Bavure policière au festival Steenrock 2011

Témoignage filmé de la victime...

Faites de la musique, pas des centres fer­més : les exac­tions des auto­ri­tés

Image_2-72.pngUn après-midi de concerts devant le centre fer­mé 127bis ? Voi­là une idée forte et belle pour mon­trer de manière paci­fique le désac­cord de quelque 500 citoyens contre l’existence de ces lieux de déten­tion. Et pour­tant, le résul­tat est désem­pa­rant. Les déte­nus auraient été pri­vés par la direc­tion du centre de la liber­té la plus fon­da­men­tale, celle de parole. Et sur le che­min vers les concerts, un jeune homme s’est fait vio­lem­ment agres­ser par un poli­cier suite à une alter­ca­tion ver­bale. Son visage est détruit, il ne man­ge­ra ni ne par­le­ra plus nor­ma­le­ment avant des semaines… Le Steen­rock a tou­jours été annon­cé comme un après-midi paci­fique et soli­daire. La musique serait-elle une arme trop effrayante pour les auto­ri­tés ?

Same­di 7 mai s’est donc dérou­lée la deuxième édi­tion du Steen­Rock, fes­ti­val de musique devant le centre de déten­tion 127 bis. L’objectif de cet après-midi de concerts est triple : atti­rer le regard des gens, des médias et des poli­tiques sur ces lieux que l’on vou­drait nous faire oublier, offrir aux sans papiers un chant de soli­da­ri­té et quelques notes d’espoir, et enfin mon­trer qu’une mani­fes­ta­tion peut être ferme mais paci­fique.

On aurait pu dres­ser un bilan posi­tif : plus de 500 per­sonnes, une ambiance paci­fique, des émo­tions fortes devant les grilles, de nom­breux « pri­mo-visi­teurs », des dis­cours justes et de la musique à n’en plus finir. Seul éton­ne­ment, l’absence de déte­nus aux fenêtres et le calme appa­rent des quelques femmes dans la cour. En géné­ral, les « free­dom », « help me », « it is a pri­son »… de détresse des pri­son­niers font plu­tôt froid dans le dos.

Vers 21h00, sur le départ, on nous fait part du jeu cynique de la direc­tion du centre : ordre aurait en fait été don­né aux déte­nus de ne pas s’exprimer, de se taire, en les mena­çant de les enfer­mer en cel­lule d’isolement s’ils n’obéissaient pas. De plus, l’accès aux cel­lules don­nant sur le champ et les concerts aurait été blo­qué pour la jour­née. L’information nous revient par le cou­sin d’un déte­nu. Cela explique l’étonnement qui nous han­tait et nous pousse à croire éga­le­ment la deuxième par­tie de son récit : lors des visites des par­le­men­taires, le per­son­nel du centre aurait bien pris soin de reti­rer les menottes, de cacher les « outils » tels que les gaz lacry­mo­gènes, d’adoucir le ton envers les déte­nus… Bref, une triste mise en scène pour ten­ter de don­ner « une bonne image » du centre, et faire comme si tout se pas­sait dans un cli­mat des plus sereins ! Leur ultime liber­té n’est donc plus : celle de hur­ler leur désar­roi et dénon­cer leurs condi­tions de déten­tion par les fenêtres. Cela donne à réflé­chir sur ce qu’il se passe réel­le­ment der­rière ces bar­be­lés.

Ce qui suit se déroule par contre en dehors du centre fer­mé 127 bis et témoigne d’une vio­lence et d’un abus de pou­voir incon­trô­lé de la police. Vers 15h00, alors qu’il se rend au Steen­rock, Ricar­do fait l’objet d’un contrôle d’identité près de la gare de Nos­se­gem qui va déra­per de manière incom­pré­hen­sible. A l’origine, un pro­blème lin­guis­tique : le poli­cier s’exprime en néer­lan­dais, langue que le jeune homme ne maî­trise pas et celui-ci lui demande alors des « sous-titrages », remarque qui entraîne un des poli­ciers dans une colère non maî­tri­sée. Il sort rapi­de­ment sa matraque et s’attaque au jeune homme avec une vio­lence inouïe (de nom­breux coups por­tés direc­te­ment au visage). A côté de lui son col­lègue ne mani­feste aucun geste et se contente d’observer. Les ren­forts arrivent fina­le­ment et Ricar­do est ame­né aux urgences, après que la police a effec­tué un contrôle d’identité et acté le témoi­gnage de Gilles, un ami de la vic­time qui a assis­té à toute la scène. Aux urgences, Ricar­do s’est vu poser une ving­taine de points de suture. De plus, il a per­du trois dents et a la mâchoire frac­tu­rée. Son immo­bi­li­sa­tion et sa réédu­ca­tion vont durer plu­sieurs mois.

Témoi­gnage fil­mé de Ric­car­do :

Plainte va être dépo­sée par la vic­time et sa famille, appuyée par de nom­breux témoi­gnages des per­sonnes pré­sentes sur les lieux, qui s’interrogent sur les rai­sons de cette vio­lence achar­née des forces de l’ordre, en toute impu­ni­té.

En tant qu’organisatrice du concert, la CRER sou­tient le jeune homme et sou­haite dif­fu­ser lar­ge­ment ce com­mu­ni­qué. Le geste posé par le poli­cier devient dans ce cadre paci­fique un acte poli­tique inac­cep­table et à dénon­cer. Nous deman­dons que le res­pon­sable de la bri­gade de police de Zaven­tem prenne ses res­pon­sa­bi­li­tés.

L’idée du Steen­rock se veut belle : mon­trer de manière paci­fique notre désac­cord total sur l’existence de ces pri­sons, le résul­tat est hélas effa­rant…

Mer­ci de faire cir­cu­ler un maxi­mum cette infor­ma­tion.

La CRER

Contact CRER : Mat­thieu Tho­non (0478/352654), Oscar Flores (0496/403309)

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Témoi­gnage fil­mé de Ric­car­do : http://www.youtube.com/watch?v=ziSpIh5Sb70