RTBF et Actiris fédèrent les mouvements sociaux !

dif­fé­rents signa­taires

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mpOC

Les mou­ve­ments sociaux se fédèrent et écrivent à la ministre de l’au­dio­vi­suel.

Madame la ministre,

C’est avec indi­gna­tion que nous avons appris que la RTBF télévision sou­hai­tait réaliser une émission de télé-réalité intitulée « Je veux ce joooob » et met­tant en scène des chô­meurs prêts à tout pour trou­ver de l’emploi. « Envoyer un CV n’est désormais plus suf­fi­sant pour trou­ver un emploi, et se démarquer. Alors à cir­cons­tance excep­tion­nelle, moyen excep­tion­nel. Le can­di­dat aura donc trois jours, et pas un de plus, pour réaliser un défi hors du com­mun afin d’impressionner, à son insu, son futur patron. Dans cette course contre la montre, il n’aura d’autre choix que de faire appel à la soli­da­rité de ses proches et de sa famille. Séduction, per­sua­sion, négociation seront nécessaires pour rele­ver ce défi de taille et mériter le job de ses rêves. Pour aider le can­di­dat à accom­plir sa tâche, le présentateur et les coaches met­tront à dis­po­si­tion leur car­net d’adresse mais aus­si, leur moti­va­tion et leur énergie. »

Les signa­taires de ce texte s’inscrivent en complète oppo­si­tion avec les valeurs présentées par cette émission.

- On ne se diver­tit pas du mal­heur des autres. Pour nous, se diver­tir sur le dos de gens désespérés et prêts à tout pour s’en sor­tir est mal­sain.

- On culpa­bi­lise le chô­meur de sa situa­tion : s’il n’est pas « prêt à tout », c’est qu’il ne cherche pas vrai­ment de l’emploi. Or, la présentation de l’émission le dit très bien : les cir­cons­tances sont excep­tion­nelles. Pour­quoi donc tout mettre sur le dos des chô­meurs ? Tant qu’à faire, pour­quoi pas des confes­sions publiques du type « mea culpa, je coûte cher à la société, je suis donc un sous-humain ? » Cette émission est lour­de­ment dis­cri­mi­na­toire.

- Cette émission évite soi­gneu­se­ment de par­ler des causes de la crise : course à la crois­sance infi­nie pour­tant impos­sible sur une planète limitée, crise écologique, crise économique, crise poli­tique, crise de sens.

- Enfin, c’est peut‑être le plus impor­tant, il est incon­ce­vable d’être « prêt à tout » pour obte­nir un tra­vail. Il y a plus impor­tant que cela : préserver son intégrité phy­sique et morale, préserver sa dignité et res­ter en accord avec sa conscience : com­ment en effet gagner sa vie en fai­sant quelque chose que sa conscience réprouve ? Il est tabou de par­ler de cela de nos jours, mais l’objection de conscience devrait être une bonne rai­son pour refu­ser un emploi.

Les signa­taires pensent que la RTBF ne res­pecte pas sa mis­sion de ser­vice public en pro­dui­sant une telle émission. Nous avons appris que, suite aux com­men­taires indignés, sa pro­duc­tion a été sus­pen­due. Nous sommes rassurés par le fait que nos conci­toyens veillent sur la télévision qu’ils contri­buent à finan­cer, mais crai­gnons que la RTBF pro­fite de la pause des vacances pour reprendre cet immonde pro­jet. Aus­si nous vous deman­dons, Madame la Ministre, de bien vou­loir vous assu­rer que la RTBF res­pecte une éthique mini­male en ne s’amusant pas du mal­heur des autres et donc, ne pro­duise pas cette émission.

Veuillez rece­voir, Madame la Ministre, l’expression de nos salu­ta­tions distinguées.

Marie-Eve Lapy-Tries, porte-parole du Mou­ve­ment poli­tique des objec­teurs de crois­sance.
Les mou­ve­ments Occu­py Bruxelles, Namur et Char­le­roi
Nor­dine Sai­di, porte-parole d’Egalité
Isa­belle Mar­chal pour RTBF 89
Des citoyens indignés qui ont sou­haité se joindre à cette ini­tia­tive : Cathe­rine Godart, Renelde Depré, Noëlle Dau­by, Mireille Bau­chau…