gens sont-ils inti­mi­dés par l’aura des experts. Peut-on chan­ger cela ? Est-ce que les experts et des intel­lec­tuels auraient peur que les gens appliquent leur intel­li­gence du sport à leurs propres domaines de com­pé­tence dans les affaires étran­gères, les sciences sociales et ain­si de suite ?

CHOMSKY : Je pense que c’est plu­tôt banal. Ces domaines d’interrogations qui concernent les pro­blèmes humains immé­diats ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment pro­fonds ou inac­ces­sibles à qui­conque prend la peine de se pen­cher sur la ques­tion, même sans for­ma­tion spé­ciale. Les com­men­taires sur les affaires publiques dans la presse grand public sont sou­vent peu pro­fonds et mal infor­més. Tous ceux qui écrivent sur ces sujets et les com­mentent savent très bien com­ment s’en tirer dans la mesure où l’on ne s’éloigne pas de la doc­trine acquise. Je suis cer­tain que qua­si tout le monde exploite cet avan­tage. Je suis conscient que je le fais moi-même.

Quand je parle des crimes nazis ou des atro­ci­tés sovié­tiques, par exemple, je sais que je ne serai pas appe­lé à en appor­ter la preuve, par contre une cau­tion scien­ti­fique détaillée est néces­saire si je m’aventure à cri­ti­quer les pra­tiques d’un des saints-États : les États-Unis eux-mêmes, ou Israël, depuis qu’il a été consa­cré par l’intelligentsia après sa vic­toire de 1967. Cette liber­té par rap­port à la néces­si­té de preuves ou même d’une ratio­na­li­té est très com­mode, tel que le décou­vri­ra rapi­de­ment n’importe quel lec­teur infor­mé des jour­naux d’opinion, ou même de la plu­part des publi­ca­tions scien­ti­fiques.

Cela rend la vie facile, et per­met d’émettre une grosse quan­ti­té de non-sens ou de biais igno­rants sans consé­quence, et même de pure­ment et sim­ple­ment dif­fa­mer. Les preuves ne sont pas néces­saires, les argu­ments à côté de la plaque. L’accusation clas­sique contre les dis­si­dents amé­ri­cains ou mêmes les libé­raux [de gauche, NdT] — j’ai cité plu­sieurs cas impri­més par le pas­sé et en ai ramas­sé beau­coup d’autres — est qu’ils pré­tendent que les États-Unis sont la source du mal dans le monde ou d’autres idio­ties du même ordre ; Il y a donc une conven­tion que ces accu­sa­tions sont com­plè­te­ment légi­times lorsque la per­sonne visée est quelqu’un qui ne marche pas dans le rang comme les autres, et donc ces accu­sa­tions sont émises sans même un soup­çon de preuve.

L’adhésion aux lignes du par­ti confère le droit d’agir de manières qui seraient consi­dé­rées comme scan­da­leuses de la part de n’importe quel détrac­teur des dogmes éta­blis. Une trop grande prise de conscience du public pour­rait le mener à récla­mer de meilleures normes de rigueur intel­lec­tuelle, ce qui sau­ve­rait cer­tai­ne­ment beau­coup de forêts de la des­truc­tion, et ferait dégrin­go­ler de nom­breuses répu­ta­tions.

Le droit de men­tir au ser­vice du pou­voir est main­te­nu avec une vigueur consi­dé­rable et pas­sion­née. Cela devient évident dès lors que qui­conque prend la peine de démon­trer que les accu­sa­tions contre un enne­mi offi­ciel sont inexactes ou, par­fois, de pures inven­tions. La réac­tion immé­diate des ser­vi­teurs du pou­voir est que la per­sonne fait l’apologie des vrais crimes des enne­mis offi­ciels. Le cas du Cam­bodge est un exemple frap­pant. Que les Khmers Rouges aient été cou­pables d’épouvantables atro­ci­tés n’était remis en ques­tion par per­sonne, mis à part quelques sectes Maoïstes mar­gi­nales.

Il est aus­si vrai, et faci­le­ment prou­vable, que la pro­pa­gande occi­den­tale s’est ser­vie de ces crimes avec délec­ta­tion, les exploi­tant pour pro­duire une jus­ti­fi­ca­tion rétros­pec­tive des atro­ci­tés de l’Occident, et puisque les normes de rigueur intel­lec­tuelle sont inexis­tantes pour une cause aus­si noble, ils ont aus­si pro­duit un dos­sier de fausses preuves et de trom­pe­ries qui sont remar­quables. La démons­tra­tion de ce fait, et c’est un fait, pro­vo­qua un énorme tol­lé, sui­vi d’encore plus de nou­veaux et fas­ci­nants men­songes, tel que Edward Her­man et moi, par­mi tant d’autres, avons docu­men­tés. L’idée maî­tresse ici est que contes­ter le droit de men­tir au ser­vice de l’État est un crime innom­mable.

Simi­lai­re­ment, n’importe quelle per­sonne qui met en exergue que cer­taines des accu­sa­tions contre Cuba, le Nica­ra­gua, le Viet­nam ou un autre enne­mi offi­ciel sont dou­teuses ou fausses sera immé­dia­te­ment dépeinte comme fai­sant l’apologie de vrais ou pré­su­més crimes, une tech­nique très utile pour s’assurer que les normes intel­lec­tuelles ne soient pas appli­cables aux ser­vi­teurs du pou­voir et qu’il n’y aura pas d’entrave à leurs loyaux ser­vice ren­dus au pou­voir. Le détrac­teur a géné­ra­le­ment peu d’accès au média, et les consé­quences per­son­nelles pour le détrac­teur sont suf­fi­sam­ment déran­geantes pour en dis­sua­der beau­coup de suivre son che­min, par­ti­cu­liè­re­ment parce que cer­tains jour­naux, le New Repu­blic, par exemple, se vautrent au niveau le plus bas de la mal­hon­nê­te­té et de la couar­dise, en refu­sant régu­liè­re­ment de per­mettre ne serait-ce qu’un droit de réponse aux dif­fa­ma­tions qu’il publie. Donc le droit sacré de men­tir n’est pas prêt d’être remis en cause puisqu’il n’y a pas de menaces sérieuses à l’horizon. Mais les choses pour­raient chan­ger si des sec­teurs incer­tains et instables du public étaient admis dans l’arène du débat et de la dis­cus­sion.

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L’aura de pré­su­mée exper­tise four­nit aus­si une façon pour le sys­tème d’endoctrinement de pro­po­ser ses ser­vices au pou­voir tout en main­te­nant une image d’indifférence et d’objectivité. Les médias, par exemple, peuvent se tour­ner vers les uni­ver­si­taires et les experts pour four­nir la pers­pec­tive qui est requise par les cercles du pou­voir, et le sys­tème uni­ver­si­taire est suf­fi­sam­ment obéis­sant au pou­voir externe de façon à ce que les experts soient géné­ra­le­ment dis­po­nibles pour prê­ter le pres­tige que confère leur car­rière à l’étroit éven­tail d’opinions per­mises. Mais lorsque cette méthode dérape — tel qu’en ce moment sur le cas de l’Amérique latine, par exemple, ou dans la dis­ci­pline émer­gente de la ter­ro­ro­lo­gie — une nou­velle caté­go­rie de soi-disant experts peut être éta­blie, appor­tant les opi­nions rati­fiées que les médias ne peuvent pas expri­mer direc­te­ment sans perdre leurs pré­ten­tions d’objectivité qui légi­ti­ment leur fonc­tion d’émetteur de pro­pa­gande. J’ai rele­vé de nom­breux exemples, tout comme l’ont fait d’autres.

La struc­ture sem­blable à une guilde des pro­fes­sions qui œuvrent dans le champ des affaires publiques aide aus­si à pré­ser­ver la pure­té de la doc­trine. En fait, elle est gar­dée avec beau­coup de soin. Mon expé­rience per­son­nelle est peut-être per­ti­nente. Tel que je l’ai men­tion­né plus tôt, je n’ai géné­ra­le­ment pas de légi­ti­mi­té aca­dé­mique dans aucun domaine, et mon propre tra­vail a été plu­tôt épar­pillé. Il y a plu­sieurs années, j’ai œuvré dans le domaine des lin­guis­tiques mathé­ma­tiques et la théo­rie des auto­mates, et occa­sion­nel­le­ment j’ai don­né des confé­rences dans des col­loques de mathé­ma­tique ou d’ingénierie. Per­sonne n’aurait rêvé de mettre en doute ma légi­ti­mi­té de par­ler de ces sujets, qui était nulle, comme tout le monde le savait ; cela aurait été risible. Les par­ti­ci­pants étaient plus pré­oc­cu­pés par ce que j’avais à dire, et non pas de mon droit d’en par­ler. Mais lorsque je parle, disons, de rela­tions inter­na­tio­nales, il est sou­vent deman­dé que je pré­sente mes réfé­rences, de prou­ver ma légi­ti­mi­té qui m’autorise à ren­trer dans cette auguste arène, aux États-Unis du moins, ailleurs ce n’est pas le cas. C’est une géné­ra­li­sa­tion rai­son­nable, je crois, que plus une dis­ci­pline a du conte­nu intel­lec­tuel, moins elle doit se pro­té­ger du fait d’être exa­mi­née, par le moyen d’une struc­ture de cor­po­ra­tion. Les consé­quences en lien avec votre ques­tion sont assez évi­dentes.

Vous avez dit que la plu­part des intel­lec­tuels finissent par embrouiller la réa­li­té. Com­prennent-ils la réa­li­té qu’ils obs­cur­cissent ? Com­prennent-ils le pro­ces­sus social qu’ils mys­ti­fient ?

CHOMSKY : La plu­part des gens ne sont pas des men­teurs. Ils ne peuvent tolé­rer trop de dis­so­nance cog­ni­tive. Je ne veux pas non plus nier qu’il y ait des men­teurs effron­tés, sim­ple­ment des pro­pa­gan­distes éhon­tés. Vous pou­vez les trou­ver dans le jour­na­lisme tout comme dans les pro­fes­sions aca­dé­miques. Mais je ne crois pas que ce soit la norme. La norme est l’obéissance, l’adoption d’une atti­tude dépour­vue de sens cri­tique, menant sur le che­min facile de l’aveuglement volon­taire. Je pense qu’il y a aus­si un pro­ces­sus sélec­tif dans les pro­fes­sions aca­dé­miques et dans le jour­na­lisme. C’est à dire que les gens qui sont indé­pen­dants d’esprit et à qui on ne peut deman­der d’obéir, ne font géné­ra­le­ment pas car­rière. Ils sont sou­vent éjec­tés en cours de route. […]

Tiré de The Chom­sky Rea­der, tel que publié sur le site de Noam Chom­sky. (Ser­pents Tail Publi­shing, 1988)

Source : Alter­net, le 15/09/2014

Le texte sui­vant est extrait d’un grand clas­sique, The Chom­sky Rea­der, qui offre un point de vue unique sur la grande ques­tion : “Com­ment pou­vons-nous, en tant que popu­la­tion, avoir autant de connais­sances sur les sub­ti­li­tés de diverses équipes de sport, tout en res­tant immen­sé­ment igno­rants sur nos enga­ge­ments à l’étranger ?

Tra­duit par les lec­teurs du site www.les-crises.fr. Tra­duc­tion libre­ment repro­duc­tible en inté­gra­li­té, en citant la source.