Un manifestant jeté d’un pont par un policier

El Des­con­cier­to


Tra­duit par ZIN TV

EN LIEN :

Au Chi­li, Le minis­tère public pré­sente des argu­ments com­plets concer­nant la déten­tion pré­ven­tive du cara­bi­nier Sebas­tián Zamo­ra

Dans une pré­sen­ta­tion per­cu­tante, le pro­cu­reur Xime­na Chong a mon­tré des images, des vidéos et des appels télé­pho­niques, qui mon­traient non seule­ment que le jeune homme était effec­ti­ve­ment tom­bé à la suite de l’ac­tion du poli­cier, mais aus­si des ten­ta­tives de dis­si­mu­la­tion de ce fait par le même accu­sé et d’autres poli­ciers du pre­mier com­mis­sa­riat de San­tia­go. Compte tenu de ce contexte, il est très pro­bable que d’autres fonc­tion­naires feront l’ob­jet d’une enquête pour leur res­pon­sa­bi­li­té dans les évé­ne­ments.

Ce dimanche 4 octobre 2020, l’au­dience de for­ma­li­sa­tion du cara­bi­nier Sebas­tian Zamo­ra Soto (22), s’est conclue par la mise en place de la mesure conser­va­toire de déten­tion pré­ven­tive pour le poli­cier, qui fait l’ob­jet d’une enquête en tant qu’au­teur du crime de ten­ta­tive de meurtre.

Les caméras de surveillance du corps des carabiniers

Lors de l’au­dience, où le pro­cu­reur de la Haute com­plexi­té, Xime­na Chong, repré­sen­tait le minis­tère public, ce der­nier a mon­tré des vidéos des camé­ras cor­po­relles des cara­bi­niers, où elle décrit l’ins­truc­tion d’une manœuvre offen­sive par les cara­bi­niers, dans le cadre de laquelle Zamo­ra Soto a effec­tué ses pré­ten­dues actions cri­mi­nelles.

Cette manœuvre, cou­rante dans les stra­té­gies des Cara­bi­niers, consiste en une avan­cée conjointe des fonc­tion­naires à pied et des voi­tures de police (comme une véri­table ruée), et vise à éloi­gner les gens des lieux où elle est effec­tuée.

Avec ces images, le bureau du pro­cu­reur géné­ral a réa­li­sé qu’a­près la chute du jeune homme, les équipes des cara­bi­niers pré­sentes se sont éloi­gnées de l’en­droit, sans appor­ter aucune aide au jeune homme, qui était alors face contre terre. Ceci, sans être atta­qué par les mani­fes­tants, comme l’ont sou­te­nu les cara­bi­niers à leur défense.

“Ce sont les civils qui inter­rompent ce cau­sal homi­cide, et en aucun cas les cara­bi­niers”, a décla­ré le pro­cu­reur.

Un “un gars est tom­bé”, comme le disent plu­sieurs des cara­bi­niers, tan­dis qu’un mani­fes­tant crie “ils l’ont tué ! Ils l’ont tué”.

Plus tard, dans l’un des dia­logues que l’on peut entendre dans l’en­re­gis­tre­ment, l’un des cara­bi­niers dit : “Zamo­ra a essayé d’at­tra­per un gars et il est tom­bé.

“La vidéo montre que la dyna­mique des évé­ne­ments cor­res­pond à la des­crip­tion des faits faite dans la for­ma­li­sa­tion, et qu’en effet la chute de 7,4 mètres de haut, n’est pas pro­duite par une situa­tion de nature aléa­toire, ni du tout par la déci­sion de la vic­time elle-même, mais est pro­duite par l’ac­tion d’un tiers, en l’oc­cur­rence l’ac­tion directe et mal­veillante de l’ac­cu­sé”, a décla­ré le pro­cu­reur Chong après avoir pré­sen­té le dos­sier.

“Tentatives de dissimulation de l’acte homicide sous forme de détention”

Le pro­cu­reur a ensuite pré­sen­té une série de pho­tos, ana­ly­sées par le PDI (Ser­vice d’en­quêtes de la police chi­lienne), qui ren­daient éga­le­ment compte de la dyna­mique des évé­ne­ments. À ce stade, elle a sou­li­gné que le jeune homme qui a été agres­sé tour­nait le dos au poli­cier et qu’il essayait de s’ac­cro­cher à la balus­trade, ce qu’il n’a pas réus­si à faire étant don­né la force de l’im­pact.

Voi­ci quelques-unes des images ana­ly­sées par le PDI qui ont été pré­sen­tées par le Bureau du Pro­cu­reur :

On a éga­le­ment mon­tré les affaires du jeune homme, en se ren­dant compte que rien dans son sac à dos n’au­rait pu le pro­pul­ser de cette façon, puis­qu’il n’a­vait que des vête­ments et un masque à gaz.

Chong a direc­te­ment accu­sé l’ac­cu­sé, et d’autres com­man­dants du quar­tier géné­ral des pre­miers cara­bi­niers, d’a­voir ten­té de dis­si­mu­ler les faits, et de les faire pas­ser pour des arres­ta­tions.

Quatre appels télé­pho­niques, deux de Zamo­ra et deux d’autres poli­ciers du même com­mis­sa­riat, à des fonc­tion­naires du pou­voir judi­ciaire, qui ont tous deux rap­por­té les ten­ta­tives des fonc­tion­naires de faire croire que le mineur avait été arrê­té alors que, selon le témoi­gnage des res­pon­sables de la san­té qui ont assis­té le jeune homme à la cli­nique San­ta María, il n’est pas arri­vé sur le ter­rain de l’hô­pi­tal sous la garde des cara­bi­niers. Il n’a pas non plus été arrê­té alors qu’il était déjà à l’hô­pi­tal, comme l’ont affir­mé plus tard les cara­bi­niers eux-mêmes.

Lors des deux pre­miers appels, les fonc­tion­naires n’ont rien dit sur la pré­ten­due déten­tion, mais plus tard, ils ont affir­mé que le jeune homme était déte­nu alors qu’il était déjà à l’hô­pi­tal, ce qui a été com­plè­te­ment reje­té par le bureau du pro­cu­reur.

Dans ces rele­vés télé­pho­niques éga­le­ment, Zamo­ra main­tient des phrases telles que sa vic­time “est tom­bée en essayant de s’é­chap­per” et “a essayé de grim­per par-des­sus la balus­trade”, affir­mant : “J’ai essayé de l’at­tra­per mais il a glis­sé”.

Dans ces appels éga­le­ment, Zamo­ra lui-même assure que “le per­son­nel des cara­bi­niers a déte­nu le mineur dans les locaux de la cli­nique vers 21h40” et a ensuite pro­cé­dé à la men­tion des fonc­tion­naires qui auraient pro­cé­dé à cette arres­ta­tion. Cepen­dant, selon les témoi­gnages du per­son­nel de san­té, cette arres­ta­tion n’est pas effec­tive, il y a donc un his­to­rique clair de coor­di­na­tion pour mener à bien cette dis­si­mu­la­tion.

“Il est clair que cet accu­sé a agi en conco­mi­tance avec sa direc­tion”, a décla­ré le bureau du pro­cu­reur sur ce point.

Chong a éga­le­ment décla­ré que durant l’a­près-midi et la nuit de ce ven­dre­di, plu­sieurs offi­ciers de police sont entrés dans le sys­tème vir­tuel du pou­voir judi­ciaire, qui a éga­le­ment signa­lé ces ten­ta­tives fal­la­cieuses de la part des offi­ciers de police de faire pas­ser l’in­ci­dent pour une arres­ta­tion.

“Ils ont four­ni des infor­ma­tions qui, à tout le moins, ont ten­té de semer la confu­sion au sein du par­quet”, a décla­ré le repré­sen­tant de l’INDH sur ce même point, affir­mant que ces actions expli­que­raient éga­le­ment un autre crime : l’obs­truc­tion à l’en­quête.

Détention préventive

Dans ce contexte, le minis­tère public a deman­dé la mesure de pré­cau­tion de la déten­tion pré­ven­tive, “étant enten­du qu’il s’a­git de la seule mesure de pré­cau­tion qui soit pro­por­tion­nelle et fonc­tion­nelle à la pro­cé­dure”, a décla­ré M. Chong, arguant du “dan­ger pour la socié­té et du dan­ger éven­tuel de répé­ti­tion” du crime.

Et face à cela, le Sep­tième Tri­bu­nal de Garan­tie de San­tia­go, après avoir enten­du la défense, qui a deman­dé la mesure conser­va­toire d’as­si­gna­tion à rési­dence, a déci­dé que l’acte “de force, selon l’o­pi­nion de ce tri­bu­nal, favo­rise la chute du mineur”, en pré­ci­sant éga­le­ment que “selon l’o­pi­nion de ce juge, il y a fraude directe dans les actions de l’ac­cu­sé.

À l’ap­pui de ces conclu­sions, le tri­bu­nal a fait réfé­rence à des détails tels que le fait que “la main du poli­cier a tra­ver­sé la balus­trade à hau­teur du dos de la vic­time” lors de sa chute, et que compte tenu de la dyna­mique des évé­ne­ments, le jeune homme “n’au­rait pas pu adop­ter un autre com­por­te­ment que celui de la fuite du poli­cier.

De même, concer­nant le contexte de la dis­si­mu­la­tion, le tri­bu­nal a esti­mé qu’ ”il est un fait qu’il n’y a jamais eu de pro­cé­dure pour arrê­ter l’ac­cu­sé”, donc en plus du manque d’as­sis­tance, le tri­bu­nal a pris ce pré­cé­dent pour éta­blir la fraude, et décré­ter la mesure de pré­cau­tion de la déten­tion pré­ven­tive.

“Elle est pro­por­tion­née et néces­saire, non seule­ment pour assu­rer le suc­cès de l’en­quête, mais aus­si parce que le tri­bu­nal a com­pris qu’il existe un dan­ger mani­feste pour la sécu­ri­té de la socié­té”, a décla­ré le juge Luis Mar­ti­nez.

Main­te­nant, l’en­quête aura une période de 120 jours pour atteindre les res­pon­sables, pen­dant laquelle Zamo­ra sera déte­nu dans le sous-com­mis­sa­riat de Puda­huel Norte.